Tennis Chron'open
Chron'Open
Allemagne
droitier - revers à une main

BorisBecker

Le prodige qui a changé Wimbledon
Boris Becker

Il y a des champions qui donnent l'impression d'avoir été fabriqués pour un court précis. Becker, avec son service lancé à pleine puissance, ses plongeons, son poing serré et sa manière de transformer le Centre Court en arène, semblait avoir été construit pour Wimbledon. Derrière le surnom de « Boum-Boum » se cachait pourtant un joueur plus complet et plus cérébral qu'il n'y paraît, capable de vivre avec une pression immense et de rester dangereux au milieu de plusieurs générations.

6Grands Chelems
49Titres ATP
1991N°1 mondial
2Coupes Davis
NAISSANCE 22 novembre 1967
L'essentiel

Les 6 couronnes

Wimbledon, New York, Melbourne : le bombardier Becker a conquis ses titres majeurs par territoires successifs, d'abord en maître du gazon londonien, puis en champion capable d'étendre son pouvoir au dur.

Formation

Le garçon de Leimen

Portrait du jeune Boris Becker en 1981
1981 : encore adolescent, Boris Becker est déjà engagé dans la filière de formation du tennis ouest-allemand.

Becker grandit à Leimen, dans le Bade-Wurtemberg, au cœur d'un environnement où le tennis devient très tôt une affaire sérieuse. Son premier entraîneur est Boris Breskvar, qui l'accompagne au TC Blau-Weiß Leimen avant son intégration dans les structures fédérales ouest-allemandes. Dans la même région grandit une autre future immense championne, Steffi Graf, avec laquelle il lui arrive de s'entraîner.

Boris Becker à la Coupe Jean-Borotra en 1983
Coupe Jean-Borotra 1983 : Boris Becker représente la RFA dans la compétition européenne junior par équipes.

Champion précoce chez les jeunes, Becker se fait remarquer dans les grands rendez-vous juniors, notamment à l'Orange Bowl. Sa progression est si rapide qu'il quitte l'école pour se consacrer au tennis. En 1984, à 16 ans, il se qualifie pour Wimbledon, gagne ses deux premiers matches du tableau principal avant d'abandonner au troisième tour, puis atteint les quarts de finale de l'Open d'Australie, alors encore disputé sur gazon. Le phénomène n'est pas encore mondial, mais il est déjà lancé.

Entourage

Les hommes de l'ombre

La carrière de Becker a été jalonnée de changements d'entraîneurs, parfois brusques. Son premier grand socle vient de Leimen ; Bob Brett construit ensuite le Becker adulte de la fin des années 1980 ; les années 1990 voient se succéder plusieurs techniciens à mesure qu'il cherche à adapter son jeu et son corps à une nouvelle génération.

Ses mentors

Boris BreskvarPremier entraîneur et formateur à Leimen, jusqu'en 1984
Günther BoschCoach au moment de l'explosion, 1984-début 1987
Bob BrettCoach de novembre 1987 à février 1991
Nikola PilicBrève transition en 1991 ; capitaine des équipes allemandes victorieuses en Coupe Davis
Tomás SmídCoach en 1991-1992
Eric JelenEntraîneur ponctuel en 1992 puis de nouveau en 1993
Günter BresnikCoach de 1992 à mai 1993
Nick BollettieriCoach de la fin 1993 à l'été 1995
Mike DePalmerCoach à partir d'août 1995
Ion ȚiriacManager, conseiller et personnage central de son entourage jusqu'en 1993
Identité tennistique

Style de jeu

Le surnom « Boum-Boum » vient d'abord du service. Becker lançait tout son corps dans la frappe, avec une détente explosive et une première balle lourde, mais sa vraie singularité tenait aussi à la deuxième : il acceptait de la frapper très fort, quitte à vivre avec le risque de double faute. Sur les surfaces rapides, cette mise en jeu lui donnait immédiatement le contrôle de l'échange et lui ouvrait le filet.

