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Chron'Open
États-Unis
droitier - revers à une main

ArthurAshe

Le champion qui dépassa le tennis
Arthur Ashe

Premier vainqueur de l'US Open, premier homme noir à remporter l'US Open puis Wimbledon, Arthur Ashe a marqué l'histoire par son élégance, son intelligence tactique et ses trois titres du Grand Chelem. Mais son héritage dépasse largement ses victoires : il utilisa sa notoriété au service des droits civiques, de la lutte contre l'apartheid et contre le sida.

ChampionAvant l'ère Open
3Grands Chelems
58Titres sur toute sa carrière
4Coupes Davis
Naissance 10 juillet 1943
L'essentiel

Trois couronnes majeures

Une vocation contrariée

Né sous la ségrégation

Arthur Ashe enfant avec une raquette et ses trophées

Arthur Robert Ashe Jr. naît le 10 juillet 1943 à Richmond, en Virginie, en pleine Amérique ségrégationniste. Son père travaille pour le service municipal des parcs et logements de la ville et dirige Brook Field, un complexe sportif réservé à la communauté noire où la famille réside. C'est sur les courts de ce parc qu'Arthur découvre le tennis dès son plus jeune âge.

La disparition de sa mère, alors qu'il n'a que 6 ans, marque profondément son enfance. Son père l'élève, avec son frère cadet Johnnie, dans un cadre exigeant où les études, la discipline et le respect des règles occupent une place centrale. D'un tempérament calme et réfléchi, le jeune Ashe se passionne rapidement pour le tennis, un sport encore très fermé aux Afro-Américains.

Ses qualités attirent vite l'attention de plusieurs éducateurs qui l'aident à accéder aux compétitions de l'American Tennis Association, principal circuit destiné aux joueurs noirs à une époque où les barrières raciales restent nombreuses. Mais Richmond ne lui offre bientôt plus les conditions nécessaires pour poursuivre sa progression. En 1960, à 17 ans, il quitte donc la Virginie pour terminer sa scolarité à Saint-Louis, dans le Missouri. Ce départ constitue un tournant décisif : il lui ouvre les portes d'un niveau de compétition plus relevé et prépare son entrée à l'université UCLA, où sa carrière prendra une tout autre dimension.

Intelligence et variation

Style de jeu

Arthur Ashe en action

Arthur Ashe n'était ni le plus puissant ni le plus spectaculaire de sa génération. Son arme principale était son intelligence. Excellent lecteur du jeu, il construisait ses victoires en observant les habitudes de ses adversaires avant d'adapter son propre tennis. Peu de joueurs ont autant fait confiance à la réflexion tactique.

Grand serveur, Ashe recherchait naturellement le service-volée, particulièrement sur gazon où sa mobilité et la qualité de sa première balle faisaient merveille. Son revers à une main, fluide et précis, lui permettait de varier les trajectoires, tandis que sa volée, sobre et efficace, concluait souvent les échanges.

Sa victoire contre Jimmy Connors en finale de Wimbledon 1975 est devenue un modèle de stratégie. Face à un joueur plus jeune et plus puissant, Ashe renonça volontairement au rythme rapide des échanges. Multipliant les slices, les balles flottantes et les changements de cadence, il empêcha Connors d'imposer son jeu agressif.

Son élégance sur le court reflétait enfin son tempérament. Toujours maître de lui-même, respectueux de ses adversaires et des officiels, Arthur Ashe a incarné pendant toute sa carrière une conception du sport fondée autant sur le fair-play que sur la performance.

MENTORS

Des rencontres déterminantes

Arthur Ashe n'a pas bâti sa carrière autour d'un entraîneur unique. Son parcours est jalonné de rencontres déterminantes qui ont façonné aussi bien son jeu que sa personnalité.

Le premier d'entre eux est le Dr Robert Walter Johnson, médecin de Lynchburg et figure majeure du tennis afro-américain. Déjà mentor d'Althea Gibson, il repère très tôt le talent du jeune Ashe et l'accueille chaque été pour l'entraîner. Au-delà de la technique, Johnson lui inculque une discipline de fer, le contrôle de soi et une conduite irréprochable sur le court.

