Tennis Chron'open
David Ferrer
Chron'Open
Espagne
droitier - revers à deux mains

DavidFerrer

La Mobylette
David Ferrer

Il n’avait ni le service ni la puissance des géants de son époque. Mais David Ferrer courait plus longtemps, frappait plus tôt et ne lâchait rien.

27Titres ATP
2013n°3 mondial
3Coupes Davis
Naissance2 avril 1982
Identité tennistique

Style de jeu

David Ferrer en fond de court

Surnommé « la Mobylette » pour son activité incessante et « le Pou » pour sa capacité à s’accrocher à chaque échange, David Ferrer semblait ne jamais cesser de tourner autour de sa ligne de fond. Rapide, endurant, toujours en mouvement, il couvrait le terrain avec une énergie inépuisable et obligeait souvent son adversaire à gagner plusieurs fois le même point.

Mais Ferrer n’était pas seulement un défenseur infatigable. Très proche de sa ligne, il prenait la balle tôt et imposait un rythme constant qui laissait peu de répit. Son jeu reposait moins sur le coup définitif que sur l’accumulation : une balle profonde, puis une autre, jusqu’à provoquer le recul, l’essoufflement ou la faute.

Son retour de service constituait l’une de ses principales armes. Grâce à ses appuis, à sa lecture de la trajectoire et à la brièveté de ses préparations, il neutralisait des serveurs beaucoup plus puissants que lui. Son coup droit lui permettait ensuite de diriger l’échange, tandis que son revers à deux mains lui assurait une grande stabilité.

Son service, correct mais rarement dominateur, et sa difficulté à terminer rapidement les points limitaient cependant ses possibilités face aux tout meilleurs. Pour battre Ferrer, il fallait souvent lui arracher chaque jeu ; pour battre les géants de son époque, Ferrer devait, lui, produire presque le match parfait.

de 2000 à 2019

Sa carrière

David Ferrer à Roland-Garros 2005
Roland-Garros 2005 : Ferrer renverse le tenant du titre Gastón Gaudio avant de défier Rafael Nadal.
2000-2006

Phase de rodage

Passé professionnel en 2000, David Ferrer ne connaît pas l’ascension fulgurante des grands prodiges espagnols de son époque. Il construit sa carrière à force de matchs, d’abord sur les circuits secondaires, puis dans les tableaux du grand circuit, où son endurance et sa ténacité compensent encore un jeu trop peu tranchant.

En 2002, à 20 ans, il remporte à Bucarest le premier titre de sa carrière. L’année suivante, il crée la surprise à Rome en éliminant dès son entrée en lice Andre Agassi, alors numéro un mondial. Ces coups d’éclat ne suffisent pourtant pas encore à l’installer durablement parmi les meilleurs.

Le véritable déclic intervient à Roland-Garros en 2005. En huitièmes de finale, Ferrer renverse le tenant du titre Gastón Gaudio, qui avait pourtant mené 4-0 dans la dernière manche. Son parcours s’arrête en quarts face à Rafael Nadal, futur vainqueur du tournoi, mais l’Espagnol vient de démontrer qu’il peut tenir sa place dans les grands rendez-vous.

Il lui faut encore attendre 2006 pour soulever un deuxième trophée. À Stuttgart il domine José Acasuso au terme d’une finale disputée au meilleur des cinq manches, une formule encore utilisée à l’époque dans certains tournois du circuit. Six ans après ses débuts professionnels, Ferrer n’est pas encore un membre régulier de l’élite, mais il possède désormais les fondations de la carrière qui va suivre.

David Ferrer contre Rafael Nadal à l'US Open 2007
US Open 2007 : Ferrer bat Rafael Nadal en huitièmes de finale et atteint le dernier carré.
2007

Changement de calibre

David Ferrer se libère enfin en 2007. Il remporte trois titres, à Auckland, Båstad et Tokyo, et entre pour la première fois dans le Top 10. À 25 ans, sa patience débouche sur une saison qui change définitivement son statut.

La révélation éclate à l’US Open. Après avoir écarté David Nalbandian, Ferrer affronte Rafael Nadal en huitièmes de finale. Dans un combat achevé au cœur de la nuit, il renverse le numéro 2 mondial en quatre manches. Il domine ensuite Juan Ignacio Chela avant de s’incliner en demi-finale contre Novak Djokovic. Son meilleur parcours en Grand Chelem a lieu sur dur, loin de la terre battue à laquelle on continue pourtant de l’associer.

