Dans l’immense fresque statistique de l’ère Roger Federer, certaines anomalies paraissent presque irréelles. Celle qui le lie à David Ferrer appartient clairement à cette catégorie.
Les deux hommes se sont affrontés 17 fois sur le circuit ATP. Résultat : 17 victoires pour Federer, aucune pour Ferrer.
Et pourtant, malgré leurs longues années communes au sommet du tennis mondial, malgré la régularité exceptionnelle de Ferrer, les deux hommes ne se sont jamais affrontés en Grand Chelem.
Jamais.
Cette absence est d’autant plus étonnante que Ferrer n’était pas un joueur secondaire. L’Espagnol fut un pilier durable du top 10, finaliste de Grand Chelem, multiple demi-finaliste, capable de s’installer régulièrement dans les dernières semaines des grands tournois. Il affronta même Federer à quatre reprises au Masters, preuve qu’il appartenait bien au cercle des tout meilleurs joueurs de son époque.
Mais dès qu’un Grand Chelem semblait devoir provoquer leur collision directe, quelque chose se dérobait systématiquement : élimination préalable, tableau défavorable, autre membre du Big 3 sur la route… La rencontre n’arrivait jamais.
La statistique nourrit ainsi une formule ironique devenue presque inévitable : Ferrer fut le “pigeon” de Federer, un pigeon qui s’envolait mystérieusement avant les rendez-vous en Grand Chelem.
Et cette anomalie raconte aussi quelque chose de l’ère Big 3. Car battre Federer relevait déjà de l’exploit ; encore fallait-il réussir à survivre jusque-là dans des tableaux où Nadal et Djokovic occupaient eux aussi l’espace. Ferrer resta ainsi pendant des années l’un des hommes forts du circuit… sans jamais obtenir l’occasion de défier Federer dans le contexte le plus symbolique du tennis mondial.