À la fin de son adolescence, Ashe poursuit sa progression sous la direction de Richard Hudlin, qui l'aide à franchir un nouveau cap et favorise son intégration à l'université UCLA.

Au milieu des années 1970, Ashe fait appel à Dennis Ralston. Ensemble, ils élaborent le célèbre plan tactique qui permettra à Ashe de battre Connors en finale de Wimbledon 1975, en cassant le rythme du jeu par des slices, des variations de vitesse et un service-volée parfaitement maîtrisé.

de 1962 à 1980

Sa carrière

Arthur Ashe à l'UCLA
Arthur Ashe sous les couleurs de l'UCLA.
1962-1965

UCLA, la Coupe Davis et l’affirmation nationale

Arthur Ashe entre à l'UCLA en 1962 grâce à une bourse sportive. Il y poursuit ses études tout en intégrant l’une des meilleures équipes universitaires du pays. Dès ses premières saisons en Californie, il s’impose comme l’un des joueurs les plus prometteurs du tennis américain.

En 1963, il devient le premier joueur noir sélectionné dans l’équipe des États-Unis de Coupe Davis. Cette première a une portée historique évidente, mais Ashe n’est pas choisi pour servir de symbole : il est déjà considéré comme un joueur capable d’aider l’équipe nationale. Les États-Unis remportent d’ailleurs la Coupe Davis cette année-là, même si les principaux rôles de la finale face à l’Australie reviennent à Chuck McKinley et Dennis Ralston.

Sa progression se confirme à l'UCLA. Demi-finaliste du championnat NCAA en simple en 1964, il franchit la dernière marche l’année suivante. En 1965, il remporte le titre NCAA en simple en dominant Mike Belkin en finale, s’adjuge également le double avec Ian Crookenden et conduit l'UCLA au titre par équipes. Cette triple réussite constitue le sommet de sa carrière universitaire.

La même année, Ashe atteint les demi-finales du championnat des États-Unis à Forest Hills, où il est battu par Manuel Santana, futur vainqueur. À 22 ans, il n’est donc pas encore le meilleur joueur amateur du monde, mais il a déjà dépassé le cadre universitaire : champion NCAA et membre de l’équipe nationale, il appartient désormais au premier cercle du tennis américain.

Arthur Ashe en 1966
Arthur Ashe en 1966.
1966-1967

Deux finales australiennes avant l’ère Open

Après avoir quitté UCLA, Arthur Ashe poursuit sa carrière tout en accomplissant son service militaire. Incorporé dans l’armée américaine en 1966, il est affecté à West Point, où il atteint le grade de lieutenant. Cette situation l’oblige à demeurer amateur, mais ne l’empêche pas de participer aux principaux tournois internationaux.

C’est en Australie qu’il obtient ses résultats les plus marquants. En 1966, il atteint pour la première fois la finale d’un tournoi du Grand Chelem. Opposé à Roy Emerson, alors principale référence du tennis amateur, il lui prend un set avant de s’incliner en quatre manches. L’année suivante, Ashe retrouve Emerson en finale du championnat d’Australie, mais l’Australien s’impose cette fois beaucoup plus nettement, 6-4, 6-1, 6-4. Ces deux parcours installent Ashe parmi les meilleurs amateurs du monde, sans encore lui permettre de détrôner le maître du circuit. 

En 1967, Ashe remporte également le championnat des États-Unis sur terre battue à Milwaukee, en battant Marty Riessen en finale. Ce titre demeure son principal succès de la saison et montre qu’il ne dépend pas uniquement des surfaces rapides. À la veille de l’ouverture du tennis aux professionnels, il possède donc déjà un titre national important et deux finales majeures, mais le grand trophée lui échappe encore.

Arthur Ashe et Tom Okker lors de l'US Open 1968
US Open 1968 : l'amateur Arthur Ashe reçoit le trophée après sa victoire sur le professionnel Tom Okker.
1968

L'amateur surclasse les professionnels

L’année 1968 marque le véritable basculement de la carrière d’Arthur Ashe. Encore militaire et toujours officiellement amateur, il remporte d’abord le championnat des États-Unis amateurs en battant son coéquipier de Coupe Davis Bob Lutz. Il réalise ainsi une performance qui prendra bientôt une valeur particulière : quelques semaines plus tard, le tournoi national américain s’ouvre pour la première fois aux professionnels.

