Tennis Chron'open

Anecdotes

Connors et McEnroe :
le mythe du fast-food

Jimmy Connors possède une petite curiosité statistique assez "savoureuse". Dans tous les tournois du Grand Chelem qu’il a remportés, ses dernières lignes sont toujours encadrées par un certain John. John ? Quel John ? Ça dépend : ce n’est pas toujours le même…

En Australie, il s'agit de John Newcombe. Connors ne remporte qu’un seul titre, en 1974. Or ce succès se glisse exactement entre deux victoires de l'Australien, lauréat en 1973 puis en 1975. Newcombe prend donc en sandwich une tranche de Jimbo !

Entre 1982 et 1983, Jimbo va remporter ses derniers grands titres, à Wimbledon tout d'abord, puis à New York, et c'est à chaque fois son compatriote McEnroe qui va le prendre en sandwich. Mais la curiosité devient amusante à l’US Open, au pays du fast-food. Là, Connors ne s’intercale pas sur une seule édition : il signe un doublé en 1982 et 1983. Et ces deux titres s'intercalent donc entre les titres de son rival.Connors bigmac 1

 

N'oublions pas cependant qu'avant de nous servir ce double cheeseburger, New York venait déjà de nous offrir le fameux triple épaisseur !Mcenroe bigmac


Les accord secrets de Presbourg (1805)

Il existe dans l’histoire du tennis des coïncidences si précises qu’elles donnent envie de leur inventer une cause. Non pas une explication rationnelle, mais une mythologie. Une logique cachée. Un traité oublié.

Celle-ci commence à Austerlitz.

L'Autriche et la Russie, humiliées et revanchardes

En décembre 1805, Napoléon Ier, empereur de pique, allié du roi de trèfle d'Espagne, inflige une défaite historique aux armées coalisées de l’empereur de cœur d’Autriche et du tsar de carreau de Russie. Quelques semaines plus tard, les conséquences politiques de cette victoire sont scellées par le traité de Presbourg, signé dans l’actuelle Bratislava. Les forces en présence sont au nombre de quatre : les vainqueurs la France et son allié l'Espagne d'un côté, et les vaincus l'Autriche et la Russie de l'autre.

Mais dans l’ombre de ce traité officiel serait né un accord plus étrange encore.Presbourg pacte

L’Autriche et la Russie auraient conclu un pacte secret avec l'Espagne, dont les termes étaient clairs : prendre une revanche sur la France d'une manière ou d'une autre, presque sans avoir l'air d'y toucher, et sans que personne ne puisse les soupçonner d'avoir comploté. La difficulté était double : formaliser la manière d'agir, et saisir l'occasion de le mettre en application. Pendant longtemps cet accord resta à l'état théorique. Aucune traduction concrète dans les faits. Chacun cherchait comment le mettre en pratique, comment le rendre effectif.

La transition de la politique au sport

Mais l'histoire de l'Europe suivant son cours, les empires tombèrent et les frontières changèrent. Le traité, lui, aurait survécu autrement. Non plus dans les chancelleries européennes, mais dans un terrain plus discret : le sport.

L’accord aurait alors changé de forme. Il fallait en effet s'adapter avec pragmatisme aux évolutions culturelles. Le public vibrait toujours derrière leur nation, et les drapeaux étaient toujours brandis, mais plus seulement sur les champs de bataille. Dans les arènes modernes les gladiateurs combattaient avec pour seules armes des gants de boxe, des kimonos, des perches, des ballons, des balles, des raquettes.

Mais quel signe permettrait d’activer cet accord ?

Le souvenir choisi devait rappeler les premières limites de l’Empire napoléonien. Non pas les plaines glacées de Russie, mais la Méditerranée. Cette mer renvoyait à la campagne d’Égypte et à l’affrontement naval avec l’Angleterre, puissance maritime qui empêcha Napoléon de consolider son empire au-delà du continent.

Le symbole fut alors trouvé au début du XXe siècle.

Roland garros mediterraneeC'est en 1973 que les choses se mirent enfin en place. Juan Carlos heritier de la couronne d'Espagne est en visite en France. Il tombe alors sur la une d'un journal français qui relate l'exploit  de l'aviateur français Roland Garros à l'occasion des 60 ans de sa traversée en solitaire de la Méditerranée en avion. Or son nom était devenu entre-temps celui du tournoi parisien qui avait pris une importance grandissante à partir de 1925, 120 ans après Presbourg. Le souvenir de la Méditerranée était désormais gravé dans le tennis lui-même.