Boris Becker

À la volée, Becker n'avait pas la pureté gestuelle d'Edberg, mais il compensait par l'explosivité, l'instinct et une capacité spectaculaire à couvrir le filet. Ses plongeons - parfois suivis d'une roulade - sont devenus une signature. Son coup droit pouvait faire très mal et son revers à une main était plus solide qu'on ne le résume souvent. En retour, il savait bloquer très tôt la balle, notamment côté revers, pour transformer immédiatement la défense en attaque.

Avec les années, il est devenu moins dépendant du seul service-volée. Il pouvait tenir l'échange du fond, varier davantage et jouer de façon beaucoup plus tactique que son image de bombardier ne le laisse penser. Son terrain idéal restait toutefois le gazon et surtout l'indoor rapide : la terre battue lui demandait plus de patience, de glissade et d'endurance latérale, trois domaines moins naturels pour son jeu d'explosion. Son autre arme était mentale : Becker aimait les grands matches, le bruit, la tension et la sensation de jouer sous pression.

de 1984 à 1999

Sa carrière

Boris Becker à Wimbledon en 1984
Wimbledon 1984 : à 16 ans, Boris Becker traverse les qualifications puis remporte ses deux premiers matches dans le tableau principal.
1984

Les premiers pas d'un prodige

Becker arrive sur le circuit avec un tennis qui paraît déjà fait pour les surfaces rapides. À Wimbledon, il doit passer par les qualifications mais gagne ses deux premiers matches du tableau principal, à seulement 16 ans.

Boris Becker évacué après sa blessure à Wimbledon en 1984
Wimbledon 1984 : une blessure à la cheville interrompt son troisième tour contre Bill Scanlon, un an avant son premier sacre.

Son aventure s'arrête au troisième tour contre Bill Scanlon lorsqu'il doit abandonner, mais le tournoi a déjà repéré ce grand rouquin qui sert fort, monte sans hésiter et joue comme s'il n'avait peur de rien.

Quelques mois plus tard, l'Open d'Australie, encore joué sur le gazon de Kooyong, confirme que l'épisode londonien n'était pas un accident : Becker atteint les quarts de finale. Il n'a encore aucun titre sur le grand circuit, mais il termine l'année avec l'allure d'un joueur appelé à grimper très vite.

Boris Becker à Wimbledon 1985
Wimbledon 1985 : le séisme Becker.
1985

Le phénomène Becker

Le déclic survient au Queen's, où Becker remporte son premier grand tournoi quelques semaines avant Wimbledon. À Londres, il n'est pas tête de série malgré son entrée dans le top 20. Son parcours est tout sauf une promenade : Joakim Nyström sert deux fois pour le match, Tim Mayotte le pousse en cinq sets et Becker se tord la cheville au cours de leur rencontre. Il refuse pourtant de disparaître et continue d'attaquer.

En finale, il bat Kevin Curren 6/3 6/7 7/6 6/4. À 17 ans et 227 jours, il devient le plus jeune champion du simple messieurs à Wimbledon, le premier Allemand vainqueur et le premier joueur non tête de série à soulever le trophée. Le tennis allemand bascule instantanément dans une autre dimension : Becker n'est plus un espoir, mais un phénomène national.

Boris Becker accueilli en héros après Wimbledon 1985
Été 1985 : l'adolescent devenu champion de Wimbledon est accueilli en héros à son retour en Allemagne.

Il ne s'arrête pas là et gagne aussi Cincinnati, face à Mats Wilander en finale. L'année se termine au 6e rang mondial. En quelques mois, un adolescent encore inconnu du grand public est devenu l'un des visages du tennis.

Boris Becker reçoit le trophée de Wimbledon en 1986
Wimbledon 1986 : Jean Borotra remet le trophée à Boris Becker, vainqueur d'Ivan Lendl et champion pour la deuxième année consécutive.
1986-1987

Confirmer, puis apprendre à perdre

En 1986, Becker revient à Wimbledon avec une pression immense et répond de la manière la plus nette : il ne perd que deux sets pendant tout le tournoi et domine Ivan Lendl en finale. Il conserve ainsi le titre londonien et termine la saison n°2 mondial derrière Lendl. Ses victoires à Toronto, Sydney et Paris-Bercy montrent déjà que son jeu dépasse largement le seul gazon.

Boris Becker et Peter Doohan à Wimbledon en 1987
Wimbledon 1987 : Peter Doohan vient d'infliger au double tenant du titre l'une des défaites les plus retentissantes du tournoi.

