Tennis Chron'open
Iran
droitier - revers à une main

MansourBahrami

Le destin contrarié d'un artiste
Mansour Bahrami

Prodige du tennis iranien, Mansour Bahrami semblait promis à un destin exceptionnel. Mais les bouleversements politiques de son pays en décident autrement. Contraint de mettre sa carrière entre parenthèses au moment où tout devait commencer, il réinvente peu à peu son destin jusqu'à devenir l'un des plus grands ambassadeurs du tennis. Son parcours est sans doute l'un des plus singuliers que ce sport ait connus.

1988n°192 mondial
Naissance 26 avril 1956
Style de jeu

L'art de faire sourire le tennis

Mansour Bahrami avec Roger Federer et Jimmy Connors
Avant de devenir l'un des plus prodigieux ramasseurs de balles, Mansour avait rendez-vous avec Connors et un jeune ramasseur ... de Bâle, prénommé Roger. Vous le reconnaissez ?

Chez Mansour Bahrami, le tennis est autant un spectacle qu'un sport. Doté d'un toucher de balle exceptionnel et d'une créativité sans limite, il transforme chaque échange en démonstration d'adresse et d'imagination. Amorties improbables, lobs millimétrés, volées réflexes ou coups exécutés dans des positions insolites : son inspiration semble inépuisable.

Derrière cette fantaisie se cache pourtant un joueur doté d'une technique remarquable. Bahrami masque parfaitement ses intentions, trouve des angles étonnants et possède une qualité de main qui fait merveille au filet. Son sens de l'anticipation et sa lecture du jeu lui permettent de déstabiliser ses adversaires sans s'appuyer sur la puissance, privilégiant les variations de rythme et la finesse d'exécution.

Si son talent n'a jamais pu pleinement s'exprimer sur le circuit professionnel en raison des circonstances qui ont bouleversé le début de sa carrière, il trouve une reconnaissance mondiale dans les exhibitions. Aux côtés des plus grands champions, il devient l'un des joueurs les plus appréciés du public, capable d'enchaîner les gestes les plus spectaculaires tout en conservant une précision technique impressionnante.

Plus qu'un compétiteur, Mansour Bahrami restera l'un des plus grands artistes que le tennis ait connus, prouvant qu'un court peut aussi être une scène où le talent se conjugue avec le plaisir de jouer.

Toucher Créativité Amorties Volée Spectacle
de 1971 à aujourd'hui

Sa carrière

1971-1978

Les débuts en Iran

Mansour Bahrami lors de ses années iraniennes
Années 1970 : les débuts de Mansour Bahrami dans le tennis iranien.

Né le 26 avril 1956 à Téhéran, Mansour Bahrami découvre le tennis presque par hasard. Son père travaille comme jardinier dans un club de la capitale iranienne, où le jeune garçon passe des heures à observer les joueurs. Sa famille n'ayant pas les moyens de lui acheter une raquette, il improvise avec les moyens du bord, frappant la balle à l'aide d'ustensiles de cuisine ou d'objets de fortune. Cette enfance atypique développe chez lui une coordination exceptionnelle et une créativité qui deviendront sa marque de fabrique.

Son talent ne tarde pas à éclater au grand jour. Très vite, Bahrami domine les compétitions nationales chez les jeunes et intègre l'équipe d'Iran de Coupe Davis alors qu'il est encore adolescent. À une époque où le tennis iranien connaît son âge d'or, il apparaît comme l'un des plus grands espoirs du pays et semble destiné à une brillante carrière internationale.

Mais alors que les portes du circuit professionnel commencent à s'ouvrir devant lui, les bouleversements politiques qui frappent l'Iran viennent brutalement interrompre cet élan.

1979

La révolution qui bouleverse tout

Mansour Bahrami pendant la période de rupture avec le circuit
1979 : la révolution iranienne interrompt brutalement l'élan sportif de Mansour Bahrami.

Alors que Mansour Bahrami s'apprête à franchir un cap dans sa carrière, la révolution iranienne de 1979 vient brutalement bouleverser son destin. Le nouveau régime considère le tennis comme un sport associé à l'Occident et interdit sa pratique pendant plusieurs années. Les courts sont fermés, les compétitions disparaissent et l'équipe nationale est dissoute.

À seulement 23 ans, l'âge où la plupart des joueurs commencent à s'imposer sur le circuit international, Bahrami se retrouve privé de compétition. Pour subvenir à ses besoins, il enchaîne les petits emplois, notamment comme professeur de tennis, tout en voyant ses ambitions sportives s'éloigner un peu plus chaque année.

Pendant que le tennis iranien est quasiment réduit au silence, les années passent inexorablement. Nés tous deux au printemps 1956, Mansour Bahrami et Björn Borg sont exactement de la même génération. Pourtant, leurs carrières donnent l'impression de ne pas appartenir à la même époque. Tandis qu'à 25 ans, le Suédois a déjà conquis ses onze titres du Grand Chelem, Bahrami, lui, n'a même pas encore eu l'occasion de véritablement lancer sa carrière. Ce contraste illustre à lui seul les années que les bouleversements politiques ont volées au joueur iranien.

