Tennis Chron'open
Brad Gilbert
Chron'Open
États-Unis
droitier - revers à une main

BradGilbert

Comprendre pour mieux gagner
Brad Gilbert

Brad Gilbert fut l'un des joueurs américains les plus réguliers de la seconde moitié des années 1980. Sans posséder les armes spectaculaires des grandes vedettes de son époque, il remporta vingt titres, atteignit la 4e place mondiale et décrocha une médaille olympique. Après sa carrière, son remarquable sens tactique lui permit de connaître une seconde réussite comme entraîneur, notamment auprès d'Andre Agassi, Andy Roddick et Andy Murray.

20Titres ATP
1990n°4 mondial
Naissance 9 août 1961
Jeunesse

Jeunesse et formation

Brad Gilbert jeune

Gilbert commence le tennis vers l'âge de 5 ans. Après Foothill College, où il remporte notamment le championnat amateur américain sur dur, il rejoint Pepperdine pour la saison 1981-1982. All-American, il y affiche 32 victoires pour 10 défaites, termine n°6 du classement universitaire et atteint à la fois la finale NCAA en simple et, avec Pepperdine, la finale nationale par équipes. Il passe professionnel à l'issue de cette unique saison. Sa famille est déjà sportive : sa sœur Dana jouera sur le circuit WTA et son frère Barry au niveau universitaire.

de 1982 à 1995

Sa carrière

Brad Gilbert à Wimbledon en 1984
Wimbledon 1984 : Gilbert y atteint les huitièmes de finale, son premier résultat significatif en Grand Chelem.
1982-1984

Les premiers titres

Gilbert ne tarde pas à obtenir un résultat marquant : dès 1982, il remporte à Taipei son premier tournoi professionnel. Après une saison 1983 sans titre, il franchit un nouveau palier en 1984 avec deux victoires, à Columbus puis de nouveau à Taipei. Il atteint également les huitièmes de finale de l'Open d'Australie, son premier résultat significatif en Grand Chelem.

La progression demeure cependant très différente de celle des jeunes prodiges de sa génération. Gilbert ne donne pas l'impression d'un futur champion par la qualité spectaculaire de ses coups. Il bâtit plutôt son ascension par accumulation : matches, observation des adversaires, régularité et aptitude à exploiter les situations.

Brad Gilbert face à John McEnroe au Masters 1985
Masters 1985, disputé en janvier 1986 : Gilbert élimine John McEnroe au premier tour.
1985-1986

L'installation parmi les meilleurs

L'année 1985 marque véritablement son décollage. Gilbert remporte Livingston, Cleveland et Tel Aviv. Il ajoute encore quatre titres en 1986, à Memphis, de nouveau Livingston et Tel Aviv, et Vienne. En deux saisons, il passe ainsi de trois à dix trophées en carrière et devient un joueur régulièrement présent dans les derniers tours des tournois.

Son coup d'éclat le plus révélateur intervient au Masters de la saison 1985, exceptionnellement disputé en janvier 1986. Au premier tour, Gilbert bat le n°2 mondial John McEnroe 5-7, 6-4, 6-1 avant de céder devant Anders Jarryd en quart de finale. L'exploit est d'autant plus remarquable qu'il restera son unique victoire contre McEnroe en treize confrontations. C'est déjà tout Gilbert : parvenir à déséquilibrer un adversaire infiniment plus spectaculaire que lui.

Brad Gilbert à l'US Open 1986
US Open 1986 : Gilbert s'installe durablement parmi les joueurs qui comptent sur le circuit.
Brad Gilbert face à Boris Becker à l'US Open 1987
US Open 1987 : mené deux manches à rien, Gilbert renverse Boris Becker après 4 h 17.
1987

Becker, Bercy et le Masters

En 1987, Gilbert ne gagne qu'un tournoi, à Scottsdale, mais sa saison est en réalité l'une des plus importantes de sa carrière. À l'US Open, tête de série n°15, il retrouve Boris Becker en huitièmes de finale. L'Allemand mène deux sets à zéro et possède encore un break d'avance dans le troisième. Gilbert renverse pourtant le match et s'impose 2-6, 6-7, 7-6, 7-5, 6-1 après 4 h 17 de combat. Pour la première fois, il atteint un quart de finale de Grand Chelem, où Jimmy Connors met fin à son parcours.

