Tennis Chron'open
Kent Carlsson - Chron'Open
Chron'Open
Suède
droitier - revers à deux mains

KentCarlsson

Le lifteur fou
Kent Carlsson

Avec son lift démesuré, son endurance et son jeu de fond de court presque exclusivement façonné pour la terre battue, Kent Carlsson fut l'un des joueurs les plus singuliers de la formidable génération suédoise des années 1980. Très tôt parmi les meilleurs mondiaux, le « lifteur fou » semblait promis à une longue présence au sommet. Son corps en décida autrement.

9Titres ATP
1988n°6 mondial
1Coupe Davis
Naissance 3 janvier 1968
1,80 m – 72 kg
Style de jeu

Le lifteur fou

Kent Carlsson frappe un revers à deux mains sur terre battue
Kent Carlsson arme son revers à deux mains, autre versant d'un jeu saturé de lift.

Carlsson était l'un des représentants les plus extrêmes de l'école suédoise de fond de court des années 1980 : droitier, revers à deux mains, immense sécurité dans l'échange et une condition physique hors normes. Il utilisait énormément le topspin des deux côtés, particulièrement en coup droit, donnant à la balle une trajectoire haute et lourde qui devenait redoutable sur terre battue. Lors de sa demi-finale de Rome 1988, la presse décrivait encore ses « looping topspin ground strokes » et soulignait qu'il jouait presque exclusivement depuis la ligne de fond.

Il ne cherchait pas nécessairement à finir rapidement les points. À Madrid en 1988, la presse espagnole comparait Carlsson et Fernando Luna à deux murs dotés de jambes et de bras, capables d'épuiser l'adversaire en attendant la faute. Carlsson considérait lui-même sa régularité, sa force et surtout sa condition physique comme ses principaux atouts ; à son meilleur niveau, il estimait qu'un adversaire pouvait le battre en jouant mieux au tennis, mais difficilement en l'usant physiquement.

Ses nombreux rituels de préparation faisaient également partie du personnage : petits bonds, mouvements incessants en retour, gestes répétés avant de servir ou de relancer. Cette agitation presque mécanique, ajoutée à l'extrême rotation qu'il imprimait à la balle, lui valut le surnom de « lifteur fou ».

Entraîneurs

Un corps préparé très tôt

Kent Carlsson junior au service en 1983

Son père Lars-Goran Carlsson fut son premier véritable entraîneur et l'accompagna pendant toute sa période junior. Au TK Hobby d'Eskilstuna, il travailla également avec Roger Nilsson et Bosse Karlsson. Plus tard vinrent Lennart Blomkvist et surtout Lasse Eriksson, présent durant ses meilleures années.

L'entraînement physique prit très tôt une place considérable. Le médecin Jan Ekstrand avait averti l'adolescent que la constitution de ses rotules risquait de compromettre une longue carrière de haut niveau. Carlsson entreprit donc de renforcer massivement les muscles entourant ses genoux et expliquera plus tard qu'une fois senior, il s'entraînait davantage hors du court que sur le court.

Jeunesse

1979-1984 – Un junior hors normes

Portrait de Kent Carlsson adolescent en 1983
1983 : encore adolescent, Kent Carlsson domine déjà sa génération avant de s'imposer à l'Orange Bowl des moins de 18 ans.

Carlsson grandit à Eskilstuna mais passe une grande partie de ses étés à Bastad, où sa famille séjourne en caravane. Il remporte quatre années consécutives, de 1979 à 1982, la grande compétition nationale junior alors appelée Kalle Anka Cup. Il devient également champion d'Europe junior trois années de suite, en 1981, 1982 et 1983.

Kent Carlsson avec le trophée du simple juniors de Roland-Garros en 1984
Roland-Garros 1984 : Kent Carlsson brandit le plateau remis au vainqueur du simple juniors, après sa finale contre Mark Kratzmann.