Les Espagnols firent comprendre aux autres nations pactisantes qu'il était donc possible d'agir sur les compétitions sportives pour concrétiser leur accord secret. 

L’accord allait enfin pouvoir entrer en action.

Désormais, la victoire à Roland Garros d'un Espagnol, allié historique des Français au moment d'Austerlitz, activerait le protocole secret. Cet événement devait donc autoriser la suite : la victoire d'un Autrichien dans le tournoi du Grand Chelem qui suivrait. Et après le sacre autrichien, le trophée devrait obligatoirement être transmis à un Russe dès que la Terre aurait accompli un nouveau tour du soleil d’Austerlitz, soit lors de l'édition suivante de ce même tournoi conquis par l'Autrichien.

Les Autrichiens et les Russes étaient cependant sceptiques. Car le tennis espagnol n'était guère reluisant à l'époque. A la fin des années 70, les joueurs dominants étaient américains, suédois, argentins. Ils se disaient qu'il y avait encore loin de la coupe (des Mousquetaires) aux lèvres (de l'armada espagnole). Il fallait patienter, mais combien de temps ?

Le premier cycle : Bruguera - Muster - Kafelnikov

Le premier déclenchement connu survient finalement assez vite après cette décision, plus tôt que prévu sans doute, au milieu des années 1990.

1994 rg bruguera espagneEn 1994, Sergi Bruguera remporte Roland-Garros pour la seconde fois d'affilée. C'est un Espagnol !

Aujourd’hui, voir un Espagnol gagner un Grand Chelem paraît presque banal. Mais à l’époque, l’Espagne n’est pas encore la puissance dominante qu’elle deviendra avec Rafael Nadal puis Carlos Alcaraz. Le geste de Bruguera a donc quelque chose d’initiatique : il donne le feu vert.

L’année suivante, Thomas Muster vient chercher le titre à Paris. L’Autriche est honorée conformément au pacte secret.

Puis, comme prévu, le trophée change de main un an plus tard. En 1996, Yevgeny Kafelnikov s’impose à Roland-Garros.

Espagne.
Autriche.
Russie.

Presbourg cycle 1994 1996Le cycle est accompli.

Longtemps, cette séquence paraît isolée. Une simple curiosité statistique perdue dans l’histoire du tennis. Puis le XXIe siècle arrive.

Nadal élargit le traité

Avec Nadal, l’Espagne cesse d’être une exception. Elle devient une force historique. Roland-Garros entre dans une autre dimension. Pour honorer les 200 ans du pacte secret auquel les Espagnols sont intimement liés depuis le début, le Majorquin ne ménage pas sa peine. Il enfile les titres comme des perles, jusqu’à faire de Paris son royaume personnel.

En 2019, il remporte le tournoi pour la douzième fois. Chiffre symbolique. Mais cette fois, Nadal semble comprendre que la vieille mécanique de Presbourg doit être relancée.

Seulement, la Méditerranée est désormais trop étroite pour lui. Il ne voulait plus se contenter d'une mer, il lui fallait un océan.

Alors il choisit l’Atlantique. En même temps, pourquoi un guerrier comme Nadal aurait choisi le Pacifique ? Nadal se pose en nouveau conquistador, tourné vers les Amériques, lui aussi.

Nadal se souvient d’un autre épisode napoléonien : la vente de la Louisiane aux États-Unis en 1803. Immense territoire cédé pour une somme dérisoire, symbole d’un recul impérial français vers l’ouest. Le théâtre du traité secret doit donc quitter Paris pour New York.2019 nadal presbourg

Quelques mois après Roland-Garros 2019, Nadal remporte ainsi l’US Open pour la quatrième fois. L’Espagnol a donné le signal.

Puis survient l’étrange année 2020.

Le calendrier du tennis est bouleversé. L’US Open se dispute avant Roland-Garros. Et c’est précisément à New York que l’Autriche reçoit son dû : Dominic Thiem remporte le tournoi américain.

Fait troublant : entre l’US Open 2019 de Nadal et celui de Thiem en 2020, aucun autre Grand Chelem n’est remporté par l’Espagnol. Roland-Garros 2020 n’arrivera qu’après le sacre autrichien. Comme si la mécanique exigeait d’abord l’hommage à l’Autriche avant que Paris ne puisse reprendre son cours normal.

Le traité est respecté.

Et il reste une dernière étape.

