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HenriCochet

Le Magicien
Henri Cochet

Henri Cochet possède ce quelque chose que les statistiques racontent mal : la faculté de changer brutalement la logique d’un match. Petit, vif, inspiré, capable de prendre la balle plus tôt que les autres et de trouver un coup auquel personne ne s’attend, le Lyonnais donne parfois l’impression de devenir meilleur à mesure que la situation empire. Au milieu des Mousquetaires, il sera le Magicien.

ChampionAvant l’ère Open
7Titres majeurs
1928n°1 mondial
6Coupes Davis
Naissance 14 décembre 1901
Origines

Le ramasseur de balles de Lyon

Henri Cochet naît littéralement dans un club de tennis. En 1901, ses parents viennent s’installer au Tennis Club de Lyon, situé à Villeurbanne, où son père travaille à l’entretien des installations. Le garçon grandit donc au milieu des courts et des joueurs. Il ramasse les balles, observe, imite et joue dès qu’une occasion se présente. Bien avant de devenir le Magicien, il est le petit garçon du club.

Cette enfance explique déjà une partie de son futur tennis. Les courts couverts lyonnais lui apprennent à jouer sur une surface rapide et à prendre la balle tôt. Il ne possède pas la carrure d’un Tilden et ne construira jamais son jeu autour de la puissance pure : il apprend plutôt à utiliser la vitesse adverse, les réflexes et l’anticipation. Lors de son service militaire, il se fait remarquer en remportant en 1920 le championnat militaire de France.

Son ascension est alors très rapide. En quelques saisons, celui qui n’appartient pas au milieu parisien du tennis français rejoint Jean Borotra, René Lacoste et Jacques Brugnon parmi les hommes qui vont bouleverser la hiérarchie mondiale.

De 1922 à 1946

Sa carrière

Henri Cochet en 1922
1922 : Henri Cochet s’impose déjà parmi les meilleurs joueurs français, au début de son ascension internationale.
1922-1925

Champion du monde avant les grands titres modernes

L’année 1922 constitue sa véritable explosion. À la Croix-Catelan, Cochet devient champion de France en battant Jean Samazeuilh 8-6, 6-3, 7-5. Ce succès apparaît parfois dans les anciens palmarès comme un titre majeur, mais il faut résister à l’anachronisme : le championnat de France reste alors réservé aux joueurs français ou licenciés dans des clubs français. Il ne deviendra international qu’en 1925. La victoire de 1922 doit donc être distinguée de ses quatre futurs Internationaux de France.

En revanche, Cochet s’impose déjà au niveau international. En 1922, il gagne le Championnat du monde sur terre battue ainsi que le Championnat du monde sur courts couverts, puis conserve ce dernier titre en 1923. Ces compétitions, reconnues comme championnats mondiaux par les instances de l’époque, disparaissent ensuite lorsque la fédération internationale réorganise en 1923 la hiérarchie des grandes épreuves. Elles ne doivent pas être ajoutées artificiellement à son total de sept titres majeurs actuel, mais elles montrent que Cochet appartient déjà à l’élite mondiale bien avant 1926.

Henri Cochet aux Jeux olympiques de Paris en 1924
Jeux olympiques de Paris 1924 : Henri Cochet participe au tournoi qui lui apporte deux médailles d’argent.

Aux Jeux olympiques de Paris en 1924, il passe tout près d’un autre grand titre. Il atteint la finale du simple, perdue en cinq manches contre l’Américain Vincent Richards, puis obtient une seconde médaille d’argent en double avec Jacques Brugnon.

Henri Cochet et Bill Tilden à Forest Hills en 1926
Forest Hills 1926 : Henri Cochet bat Bill Tilden en cinq manches et s’impose comme l’un des grands rivaux du champion américain.
1926

Tilden découvre Cochet

En 1926, Cochet remporte ses premiers véritables Internationaux de France, désormais ouverts aux joueurs étrangers. En finale, il domine René Lacoste 6-2, 6-4, 6-3. À 24 ans, il détient enfin un titre appartenant sans ambiguïté à la lignée des quatre tournois majeurs actuels.

Quelques mois plus tard à Forest Hills, il frappe encore plus fort sur le plan symbolique. Bill Tilden règne depuis des années sur le tennis américain lorsqu’il croise Cochet en quart de finale. Le Français le bat en cinq manches. Tilden n’avait plus perdu dans son championnat national depuis le début de sa série de six titres consécutifs. Cochet s’arrête ensuite en demi-finale contre Lacoste, futur vainqueur, mais l’Amérique vient de découvrir un adversaire qui va devenir l’un des problèmes majeurs de son champion.