1987 est plus heurtée. La séparation avec Günther Bosch, les pépins physiques et le poids des attentes rendent la saison moins stable. Becker atteint pourtant pour la première fois les demi-finales de Roland-Garros, preuve qu'il peut survivre très loin sur sa surface la moins naturelle, puis gagne de nouveau le Queen's. À Wimbledon, en revanche, Peter Doohan le fait tomber dès le deuxième tour : l'une des plus grosses surprises de l'histoire récente du tournoi.

Cette année-là offre aussi l'un des matches qui forgent sa légende en Coupe Davis. À Hartford, face à John McEnroe, Becker gagne après 6 h 21 de combat. Le match ne lui apporte aucun trophée majeur, mais il confirme quelque chose de fondamental : dans les rencontres où l'intensité devient presque physique, Becker est chez lui.

L'équipe d'Allemagne de l'Ouest victorieuse de la Coupe Davis 1988
Göteborg 1988 : Boris Becker, à gauche, et l'équipe ouest-allemande célèbrent la première Coupe Davis remportée par leur pays.
1988

Bob Brett remet la machine en ordre

Avec Bob Brett, Becker retrouve une discipline de travail plus rigoureuse. Les résultats reviennent immédiatement : il gagne notamment Indian Wells, Dallas, le Queen's, Indianapolis, Tokyo et Stockholm, puis retrouve la finale de Wimbledon. Stefan Edberg l'y bat en quatre sets et ouvre un feuilleton qui va bientôt devenir l'une des grandes rivalités de la fin des années 1980.

La fin d'année est énorme. En finale du Masters, Becker bat Ivan Lendl au bout de cinq sets, le dernier tie-break se terminant sur une balle qui touche le filet avant de mourir du bon côté. Surtout, l'Allemagne de l'Ouest remporte enfin la Coupe Davis. À Göteborg, sur terre battue indoor, Becker bat Edberg en simple puis gagne avec Eric Jelen le double qui assure le titre après avoir été mené deux sets à zéro.

Pour Becker, 1988 marque le passage du prodige au patron. Il n'est plus seulement celui qui peut gagner Wimbledon : il est désormais capable de porter une équipe nationale, de battre les meilleurs en indoor et de répondre présent sur toute une saison.

Boris Becker contre Derrick Rostagno à l'US Open 1989
US Open 1989 : deux balles de match sauvées face à Derrick Rostagno avant le titre.
1989

L'année majuscule

1989 est la saison la plus accomplie de sa carrière. À Wimbledon, Becker retrouve Edberg en finale et le domine cette fois nettement. Quelques semaines plus tard, il conquiert l'US Open, son premier Grand Chelem hors de Londres. Le parcours aurait pourtant pu s'arrêter très tôt : au deuxième tour, Derrick Rostagno obtient deux balles de match avant de voir Becker s'en sortir.

En finale à New York, il bat le n°1 mondial Ivan Lendl en quatre sets. Becker réalise ainsi le doublé Wimbledon-US Open et s'installe, sportivement, comme l'homme fort de l'année. Il termine pourtant encore n°2 au classement ATP derrière Lendl, paradoxe qui résume bien sa carrière : souvent considéré comme le meilleur dans les grands rendez-vous, il n'a pas encore conquis la première place informatique.

En décembre, l'Allemagne conserve la Coupe Davis face à la Suède. Becker bat Edberg puis Wilander en trois sets et termine une deuxième campagne consécutive invaincu en simple. L'ITF le désigne champion du monde pour 1989.

Boris Becker à l'Open d'Australie 1991
Australie 1991 : Becker gagne enfin la bataille du classement.
1990-1991

Enfin n°1 mondial

En 1990, Becker reste au sommet sans ajouter de Grand Chelem. Il remporte cinq tournois et dispute une troisième finale consécutive contre Edberg à Wimbledon. Mené deux sets à zéro, il revient à hauteur avant que le Suédois ne lui arrache le cinquième set. Becker termine pour la troisième fois une saison au 2e rang mondial.