Medvedev contre le destin

En 2021, tout semble écrit pour Novak Djokovic. Le Serbe est en route vers le Grand Chelem calendaire. Une victoire à New York lui offrirait un accomplissement historique. C'est pour lui l'opportunité rêvée de devenir l'égal du légendaire Rod Laver, seul à avoir réussi ce carton plein dans l'ère Open.

Le monde du tennis entier attend ce couronnement.

Mais le traité de Presbourg possède ses propres règles. Puisque Rafael d'Espagne a remporté l'US Open en 2019, puisque derrière Dominic d'Autriche lui a succédé en 2020, c'est un Russe qui est attendu pour le relever en 2021.

L’Autriche se souvient alors que Djokovic n’est pas russe.

Il faut donc appeler un héritier conforme au pacte.

Ce sera Daniil Medvedev.Presbourg cycle 2019 2021

Le Russe écrase Djokovic en finale et met fin au rêve du Grand Chelem. Une fois encore, la transmission est accomplie.

Espagne.
Autriche.
Russie.

Le cycle s’est répété, vingt-cinq ans plus tard.

Rasta Racket

Mais le traité de Presbourg contient une autre conséquence, plus discrète encore.

L’Europe coalisée contre Napoléon aurait fini par former un véritable blocus symbolique autour de Paris. Dès lors, les grandes nations du continent auraient plus ou moins consciemment (plutôt moins que plus, sans doute) participé à une même logique : empêcher les Français de reprendre la main sur leur propre trophée.

Depuis des décennies, Roland-Garros semble effectivement fermé aux joueurs français.

Depuis 1983.1983 noah presbourg

Noah aura évité le naufrage de sa nation dans le palmarès, pas parce qu'il était le seul homme juste au milieu d'un peuple français comme le fut son homonyme plusieurs milliers d'années auparavant, mais parce que son arche aura navigué jusqu'à la finale sans croiser un seul pavillon de la Ligue de Presbourg, ni Autrichien, ni Espagnol, ni Russe, ni Allemand, ni Anglais. Yannick Noah traverse le tournoi par une route immaculée vis-à-vis des nations du pacte. Le verrou continental semble momentanément desserré.

Surtout, Noah apparaît comme une figure extérieure aux vieux codes européens. Avec sa coupe rasta, il ressemble moins à un héritier des empires continentaux qu’à un personnage paré d'exotisme pour venir à Paris déjouer leurs règles.

C’est le Rasta Racket.

Clin d’œil évident à Cool Runnings, connu en France sous le nom Rasta Rocket, cette histoire vraie de sportifs inattendus venant perturber un univers qui ne semblait pas fait pour eux.

Comme les Jamaïcains du bobsleigh, Noah surgit là où personne ne l’attendait.

Coiffé d’une coupe rasta, il peut enfin toucher la Coupe des Mousquetaires.

Depuis, aucun Français n’a réussi à reproduire l’exploit.

Coincer ou danser

Évidemment, tout cela n’est qu’une fable.

Les statistiques ne prouvent rien. Les coïncidences n’obéissent à aucun traité secret. Et pourtant, certaines d’entre elles sont si entrainantes qu’elles donnent envie d’être racontées.

Car face aux coïncidences de l’Histoire, il existe deux attitudes. Il y a ceux qui coincent. Et il y a ceux qui dansent. Nous, à Chronopen-Tennis, nous faisons le choix de danser.Coinci danse


Le nombre 14
et les anomalies du Grand Chelem

Le 14 est peut-être un nombre à part dans l’histoire du tennis.

Pas dans les scores.
Pas dans les statistiques habituelles.
Mais dans quelque chose de plus profond, avec un caractère ambivalent : il déstabilise certains paramètres et en stabilise d'autres.

Comme si ce nombre apparaissait régulièrement lorsque le tennis cessait momentanément d’obéir à son ordre normal.


I. Le 14 comme facteur de dérèglement

1. Les anomalies du calendrier

14 calendrierEn situation normale, une saison suit une mécanique immuable : quatre levées, quatre rendez-vous, quatre piliers — Australian Open, French Open, Wimbledon Championships et US Open. Pas toujours dans cet ordre, certes, mais les quatre levées du Grand Chelem sont chaque année au programme;

Mais certaines années échappent à cette logique.