À Wimbledon, Ashe atteint les demi-finales, mais s’incline face à Rod Laver. À Forest Hills, lors du premier US Open de l’histoire, il franchit cette fois toutes les étapes. Après avoir battu Clark Graebner en demi-finale, il domine Tom Okker en finale au terme de cinq manches. Il devient ainsi le premier joueur noir à remporter le simple messieurs d’un tournoi du Grand Chelem et le premier champion de l’US "Open".

Sa victoire présente pourtant une singularité : Ashe étant encore amateur, il ne peut toucher les 14 000 dollars promis au vainqueur. Cette somme revient à Okker, tandis qu’Ashe ne reçoit que ses indemnités quotidiennes. Il termine néanmoins la saison au sommet du tennis américain et participe, en décembre, à la reconquête de la Coupe Davis contre l’Australie à Adélaïde. En une seule année, il remporte donc le championnat américain amateur, l’US Open et la Coupe Davis : la saison qui fait définitivement de lui une figure majeure du tennis mondial.

Arthur Ashe à Wimbledon en 1969
Trois demi-finales en Grand Chelem, trois défaites face à Rod Laver ; Wimbledon 1968 et 1969, puis US Open 1969.
1969-1970

Confirmation au sommet et sacre australien

Fort de son sacre américain, Arthur Ashe s'installe durablement parmi les meilleurs joueurs du monde. Il atteint notamment les demi-finales de Wimbledon puis de l'US Open, où il se heurte à chaque fois à Rod Laver, au sommet de son art et en route vers son second Grand Chelem calendaire. Sans remporter de titre majeur cette saison-là, Ashe confirme qu'il fait désormais partie du cercle très fermé des prétendants aux plus grandes couronnes.

L'année 1969 marque également le début d'un combat qui dépasse le cadre du tennis. Désireux de disputer les Internationaux d'Afrique du Sud, Ashe se voit refuser un visa par le gouvernement sud-africain en raison de la politique d'apartheid. Plutôt que de subir cette décision en silence, il s'engage publiquement contre la ségrégation raciale et multiplie les démarches afin d'obtenir le droit de jouer dans le pays. Cet épisode constitue le point de départ d'un engagement qui fera bientôt de lui l'une des grandes voix du sport dans la lutte contre les discriminations.

Le début de la saison 1970 lui apporte enfin une nouvelle consécration sportive. Après avoir échoué en finale du championnat d'Australie en 1966 puis en 1967 face à Roy Emerson, Ashe décroche enfin le titre en dominant Dick Crealy en finale (6-4, 9-7, 6-2). Ce deuxième trophée du Grand Chelem est suivi quelques mois plus tard par une nouvelle victoire des États-Unis en Coupe Davis. Ashe rejoint ensuite le circuit professionnel World Championship Tennis (WCT), tournant définitivement la page de son statut d'amateur.

Ilie Năstase et Arthur Ashe après la finale de l'US Open 1972
Battu en cinq sets par Ilie Năstase, Arthur Ashe partage néanmoins la traditionnelle photo des deux finalistes autour du trophée de l'US Open 1972.
1971-1972

Deux finales majeures, deux occasions manquées

En 1971, Arthur Ashe revient à l’Open d’Australie avec le statut de tenant du titre. Il atteint de nouveau la finale, mais s’incline face à Ken Rosewall en trois sets. Puis, à l’US Open, il se hisse jusqu’en demi-finales, où Jan Kodeš met fin à son parcours. Sa saison se termine par un titre important à Stockholm, remporté contre le même Kodeš.

L’année 1972 est perturbée par le conflit opposant le circuit WCT à la Fédération internationale. Comme les autres joueurs sous contrat avec le WCT, Ashe est écarté des tournois du Grand Prix durant plusieurs mois et ne peut notamment participer ni à Roland-Garros ni à Wimbledon. Il revient néanmoins au premier plan à l’US Open : après avoir éliminé le tenant du titre Stan Smith en quart de finale puis Cliff Richey en demi-finale, il atteint sa deuxième finale à Forest Hills.