Qualifié pour la première fois au Masters, Ferrer confirme qu’il ne s’agissait pas d’un éclat isolé. À Shanghai, il remporte ses trois matchs de poule contre Djokovic, Nadal et Richard Gasquet, puis écarte Andy Roddick en demi-finale. Invaincu jusque-là, il ne trouve sa limite qu’en finale face à Roger Federer, alors solidement installé au sommet du tennis mondial.

Ferrer termine l’année au cinquième rang mondial. Après avoir longtemps avancé dans l’ombre, il appartient désormais à cette poignée de joueurs capables de menacer les maîtres de l’époque — sinon de leur prendre durablement la place.

David Ferrer contre Fernando Verdasco à Rome 2010
Rome 2010 : Ferrer bat Fernando Verdasco et dispute sa première finale de Masters 1000.
2008-2010

Dérapage contrôlé

Après son exceptionnelle saison 2007, David Ferrer peine à maintenir la même cadence. En 2008, il remporte néanmoins deux titres très différents : Valence sur terre battue et Bois-le-Duc sur gazon. Cette victoire aux Pays-Bas confirme qu’il n’est pas seulement un terrien. Il participe également au succès de l’Espagne en Coupe Davis, même s’il s’incline face à David Nalbandian lors de la finale disputée en Argentine.

L’année 2009 est plus difficile encore. Ferrer ne gagne aucun tournoi et quitte le Top 10. Il sauve toutefois sa saison sous le maillot espagnol. En finale de Coupe Davis contre la Tchéquie, il remonte un handicap de deux manches face à Radek Štěpánek et apporte à son pays un point décisif au terme d’un combat de cinq sets. L’Espagne conserve ainsi son Saladier d’argent.

Ferrer retrouve son meilleur niveau en 2010. Vainqueur à Acapulco puis à Valence, il atteint surtout à Rome sa première finale de Masters 1000. Après avoir notamment éliminé Andy Murray, Jo-Wilfried Tsonga et Fernando Verdasco, il ne cède qu’en finale devant Nadal. Cette brillante campagne sur terre ne trouve pourtant aucun prolongement à Roland-Garros, où l’Autrichien Jürgen Melzer l’élimine prématurément.

Revenu au septième rang mondial, Ferrer retrouve le Masters trois ans après sa finale de Shanghai. Il y perd ses trois rencontres de poule, mais l’essentiel est ailleurs : à 28 ans, après deux saisons de recul, la Mobylette a redémarré.

David Ferrer à Bercy 2012
Paris-Bercy 2012 : Ferrer remporte son unique Masters 1000.
2011-2012

Ferrer met les gaz

À l’Open d’Australie 2011, David Ferrer retrouve Rafael Nadal en quarts de finale. Diminué par une blessure, le numéro un mondial ne peut contenir son compatriote, qui atteint pour la première fois le dernier carré à Melbourne. Ferrer y pousse Andy Murray à quatre manches avant de s’incliner. Il confirme ensuite sur terre battue en disputant les finales de Monte-Carlo et de Barcelone, toutes deux perdues contre Nadal.

Sa régularité dans les grands tournois contraste toutefois avec une certaine frustration. À Roland-Garros, il est éliminé en cinq manches par Gaël Monfils dès les huitièmes de finale. Il s’arrête au même stade à Wimbledon et à l’US Open. Ferrer demeure solidement installé parmi les meilleurs, mais son niveau de jeu semble encore supérieur aux résultats qu’il obtient en Grand Chelem.

À 30 ans, il réalise pourtant en 2012 la meilleure saison de sa carrière. Il remporte sept tournois sur quatre surfaces différentes et atteint au moins les quarts de finale dans chacune des quatre levées du Grand Chelem. Demi-finaliste à Roland-Garros, il ne cède que devant Nadal ; à l’US Open, Novak Djokovic met fin à son parcours dans le dernier carré.

L’accomplissement majeur arrive à Paris-Bercy. Ferrer écarte notamment Jo-Wilfried Tsonga et Michaël Llodra avant de battre en finale le surprenant Jerzy Janowicz. Après plusieurs occasions manquées, la Mobylette décroche enfin son premier Masters 1000. Dans une époque presque entièrement verrouillée par le Big Four, ce titre donne à son exceptionnelle constance la récompense qui lui manquait.