1968

Le tennis entre dans l’ère Open. Professionnels et amateurs sont enfin réunis. Le fonctionnement historique du sport bascule brutalement. Mais il n'entre en application qu'en cours de saison, commençant avec Roland Garros en mai 1968. L'Open d'Australie 1968 n'appartient donc pas à l'ère Open qui vient de commencer. Seuls trois tournois du Grand Chelem sont officiellement comptabilisés dans l'ère Open : Roland, Wimbledon et l'US Open.
Pas quatre tournois, mais trois.

1977

Le calendrier se dérègle : deux Open d’Australie sont organisés la même année, en janvier puis en décembre, afin de repositionner durablement le tournoi en fin d'année. Ils s'ajoutent aux trois échéances classiques. Nous avons donc cinq levées du Grand Chelem dans le seul exercice 1977.
Pas quatre tournois, mais cinq.

1986

Cette fois, l’Open d’Australie disparaît totalement du calendrier. Afin de compenser le doublon accepté neuf ans plus tôt, aucun tournoi australien n’est disputé cette année-là. Seuls trois Grands Chelems sont programmés : Paris, Londres et New York.
Pas quatre tournois, mais trois.

1968, 1977, 1986 : trois anomalies majeures.

Et trois années portant exactement la même signature :

68 → 6 + 8 = 14
77 → 7 + 7 = 14
86 → 8 + 6 = 14

2. L'incarnation du 14

Puis vient 1995. 9 + 5 = 14. C'était la dernière opportunité pour le 14 de faire parler de lui comme il l'avait fait déjà à trois reprises dans l'ère open. Car ensuite, il aurait fallu attendre plus d'un demi-siècle (années 2059, 2068, etc.)

Et pourtant, cette fois, en 1995, il ne se passe rien.

Aucun dérèglement.
Aucun tournoi déplacé.
Aucun Grand Chelem manquant.

Comme si la mécanique s’était brusquement interrompue après 1986.

Entre-temps, quelque chose s'était produit, un événement qui avait changé beaucoup de choses.

Le 14 allait cesser de dérégler le calendrier pour commencer à s’incarner dans un joueur.

Un champion qui allait marquer de son empreinte la grande histoire du tennis.

En 1986 était né Rafael Nadal.

Et pourtant, le 14 continue de réapparaître ailleurs.

3. Les doubles-brèches dans le mur du Big Four

14 big4

Première double-brèche

Depuis Wimbledon 2004, seules deux éditions du Grand Chelem avaient échappé aux membres du Big Four :

2005 : Marat Safin à l’Australian Open. Les membres du Big Four remportent les trois autres titres du Grand Chelem.
Pas quatre tournois, mais trois.

2009 : Juan Martín del Potro à l’US Open. Là encore, le Big Four remporte les trois autres tournois du Grand Chelem.
Pas quatre tournois, mais trois.

Et là encore : 05 + 09 = 14.

Deuxième double-brèche

Puis arrive 2014, la quatorzième année du XXIe siècle.

Et une nouvelle fois, quelque chose se fissure.

Car après les exploits isolés de Safin en 2005 et Del Potro en 2009, Roger Federer, Novak Djokovic, Andy Murray et Rafael Nadal verrouillaient totalement les Grands Chelems.
Ils ne laissaient rien aux autres joueurs, pas même quelques miettes.

En 2014, deux secousses majeures encadrent la saison.
À l’Australian Open, Stanislas Wawrinka bat Djokovic puis Nadal pour décrocher le titre.
À l’US Open, Marin Čilić domine Federer avant de remporter le titre.
Le Big Four remporte les deux autres tournois du Grand Chelem.
Pas quatre tournois, mais deux.

Dans l'âge d'or du tennis, incarné par la domination outrageante du Big Four, le 14 revient régulièrement pour sortir le tennis de sa trajectoire normale.


II. Le 14 comme principe de stabilité

Et pourtant, au moment même où le 14 continue de fissurer certaines logiques du tennis, il semble aussi produire le phénomène exactement inverse : une stabilité presque absolue.

1. Stable comme Roland

Car Rafael Nadal deviendra précisément l’homme qui remportera quatorze fois le même tournoi : Roland Garros.

Dès lors, un détail devient fascinant : le tournoi choisi par le 14 est aussi le plus stable de tous.

Stable dans le temps

C’est le seul tournoi du Grand Chelem qui n’a jamais disparu du calendrier. Même Wimbledon, à cause de la pandémie en 2020, a une case blanche dans son palmarès.

