Tennis Chron'open
Steve Denton - Chron'Open
Chron'Open
États-Unis
droitier

SteveDenton

Le Bull au service lancé
Steve Denton

Il était bâti pour le football américain, mais c'est presque sur ordonnance que Steve Denton est devenu joueur de tennis. Grand, puissant, doté d'un service hors norme et d'une gestuelle qu'on ne pourrait plus reproduire aujourd'hui, le Texan va connaître en quelques mois une ascension spectaculaire et devenir l'une des figures les plus singulières du début des années 1980.

1983n°12 mondial
Naissance 5 septembre 1956
Les années de formation

Jeunesse : le tennis sur ordonnance

Steve Denton grandit à Driscoll, une petite localité du sud du Texas. Enfant, il se destine davantage au football américain qu'au tennis, mais des allergies l'obligent à abandonner ce sport. Ses médecins lui conseillent alors le tennis. Le problème est qu'à Driscoll, qui compte à peine quelques centaines d'habitants, les adversaires de bon niveau ne courent pas les rues : sa mère doit l'emmener jusqu'à Corpus Christi, soit un aller-retour d'environ 160 kilomètres, pour lui permettre de s'entraîner dans de bonnes conditions.

Steve Denton sous les couleurs de l'Université du Texas en 1978
Steve Denton sous les couleurs de l'Université du Texas en 1978.

À Bishop High School, Denton devient pourtant l'un des meilleurs jeunes joueurs du Texas. Il remporte quatre années consécutives, de 1972 à 1975, le championnat scolaire texan de simple de sa catégorie. Il rejoint ensuite l'Université du Texas à Austin, où il joue de 1976 à 1979. En 1978, son accession aux quarts de finale du championnat NCAA lui vaut le statut d'All-American.

À Austin, il partage notamment sa chambre et les courts avec Kevin Curren. Leur association fonctionne immédiatement en double : en 1979, ils remportent le championnat de la Southwest Conference et le championnat indoor amateur des États-Unis. Denton termine son cursus universitaire avec 85 victoires pour 22 défaites en simple et 72 pour 18 en double.

De 1980 à 1988

Sa carrière

1980-1981

Le Bull s'allège

Les débuts professionnels de Denton confirment d'abord sa supériorité en double. Avec Curren, il va si régulièrement loin dans les tournois que cette réussite ralentit paradoxalement sa progression en simple : quand les deux hommes jouent encore le double le dimanche, ils ne peuvent parfois pas disputer les qualifications en simple du tournoi suivant.

Denton est alors surnommé « The Bull ». Son gabarit et sa puissance impressionnent, mais sa mobilité constitue son principal point faible. L'entraîneur australien Warren Jacques le soumet à un important travail physique et à un régime qui lui font perdre une vingtaine de livres, soit près de neuf kilos. En novembre 1980, Denton se situe encore autour de la 400e place mondiale. Un peu plus d'un an plus tard, il va jouer pour un titre du Grand Chelem.

Johan Kriek et Steve Denton après la finale de l'Open d'Australie 1981
Open d'Australie 1981 : Johan Kriek, à gauche, réconforte Steve Denton après la finale.
1981

L'incroyable traversée de Melbourne

Non tête de série à l'Open d'Australie, Denton commence par battre Eddie Edwards en cinq manches. Le scénario devient encore plus improbable au tour suivant contre Kevin Curren : mené 7-6, 6-3 par son partenaire de double, il renverse le match et gagne les trois manches suivantes. Contre John Alexander, il se retrouve de nouveau mené deux sets à zéro. Il remonte encore : 6-7, 4-6, 7-6, 7-5, 7-6.

Il écarte ensuite Shlomo Glickstein en quatre manches puis retrouve Hank Pfister en demi-finale. Nouveau marathon : 7-6, 6-7, 6-1, 3-6, 6-3. Sur les cinq rencontres qui l'ont mené jusqu'à la finale, Denton en a donc disputé quatre en cinq sets. À 25 ans, il atteint pourtant la première finale professionnelle de sa carrière.

Johan Kriek prend les deux premières manches de la finale, 6-2, 7-6. Denton refuse de disparaître et sauve quatre balles de match dans le troisième set avant de l'arracher au tie-break. Il en écarte encore trois dans le quatrième. Kriek doit attendre sa huitième balle de match pour s'imposer 6-2, 7-6, 6-7, 6-4. Celui qui était encore presque anonyme quelques mois auparavant vient de se révéler au plus haut niveau.

Steve Denton en 1982
1982 : Steve Denton au cours de la saison qui le conduit jusqu'à la finale de Cincinnati.
1982

McEnroe et une deuxième chance

Denton confirme immédiatement. Au printemps, il atteint à Metz sa deuxième finale en simple, battu par Erick Iskersky 6-4, 6-3. Mais son coup d'éclat de l'année intervient à Cincinnati. Après avoir éliminé Vitas Gerulaitis en quart de finale, le n°19 mondial affronte John McEnroe, n°1 mondial et tenant du titre. Denton réussit cinq aces et neuf services gagnants et s'impose 7-6, 6-4. Il considérera lui-même cette victoire comme la plus importante de sa carrière en simple. Ivan Lendl l'arrête en finale, 6-2, 7-6.

Kevin Curren et Steve Denton avec le trophée du double de l'US Open 1982
US Open 1982 : Kevin Curren et Steve Denton soulèvent le trophée du double, point culminant de leur association.

Cette saison est aussi la meilleure de Denton dans les deux autres grands tournois qu'il dispute : il atteint les huitièmes de finale à Wimbledon et à l'US Open. À New York, son double avec Kevin Curren lui apporte enfin un grand titre. Menés deux manches à une en finale par Victor Amaya et Hank Pfister, les deux anciens coéquipiers de l'Université du Texas s'imposent 6-2, 6-7, 5-7, 6-2, 6-4.