Le verrou saute à Melbourne en janvier 1991. En finale de l'Open d'Australie, Becker renverse Ivan Lendl après avoir perdu le premier set et s'impose 1/6 6/4 6/4 6/4. Le 28 janvier, presque six ans après son premier Wimbledon, il devient enfin n°1 mondial. Son règne sera bref mais réel : trois semaines d'abord, puis neuf autres à partir de juillet, soit 12 semaines au total.

La saison reste contrastée. Il atteint une troisième demi-finale à Roland-Garros, puis une nouvelle finale à Wimbledon. Mais cette fois, ce n'est ni Lendl ni Edberg qui lui barre la route : Michael Stich gagne la première finale de Wimbledon entièrement allemande. Becker a enfin atteint le sommet du classement au moment même où un rival plus jeune surgit dans son propre pays.

Michael Stich et Boris Becker médaillés d'or aux Jeux olympiques de 1992
Barcelone 1992 : rivaux sur le circuit, Michael Stich et Boris Becker réunissent leurs forces pour conquérir l'or olympique en double.
1992-1993

Or olympique, Masters et turbulence

Becker ne domine plus le circuit comme à la fin des années 1980, mais il reste capable de produire des semaines extraordinaires. En 1992, il remporte le Masters de fin d'année en battant Jim Courier, alors n°1 mondial, en finale. Cette même saison, il gagne Paris-Bercy et renverse Courier à Bruxelles après avoir été mené deux sets à zéro.

Aux Jeux olympiques de Barcelone, l'histoire prend une tournure inattendue. Becker et Michael Stich, rivaux et personnalités difficiles à associer, s'alignent ensemble en double. Ils trouvent pourtant le moyen de fonctionner et décrochent la médaille d'or face aux Sud-Africains Wayne Ferreira et Piet Norval. Ce titre reste l'un des épisodes les plus singuliers de leurs relations.

En 1993, le classement recule et les changements d'entourage se multiplient. Becker gagne encore Doha et Milan, et reste redoutable à Wimbledon où il atteint les demi-finales, mais l'époque a changé : Sampras et Courier occupent le devant de la scène tandis qu'une nouvelle génération impose déjà un autre rythme. Becker doit apprendre à redevenir le chasseur.

Boris Becker au Masters 1995
1995 : Becker redevient un acteur majeur des grands rendez-vous.
1994-1995

Le vieux lion n'a que 27 ans

Le retour commence réellement en 1994. À Stockholm, Becker réussit un exploit exceptionnel : il bat successivement Michael Stich, n°3 mondial, Pete Sampras, n°1, puis Goran Ivanisevic, n°2, devenant le premier joueur de l'ère Open à vaincre les trois premiers mondiaux dans le même tournoi. Il atteint également la finale du Masters, perdue contre Sampras.

En 1995, il redevient l'un des hommes des très grands rendez-vous. À Monte-Carlo, il passe tout près de gagner enfin un titre sur terre battue : deux sets à zéro et deux balles de titre contre Thomas Muster ne suffisent pas. À Wimbledon, il élimine Andre Agassi, alors n°1 mondial, en demi-finale avant de céder contre Sampras en finale. Quelques semaines plus tard, Agassi prend sa revanche en demi-finale de l'US Open.

La saison s'achève sur une victoire au Masters, sa troisième, face à Michael Chang. Dix ans après son premier Wimbledon, Becker n'a plus la fraîcheur du prodige, mais son jeu indoor, son service et son goût des grands matches le maintiennent au niveau des meilleurs.

Boris Becker et Michael Chang à l'Open d'Australie 1996
Open d'Australie 1996 : Michael Chang retrouve Boris Becker au filet après la finale qui offre à l'Allemand sa sixième et dernière couronne majeure.
1996

Le dernier grand millésime

À 28 ans, Becker retrouve un titre du Grand Chelem en Australie. En finale, il impose son attaque à Michael Chang et décroche sa sixième couronne majeure. Quelques mois plus tard, il gagne encore le Queen's en battant Edberg. Tout semble alors réuni pour un nouveau grand Wimbledon, mais une blessure au poignet droit le force à abandonner dès le troisième tour contre Neville Godwin.

