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États-Unis
droitier - revers à une main

DonaldBudge

Le premier Grand Chelem
Donald Budge

Grand, roux et longiligne, Don Budge développe un tennis d'une étonnante modernité pour son époque. Son jeu repose sur une prise de balle précoce, une grande qualité de frappe et surtout un revers à une main devenu légendaire. En quelques années seulement, l'Américain passe du statut de jeune Californien prometteur à celui de référence absolue du tennis mondial.

ChampionAvant l’ère Open
6Grands Chelems
1937n°1 mondial
2Coupes Davis
Naissance 13 juin 1915
Origines et formation

Jeunesse

Donald Budge en 1934
1934 : Budge, encore au début de son ascension nationale.

John Donald Budge naît à Oakland dans une famille d'origine écossaise. Son père Jack, arrivé d'Écosse au début du siècle, avait pratiqué le football avant de s'installer en Californie. Don est d'abord davantage attiré par les sports collectifs, notamment le baseball. Il frappe d'ailleurs la balle de baseball en gaucher, particularité souvent avancée pour expliquer le mouvement très naturel et très puissant de son futur revers de tennis.

Son frère aîné Lloyd l'encourage à s'intéresser davantage au tennis. En 1930, peu avant ses 15 ans, Don remporte le championnat de Californie des moins de 15 ans. Trois ans plus tard, il traverse le pays pour participer au championnat junior des États-Unis à Culver, dans l'Indiana. En finale, il bat Gene Mako 6-4, 6-2, 1-6, 0-6, 8-6. Les deux hommes deviennent ensuite de grands amis et forment l'une des meilleures équipes de double de la décennie.

Budge s'inscrit brièvement à l'Université de Californie à Berkeley, mais le tennis prend rapidement le dessus. Habitué aux courts durs de Californie, il doit notamment adapter son jeu aux rebonds plus bas du gazon de l'Est américain et de Wimbledon. Avec l'entraîneur Tom Stow, il transforme son coup droit, jusque-là joué avec une prise très occidentale, et travaille sa capacité à prendre la balle plus tôt.

De 1934 à 1961

Sa carrière

Fred Perry et Donald Budge à Forest Hills en 1936
Forest Hills 1936 : Fred Perry et Don Budge après la finale des Championnats des États-Unis, remportée par le Britannique au cinquième set.
1934-1936

Aux portes du sommet

Les progrès sont rapides. Pour sa première participation à Wimbledon, en 1935, Budge atteint déjà les demi-finales. Gottfried von Cramm l'y bat en quatre manches. L'année suivante, Budge revient dans le dernier carré et pousse cette fois Fred Perry à quatre manches avant de s'incliner. En quatre participations seulement à Wimbledon entre 1935 et 1938, il ne perdra finalement que ces deux matchs.

À Forest Hills en 1936, il dispute sa première finale dans un tournoi majeur. Face à Perry, triple vainqueur sortant de Wimbledon et meilleur joueur amateur du moment, le combat se prolonge jusqu'au bout du cinquième set. Le Britannique finit par l'emporter 2-6, 6-2, 8-6, 1-6, 10-8. À 21 ans, Budge n'est plus seulement un espoir : il appartient désormais au premier cercle mondial.

Donald Budge avec le trophée des Championnats des États-Unis en 1937
Forest Hills 1937 : Budge avec le trophée des Championnats des États-Unis, conquis au terme d'une finale en cinq sets contre Gottfried von Cramm.
1937

La prise de pouvoir

Le passage de Fred Perry chez les professionnels libère en partie le sommet du tennis amateur. Budge en profite immédiatement. À Wimbledon, il écarte Gottfried von Cramm en finale 6-3, 6-4, 6-2 et remporte son premier grand titre. Mais son tournoi ne s'arrête pas là : associé à Gene Mako, il gagne également le double messieurs, puis le double mixte avec Alice Marble. Il devient ainsi le premier homme à remporter les trois épreuves auxquelles il peut participer au cours de la même édition de Wimbledon.

L'équipe des États-Unis avec Donald Budge en 1937
Coupe Davis 1937 : Budge et l'équipe américaine remportent le Saladier d'argent, repris par les États-Unis pour la première fois depuis 1926.