Face à Ilie Năstase, Ashe mène deux manches à une, mais le Roumain renverse la rencontre et s’impose 3-6, 6-3, 6-7, 6-4, 6-3. Quatre ans après son sacre de 1968, Ashe passe ainsi tout près d’un deuxième US Open. Ces deux saisons le voient donc atteindre deux nouvelles finales du Grand Chelem, en Australie puis aux États-Unis, sans parvenir à en convertir une en victoire.

Arthur Ashe à Johannesburg en 1973
1973 : Arthur Ashe à Johannesburg
1973-1974

Le champion face à l'apartheid

En 1973, Arthur Ashe obtient enfin l’autorisation de se rendre en Afrique du Sud, après plusieurs refus de visa. Il accepte de participer au tournoi de Johannesburg à condition que le public ne soit pas séparé selon la couleur de peau. Il devient ainsi le premier joueur noir à disputer les Internationaux d’Afrique du Sud. Sur le court, son parcours le mène jusqu’en finale, où il s’incline face au jeune Jimmy Connors en trois manches. Il remporte néanmoins le double avec Tom Okker. Cette présence constitue surtout une victoire symbolique dans le combat qu’il mène depuis plusieurs années contre l’apartheid.

Sportivement, Ashe connaît une saison moins marquante dans les tournois du Grand Chelem, mais conserve une place importante sur le circuit professionnel. Il remporte notamment le tournoi WCT de Chicago ainsi que celui de Washington, sur terre battue, où il domine Tom Okker en finale. Son passage en Afrique du Sud demeure cependant l’événement central de son année, tant sa portée dépasse celle d’un simple résultat sportif.

En 1974, Ashe retrouve davantage de constance. Il remporte trois tournois en simple : Bologne, Barcelone et Stockholm. À l’US Open, il atteint les quarts de finale et pousse le tenant du titre John Newcombe jusqu’au cinquième set, avant de s’incliner 4-6, 6-3, 3-6, 7-6, 6-4.

En novembre il retourne disputer l'emblématique tournoi sud-africain de Johannesbourg, et comme lors de l'édition précédente il s'incline en finale face à Connors. À 31 ans, alors qu’une nouvelle génération menée par Connors et Borg s’impose progressivement, Ashe reste donc pleinement compétitif.

Wimbledon 1975 : par ses variations, Arthur Ashe fait déjouer Jimmy Connors en finale.
1975

Le chef-d'œuvre de Wimbledon

À 31 ans, Arthur Ashe n'est plus considéré comme le favori des grands rendez-vous. Jimmy Connors domine désormais le tennis mondial, tandis que Björn Borg s'impose comme la nouvelle étoile montante. Pourtant, c'est au cours de cette saison que l'Américain signe l'exploit le plus marquant de sa carrière.

Avant Wimbledon, Ashe retrouve progressivement son meilleur niveau en remportant notamment les tournois de Dallas WCT et de San Francisco. Ces succès lui redonnent confiance, mais peu d'observateurs l'imaginent capable de conquérir le plus prestigieux des tournois du monde. (atptour.com)

À Londres, il déjoue tous les pronostics. Après avoir éliminé Roscoe Tanner en demi-finale, il retrouve Jimmy Connors en finale. Refusant le bras de fer du fond du court, Ashe adopte un plan de jeu inhabituel, alternant services variés, balles coupées, montées au filet et changements de rythme pour priver son adversaire de puissance. Cette stratégie fonctionne à merveille : il s'impose 6-1, 6-1, 5-7, 6-4 et remporte Wimbledon pour la première et unique fois. Cette victoire reste l'une des plus célèbres démonstrations d'intelligence tactique de l'histoire du tennis.

Troisième titre du Grand Chelem après l'US Open 1968 et l'Open d'Australie 1970, ce sacre parachève le palmarès d'un joueur qui, après avoir longtemps côtoyé les sommets, finit par s'imposer dans le tournoi le plus prestigieux du monde.