La fin de saison confirme son changement de statut. À Paris-Bercy, il atteint la finale et ne s'incline qu'en cinq sets contre Tim Mayotte. Puis, au Masters de New York, il bat successivement Jimmy Connors et Boris Becker dans sa poule. Deuxième derrière Ivan Lendl, il atteint les demi-finales, où le Tchécoslovaque le bat une seconde fois. Sur les trois éditions qu'il disputera au Masters - 1985, 1987 et 1989 - cette demi-finale restera son meilleur résultat.

Brad Gilbert lors de la finale de Bercy 1987
Paris-Bercy 1987 : Tim Mayotte s'impose en cinq sets face à Brad Gilbert.
Tim Mayotte et Brad Gilbert à la fin de la finale de Bercy 1987
Brad Gilbert aux Jeux olympiques de Séoul 1988
Jeux olympiques de Séoul 1988 : Gilbert reçoit la médaille de bronze.
1988

Opération, médaille olympique et nouvelle finale à Bercy

Gilbert commence encore l'année par une demi-finale aux WCT Finals de Dallas : il élimine Pat Cash avant de s'incliner face à Becker. Mais sa progression est interrompue par une opération de la cheville gauche en avril. Il ne gagnera qu'un tournoi cette saison-là, à Tel Aviv.

Le grand souvenir de 1988 reste donc Séoul, où le tennis retrouve officiellement le programme olympique. Gilbert atteint les demi-finales avant de perdre contre Tim Mayotte et reçoit la médaille de bronze. Il confiera bien plus tard que ces dix-sept jours avaient peut-être constitué l'expérience la plus heureuse de sa carrière, tout en gardant le regret de cette demi-finale. Le paradoxe est cruel : trois ou quatre semaines plus tard, à Bercy, il bat coup sur coup les deux finalistes olympiques, le champion Miloslav Mecir et le vice-champion Mayotte. Pour la deuxième année consécutive, il atteint ainsi la finale parisienne, cette fois perdue contre Amos Mansdorf.

Brad Gilbert et Stefan Edberg à Cincinnati en 1989
Cincinnati 1989 : Gilbert bat Michael Chang, Boris Becker puis Stefan Edberg pour remporter son plus grand titre.
1989

La grande saison

À 27 ans, Gilbert réalise la meilleure saison de sa carrière. Il gagne d'abord Memphis, puis se retrouve dans une situation improbable aux WCT Finals de Dallas : il n'était que le quatrième remplaçant du tournoi, mais les forfaits successifs lui permettent d'intégrer le tableau. Il se fraie un chemin jusqu'à la finale, où John McEnroe prend sa revanche en trois sets.

Durant l'été américain, Gilbert devient presque imbattable. Il gagne successivement Stratton Mountain, Livingston et Cincinnati et aligne 17 victoires consécutives. À Cincinnati, son parcours est exceptionnel : il élimine successivement le n°6 mondial Michael Chang, le n°2 Boris Becker puis le n°3 Stefan Edberg pour remporter le titre. Sur cette période, il gagne vingt de ses vingt et un matches. Sa série se termine brutalement dès le premier tour de l'US Open, mais Gilbert rebondit en remportant quelques semaines plus tard San Francisco, son cinquième titre de la saison. Il termine l'année avec un bilan de 60 victoires pour 17 défaites.

À Paris-Bercy, il atteint encore les quarts de finale, après ses deux finales consécutives des années précédentes. Au Masters, il bat Andre Agassi mais s'incline devant Becker et Edberg et ne sort pas de sa poule. Il achève néanmoins 1989 au 6e rang mondial, son meilleur classement de fin de saison.

Brad Gilbert à Wimbledon en 1990
Wimbledon 1990 : Gilbert atteint son deuxième quart de finale en Grand Chelem.
1990

N°4 mondial et derniers titres

Le 1er janvier 1990, Gilbert atteint le sommet de son classement : n°4 mondial. Il gagne Rotterdam puis Orlando et réalise à Wimbledon son deuxième grand parcours en Grand Chelem. Après avoir atteint les quarts de finale, il est éliminé par Boris Becker. Ce sera, avec l'US Open 1987, l'un de ses deux seuls quarts de finale en Grand Chelem.

