Tennis Chron'open
Chron'Open
Australie
droitier - revers à une main

RoyEmerson

Le champion de l'entre-deux mondes
Roy Emerson en action

Les statistiques de la carrière de Roy Emerson donnent le vertige. Mais ils racontent aussi une époque singulière, celle d'un tennis coupé en deux entre amateurs et professionnels. Athlète infatigable, volleyeur remarquable et pilier de l'âge d'or australien, « Emmo » fut le grand champion de ce monde disparu avant de traverser, raquette en main, la frontière de l'ère Open.

ChampionAvant l'ère Open
118titres sur toute sa carrière
8Coupes Davis
Naissance 3 novembre 1936
Jeunesse

Jeunesse

Emplacement provisoire - aucune image de jeunesse adaptée dans le stock
Roy Emerson, encore jeune, avec déjà un trophée dans les bras. D’autres suivront — beaucoup d’autres.

Roy Stanley Emerson naît le 3 novembre 1936 à Blackbutt, petite localité rurale du Queensland. Il grandit dans une ferme laitière, où la légende familiale veut que la traite des vaches ait contribué à lui forger poignets et avant-bras. Un court de tennis se trouve sur la propriété et le jeune Australien y découvre très tôt le jeu. Lorsque son potentiel devient évident, sa famille se rapproche de Brisbane afin qu'il puisse bénéficier d'une meilleure opposition et d'un meilleur encadrement.

Excellent athlète, Emerson se distingue également comme sprinteur pendant ses années scolaires. Cette vitesse, ajoutée à une condition physique exceptionnelle, deviendra l'une de ses marques de fabrique. Il appartient bientôt à la formidable génération australienne façonnée autour du capitaine Harry Hopman, avec Rod Laver, Neale Fraser, Fred Stolle, Tony Roche ou John Newcombe. Sur le circuit, tout le monde l'appelle bientôt « Emmo ».

de 1959 à 1973

Sa carrière

L'équipe australienne de Coupe Davis en 1960
Coupe Davis 1960 : Roy Emerson au sein de l'équipe australienne de Harry Hopman.
1959-1960

Premiers pas dans l'élite australienne

Emerson s'installe parmi les meilleurs amateurs à la fin des années 1950. En 1959, il entre dans l'équipe australienne de Coupe Davis et remporte à Wimbledon, avec Neale Fraser, son premier titre majeur en double.

Emplacement provisoire - aucune image de la saison 1961
1961 : Roy Emerson remporte les US Championships.
1961

Deux majeurs pour changer de dimension

Mais c'est en 1961 que sa carrière en simple change de dimension. Il bat Rod Laver en finale des Championnats d'Australie, puis retrouve son compatriote quelques mois plus tard à Forest Hills et le domine de nouveau pour enlever les Championnats des États-Unis. Deux majeurs dans la même saison : Emerson s'installe parmi les tout meilleurs joueurs amateurs du monde et termine l'année au deuxième rang.

Rod Laver et Roy Emerson à Roland-Garros en 1962
Roland-Garros 1962 : Rod Laver et Roy Emerson, au cœur de la saison du Grand Chelem de Laver.
1962

Laver passe devant Emerson

L'année suivante tourne pourtant à l'avantage de Laver. Emerson atteint les finales d'Australie, de Roland-Garros et de Forest Hills, mais Laver le bat à chaque fois et accomplit le Grand Chelem. Leur finale parisienne est particulièrement révélatrice de leur rivalité : Emerson mène deux manches à rien avant de voir Laver renverser la rencontre en cinq sets.

Roy Emerson en 1963
Roy Emerson en 1963, l'année où il prend le relais dans les grands tournois amateurs.
1963

Quand Laver n'est plus là, Emerson danse

Le paysage change brutalement en 1963 lorsque Laver passe professionnel. À cette époque, les professionnels restent exclus des tournois du Grand Chelem : Ken Rosewall, Pancho Gonzales, Lew Hoad puis Laver sont donc absents des quatre grandes échéances annuelles. Emerson choisit, lui, de demeurer amateur. Cette séparation est indispensable pour mesurer son palmarès.

Emerson profite de cette période sans pour autant se cantonner à une seule surface. En 1963, il remporte les Championnats d'Australie sur herbe, puis Roland-Garros sur terre battue, où il bat Pierre Darmon en finale.

Roy Emerson et Fred Stolle à Wimbledon en 1964
Wimbledon 1964 : Roy Emerson soulève le trophée après sa victoire sur Fred Stolle.
1964-1965

N°1 mondial chez les amateurs

L'année suivante constitue son sommet. Il gagne en Australie, décroche enfin Wimbledon face à Fred Stolle, puis retrouve encore Stolle en finale à Forest Hills. Seul Roland-Garros lui échappe : Nicola Pietrangeli l'arrête en quart de finale. Emerson termine ainsi 1964 avec trois titres majeurs, une série de 55 victoires consécutives, 17 tournois remportés et 109 succès en 115 matches. Dans la hiérarchie amateur, il est alors le n°1 mondial. La précision est importante : ce classement ne comprend pas les professionnels comme Rod Laver, Ken Rosewall ou Pancho Gonzales, qui évoluent sur un circuit séparé.