Arthur Ashe face à John McEnroe au Masters 1978
Masters 1978 : Arthur Ashe s'incline en finale face à John McEnroe.
1976-1980

Blessure, retour et fin prématurée

Dans le prolongement de son triomphe à Wimbledon, Arthur Ashe demeure très performant en 1976. Il remporte cinq tournois WCT au cours des premiers mois de la saison, à Columbus, Indianapolis, Richmond, Rome et Rotterdam. Mais une blessure persistante au talon gauche finit par interrompre cette dynamique. Son état s’aggrave au cours de l’année et nécessite une opération au début de 1977, suivie d’une longue rééducation.

Sa carrière semble alors toucher à sa fin, mais Ashe réussit un remarquable retour en 1978. Retombé très loin au classement, il remporte trois nouveaux titres en simple, à San José, Columbus et Los Angeles. À l’Open d’Australie, il atteint également les demi-finales, où John Marks le bat au terme de cinq manches. Qualifié pour le Masters organisé en janvier 1979 à New York, il se hisse jusqu’en finale avant de s’incliner face au jeune John McEnroe après s'être procuré deux balles de titre. À 35 ans, Ashe a ainsi retrouvé une place parmi les meilleurs joueurs du monde après plus d’une année perturbée par sa blessure.

Ce retour au premier plan est cependant interrompu par des problèmes autrement plus graves. En 1979, Ashe est victime d’un infarctus alors qu’il anime une séance de tennis à New York. Hospitalisé, il subit à la fin de l’année un quadruple pontage coronarien. Des douleurs persistantes l’empêchent d’envisager sérieusement une reprise de la compétition et il annonce officiellement sa retraite en avril 1980, à 36 ans. Sa carrière ne s’achève donc pas par un lent effacement sportif, mais par une interruption imposée par sa santé, peu après un retour qui avait encore démontré sa capacité à rivaliser avec l’élite.

Du circuit amateur au tennis professionnel

La transition réussie vers l'ère Open

Arthur Ashe, champion amateur des États-Unis en 1968
1968 : Arthur Ashe remporte le championnat des États-Unis amateurs avant de triompher au premier US Open.

L'ouverture du tennis aux professionnels en 1968 constitue un véritable révélateur. Jusqu'alors, Arthur Ashe avait construit sa réputation presque exclusivement sur le circuit amateur, où les plus grandes épreuves demeuraient interdites aux joueurs professionnels. Lorsque les quatre tournois du Grand Chelem ouvrent enfin leurs tableaux à tous les joueurs, beaucoup s'interrogent sur la capacité des meilleurs amateurs à rivaliser avec les anciens professionnels, aguerris depuis des années face à Rod Laver, Ken Rosewall ou Pancho Gonzales.

Ashe dissipe immédiatement les doutes. Encore officiellement amateur et officier dans l'armée américaine, il conserve ce statut afin de pouvoir continuer à obtenir les permissions nécessaires pour disputer les grands tournois et rester éligible à la Coupe Davis. Quelques semaines seulement après le début de l'ère Open, il atteint les demi-finales de Wimbledon, puis remporte l'US Open 1968 en dominant un tableau réunissant, pour la première fois, amateurs et professionnels. Ironie de l'histoire, son statut d'amateur l'empêche même d'encaisser la prime du vainqueur, attribuée au finaliste professionnel Tom Okker.

Cette réussite immédiate n'a rien d'un exploit isolé. Ashe confirme par la suite en remportant l'Open d'Australie en 1970 puis Wimbledon en 1975. À l'inverse de plusieurs grandes figures de l'ancien circuit amateur, comme Roy Emerson, qui ne remportera plus aucun Grand Chelem après l'ouverture des tableaux, Arthur Ashe démontre qu'il appartient pleinement à la même catégorie de champions que Laver, Rosewall ou Newcombe. Il demeure ainsi l'un des joueurs ayant le plus brillamment franchi la frontière entre le tennis amateur et l'ère Open.

Une rivalité atypique

Connors, la revanche parfaite

Jimmy Connors et Arthur Ashe à Johannesburg en 1973
1973 : Connors remporte la finale en Afrique du Sud. Arthur Ashe perdra finalement six de leurs sept confrontations. Mais c'est bien lui qui remportera le match le plus important dans leurs face-à-face.