Henri Cochet à Wimbledon en 1927
Wimbledon 1927 : Henri Cochet au sommet de son tournoi le plus spectaculaire.
1927

Le Wimbledon impossible

Wimbledon 1927 reste le tournoi qui définit le mieux Henri Cochet. En quart de finale, il se retrouve mené deux manches à zéro par Frank Hunter et gagne. En demi-finale, Bill Tilden remporte les deux premiers sets et mène encore 5-1 dans le troisième. Cochet revient une nouvelle fois et s’impose en cinq manches. Puis arrive Jean Borotra en finale. Et, pour la troisième fois consécutive, Cochet concède les deux premières manches. Un récit contemporain lui vaudra plus tard le surnom de « Five-Set Cochet » : Hunter, Tilden et Borotra ont tous mené deux sets à zéro avant de perdre.

Henri Cochet en action contre Bill Tilden en 1927
1927 : le jeu précoce de Henri Cochet gêne Bill Tilden sur les grandes scènes internationales.

Face à Borotra, la situation devient presque absurde. Cochet doit écarter six balles de match dans le cinquième set, une lorsqu’il est mené 2-5 puis cinq dans le jeu suivant. Il finit par gagner 4-6, 4-6, 6-3, 6-4, 7-5. Ce chiffre de six est celui conservé dans les archives officielles de Wimbledon.

Henri Cochet et Bill Tilden lors de la Coupe Davis 1927
Philadelphie, 1927 : Henri Cochet et Bill Tilden autour du trophée de la rencontre qui offre à la France sa première Coupe Davis.

Quelques semaines plus tard, la France se rend à Philadelphie pour défier les États-Unis en Coupe Davis. Cochet perd son premier simple contre Tilden, mais la rencontre arrive à 2-2. Le dernier match oppose Cochet à Bill Johnston : le Lyonnais l’emporte et donne à la France la première Coupe Davis de son histoire. Le règne des Mousquetaires commence.

Henri Cochet porté par le public après France États-Unis en 1928
Coupe Davis 1928 : porté par le public, Henri Cochet vient de contribuer à la conservation du Saladier d’argent face aux États-Unis.
1928

Le n°1 mondial

Le succès de Philadelphie pose immédiatement un problème : la France doit désormais recevoir la finale de Coupe Davis et ne possède pas de stade adapté. Un nouveau complexe est donc construit Porte d’Auteuil. Le stade Roland-Garros est inauguré en 1928, et les Internationaux de France s’y installent la même année.

Cochet inaugure parfaitement les lieux en remportant le simple des Internationaux de France face à Lacoste. En Coupe Davis, toujours à Roland-Garros, il gagne les trois rencontres qu’il dispute contre les Américains, deux simples et le double, et la France conserve le Saladier d’argent.

Sa saison ne s’arrête pas là. Après une finale perdue contre Lacoste à Wimbledon, Cochet part aux États-Unis et remporte pour la première fois le championnat américain. En finale, il bat Frank Hunter en cinq manches. Avec Paris, Forest Hills, une finale à Wimbledon et une deuxième Coupe Davis, il devient n°1 mondial.

Henri Cochet et Jean Borotra à Wimbledon en 1929
Wimbledon 1929 : Henri Cochet et Jean Borotra après une nouvelle finale française sur le gazon londonien.
1929-1930

Le Magicien au sommet

En 1929, René Lacoste, miné par les problèmes de santé, s’éloigne des courts. Cochet devient plus que jamais le chef de file français. À Wimbledon, il retrouve Borotra en finale et s’impose cette fois sans avoir besoin d’un miracle en cinq sets. C’est son deuxième titre londonien.

Quelques semaines plus tard, lors de la finale de Coupe Davis contre les États-Unis, Cochet inflige à Tilden un très sévère 6-3, 6-1, 6-2. La France conserve le trophée pour la troisième année consécutive. Le rapport de forces entre les deux hommes a désormais clairement basculé.

En 1930, Tilden retrouve Cochet en finale des Internationaux de France. L’Américain prend le premier set, mais le Français gagne 3-6, 8-6, 6-3, 6-1. C’est son troisième titre parisien. Quelques semaines plus tard en Coupe Davis, Cochet bat encore Tilden et participe à une quatrième victoire française consécutive.

Dans les cinq rencontres qu’ils disputent dans les tournois aujourd’hui classés parmi les quatre majeurs, Cochet mène 4-1 contre Tilden. Le bilan global entre les deux hommes sera différent après le passage chez les professionnels, mais au cœur de leurs grandes années amateurs, le Français est devenu l’un des adversaires les plus redoutables du champion américain.