Roy Emerson et Fred Stolle à Wimbledon en 1965
Wimbledon 1965 : Roy Emerson et Fred Stolle après une nouvelle finale sur le gazon londonien.

En 1965, son emprise se poursuit. À Melbourne, Fred Stolle mène deux sets à rien en finale avant qu'Emerson ne renverse complètement la rencontre. Quelques mois plus tard, à Wimbledon, il bat encore Stolle et conserve son titre. Pour la deuxième année consécutive, Emerson termine la saison n°1 mondial chez les amateurs.

Roy Emerson à Wimbledon en 1967
Wimbledon 1967 : Roy Emerson face à Nikola Pilic lors de sa dernière saison amateur.
1966-1967

Au royaume des amateurs ...

Un troisième Wimbledon paraît possible en 1966. Tête de série n°1 et double tenant du titre, Emerson traverse ses premiers tours sans perdre un set. En quart de finale contre son compatriote Owen Davidson, il poursuit une amortie sur une herbe rendue glissante par la pluie, chute lourdement sur l'épaule et percute la chaise d'arbitre. Touché aux ligaments de l'épaule gauche, il termine la rencontre mais s'incline. Quelques mois plus tôt, il avait pourtant ajouté un cinquième titre australien à son palmarès en battant Arthur Ashe.

Il réalise encore une remarquable saison de Grand Chelem en 1967. Aux Championnats d'Australie, il sort Tony Roche au terme d'une demi-finale gigantesque de 83 jeux et près de quatre heures avant de battre Arthur Ashe en finale. Il conquiert ainsi un sixième titre australien, son cinquième consécutif. À Roland-Garros, il domine Roche en finale et porte son total à douze titres majeurs en simple.

Aucun homme n'avait encore atteint ce chiffre. Le record résistera pendant trente-trois ans, jusqu'au treizième titre majeur de Pete Sampras à Wimbledon en 2000.

Le palmarès d'Emerson mérite cependant d'être relativisé. Ses douze titres majeurs sont parfaitement officiels, mais une partie des meilleurs joueurs du monde évoluait jusqu'alors sur le circuit professionnel.

Roy Emerson à Wimbledon en 1970
Wimbledon 1970 : Roy Emerson subit de plein fouet la concurrence des meilleurs pros dans les tournois du Grand Chelem.
1968-1973

Roy n'est plus roi

Emerson avait longtemps repoussé les offres du circuit professionnel. Il finit par rejoindre la National Tennis League au printemps 1968, précisément au moment où les frontières entre amateurs et professionnels s'effondrent. Pour la première fois, les anciens pros peuvent revenir dans les tournois du Grand Chelem.

Le règne d’Emerson avait déjà commencé à s’effriter avant même l’ère Open : n°1 amateur en 1964 et 1965, il cède ensuite la première place à John Newcombe et ne défend pas son titre australien en 1968. 

À 31 ans, Emerson n’est déjà plus tout à fait au sommet lorsque l’arrivée des professionnels dans les tournois du Grand Chelem met son règne amateur à l’épreuve d’une concurrence jusque-là tenue à l’écart. Dans un paysage où réapparaissent lesLaver, Rosewall et Gonzales, Roy n’est décidément plus le roi.

À Roland-Garros, premier majeur de l'ère Open, Emerson arrive en champion sortant. En quart de finale, il retrouve Pancho Gonzales, âgé de 40 ans et absent des tournois majeurs depuis plus de quinze ans. Gonzales mène deux sets à rien, Emerson revient à deux manches partout, mais l'Américain enlève finalement le cinquième set 6-4. Ken Rosewall battra ensuite Rod Laver en finale. La hiérarchie du tennis vient soudain de se recomposer.

Emerson n'en disparaît pas pour autant. Une fois l'ère Open installée, il remporte encore cinq titres en simple : Buenos Aires en 1968, puis Pörtschach, Aix-en-Provence et Gstaad en 1969, avant un dernier grand coup en Californie en 1973.

Roy Emerson et Björn Borg au Pacific Coast Championships en 1973
Pacific Coast Championships 1973 : Roy Emerson et Björn Borg, deux générations réunies à San Francisco.

À 36 ans, au Pacific Coast Championships de San Francisco, il élimine Roscoe Tanner en quart de finale puis Arthur Ashe en demi-finale. En finale l'attend Björn Borg, 17 ans, déjà annoncé comme l'un des phénomènes de la nouvelle génération. Emerson perd le premier set mais s'impose 5-7, 6-1, 6-4. Le vieux champion australien ferme ainsi la boucle face à celui qui incarne déjà la génération montante.