À 15 ans, il exige de jouer l'Orange Bowl dans la catégorie des 18 ans alors qu'il aurait pu rester avec les plus jeunes. La fédération suédoise finit par accepter et le pari est spectaculaire : Carlsson remporte l'Orange Bowl 1983, en battant notamment Emilio Sanchez en finale. L'année suivante, il gagne également Roland-Garros juniors. Attention ici à ne pas mélanger les deux finales : à Roland-Garros 1984, son adversaire est l'Australien Mark Kratzmann, battu 6-3, 6-3.

Kent Carlsson à Roland-Garros en 1984
Roland-Garros 1984 : vainqueur chez les juniors, Carlsson atteint aussi le troisième tour du tableau senior à seulement 16 ans.

Le plus étonnant est qu'au même Roland-Garros 1984, Carlsson joue déjà chez les seniors. Issu des qualifications, il écrase Georges Goven 6-0, 6-2, 6-0, bat ensuite Pascal Portes et atteint le troisième tour avant de céder contre Andres Gomez 7-6, 7-5, 6-3. Il n'a que 16 ans.

De 1985 à 1990

Sa carrière

Kent Carlsson avec le trophée de Barcelone en 1986
Barcelone 1986 : son deuxième titre de la saison installe durablement Kent Carlsson parmi les meilleurs spécialistes de terre battue.
1985-1986

L'installation parmi les meilleurs

En 1985, Carlsson dispute à Hilversum sa première finale sur le Grand Prix. Il mène Ricki Osterthun deux manches à rien mais s'incline finalement 4-6, 4-6, 6-4, 6-2, 6-3. La saison suivante apporte les premiers trophées : Bari, contre Horacio de la Pena, puis Barcelone, où Andreas Maurer est balayé 6-2, 6-2, 6-0. Carlsson termine 1986 au 13e rang mondial.

Il fait également ses débuts en Coupe Davis en 1986, lors de la demi-finale disputée à Prague. Pour son premier simple, le jeune Suédois administre une véritable correction à Miloslav Mecir : 6-0, 6-2, 6-4. La Suède s'impose 4-1 avant de perdre la finale face à l'Australie.

Les Grands Chelems deviennent déjà un cas particulier. Carlsson ne jouera jamais l'Open d'Australie ni Wimbledon et ne participera qu'une fois à l'US Open, en 1986. L'ensemble de sa carrière en simple dans les Majeurs tient donc en cinq Roland-Garros et un US Open, pour un bilan de 11 victoires et 6 défaites.

Kent Carlsson à Roland-Garros en 1987
Roland-Garros 1987 : Carlsson atteint pour la première fois les huitièmes de finale, au cœur d'une saison stoppée net par son genou gauche.
1987

L'ascension interrompue

Carlsson gagne Nice, puis réalise à Bologne l'une des démonstrations les plus impressionnantes de sa carrière. Il ne concède que 10 jeux en cinq matchs, dont cinq dès son premier tour, et écrase Emilio Sanchez 6-2, 6-1 en finale. Carlsson considérera plus tard cette semaine comme l'un de ses sommets.

Yannick Noah et Kent Carlsson après leur match à Roland-Garros en 1987
Roland-Garros 1987 : Yannick Noah et Kent Carlsson après leur huitième de finale, remporté par le Français en quatre sets.

À Roland-Garros, tête de série n°11, il atteint pour la première fois les huitièmes de finale. Après avoir notamment infligé 6-1, 6-0, 6-3 à Arnaud Boetsch, il livre un gros combat à Yannick Noah avant de perdre 7-6, 6-3, 6-7, 7-5.

Mats Wilander avec le trophée d'Indianapolis en 1987
Indianapolis 1987 : Mats Wilander, vainqueur de Kent Carlsson en finale, comme il l'avait déjà été à Boston.

En juillet, il atteint ensuite deux finales consécutives sur la terre battue américaine, à Boston puis Indianapolis ; Mats Wilander le bat les deux fois.