Henri Cochet porté par le public en 1931
Coupe Davis 1931 : Henri Cochet, porté par le public français, reste l’homme des rendez-vous collectifs malgré une saison individuelle irrégulière.
1931

Une saison trompeuse

Les résultats individuels de Cochet deviennent moins réguliers en 1931. Il ne joue pas les Internationaux de France et connaît notamment un échec spectaculaire dès son entrée à Wimbledon face au Britannique Nigel Sharpe.

Mais la Coupe Davis révèle un tout autre Cochet. En finale contre la Grande-Bretagne, il bat Bunny Austin, remporte le double avec Brugnon, puis doit affronter Fred Perry dans le cinquième et dernier match. Cochet gagne en quatre sets et offre à la France sa cinquième Coupe Davis consécutive. La saison paraît donc médiocre si l’on ne regarde que les grands tournois individuels, mais elle se termine avec Cochet encore classé n°1 mondial pour la quatrième année de suite.

Ellsworth Vines et Henri Cochet aux Championnats des États-Unis 1932
Forest Hills 1932 : Ellsworth Vines, à gauche, et Henri Cochet avant la finale des Championnats des États-Unis.
1932-1933

Jusqu’au bout parmi les meilleurs

Cochet a 30 ans lorsqu’il remporte en 1932 son quatrième titre aux Internationaux de France, face à l’Italien Giorgio De Stefani 6-0, 6-4, 4-6, 6-3. Il serait donc faux de présenter cette saison comme celle d’un joueur déjà dépassé. À Forest Hills, il atteint encore la finale du championnat américain, où le jeune Ellsworth Vines prend le dessus.

Henri Cochet et Wilmer Allison en Coupe Davis en 1932
Coupe Davis 1932 : Henri Cochet et Wilmer Allison entrent sur le court pour l’une des rencontres de la finale France–États-Unis.

La relève commence néanmoins à se manifester. En Coupe Davis, Cochet apporte encore un point à la France contre Wilmer Allison, mais c’est Borotra qui devient le héros de la finale et assure le troisième point. Vines bat ensuite Cochet dans un dernier simple qui n’a plus d’incidence sur le résultat. La France vient de gagner le trophée pour la sixième fois consécutive.

Les joueurs de la finale de Coupe Davis France États-Unis en 1932
Roland-Garros 1932 : Français et Américains réunis avant la finale qui conclut la série de six Coupes Davis des Mousquetaires.

En 1933, Cochet demeure encore au premier plan. Il dispute une nouvelle finale des Internationaux de France, mais Jack Crawford l’emporte 8-6, 6-1, 6-3. À Wimbledon, Cochet atteint les demi-finales avant de tomber contre Vines. Puis la Grande-Bretagne de Perry met fin au règne français en Coupe Davis : après six années, le Saladier d’argent quitte Roland-Garros. Cochet choisit alors de changer de monde.

Henri Cochet en 1934
1934 : Henri Cochet au début de ses années sur le circuit professionnel.
1933-1939

Exclu des grands rendez-vous

En devenant professionnel en 1933, Cochet renonce automatiquement aux compétitions réservées aux amateurs : Wimbledon, les Internationaux de France, les Championnats des États-Unis et la Coupe Davis. Il rejoint le circuit professionnel, où il retrouve Tilden, Vines et les meilleurs spécialistes.

Ce point est essentiel pour lire son palmarès : après 1933, l’absence de Cochet des grands tableaux amateurs ne signifie pas qu’il a cessé de jouer. Amateur et professionnel constituent alors deux mondes séparés.

Les premières éditions du championnat professionnel de France sont imparfaitement documentées et il ne faut donc pas transformer automatiquement le match Tilden-Cochet de 1933 en « finale du French Pro ». En revanche, l’édition 1936 est bien attribuée à Cochet, vainqueur de Robert Ramillon 6-3, 6-1, 6-1 à Roland-Garros. L’année suivante, il revient en finale mais s’incline devant l’Allemand Hans Nusslein.

Cochet reste environ six ans sur le circuit professionnel. Il ne domine plus comme à la fin des années 1920 : Vines, Nusslein ou Tilden lui imposent régulièrement leur loi. Mais sa carrière de haut niveau ne s’arrête certainement pas en 1933.

Henri Cochet avec Simone Mathieu et Yvon Petra à Roland-Garros en 1944
Roland-Garros 1944 : Henri Cochet, à gauche, avec Simone Mathieu et Yvon Petra, alors qu’il continue de jouer au-delà de ses grandes années.
Après la guerre

Le vieux Magicien joue encore

Après la guerre, Cochet obtient sa réintégration parmi les amateurs. Il continue à disputer des compétitions bien après ses 42 ans. En février 1946, il atteint encore les quarts de finale des championnats internationaux de France sur courts couverts, et ne perd qu'en demi-finale contre Yvon Petra.