David Ferrer à Roland-Garros 2013
Roland-Garros 2013 : Ferrer domine Jo-Wilfried Tsonga en demi-finale et atteint sa seule finale majeure.
2013

À plein régime

David Ferrer prolonge son âge d’or en 2013. Vainqueur à Auckland puis à Buenos Aires, il dispute également les finales d’Acapulco et de Miami. En Floride, il obtient même une balle de match contre Andy Murray avant de s’incliner au terme d’un combat de près de trois heures. À 31 ans, il continue d’accumuler les grands rendez-vous sur toutes les surfaces.

À Roland-Garros, Ferrer atteint enfin sa première finale de Grand Chelem. Il traverse le tableau sans perdre un set et domine nettement Jo-Wilfried Tsonga en demi-finale. Mais Rafael Nadal lui ferme une nouvelle fois la route en s’imposant en trois manches. Ferrer devient néanmoins le premier Espagnol autre que Nadal à atteindre la finale parisienne depuis Juan Carlos Ferrero en 2003.

Après Wimbledon, il grimpe au troisième rang mondial, le meilleur classement de sa carrière. À Bercy, où il défend son titre, il réussit l’un de ses plus beaux matchs en dominant Nadal 6/3 7/5 en demi-finale. Contre Novak Djokovic, Ferrer sert pour chacune des deux manches, mais laisse échapper les deux et s’incline 7/5 7/5. L’année de sa seule finale majeure est aussi celle où il s’approche le plus près du sommet.

David Ferrer à Madrid 2019
Madrid 2019 : Ferrer dispute son dernier match contre Alexander Zverev.
2014-2019

Derniers tours de piste

En 2014, David Ferrer commence à perdre un peu de terrain sans quitter l’élite. Il conserve son titre à Buenos Aires et bat Rafael Nadal en quart de finale à Monte-Carlo, avant de s’incliner de nouveau face à lui à Roland-Garros. Sur dur, il atteint à Cincinnati sa septième et dernière finale de Masters 1000, mais Roger Federer lui inflige une seizième défaite en autant de rencontres.

À 33 ans, Ferrer répond en 2015 par l’une des saisons les plus prolifiques de sa carrière. Il remporte cinq titres, à Doha, Rio de Janeiro, Acapulco, Kuala Lumpur et Vienne, sur terre battue comme sur dur extérieur ou en salle. Une blessure au coude le contraint toutefois à manquer Wimbledon, mettant fin à une série de cinquante participations consécutives en Grand Chelem.

Le déclin devient plus visible en 2016. Pour la première fois depuis 2009, Ferrer termine une saison sans trophée et sort progressivement du cercle des dix meilleurs. Il retrouve pourtant le chemin de la victoire à Båstad en 2017. À 35 ans, il devient le plus vieux vainqueur de l’histoire du tournoi et décroche le vingt-septième et dernier titre de sa carrière.

Les résultats se raréfient ensuite. En 2018, Ferrer ne remporte que neuf matchs sur le circuit et annonce qu’il prendra sa retraite au printemps suivant. Il organise ses adieux à travers quelques tournois qui ont compté dans sa carrière, refusant de prolonger artificiellement une aventure que son corps ne lui permet plus de mener au même niveau.

Le 8 mai 2019, à Madrid, Ferrer dispute son dernier match contre Alexander Zverev. La veille, il avait battu Roberto Bautista-Agut pour obtenir la 734e victoire de sa carrière. À 37 ans, la Mobylette s’arrête enfin de rouler.

Coupe Davis

Le soldat de l’Espagne

David Ferrer avec l'équipe d'Espagne

David Ferrer remporte trois fois la Coupe Davis avec l’Espagne, en 2008, 2009 et 2011. Lors de la finale de 2008, disputée en Argentine, il s’incline contre David Nalbandian, mais ses coéquipiers renversent la situation et conquièrent le trophée en l’absence de Rafael Nadal.

Ferrer joue un rôle beaucoup plus important l’année suivante. En finale contre la Tchéquie, il affronte Radek Štěpánek après la victoire inaugurale de Nadal. Mené deux manches à rien, l’Espagnol refuse de céder et finit par s’imposer 1/6 2/6 6/4 6/4 8/6. Ce succès place l’Espagne à un point du titre, remporté dès le double du lendemain.

En 2011, face à l’Argentine, Ferrer livre un autre combat mémorable contre Juan Martín del Potro. Mené deux manches à une, il épuise progressivement l’Argentin et s’impose en cinq sets, donnant à l’Espagne une avance de 2-0 dès la première journée. Nadal apporte ensuite le point du titre. Ferrer achève sa carrière en Coupe Davis avec un bilan remarquable de 28 victoires pour seulement 5 défaites.