Quelques jours plus tard, toujours à Wimbledon, Budge retrouve von Cramm dans un tout autre contexte. Les États-Unis et l'Allemagne sont à deux victoires partout en finale interzone de Coupe Davis. L'Allemand prend les deux premières manches puis mène encore 4-1 dans la cinquième. Budge renverse pourtant le match et s'impose 6-8, 5-7, 6-4, 6-2, 8-6. Les États-Unis accèdent ainsi au Challenge Round, où ils battent la Grande-Bretagne 4-1 et reprennent la Coupe Davis, qu'ils n'avaient plus gagnée depuis 1926. Sur l'ensemble de la campagne 1937, Budge remporte onze de ses douze matchs de simple et de double.

À Forest Hills, la saison se termine comme Wimbledon avait commencé : par une finale entre Budge et von Cramm. Cette fois, l'Allemand pousse son rival jusqu'à la cinquième manche, mais Budge s'impose 6-1, 7-9, 6-1, 3-6, 6-1. Il gagne aussi le double mixte avec Sarah Palfrey. À la fin de l'année, il est considéré comme le n°1 mondial amateur.

Donald Budge avec le trophée des Championnats des États-Unis en 1938
Forest Hills 1938 : Budge avec le trophée qui achève le premier Grand Chelem calendaire de l'histoire.
1938

Le Grand Chelem

Budge aurait pu rejoindre immédiatement les professionnels. Il choisit pourtant de rester amateur une année supplémentaire avec une idée en tête : tenter de gagner les quatre grands championnats au cours de la même saison. Personne n'y est encore parvenu.

En janvier, à Adelaide, il remporte les championnats d'Australie en dominant John Bromwich 6-4, 6-2, 6-1. Au printemps, pour sa première apparition à Roland-Garros, il bat Roderich Menzel 6-3, 6-2, 6-4 en finale. Budge possède alors les quatre derniers titres majeurs disputés puisqu'il avait déjà remporté Wimbledon et Forest Hills en 1937. Mais pour réaliser le Grand Chelem au sens strict, il doit encore gagner Wimbledon et le championnat des États-Unis en 1938. Il est d'ailleurs remarquable qu'il ne disputera l'Australie et Roland-Garros qu'une seule fois dans toute sa carrière : il les gagne tous les deux.

À Wimbledon, il ne concède pas une seule manche. Bunny Austin est balayé 6-1, 6-0, 6-3 en finale. Budge conserve aussi le double avec Mako et le mixte avec Alice Marble : pour la deuxième année consécutive, il repart donc de Wimbledon avec les trois titres masculins auxquels il pouvait prétendre.

Il ne lui reste plus que Forest Hills. En finale, son adversaire est Gene Mako, son ami et partenaire de double. Budge s'impose 6-3, 6-8, 6-2, 6-1 et devient le premier joueur de l'histoire, hommes et femmes confondus, à gagner les quatre tournois majeurs en simple au cours de la même année. Il remporte également le double avec Mako et le mixte avec Marble. Son Grand Chelem s'inscrit en outre dans une série de six titres majeurs consécutifs en simple, de Wimbledon 1937 aux championnats des États-Unis 1938, qui demeure le record masculin.

Donald Budge et John Bromwich en Coupe Davis en 1938
Coupe Davis 1938 : Budge salue John Bromwich avant la défense victorieuse des États-Unis contre l'Australie à Philadelphie.

La saison se termine par la défense de la Coupe Davis contre l'Australie à Philadelphie. Budge perd le double avec Mako mais remporte ses deux simples contre John Bromwich et Adrian Quist. Les États-Unis gagnent 3-2. À 23 ans, il quitte alors le monde amateur après deux saisons durant lesquelles il a pratiquement tout gagné.

Bill Tilden et Donald Budge à Forest Hills en 1941
Forest Hills 1941 : Bill Tilden et Don Budge, deux grandes figures du tennis professionnel américain.
1939-1942

Au sommet chez les professionnels

Budge passe professionnel en octobre 1938. Ce changement de statut lui interdit désormais Wimbledon, Roland-Garros, les championnats d'Australie, Forest Hills et la Coupe Davis, toutes ces compétitions étant encore réservées aux amateurs.

Dès 1939, il confirme que sa domination ne se limitait pas au circuit amateur. Il bat Ellsworth Vines puis Fred Perry dans les grandes tournées professionnelles et remporte deux des principaux tournois pros de la saison : le French Pro face à Vines et Wembley face à Hans Nusslein. En 1940, il ajoute l'US Pro en dominant Perry en finale. Il est alors généralement placé au premier rang du tennis professionnel.