Avant l'US Open, Denton et Curren avaient également remporté le Canada en battant Peter Fleming et John McEnroe 6-7, 7-5, 6-2 en finale. C'est ici qu'une correction s'imposait par rapport à la première version de cette fiche : le partenaire de Denton était bien Curren, et non Mark Edmondson.

En décembre, Denton retourne enfin à Melbourne, cette fois tête de série n°2. Sammy Giammalva le pousse en cinq sets en quart de finale, puis Hank Pfister lui impose encore cinq manches en demi-finale. Pour la deuxième année consécutive, la finale oppose donc Steve Denton à Johan Kriek. Cette fois, le Sud-Africain naturalisé américain ne lui laisse aucune ouverture et s'impose 6-3, 6-3, 6-2.

Steve Denton à Wimbledon en 1983
Wimbledon 1983 : Steve Denton en action pendant la saison de son meilleur classement en simple.
1983-1984

n°12 mondial

La régularité de Denton le conduit à son meilleur classement : n°12 mondial le 14 février 1983. Il atteint cette année-là une nouvelle finale à Richmond, où Guillermo Vilas le bat 6-3, 7-5, 6-4. L'année suivante, il revient en finale du même tournoi et s'incline cette fois devant John McEnroe, 6-3, 7-6. Ce sera sa dernière finale en simple.

Son importance sur le circuit est alors encore plus grande en double. Denton atteint la 2e place mondiale dans cette spécialité en 1983. Avec Sherwood Stewart, il joue la finale de l'Open d'Australie, perdue contre Mark Edmondson et Paul McNamee. Sa complicité avec Curren demeure cependant exceptionnelle : entre 1980 et 1983, ils gagnent ensemble quinze tournois.

Steve Denton à Wimbledon en 1984
Wimbledon 1984 : Steve Denton, une année où il retrouve la finale du double mixte.

Denton connaît également une remarquable réussite en double mixte. Avec JoAnne Russell, il est finaliste de l'US Open 1981 contre Anne Smith et Kevin Curren. Il atteint ensuite deux finales consécutives à Wimbledon : en 1983 avec Billie Jean King, puis en 1984 avec Kathy Jordan. John Lloyd et Wendy Turnbull les battent à chaque fois.

1985-1988

Les dernières années

À partir de 1985, Denton recule nettement en simple et ne retrouve plus le niveau de ses grandes saisons australiennes. Il conserve néanmoins assez de puissance pour quelques coups d'éclat : en 1985, il bat notamment le jeune Boris Becker à Atlanta, 6-7, 6-4, 7-6. Sa carrière en simple s'éteint progressivement au cours des saisons suivantes.

Le double lui permet de prolonger son activité. Il apparaît encore à Wimbledon en 1988 et atteint surtout cette année-là la finale du Japan Open avec David Pate. John Fitzgerald et Johan Kriek les battent 6-4, 6-7, 6-4. C'est l'une des raisons pour lesquelles il est plus juste de faire courir la carrière professionnelle de Denton jusqu'en 1988 lorsqu'on prend en compte le double.

Style de jeu

Un service venu d'ailleurs

Steve Denton au service en 1981

Denton possède surtout l'un des engagements les plus spectaculaires de son époque. Au lieu de commencer son service pratiquement à l'arrêt, il prend deux pas d'élan avant de frapper la balle. Ce mouvement lancé ajoute encore à l'impression de puissance produite par son gabarit de 1,88 mètre.

Une telle gestuelle ne serait plus réglementaire aujourd'hui. Les règles actuelles imposent au serveur d'être à l'arrêt juste avant le début du geste et interdisent ensuite de changer de position en marchant ou en courant, seuls de petits mouvements des pieds restant autorisés.

En 1984, Denton fait mesurer un service à 138 miles à l'heure, environ 222 km/h. La marque entre au Guinness Book comme record mondial et tient pendant treize ans, jusqu'aux 142 mph, soit environ 229 km/h, de Mark Philippoussis en 1997.

La puissance n'explique cependant pas tout. En double, Denton et Curren utilisent leurs engagements pour installer une pression permanente : puisqu'ils perdent rarement leur propre service, une seule ouverture sur celui des adversaires peut suffire à décider un set. Denton résumera lui-même ainsi la logique de leur association des années plus tard.

Après le circuit

Après-carrière : une deuxième vie d'entraîneur

Arthur Rinderknech et Valentin Vacherot à Texas A&M
Arthur Rinderknech et Valentin Vacherot à l'époque de leur passage à Texas A&M, sous l'encadrement de Steve Denton.

Après sa carrière professionnelle, Steve Denton retourne au Texas et se consacre à l'entraînement. Il travaille d'abord avec de jeunes joueurs à Corpus Christi, puis devient entraîneur dans le tennis universitaire.

À partir de 2006, il dirige l'équipe masculine de Texas A&M, où il s'installe durablement. Il y remporte plusieurs centaines de rencontres et entraîne notamment de futurs professionnels comme Austin Krajicek, Arthur Rinderknech et Valentin Vacherot.

Palmarès

6 finales ATP en simple

En simple, Steve Denton n'a remporté aucun titre sur le circuit. Il a notamment été deux fois finaliste de l'Open d'Australie, en 1981 et 1982, et finaliste à Cincinnati en 1982. Son meilleur classement ATP est la 12e place mondiale, atteinte le 14 février 1983.

Famille

Vie privée

Steve Denton a épousé Glenda Pivaral en 2013. Il est le beau-père de Julian Pivaral Villalta. Après avoir longtemps vécu dans le sud du Texas, il s'est installé à College Station, où se poursuit sa carrière d'entraîneur.

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Date de dernière mise à jour : 11/10/2026