Parmi toutes les rivalités d'Arthur Ashe, celle qui l'oppose à Jimmy Connors est sans doute la plus paradoxale. Plus jeune de neuf ans, Connors prend rapidement l'ascendant sur son aîné et remporte l'immense majorité de leurs confrontations. Il le prive notamment à deux reprises du titre de Johannesburg, un tournoi auquel Ashe attache une importance toute particulière en raison de son combat contre l'apartheid.

Lorsque les deux hommes se retrouvent en finale de Wimbledon en 1975, Connors est le tenant du titre, le numéro un mondial et le grand favori. Ashe a perdu les trois premiers face-à-face, mais il ne l'a encore jamais affronté dans un tournoi du Grand Chelem. Plutôt que de rivaliser en puissance, il élabore un plan de jeu d'une remarquable intelligence tactique, multipliant les variations de rythme, les balles coupées et les montées au filet. Cette stratégie lui permet de s'imposer et de remporter le plus prestigieux titre de sa carrière.

La rivalité reste pourtant très largement à l'avantage de Connors, qui continuera de dominer leurs confrontations. Et c'est précisément ce qui rend cette victoire de 1975 si singulière : le match dont tout le monde se souvient est celui qu'Arthur Ashe remporte. Dans une rivalité pourtant déséquilibrée, il choisit le moment idéal pour signer la victoire la plus marquante de sa carrière.

Palmarès

58 titres sur toute sa carrière

  • 26 titres amateurs.

Ses 32 titres Open

Grand Chelem Finales WCT Grand tournoi historique

Boston 1968
US Open 1968 Australie 1970
San Francisco 1970
Paris 1970
Charlotte 1971
Stockholm 1971
Louisville 1972
Montréal 1972
Rotterdam 1972
Rome 1972
Chicago 1973
Washington 1973
Bologne 1974
Barcelone 1974
Stockholm 1974
Barcelone 1975
Rotterdam 1975
Munich 1975
Dallas 1975 Stockholm 1975 Wimbledon 1975
Los Angeles 1975
San Francisco 1975
Columbus 1976
Indianapolis 1976
Richmond 1976
Rome 1976
Rotterdam 1976
San Jose 1978
Columbus 1978
Los Angeles 1978
L'honneur du collectif

Coupe Davis

Arthur Ashe avec l'équipe américaine de Coupe Davis en 1963
1963 : premier joueur noir sélectionné en équipe des États-Unis.

S'il a remporté trois titres du Grand Chelem, Arthur Ashe a toujours accordé une importance particulière à la Coupe Davis. Dès 1963, il entre dans l'histoire en devenant le premier joueur noir sélectionné en équipe des États-Unis.

Au fil des années, Ashe devient l'un des piliers de la sélection américaine. Son sang-froid dans les rencontres décisives et sa capacité à élever son niveau de jeu sous la pression contribuent à plusieurs campagnes victorieuses.

Après sa carrière de joueur, son attachement à la Coupe Davis ne faiblit pas. En 1981, il est nommé capitaine de l'équipe américaine. Sous sa direction, les États-Unis remportent le trophée en 1981 puis en 1982.

Arthur Ashe capitaine de l'équipe américaine en 1982
1982 : Arthur Ashe, capitaine de l'équipe américaine victorieuse.

Pour Arthur Ashe, la Coupe Davis incarnait l'idée que le tennis pouvait aussi être une aventure humaine fondée sur la solidarité et le dépassement de soi.

L'homme derrière le champion

Vie privée

Derrière l'image du champion se cache un homme discret, réservé et profondément attaché à sa famille. En 1977, Arthur Ashe épouse la photographe Jeanne Moutoussamy, avec laquelle il partage de nombreuses causes humanitaires. Le couple adopte une fille, Camera, qui devient le centre de leur vie familiale.

Grand amateur de lecture et d'histoire, Ashe nourrit également une véritable passion pour l'écriture. Après sa retraite sportive, il consacre une partie de son temps à des ouvrages consacrés à l'histoire des sportifs afro-américains. Son œuvre monumentale, A Hard Road to Glory, demeure une référence sur le sujet.