L'automne est remarquable. À Stuttgart, Becker bat Pete Sampras au terme d'une finale en cinq sets. Au Masters, les deux hommes se retrouvent pour une nouvelle bataille, encore plus spectaculaire : près de quatre heures, cinq sets et une qualité de jeu qui reste l'un des sommets de leur rivalité. Cette fois, Sampras gagne 3/6 7/6 7/6 6/7 6/4.

Becker termine l'année en remportant la Coupe du Grand Chelem contre Goran Ivanisevic, son 49e et dernier titre en simple. Sa carrière ne s'arrête pas encore, mais son dernier grand chapitre victorieux est écrit.

Boris Becker et Pete Sampras à Wimbledon en 1997
Wimbledon 1997 : Pete Sampras arrête Boris Becker en quarts de finale, lors de ce qui semble alors devoir être son dernier tournoi du Grand Chelem.
1997-1999

Les adieux au « salon »

En 1997, Becker reste capable de produire de beaux parcours ponctuels, notamment à Wimbledon où il atteint les quarts de finale avant de s'incliner contre Sampras. Il annonce alors qu'il ne reviendra plus dans les tournois du Grand Chelem. La décision paraît logique : son calendrier s'allège, son corps réclame davantage de récupération et il n'a plus envie de vivre la saison entière au rythme du circuit.

Mais Wimbledon est trop important pour une sortie aussi définitive. Après avoir manqué l'édition 1998, Becker revient en 1999 pour un dernier passage. Classé loin des meilleurs, il sauve trois balles de match dès le premier tour contre Miles Maclagan, puis bat Nicolas Kiefer et le jeune Lleyton Hewitt. Le parcours s'arrête en huitièmes de finale face à Patrick Rafter, 6/3 6/2 6/3.

Boris Becker salue le public après son match contre Patrick Rafter à Wimbledon en 1999
Wimbledon 1999 : battu par Patrick Rafter pour son dernier match, Boris Becker salue une dernière fois le public de son « salon ».

Cette fois, l'adieu est réel. Becker quitte le Centre Court après 15 participations au tableau principal, 71 victoires et 12 défaites à Wimbledon. Il avait appelé ce court son « salon ». C'est bien là, quatorze ans après l'explosion de 1985, que sa carrière de joueur trouve sa fin naturelle.

Le territoire interdit

La terre battue : si près, jamais conquise

Becker n'a jamais remporté un seul de ses 49 titres en simple sur terre battue. Ce constat colle parfaitement à son image de joueur de surfaces rapides, mais il peut être trompeur : à Roland-Garros, il a atteint trois fois les demi-finales, en 1987, 1989 et 1991. Il y a notamment battu des joueurs capables de l'obliger à construire beaucoup plus les points qu'il ne le faisait sur gazon ou en indoor.

Thomas Muster et Boris Becker après la finale de Monte-Carlo 1995
Monte-Carlo 1995 : Thomas Muster pose avec le trophée tandis que Boris Becker reçoit le plateau du finaliste, après avoir laissé échapper deux balles de titre.

Sa meilleure occasion de gagner un grand tournoi sur terre survient à Monte-Carlo en 1995. Face à Thomas Muster, alors lancé dans une saison exceptionnelle sur l'ocre, Becker mène deux sets à zéro et obtient deux balles de titre avant de s'incliner 6/4 7/5 1/6 6/7 0/6. L'épisode résume son rapport à la surface : suffisamment bon pour menacer les meilleurs, jamais tout à fait assez naturel pour aller au bout.

Son paradoxe est encore renforcé par la Coupe Davis 1988 : c'est sur terre battue indoor, à Göteborg, qu'il livre l'un des week-ends les plus importants de sa carrière en dominant Edberg puis en remportant le double décisif. Becker n'était donc pas mauvais sur terre ; il était simplement beaucoup plus exceptionnel ailleurs.

Équipe nationale

Becker en Coupe Davis : presque imprenable

La Coupe Davis occupe une place à part dans sa carrière. Son bilan en simple y est exceptionnel : 38 victoires pour seulement 3 défaites. En 1988, il réalise une campagne parfaite en simple, puis recommence en 1989. L'Allemagne remporte les deux éditions et Becker en est le point d'appui central.

