1968-1973
Roy n'est plus roi
Emerson avait longtemps repoussé les offres du circuit professionnel. Il finit par rejoindre la National Tennis League au printemps 1968, précisément au moment où les frontières entre amateurs et professionnels s'effondrent. Pour la première fois, les anciens pros peuvent revenir dans les tournois du Grand Chelem.
Le règne d’Emerson avait déjà commencé à s’effriter avant même l’ère Open : n°1 amateur en 1964 et 1965, il cède ensuite la première place à John Newcombe et ne défend pas son titre australien en 1968.
À 31 ans, Emerson n’est déjà plus tout à fait au sommet lorsque l’arrivée des professionnels dans les tournois du Grand Chelem met son règne amateur à l’épreuve d’une concurrence jusque-là tenue à l’écart. Dans un paysage où réapparaissent lesLaver, Rosewall et Gonzales, Roy n’est décidément plus le roi.
À Roland-Garros, premier majeur de l'ère Open, Emerson arrive en champion sortant. En quart de finale, il retrouve Pancho Gonzales, âgé de 40 ans et absent des tournois majeurs depuis plus de quinze ans. Gonzales mène deux sets à rien, Emerson revient à deux manches partout, mais l'Américain enlève finalement le cinquième set 6-4. Ken Rosewall battra ensuite Rod Laver en finale. La hiérarchie du tennis vient soudain de se recomposer.
Emerson n'en disparaît pas pour autant. Une fois l'ère Open installée, il remporte encore cinq titres en simple : Buenos Aires en 1968, puis Pörtschach, Aix-en-Provence et Gstaad en 1969, avant un dernier grand coup en Californie en 1973.
À 36 ans, au Pacific Coast Championships de San Francisco, il élimine Roscoe Tanner en quart de finale puis Arthur Ashe en demi-finale. En finale l'attend Björn Borg, 17 ans, déjà annoncé comme l'un des phénomènes de la nouvelle génération. Emerson perd le premier set mais s'impose 5-7, 6-1, 6-4. Le vieux champion australien ferme ainsi la boucle face à celui qui incarne déjà la génération montante.