Comprenant qu'il ne pourra plus construire son avenir dans son pays, Bahrami prend alors une décision aussi difficile que décisive : quitter l'Iran pour tenter sa chance en France.

1980-1987

L'exil et les années de galère

Mansour Bahrami en France avant son retour au circuit
Début des années 1980 : l'installation en France et les années d'attente avant le retour à la compétition.

Au début des années 1980, Mansour Bahrami s'installe en France avec l'espoir de relancer une carrière que les événements ont brutalement interrompue. Mais tout est à reconstruire. Sans véritable soutien financier et confronté à de nombreuses difficultés administratives, il doit patienter plusieurs années avant d'obtenir le statut qui lui permet de reprendre pleinement la compétition internationale.

Pour vivre, Bahrami multiplie les petits emplois dans les clubs de tennis, où il enseigne tout en continuant à s'entraîner dès qu'il en a l'occasion. Malgré ces conditions précaires, il ne renonce jamais à son rêve de retrouver le circuit professionnel. Son talent, lui, est resté intact.

Lorsqu'il peut enfin reprendre la compétition, il a déjà dépassé l'âge auquel la plupart des joueurs atteignent leur meilleur niveau. Pourtant, grâce à une détermination hors du commun, il parvient progressivement à se faire une place sur le circuit, là où beaucoup auraient depuis longtemps abandonné.

1988-1995

Une carrière enfin lancée

Mansour Bahrami à Roland-Garros en double
Roland-Garros 1989 : Mansour Bahrami atteint la finale du double avec Éric Winogradsky.

Après de longues années d'attente, Mansour Bahrami peut enfin se consacrer pleinement à sa carrière professionnelle. Malgré un retard considérable sur les meilleurs joueurs de sa génération, il parvient à intégrer le circuit ATP grâce à son talent, son intelligence de jeu et son exceptionnel toucher de balle.

En simple, il ne parvient jamais à s'imposer parmi l'élite mondiale et atteint son meilleur classement en mai 1988, à la 192e place. En double il atteint la finale de Roland-Garros en 1989 aux côtés du Français Éric Winogradsky. Battue par le duo Jim Grabb - Patrick McEnroe, la paire franco-iranienne signe néanmoins la plus belle performance de la carrière sportive de Bahrami.

Si son palmarès demeure modeste, il gagne en revanche l'admiration de ses pairs. Tous reconnaissent en lui un joueur au talent exceptionnel, conscients que sa carrière a été profondément perturbée par les événements politiques qui ont frappé son pays.

1995-...

Le Trophée des Légendes, c'est lui !

Mansour Bahrami au Trophée des Légendes avec John McEnroe
À l'origine du Trophée des Légendes à Roland-Garros, Mansour Bahrami en est devenu l'une des figures emblématiques. Son initiative a contribué à réunir de nombreuses anciennes gloires du tennis, parmi lesquelles John McEnroe, dont on devine ici la silhouette à l'arrière-plan.

Lorsqu'il met un terme à sa carrière professionnelle en 1995, Mansour Bahrami est loin d'avoir quitté les courts. Il trouve dans les tournois d'exhibition le terrain d'expression idéal pour son talent, son imagination et son sens inné du spectacle.

Jongles avec la balle, services improbables, coups derrière le dos, imitations de Boris Becker ou de John McEnroe : Bahrami transforme chacune de ses apparitions en un véritable numéro d'artiste, sans jamais sacrifier la qualité de son tennis. Derrière l'humour se cache toujours une technique remarquable, qui lui permet de réussir des gestes que peu de joueurs seraient capables d'exécuter.

En 1997, il lance le Trophée des Légendes à Roland-Garros, une compétition réunissant d'anciens grands champions. Aux côtés de joueurs comme McEnroe, Wilander, Edberg, Noah, Leconte ou Forget, il devient rapidement la figure emblématique de ces exhibitions, où le public vient autant admirer son toucher de balle que partager ses éclats de rire.

Plus qu'un ancien joueur professionnel, Mansour Bahrami s'impose au fil des années comme l'un des plus grands ambassadeurs du tennis. Son parcours rappelle que l'on peut entrer dans l'histoire de ce sport non seulement par les victoires, mais aussi par la fantaisie et les émotions que l'on transmet.

Palmarès

La vitrine vide

Mansour Bahrami à Roland-Garros en 1988
En 1988, Bahrami semble sérieux quand il dispute le simple messieurs à Roland Garros, mais il a déjà une autre philosophie du tennis, lui donnant une dimension burlesque. Il est là pour s'amuser.

Mansour Bahrami a su s'adapter à un contexte particulièrement défavorable. D'une conjoncture qui aurait pu briser définitivement sa carrière, il a su faire une force. Privé des années qui auraient dû le conduire vers les sommets, Mansour Bahrami a trouvé une autre manière de marquer l'histoire du tennis.

Et puisque sa vitrine est restée vide de trophées, personne ne pourra lui reprocher d'en avoir « trop fait ».

Date de dernière mise à jour : 11/10/2026