La Coupe Davis lui offre un autre grand moment. En quart de finale à Fréjus, il bat Thierry Tulasne 6-1, 3-6, 6-1, 6-2, puis Henri Leconte 7-5, 6-2, 7-5. La Suède remportera finalement l'épreuve en décembre. Carlsson ne joue pas la finale, mais il a directement participé à la conquête du trophée.

Quelques semaines plus tard, son ascension s'interrompt. Entré dans le Top 10 le 15 juin et monté jusqu'au 8e rang, il subit le 25 août 1987 une importante opération du genou gauche, destinée à réparer ligaments et cartilage. Son bilan est alors de 37 victoires pour 8 défaites. Il ne rejouera plus pendant près de huit mois.

Kent Carlsson avec le trophée de Madrid en 1988
Madrid 1988 : pour son premier tournoi après près de huit mois d'arrêt, Carlsson remporte le titre sans concéder un set.
1988

Cinquante victoires sur terre battue

Son retour est spectaculaire. Pour son premier tournoi depuis l'opération, Madrid, Carlsson gagne immédiatement le titre sans perdre un set. Il joue ensuite Monte-Carlo, où Henri Leconte l'arrête, avant de prendre sa revanche la semaine suivante à Hambourg.

Henri Leconte et Kent Carlsson après la finale de Hambourg en 1988
Hambourg 1988 : Henri Leconte et Kent Carlsson après une finale qui consacre le retour du Suédois au premier plan.

Carlsson y remporte l'un des principaux tournois du Grand Prix sans concéder un set et domine Leconte 6-2, 6-1, 6-4 en finale. Hambourg appartient alors aux Grand Prix Super Series, l'échelon qui préfigure les futurs Masters Series.

À Rome, il bat notamment Guillermo Vilas puis Yannick Noah avant de tomber en demi-finale contre Ivan Lendl, 6-3, 6-3. Il participe ensuite à la première victoire de la Suède en World Team Cup : en finale contre les États-Unis, son succès 6-4, 6-3 sur Aaron Krickstein donne aux Suédois le point décisif.

Roland-Garros lui échappe encore. Après avoir dominé Martin Jaite 6-2, 6-3, 6-1, il mène Jonas Svensson deux manches à une en huitièmes, mais son compatriote renverse le match : 5-7, 7-6, 1-6, 6-4, 6-2. Ce sera le meilleur résultat de Carlsson dans un tournoi du Grand Chelem, à égalité avec 1987.

Kent Carlsson avec le trophée de Saint-Vincent en 1988
Saint-Vincent 1988 : ce trophée appartient à l'impressionnante série de cinq finales qui clôt la saison de Kent Carlsson.

L'été et le début de l'automne sont extraordinaires. Carlsson remporte Kitzbuhel, Saint-Vincent puis Barcelone, où il bat Thomas Muster 6-3, 6-3, 3-6, 6-1 dans une finale qu'il considérait comme un véritable combat entre deux monstres physiques. Il atteint ensuite encore les finales de Genève, perdue contre Marian Vajda, et Palerme, où Wilander le bat 6-1, 3-6, 6-4. Il termine ainsi ses cinq derniers tournois de la saison en finale.

Le bilan est exceptionnel : 50 victoires, 6 défaites, cinq titres, toutes ses rencontres disputées sur terre battue, et la 6e place mondiale. Après avoir manqué près de huit mois, Carlsson reçoit également le trophée ATP du Comeback Player of the Year.

Kent Carlsson joue avec une genouillère à Roland-Garros en 1988
Roland-Garros 1988 : la genouillère annonçait déjà la fragilité physique qui mettrait un terme à la carrière de Kent Carlsson.
1989-1990

Le corps dit stop

La mécanique se dérègle à nouveau en 1989. Carlsson parvient encore en finale à Athènes, où Ronald Agenor le bat 6-3, 6-4, mais ses genoux l'empêchent d'enchaîner. Il ne joue pas Roland-Garros. Son dernier tournoi est Kitzbuhel : après avoir battu Diego Perez, il perd le 1er août 1989 contre Christian Saceanu, 6-4, 6-4.