Palmarès

118 titres sur toute sa carrière

  • 114 titres amateurs, dont 6 Australian, 2 Wimbledon, 2 US Championships et 2 Roland Garros.
  • 4 titres sous l'ère Open.

Il est le premier homme à avoir remporté chacun des quatre majeurs au moins deux fois. Ses six titres australiens constituent longtemps le record masculin du tournoi : Novak Djokovic l'égale en 2016 avant de le dépasser en 2019.

Ses 4 titres Open

Tournoi

Buenos Aires 1968
Aix-en-Provence 1969
Gstaad 1969
San Francisco 1973
Coupe Davis

12 Saladiers, un record

Roy Emerson et ses partenaires de l'équipe d'Australie
Roy Emerson autour du Saladier d’argent conquis en 1965, entouré de Tony Roche, John Newcombe et Fred Stolle, avec à l’extrême gauche le capitaine Harry Hopman.

La Coupe Davis constitue l'autre colonne vertébrale de sa carrière. Emerson appartient aux équipes australiennes victorieuses de 1959 à 1962, puis de 1964 à 1967 : huit victoires au total. Son bilan est de 34 victoires pour seulement quatre défaites, dont 21-2 en simple et 13-2 en double. Sous Harry Hopman, il est l'un des piliers de l'âge d'or australien.

Double

Double Messieurs

Roy Emerson et Rod Laver en 1971 à Wimbledon
Wimbledon 1971 : Associé à Rod Laver en double messieurs, Roy Emerson remporte à Wimbledon son vingt-huitième et dernier titre du Grand Chelem.

C'est peut-être en double qu'Emerson atteint sa forme la plus pure. Il remporte seize titres majeurs dans la discipline : trois en Australie, six consécutifs à Roland-Garros entre 1960 et 1965, trois à Wimbledon et quatre aux États-Unis. Il s'impose avec cinq partenaires différents : Neale Fraser, Rod Laver, Manuel Santana, Ken Fletcher et Fred Stolle.

Avec ses douze titres en simple, cela lui donne vingt-huit majeurs au total, record masculin en cumulant simple et double. Surtout, Emerson demeure le seul homme à avoir réalisé le Grand Chelem en carrière à la fois en simple et en double.

Style de jeu

Serveur-volleyeur

Roy Emerson au filet

Droitier au revers à une main, Emerson est d'abord un attaquant de service-volée. Son jeu ne repose pas sur une puissance démesurée mais sur sa vitesse de déplacement, son équilibre, sa volée et surtout une condition physique qui lui permet de maintenir une pression constante. Il possède aussi suffisamment de patience et de solidité du fond pour gagner deux fois Roland-Garros, ce qui le distingue de nombreux spécialistes du gazon de son époque.

Sa rapidité prend encore davantage de valeur en double. Emerson peut fermer le filet, couvrir énormément de terrain et utiliser un revers slicé à une main qui reste bas, particulièrement efficace pour préparer la montée.

Son attitude correspond également à la culture de l'équipe australienne de Hopman : entraînement dur, refus des excuses et fair-play. Emerson résumait cette philosophie en expliquant qu'à partir du moment où un joueur décidait d'entrer sur le court, il ne devait plus se servir d'une blessure comme excuse.

Après-carrière

Gstaad

Roy Emerson après sa carrière de joueur

Emerson reste longtemps dans le tennis. Il participe à la World Team Tennis comme joueur-entraîneur, d'abord avec les Golden Gaters en 1974 puis avec les Boston Lobsters en 1977 et 1978. À Boston, il joue surtout en double, notamment avec Tony Roche, et dirige une équipe dont fait également partie Martina Navratilova.

Gstaad devient parallèlement son autre port d'attache. Très lié au tournoi suisse, qu'il a remporté cinq fois et dont le court central porte son nom, il crée en 1973 avec Ernst Andrea Scherz les Roy Emerson Tennis Weeks du Gstaad Palace. Ce rendez-vous devient une véritable institution et se prolonge pendant plus d'un demi-siècle. En 2026 est organisée sa 52e et dernière édition.

Il entre à l'International Tennis Hall of Fame en 1982 puis au Sport Australia Hall of Fame en 1986.

Vie privée

Roy & Joy

Roy Emerson et son épouse Joy

Sa vie familiale reste étroitement liée au tennis. Son épouse Joy, rencontrée sur les courts, l'accompagne pendant sa carrière et devient également sa manager. Leur fils Antony atteint ensuite le niveau universitaire américain puis joue brièvement sur le circuit professionnel. Père et fils remportent ensemble le championnat américain père-fils sur dur en 1978.

© 2026 Chron'Open. Tous droits réservés.

 

Date de dernière mise à jour : 11/10/2026