Stable dans l’espace

L’Australian Open a voyagé entre Sydney et Melbourne.
L’US Open est passé de Forest Hills à Flushing Meadows.
Roland-Garros a connu des projets de déménagement et des débats récurrents autour de son emplacement (pour sauver les prestigieuses serres d'Auteuil). Pourtant, le tournoi n’a jamais quitté son site historique.

Stable dans la surface

L’US Open a changé plusieurs fois de revêtement au cours de son histoire : gazon jusqu'en 1974, puis terre battue de 1975 à 1977, avant l'adoption du ciment en 1978). L'Open d'Australie est passé du gazon au dur synthétique en 1988. Roland-Garros, lui, est resté fidèle à la terre battue depuis l’origine.

2. L’homme de la stabilité

14 nadal rgRafael Nadal devient alors l’homme de la stabilité : quatorze titres en dix-huit éditions disputées à French Open entre 2005 et 2022, dans le tournoi le plus stable de toute l’histoire du Grand Chelem.

Et comme un dernier clin d’œil, c’est justement en 2014 — l’année où le « 14 » semble à nouveau fissurer l’ordre établi — que Nadal remporte son… quatorzième titre du Grand Chelem.

Jusque dans son nom, peut-être : N, initiale de Nadal, est la quatorzième lettre de l’alphabet.

Le 14 semble ainsi suivre une trajectoire paradoxale : il dérègle d’abord les structures collectives du tennis — calendrier, domination du Big Four, logique des Grands Chelems — avant de se stabiliser progressivement dans une figure individuelle et dans un lieu fixe : Rafael Nadal et Roland-Garros.

Le 14 est-il stabilisateur ou déstabilisateur ?
Tout dépend sans doute de l’époque.

Mais avec une histoire pareille, il était difficile de ne pas chercher midi... à 14 heures.


NAISSANCES

L'herbe : la part des lions

Trois des plus grands joueurs de tous les temps - Roger Federer, Pete Sampras et Rod Laver - sont tous nés entre le 8 et le 12 août ! Laver : 9 août 1938
Sampras : 12 août 1972
Federer : 8 août 1981
A eux trois, ils ont remporté 24 tournois du Grand Chelem sur herbe (9 pour Laver, 7 pour Sampras, 8 pour Federer).

Laver6 2

2000 us sampras 2

2010 oz federer davydenko 8


Castor et Pollux ?

Autre constat du même ordre, les deux plus grands joueurs sur terre battue, Björn Borg et Rafael Nadal sont nés début juin, et fêtent donc leur anniversaire pendant Roland Garros ! Borg : 6 juin 1956
Nadal : 3 juin 1986 
Et si c'étaient eux les Gémeaux du tennis ?

1978 us borg 2

2010 cincinnati nadal

Les chiffres secrets de Wimbledon

À Wimbledon, certaines coïncidences statistiques finissent par dessiner une étrange logique. Depuis l’ère Open, trois nombres semblent raconter une partie de l’histoire secrète du tournoi : le 1, le 9 ... puis le 21.

Non pas comme une véritable loi mathématique, évidemment, mais comme une série de motifs historiques dont la cohérence finit par troubler.

Le 9 : le chiffre qui refuse le neuf

Wim champions neuf

Les années finissant par 9 semblent bannir toute idée de nouveauté.

Toutes les éditions en 9 de l’ère Open ont été remportées par des membres du cercle très fermé des plus grands champions de l’histoire du tournoi :

1969 : Rod Laver

1979 : Björn Borg

1989 : Boris Becker

1999 : Pete Sampras

2009 : Roger Federer

2019 : Novak Djokovic

Et aucun d’eux n’y remportait son premier Wimbledon :

Laver gagnait son 4e titre,

Borg son 4e,

Becker son 3e,

Sampras son 6e,

Federer son 6e,

Djokovic son 5e.

Les années en 9 ne couronnent donc jamais un nouveau roi. Elles reconduisent des souverains déjà installés.

Le 9 semble ainsi refuser le neuf :

pas de sang neuf,

pas de surprise,

pas de révolution.

Seulement la continuité des règnes déjà établis.

Le 1 : le chiffre qui interdit le numéro 1

Wim 1 interdit 0

À l’inverse, les années finissant par 1 repoussent le favori suprême du tournoi.

Depuis le début de l’ère Open et jusqu’en 2021, aucune tête de série n°1 ne parvenait à s’imposer lors d’une année en 1 :

1971 : John Newcombe gagne sans être tête de série n°1.

1981 : John McEnroe détrône Björn Borg.