John McEnroe et Boris Becker après leur match de Coupe Davis à Hartford en 1987
Hartford 1987 : John McEnroe et Boris Becker se retrouvent au filet après 6 h 21 de jeu, au terme de l'un des matches les plus longs et les plus marquants de la Coupe Davis.

Le match le plus célèbre n'est pourtant pas une finale. En 1987, lors d'un barrage à Hartford contre les États-Unis, Becker affronte John McEnroe pendant 6 h 21. Il finit par gagner en cinq sets, dans un duel qui devient immédiatement l'un des monuments de l'histoire de la compétition. Un an plus tard, à Göteborg, il bat Edberg en simple puis renverse avec Eric Jelen le double contre Edberg et Anders Järryd après avoir perdu les deux premières manches.

En 1989, devant le public allemand à Stuttgart, il bat encore Edberg puis Wilander en simple et offre à son pays un deuxième Saladier d'argent consécutif. Becker n'a pas seulement fait exploser l'intérêt du tennis en Allemagne par ses exploits individuels : il a aussi donné au pays ses deux premiers triomphes en Coupe Davis.

LE BAROMèTRE

À Wimbledon, c'était l'homme à battre

Baromètre de Boris Becker à Wimbledon entre 1985 et 1993

Entre 1985 et 1993, hormis l'accident de parcours de 1987, où il s'incline dès le deuxième tour face à Peter Doohan, Wimbledon ne peut pas se gagner sans éliminer Boris Becker. Trois fois, l'Allemand soulève le trophée durant cette période (1985, 1986 et 1989). Et celui qui parvient à le faire tomber est systématiquement récompensé en repartant avec le trophée : Stefan Edberg en 1988 et 1990, Michael Stich en 1991, Andre Agassi en 1992, puis Pete Sampras en 1993.

Rivalité

Vingt ans avant les Fedal... les Beckberg !

L'explosion allemande face à l'élégance suédoise.

En 1985, Boris Becker et Stefan Edberg ouvrent ensemble un nouveau chapitre de l'histoire du tennis. L'Allemand s'impose à Wimbledon à seulement 17 ans, tandis que le Suédois décroche son premier titre du Grand Chelem quelques mois plus tard à l'Open d'Australie. Pendant près d'une décennie, ils incarnent les deux grandes figures du service-volée et se partagent une grande partie des plus beaux rendez-vous. Leurs trois finales de Wimbledon entre 1988 et 1990 deviennent le symbole de leur opposition : Becker mise sur la puissance, l'explosivité et des plongeons devenus sa signature ; Edberg répond par une technique épurée, une volée d'une précision remarquable et une élégance presque naturelle.

La tactique du chasseur
Leur rivalité ne se résume pourtant pas à leurs confrontations directes. Tous deux remportent six titres du Grand Chelem, aucun à Roland-Garros, et construisent leur palmarès selon une logique étonnamment similaire : une fois un nouveau tournoi majeur conquis, ils ne reviennent plus gagner le précédent. Becker règne d'abord sur Wimbledon avant de s'ouvrir les portes de New York, puis de Melbourne. Edberg suit une trajectoire comparable, passant de l'Australie à Wimbledon, puis à l'US Open. L'un comme l'autre semblent épuiser toute leur ambition sur un tournoi avant de déplacer leur regard vers un autre, comme s'ils avaient fait leur cet adage : on ne court pas deux lièvres à la fois. Cet art de tourner la page qu'ils partagent avec le même "talent" renforce encore le caractère unique de leur duel, l'un des plus marquants de l'ère Open. 

 

Becker et Edberg

Becker
PUISSANCE · EXPLOSION
SERVICE · PLONGEONS
Edberg
ÉLÉGANCE · FLUIDITÉ
SERVICE-VOLÉE
PRÉCISION · TEMPO
Les grands rendez-vous

Le roi des régicides

Boris Becker a longtemps détenu le record de victoires contre un n°1 mondial en exercice. Il en compte 19, total aujourd'hui dépassé par Rafael Nadal. Ces 19 succès ont été obtenus contre six patrons différents du classement : Ivan Lendl, Mats Wilander, Stefan Edberg, Jim Courier, Pete Sampras et Andre Agassi. Ce chiffre est d'autant plus marquant que Becker n'a lui-même passé que 12 semaines au sommet, toutes en 1991 : pendant l'essentiel de sa carrière, il a davantage joué le rôle du régicide que celui du roi.