Entourage

Piles, le second père

Javier Piles
Javier Piles
L’entraîneur historique, présent de l’adolescence au sommet de la carrière.
José Francisco Altur
José Francisco Altur
Une transition brève en 2014.
Francisco Fogues
Francisco Fogues
L’ami choisi en 2015 pour les dernières années, jusqu’à la retraite.

Javier Piles accompagne David Ferrer depuis son adolescence et reste à ses côtés pendant près de quinze ans. Leur relation commence pourtant de manière mouvementée. Peu appliqué à l’entraînement, le jeune Ferrer aurait été enfermé plusieurs heures par Piles dans un réduit servant à ranger les balles, avec seulement du pain et de l’eau. Furieux, il abandonne alors le tennis et travaille quelque temps sur un chantier avant de revenir sur les courts. L’épisode paraît difficilement concevable aujourd’hui, mais Ferrer finira par considérer son entraîneur comme un second père.

Piles façonne le joueur que Ferrer va devenir : discipliné, endurant et incapable de renoncer à un point. Ensemble, ils traversent presque toute son ascension, de ses débuts professionnels à sa finale de Roland-Garros, en passant par le titre de Bercy et la troisième place mondiale. Leur collaboration s’achève à la fin de 2013, au sommet de la carrière de l’Espagnol.

José Francisco Altur lui succède brièvement en 2014. En 2015, Ferrer choisit ensuite son ami Francisco Fogues, ancien joueur professionnel, qui l’accompagne durant les dernières années de sa carrière. Avec lui, il remporte encore cinq titres en 2015, puis son ultime trophée à Båstad en 2017, avant de prendre sa retraite en 2019.

Palmarès

Ses 27 titres

Masters 1000ATP 500ATP 250

Bucarest 2002
Stuttgart 2006
Auckland 2007
Båstad 2007
Tokyo 2007
Valence 2008
Rosmalen 2008
Acapulco 2010
Valence 2010
Auckland 2011
Acapulco 2011
Auckland 2012
Buenos Aires 2012
Acapulco 2012
Rosmalen 2012
Båstad 2012
Valence 2012
Bercy 2012
Auckland 2013
Buenos Aires 2013
Buenos Aires 2014
Doha 2015
Rio 2015
Acapulco 2015
Kuala Lumpur 2015
Vienne 2015
Båstad 2017
Reconversion

Après la compétition

David Ferrer auprès d'Alexander Zverev

Après sa retraite, il reste naturellement dans le tennis. Il devient directeur du tournoi de Barcelone, une épreuve qu’il avait disputée à quinze reprises et où il avait atteint quatre finales, toutes perdues contre Rafael Nadal.

En 2020, il tente brièvement l’expérience du coaching auprès d’Alexander Zverev, non sans ironie puisque l’Allemand avait été son dernier adversaire sur le circuit, lors de ses adieux à Madrid. Il retrouve ensuite une mission plus conforme à son tempérament collectif en prenant la succession de Sergi Bruguera comme capitaine de l’équipe d’Espagne de Coupe Davis. Entré en fonction en 2023, Ferrer reste ainsi lié à une compétition dont il avait été l’un des joueurs les plus fidèles.

Vie privée

Famille

Discret sur sa vie familiale, l’Espagnol partage notamment son temps libre entre la lecture — il conserve chacun des livres qu’il termine —, le football et le basket-ball.

Épilogue

Le meilleur des autres

David Ferrer

David Ferrer a traversé l’une des périodes les plus fermées de l’histoire du tennis. Federer, Nadal, Djokovic et Murray se partageaient les grands titres et laissaient peu d’espace à ceux qui évoluaient derrière eux. Ferrer ne parvint jamais à renverser durablement cet ordre, mais il fut celui qui s’en approcha le plus souvent.

Numéro 3 mondial, finaliste de Roland-Garros et du Masters, vainqueur de Bercy, il s’installa pendant près d’une décennie parmi les meilleurs sans disposer du service, de la taille ou de la puissance habituellement associés aux sommets. Il compensa par la vitesse, la précision, l’endurance et une capacité presque inépuisable à recommencer l’effort.

Le qualifier de « meilleur des autres » ne revient donc pas à minimiser sa carrière. Ferrer domina presque tous ceux qui n’appartenaient pas au cercle des géants. Son malheur fut d’atteindre son apogée à une époque où, pour marquer l’histoire, il ne suffisait plus d’être meilleur que les autres.

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Date de dernière mise à jour : 11/10/2026