1991 : Michael Stich crée l’une des plus grandes surprises modernes du tournoi.

2001 : Goran Ivanišević réalise l’impossible grâce à une wild-card.

2011 : Djokovic remporte le tournoi, mais derrière Rafael Nadal dans la hiérarchie initiale.

Le 1 devient alors paradoxalement le chiffre qui interdit au numéro 1 de régner.

Et ces années correspondent presque toujours à des bascules historiques :

McEnroe met fin au règne de Borg ;

Stich surgit contre toute attente ;

Ivanišević devient le dernier grand outsider romantique du tournoi moderne.

L’édition 2001 apparaît d’ailleurs comme un moment charnière.

Ancien triple finaliste battu, retombé loin au classement, Ivanišević reçoit une simple invitation pour participer au tournoi. Dans une ambiance devenue mythique, il finit pourtant par conquérir Wimbledon après une finale irrespirable contre Patrick Rafter.

Avec le recul, ce titre ressemble presque à la dernière faille d’un Wimbledon encore imprévisible.

Le 21 : le verrouillage du pouvoir

Wim n1 depuis 2003

Depuis le changement de siècle, Wimbledon tend progressivement à redevenir le royaume des souverains du tennis mondial. Le tournoi se referme autour des joueurs capables d’occuper durablement la place de n°1 mondial, jusqu’à former un véritable verrouillage historique du pouvoir.

Pourtant, les années finissant par 1 continuent normalement de porter leur propre logique symbolique : celle d’un interdit frappant la tête de série n°1.

Mais 2021 occupe une place particulière dans cette construction symbolique.

Car 2021 n’est pas seulement une année en 1 : c’est aussi une année en 21.

Dans cette étrange numérologie propre à Wimbledon, le 1 semble associé à l’échec du favori suprême, tandis que le 21 paraît au contraire symboliser l’époque du trust des n°1 mondiaux sur le tournoi.

Et contrairement au simple 1 terminal, le 21 agit ici à deux niveaux : comme chiffre du millésime lui-même, mais aussi comme écho direct au XXIe siècle et à son verrouillage progressif du pouvoir.

Dans cette hiérarchie symbolique, le chiffre du millésime reste toutefois prioritaire sur celui du siècle : une année en 1 continue donc normalement de jouer contre la tête de série n°1, même au cœur du XXIe siècle.

2011 en constitue d’ailleurs un bon exemple : Rafael Nadal, tête de série n°1, y échoue malgré le contexte général de domination des souverains du tennis mondial.

2021 apparaît alors comme un cas particulier, où le 21 du millésime semble momentanément absorber le simple 1 terminal.

Les deux symboles se cumulent donc en 2021 dans la même direction.

Dès lors, le 1 final ne produit plus son effet habituel : il s’efface devant la logique plus forte du 21.

Djokovic devient ainsi en 2021 la première tête de série n°1 à remporter Wimbledon lors d’une année en 1 depuis le début de l’ère Open.

Le 1 avait longtemps empêché le numéro 1 de régner ; mais puisque nous avançons désormais dans le XXIe siècle, le trône semble progressivement être rendu aux rois du tennis mondial.

Depuis 2002, en effet, tous les vainqueurs de Wimbledon ont occupé la place de n°1 mondial :

Lleyton Hewitt en 2002,

Federer en 2003, 2004, 2005, 2006, 2007, 2009, 2012 et 2017,

Nadal en 2008 et 2010,

Djokovic en 2011, 2014, 2015, 2018, 2019, 2021 et 2022,

Andy Murray en 2013 et 2016,

Carlos Alcaraz en 2023 et 2024,

Jannik Sinner en 2025.

Wim 21 n1

L'époque épique que beaucoup d'experts considèrent comme l'âge d'or du tennis a établi ses quartiers au coeur de ce dispositif. Entre 2003 et 2022, Wimbledon a été remporté exclusivement par les membres du Big Four : Federer, Nadal, Djokovic, Murray.

Aucun autre joueur n’a réussi à s’intercaler pendant vingt éditions consécutives.

Même les autres Grands Chelems ont connu des brèches avec Stan Wawrinka, Marin Čilić, Juan Martín del Potro ou Daniil Medvedev.

Mais Wimbledon, lui, est resté hermétique.

Cette logique imaginaire n’explique probablement rien. Mais elle finit étrangement par aider à retenir le palmarès de Wimbledon.

Date de dernière mise à jour : 17/05/2026