Henri Cochet avec Jean Borotra René Lacoste et Jacques Brugnon en 1937
1937 : Henri Cochet, Jean Borotra, René Lacoste et Jacques Brugnon, les quatre Mousquetaires qui entreront ensemble au Hall of Fame en 1976.

Une fois les grandes compétitions derrière lui, Cochet reste lié au tennis comme commerçant puis comme enseignant. Il continue à donner des leçons jusque très tard dans sa vie. En 1976, les quatre Mousquetaires — Cochet, Borotra, Brugnon et Lacoste — entrent ensemble à l’International Tennis Hall of Fame.

Style de jeu

Prendre la balle avant les autres

Henri Cochet en action sur une balle basse
Henri Cochet intervient au plus près du rebond : sa prise de balle très précoce réduit le temps laissé à l’adversaire.

Henri Cochet mesure seulement 1,68 m. Là où Tilden dispose d’une grande puissance et où Borotra fonce au filet, Cochet repose davantage sur l’œil, les jambes et l’anticipation. C’est un joueur de tout le court, particulièrement habile à transformer la demi-volée en véritable coup d’attaque. L’International Tennis Hall of Fame insiste sur son toucher, son timing et le caractère volontiers peu orthodoxe de ses choix.

Sa grande particularité est la précocité de la prise de balle. Formé sur les courts couverts lyonnais, il aime intervenir au rebond, raccourcir le temps disponible pour l’adversaire et profiter de sa propre vitesse plutôt que de rechercher une lourde frappe. Ses réflexes et son sens de l’anticipation lui permettent ainsi de défendre presque au contact de la balle avant de repartir vers l’avant.

Et puis il y a son tempérament de compétiteur. Cochet a laissé derrière lui un nombre exceptionnel de remontées. Wimbledon 1927 est évidemment le cas extrême, mais cette capacité à rester dangereux lorsqu’il semble battu devient suffisamment caractéristique pour que la presse américaine de son époque le baptise « Five-Set Cochet ». Le surnom de « Magicien » raconte le joueur ; celui-là raconte le compétiteur.

Famille

Vie privée

Germaine Desthieux, épouse de Henri Cochet
Germaine Desthieux, épouse de Henri Cochet.

Henri Cochet épouse Germaine Desthieux, une Lyonnaise, le 16 avril 1926. La même année, il ouvre à Lyon une petite boutique d’articles de tennis baptisée Cochet Sports. L’affaire se développe ensuite avec d’autres points de vente, notamment à Paris. Ces activités commerciales prennent une importance particulière dans un tennis où les champions officiellement amateurs ne peuvent pas encore vivre librement de leurs gains sportifs.

Il reste toute sa vie profondément attaché au tennis et à son enseignement. Il meurt dans la nuit du 1er au 2 avril 1987, dans une clinique de Saint-Germain-en-Laye, à 85 ans.

héritage

Le plus accompli des Mousquetaires

Henri Cochet en action sur une balle basse

Les Quatre Mousquetaires sont entrés ensemble dans l’histoire, mais leurs carrières ne se confondent pas. Brugnon fut avant tout un immense joueur de double. Borotra remporta quatre titres majeurs en simple et demeure le seul Français vainqueur en Australie. Lacoste, lui, peut opposer à Cochet exactement le même total de sept titres majeurs, record français qu’ils détiennent toujours conjointement.

C’est sur la durée de la domination que Cochet prend l’avantage. Lacoste fut n°1 mondial en 1926 et 1927 ; Cochet lui succéda et conserva cette place pendant quatre années consécutives, de 1928 à 1931. Il est également, avec quatre victoires aux Internationaux de France depuis leur ouverture internationale en 1925, le Français le plus titré de l’histoire du simple messieurs à Roland-Garros.

La Coupe Davis renforce encore sa position. Cochet participa comme joueur aux six conquêtes françaises consécutives de 1927 à 1932 et fut plusieurs fois directement responsable du point décisif. Lacoste, dont la carrière fut interrompue prématurément par la maladie, n’était plus joueur lors des quatre derniers succès ; Borotra accompagna bien Cochet pendant les six campagnes victorieuses, mais son palmarès individuel reste nettement inférieur.

Cochet n’est donc pas supérieur à chacun des autres Mousquetaires dans tous les domaines — Borotra possède notamment davantage de titres majeurs toutes disciplines confondues — mais il présente le bilan le plus complet en simple : record français de sept titres majeurs partagé avec Lacoste, quatre années consécutives au sommet mondial, quatre Roland-Garros et six Coupes Davis remportées comme joueur. C’est cette accumulation qui lui donne une place à part au sein du quatuor.

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Date de dernière mise à jour : 11/10/2026