Cette même année 1940, Budge accepte de rencontrer à Harlem Jimmie McDaniel, champion de l'American Tennis Association, l'organisation qui structure alors le tennis noir américain en raison de la ségrégation pratiquée par l'USLTA. Plus de 2 000 spectateurs assistent au match au Cosmopolitan Tennis Club. Budge gagne 6-1, 6-2, mais l'intérêt de la rencontre dépasse largement son résultat : pour la première fois à ce niveau, un champion blanc affronte publiquement l'un des meilleurs joueurs noirs américains.

En 1942, Budge domine une tournée réunissant notamment Bobby Riggs, Frank Kovacs et Fred Perry, puis remporte une deuxième fois l'US Pro en écrasant Riggs 6-2, 6-2, 6-2 en finale. Il est de nouveau classé au sommet des professionnels.

Bill Tilden et Donald Budge à Palm Beach en 1941
Palm Beach 1941 : Budge aux côtés de Bill Tilden, avant que la guerre ne brise l'élan de sa carrière.
1942-1961

La guerre change la suite de sa carrière

La Seconde Guerre mondiale interrompt cette domination. Budge rejoint les forces armées américaines et, au début de 1943, se blesse sérieusement à l'épaule lors d'un parcours d'obstacles. La déchirure musculaire cicatrise mal et le gênera encore longtemps après son retour à la compétition. Budge reste un très grand joueur, mais il ne retrouvera jamais complètement la liberté de frappe qui était la sienne en 1937-1942.

Après la guerre, Bobby Riggs prend progressivement le dessus. Budge atteint néanmoins encore plusieurs finales de l'US Pro : en 1946, 1947 et 1949 contre Riggs, puis en 1953 contre Pancho Gonzales. La longévité reste remarquable pour un joueur dont le sommet avait commencé près de vingt ans plus tôt.

En avril 1955, à presque 40 ans, Budge remporte encore l'US Pro Clay Court Championships à Fort Lauderdale en battant Riggs 6-4, 6-4, 8-6. C'est son dernier titre important, mais pas son dernier match : il continue à apparaître sporadiquement sur le circuit professionnel pendant plusieurs années et joue encore en compétition en 1961.

Identité tennistique

Style de jeu

Le revers à une main de Donald Budge
Le revers à une main de Budge, symbole d’un jeu offensif fondé sur la prise de balle précoce.

Le revers à une main constitue évidemment la signature de Budge. À une époque où ce coup sert souvent à contenir l'échange, il en fait une véritable arme offensive. Le geste est fluide, ample et extrêmement puissant. Son passé de batteur gaucher au baseball a probablement joué un rôle dans sa mécanique : le mouvement de rotation du buste et des épaules se retrouve dans sa frappe de revers. De nombreux joueurs et observateurs de plusieurs générations ont continué à citer ce coup parmi les meilleurs jamais vus.

Mais Budge n'est pas seulement un revers. Son travail avec Tom Stow lui donne un coup droit beaucoup mieux adapté au gazon, tandis que sa taille lui procure un service solide et une bonne couverture du filet. Il prend volontiers la balle tôt, avance à l'intérieur du court et frappe sans avoir besoin de chercher des angles extrêmes. Son jeu repose moins sur les effets ou la fantaisie que sur la qualité de balle, la précision et la capacité à prendre du temps à l'adversaire.

Vie privée et après-tennis

Vie privée et après-tennis

Don Budge et Deirdre Conselman le jour de leur mariage
1941 : Don Budge et Deirdre Conselman le jour de leur mariage.

Budge épouse Deirdre Conselman en 1941. Le couple a deux fils, David et Jeffrey. Il se remarie plus tard avec Loriel, avec laquelle il vit notamment à Dingmans Ferry, en Pennsylvanie. Même après sa carrière, Budge reste proche du tennis et conserve une réputation de remarquable observateur du jeu ; John McEnroe fera notamment appel à ses conseils dans les années 1980. Il entre à l'International Tennis Hall of Fame en 1964.

Donald Budge après sa carrière en 1978
1978 : Don Budge reste une voix respectée du tennis américain.

Le 14 décembre 1999, il est grièvement blessé dans un accident de voiture en Pennsylvanie. Après plusieurs semaines d'hospitalisation et de convalescence, son état se dégrade. Don Budge meurt d'un arrêt cardiaque à Scranton le 26 janvier 2000, à 84 ans.

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Date de dernière mise à jour : 11/10/2026