Kent Carlsson avec ses sacs de tennis en 1990
1990 : malgré une préparation intensive, Kent Carlsson renonce au retour qu'il tentait encore de construire.

Il subit encore une opération, puis tente un retour en s'imposant un programme presque démesuré : selon son propre récit, sept à huit heures d'entraînement par jour, six jours sur sept. Il se sent alors plus fort que jamais. La presse de mai 1990 rapporte cependant qu'une nouvelle douleur au genou droit, apparue pendant sa préparation à Monte-Carlo, le convainc de renoncer ; les médecins lui auraient auparavant parlé de « genoux d'un homme de 60 ans ».

Carlsson donnera plus tard une version complémentaire : alors qu'il préparait son retour, une douleur brutale au tendon d'Achille, ressentie simplement en sortant d'une voiture pour aller au restaurant, aurait constitué l'ultime signal. Après quelques tentatives d'entraînement, il décide qu'il ne veut plus risquer de séquelles à long terme. Les genoux ont donc ruiné sa carrière sportive ; l'incident au tendon d'Achille semble avoir précipité la décision finale.

En mai 1990, son retrait devient définitif. Kent Carlsson a 22 ans.

Coupe Davis

Quatre matchs, quatre victoires

Kent Carlsson avec l'équipe de Suède en Coupe Davis en 1988
Coupe Davis 1988 : Kent Carlsson, à droite, au sein de l'équipe suédoise qui atteint la finale.

Son bilan en simple en Coupe Davis est aussi bref qu'impeccable : quatre matchs joués, quatre gagnés. Mecir en 1986, Tulasne et Leconte en 1987, puis Tulasne à nouveau en demi-finale de 1988 à Bastad.

Il appartient à l'équipe championne en 1987, même s'il ne joue pas la finale contre l'Inde, et à celle qui atteint la finale en 1988.

Palmarès

Ses 9 titres

Grand tournoi historique

Bari 1986
Barcelone 1986
Nice 1987
Bologne 1987
Madrid 1988 Hambourg 1988
Kitzbuhel 1988
Saint-Vincent 1988
Barcelone 1988
Après les courts

Les chevaux plutôt que le circuit

Kent Carlsson au milieu de ses chevaux
Après le tennis, Kent Carlsson fait des chevaux de trot le centre de sa nouvelle vie professionnelle.

Après sa retraite, Carlsson reste brièvement dans le tennis et entraîne notamment Niklas Kroon et le Finlandais Aki Rahunen au début des années 1990. Mais une autre passion, ancienne, prend rapidement le dessus : les chevaux de trot. Son père était déjà entraîneur amateur et Kent était devenu copropriétaire d'un cheval vers 15 ans.

Il fait ensuite du trot son activité professionnelle dans la région d'Eskilstuna, tout en participant ponctuellement à des stages de tennis. En 2012, il est admis à l'Elite Swedish Tennis Hall of Fame avec Thomas Enqvist et Magnus Norman.

Épilogue

Une carrière sans plafond connu

Portrait de Kent Carlsson

À 20 ans, Kent Carlsson est devenu n°6 mondial en ne jouant pratiquement que sur terre battue. Neuf titres, tous sur cette surface, une année 1988 conclue sur un bilan exceptionnel de 50 victoires pour 6 défaites, et un tennis entièrement construit autour d'un lift d'une lourdeur inhabituelle : pendant quelques saisons, le jeune Suédois fut l'un des joueurs les plus difficiles à déborder sur terre. Mais son organisme avait commencé à lui présenter la facture avant même qu'il n'atteigne le sommet.

Carlsson appartient ainsi à la catégorie rare des carrières dont on ne connaîtra jamais réellement le plafond. À 19 ans, il était déjà Top 10 ; à 20 ans, n°6 mondial ; à 21 ans, son corps ne lui permettait pratiquement plus de jouer. Son dernier match officiel eut lieu en 1989 et il annonça sa retraite l'année suivante, à seulement 22 ans.

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Date de dernière mise à jour : 11/10/2026