Le premier chiffre correspond au nombre cumulé de victoires de Becker contre des n°1 mondiaux.
Le chiffre entre parenthèses indique son classement ATP au moment du match.

Après la raquette

De champion à entraîneur de champion

Après sa retraite, Becker reste très présent dans le tennis : consultant, notamment pour la BBC à Wimbledon, puis intronisé à l'International Tennis Hall of Fame en 2003. Sa connaissance des grands matches et de la pression du très haut niveau lui donne une deuxième carrière naturelle dans l'analyse et le conseil.

Fin 2013, il rejoint l'équipe de Novak Djokovic et travaille avec lui pendant les saisons 2014 à 2016, aux côtés notamment de Marian Vajda. La période est l'une des plus fortes de la carrière du Serbe : 25 titres, dont six Grands Chelems - avec Roland-Garros 2016 - et 14 Masters 1000. Lorsque les deux hommes se séparent en décembre 2016, Djokovic vient notamment de réussir à détenir simultanément les quatre titres majeurs.

Boris Becker entraîneur de Novak Djokovic
Controverses

La part d'ombre

La vie d'après-carrière de Becker est aussi marquée par des affaires financières et judiciaires. En Allemagne, il est reconnu coupable de fraude fiscale en 2002 et condamné à deux ans de prison avec sursis ainsi qu'à une amende. En 2017, il est déclaré en faillite au Royaume-Uni, où il vivait alors.

Boris Becker après sa carrière

En 2019, les administrateurs de sa faillite font vendre aux enchères 82 lots de souvenirs de carrière : trophées et répliques, médailles, raquettes, montres et photographies. La vente rapporte environ 687 000 livres ; la pièce la plus chère est une réplique grandeur nature en argent du trophée de l'US Open 1989, adjugée 150 250 livres.

Trophées et souvenirs de Boris Becker vendus aux enchères

En 2022, un tribunal londonien le reconnaît coupable de quatre infractions liées à la procédure de faillite, notamment pour avoir dissimulé des actifs et effectué des transferts interdits. Il est condamné à deux ans et demi de prison, en purge huit mois, puis est libéré en décembre 2022 et expulsé vers l'Allemagne. En 2024, il est finalement libéré de sa faillite personnelle par la justice britannique après un accord avec ses créanciers et des efforts de remboursement reconnus par le tribunal.

Palmarès

Ses 49 titres

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Grand Chelem Masters Masters 1000 Grand tournoi historique Coupe du Grand Chelem

Queen's 1985
Wimbledon 1985
Cincinnati 1985
Chicago 1986
Wimbledon 1986
Toronto 1986
Sydney 1986
Tokyo 1986
Paris Indoor 1986 Indian Wells 1987
Milan 1987
Queen's 1987
Indian Wells 1988 Dallas 1988
Queen's 1988
Indianapolis 1988
Tokyo 1988
Stockholm 1988 Masters 1988
Milan 1989
Philadelphie 1989
Wimbledon 1989 US Open 1989 Paris Indoor 1989
Bruxelles 1990
Stuttgart 1990
Indianapolis 1990
Sydney 1990
Stockholm 1990 Australie 1991 Stockholm 1991
Bruxelles 1992
Rotterdam 1992
Bâle 1992
Paris Indoor 1992 Masters 1992
Doha 1993
Milan 1993
Milan 1994
Los Angeles 1994
New Haven 1994
Stockholm 1994
Marseille 1995
Masters 1995 Australie 1996
Queen's 1996
Vienne 1996
Stuttgart 1996 Coupe du Grand Chelem 1996
Vie privée

Famille et compagnes

La vie privée de Becker a souvent accompagné sa notoriété publique. Il a été marié à Barbara Feltus puis à Lilly Kerssenberg, avant d'épouser Lilian de Carvalho Monteiro en 2024. Il est père de cinq enfants : Noah, Elias, Anna, Amadeus et Zoë Vittoria.

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Date de dernière mise à jour : 11/10/2026