Homme de réflexion autant que d'action, Arthur Ashe refuse d'être réduit à son statut de champion de tennis. Il s'investit dans l'éducation, les droits civiques et la santé publique.

Un passeur et un pionnier

Transmettre à son tour

Arthur Ashe et Yannick Noah en double à Wimbledon en 1978
En 1978, Arthur Ashe fait équipe en double à Wimbledon avec son protégé Yannick Noah.

En 1971, lors d'une tournée de promotion du tennis en Afrique avec Charlie Pasarell, Tom Okker et Marty Riessen, Arthur Ashe remarque à Yaoundé un jeune Camerounais de onze ans : Yannick Noah. Impressionné par son talent, il l'encourage, lui offre une raquette et contribue à attirer sur lui l'attention des responsables du tennis français.

Quelques années plus tard, Ashe et Noah joueront même ensemble en double. Après avoir lui-même bénéficié de l'aide de mentors, Ashe devient à son tour celui qui ouvre une porte à un jeune joueur promis à un destin exceptionnel.

Droits humains

Le combat contre l'apartheid

Arthur Ashe aux côtés de Nelson Mandela
Arthur Ashe aux côtés de Nelson Mandela.

L'engagement d'Arthur Ashe ne se limite jamais aux courts de tennis. Dès la fin des années 60, il dénonce ouvertement le régime d'apartheid en Afrique du Sud. Il demande à plusieurs reprises un visa pour participer à l'Open d'Afrique du Sud. Les autorités le lui refusent en raison de sa couleur de peau.

Après plusieurs années de démarches, Ashe est finalement autorisé à participer au tournoi en 1973. Il profite de sa présence sur place pour rencontrer des joueurs et des responsables noirs, dénoncer les discriminations et plaider en faveur d'un accès égal au sport.

En 1985, il est arrêté devant l'ambassade d'Afrique du Sud à Washington lors d'une manifestation contre l'apartheid. Sans jamais chercher à devenir un homme politique, Arthur Ashe met sa notoriété au service des droits humains.

Son dernier combat

Le combat contre le sida

Arthur Ashe engagé dans la lutte contre le sida

En 1983, quelques années après avoir pris sa retraite, Arthur Ashe subit une opération à cœur ouvert. Une seconde intervention est pratiquée en 1988. C'est à l'occasion de ces transfusions sanguines qu'il est contaminé par le virus du VIH.

Pendant plusieurs années, Ashe choisit de garder cette information dans la sphère privée. Mais en 1992, apprenant qu'un journal s'apprête à révéler son état de santé, il décide d'annoncer lui-même publiquement sa séropositivité.

À une époque où le sida est encore entouré de peur, de préjugés et de désinformation, Arthur Ashe crée la Arthur Ashe Foundation for the Defeat of AIDS, afin de soutenir la recherche, l'information et l'accompagnement des personnes touchées par la maladie.

Affaibli physiquement mais toujours animé par le même sens du devoir, il poursuit cet engagement jusqu'à la fin de sa vie.

Un héritage universel

Postérité

L'Arthur Ashe Stadium à New York
Le mythique Arthur Ashe Stadium, le plus grand stade de tennis du monde.

Arthur Ashe s'éteint le 6 février 1993, à seulement 49 ans, des suites de complications liées au sida. Sa disparition provoque une immense émotion aux États-Unis comme dans le monde entier.

Son héritage demeure pourtant omniprésent. Depuis 1997, le plus grand stade de tennis du monde porte son nom : l'Arthur Ashe Stadium, enceinte principale de l'US Open.

Son nom reste également associé à de nombreuses actions en faveur de l'éducation, de la lutte contre les discriminations et de la recherche contre le sida. Chaque année, l'ATP décerne le Arthur Ashe Humanitarian Award, tandis que l'ESPN remet l'Arthur Ashe Courage Award.

Plus de trente ans après sa disparition, Arthur Ashe continue d'incarner une idée exigeante du sport : celle d'un champion capable de remporter les plus grands titres sans jamais renoncer à ses convictions.

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Date de dernière mise à jour : 11/10/2026