Brad Gilbert à Rotterdam en 1990
Rotterdam 1990 : Gilbert y remporte l'un de ses trois derniers titres ATP.

Il retrouve également la finale à Cincinnati, mais Edberg lui rend cette fois la monnaie de sa pièce. Gilbert remporte ensuite Brisbane, vingtième et dernier titre de sa carrière, puis termine l'année en atteignant la finale de la toute première Grand Slam Cup, à Munich. Pete Sampras le bat 6-3, 6-4, 6-2. Gilbert termine 1990 au 10e rang mondial.

Son sommet aura donc été particulièrement atypique : Gilbert est devenu n°4 mondial sans jamais atteindre une demi-finale de Grand Chelem. Sa place parmi l'élite s'est construite avant tout sur sa régularité dans l'ensemble du circuit.

Brad Gilbert et Andre Agassi à Bercy en 1992
Paris-Bercy 1992 : Gilbert affronte encore Andre Agassi comme joueur, deux ans avant de devenir son entraîneur.
1991-1995

Le recul et la transition

Après Brisbane 1990, Gilbert ne remporte plus de tournoi, mais il reste capable de beaux parcours. L'une de ses dernières grandes finales survient à Tokyo en 1993, face à Pete Sampras. L'Américain le bat en trois sets et cette victoire lui permet de devenir n°1 mondial le lendemain. Gilbert représente parallèlement les États-Unis en Coupe Davis de 1986 à 1993, avec un bilan général de 10 victoires pour 5 défaites.

Wally Masur et Brad Gilbert lors de la rencontre Australie - États-Unis en 1993
Coupe Davis 1993 : Brad Gilbert salue Wally Masur lors de la rencontre entre l'Australie et les États-Unis.

La transition vers sa seconde carrière commence avant même la disparition complète de la première : Andre Agassi l'engage comme entraîneur au début de 1994, tandis que Gilbert continue encore à disputer quelques tournois. Contrairement à ce qu'indiquent certaines anciennes biographies qui fixent sa retraite en 1994, les archives ATP enregistrent encore des matches en 1995. Sa carrière professionnelle s'étend donc de 1982 à 1995 et s'achève sur 519 victoires, 288 défaites, vingt titres et vingt autres finales. En double, il a également remporté trois tournois et atteint la 18e place mondiale.

Style de jeu

Du « pusher » au stratège

Brad Gilbert en action à l'Open d'Australie 1991

Gilbert fut souvent affublé du terme pusher, que la presse américaine employait déjà à son sujet lorsqu'il était au sommet en 1989. Dans le vocabulaire du tennis, le mot est assez péjoratif : il désigne un joueur qui prend peu de risques, remet beaucoup de balles avec marge et pousse l'adversaire à commettre la faute plutôt que de chercher constamment le coup gagnant.

L'étiquette décrit une partie de son jeu mais ne suffit pas à l'expliquer. Gilbert ne se contentait pas de défendre. Il changeait les hauteurs et les rythmes, cherchait de la profondeur, identifiait rapidement le coup le moins sûr de son adversaire et construisait le match autour de cette faiblesse. Il acceptait parfaitement de gagner sans produire le tennis le plus esthétique. Son objectif n'était pas tant de jouer son meilleur tennis que d'empêcher l'autre de jouer le sien. C'est cette capacité d'analyse qui explique qu'un joueur dépourvu d'arme offensive véritablement dominante ait pu gagner vingt tournois et s'approcher du sommet mondial. L'ATP le décrit ainsi comme l'un des meilleurs stratèges de son époque.

Personnalité

L'art d'agacer

Brad Gilbert, compétiteur intense

Gilbert n'était pas un showman à la Connors ou à la McEnroe, mais il ne faut pas pour autant en faire un joueur effacé. Sur le court, c'était un compétiteur intense, dont la ténacité, les changements de rythme et la manière de faire durer les échanges pouvaient devenir exaspérants pour ses adversaires. Hors du court, cette énergie s'est transformée en une passion presque permanente pour l'analyse : matches regardés en quantité, détails tactiques mémorisés, commentaires rapides et surnoms inventés pour les joueurs sont devenus sa marque à la télévision. ESPN mettait d'ailleurs régulièrement en avant son goût pour ces surnoms et son style très personnel de commentaire.

Palmarès

Ses 20 titres

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Grand tournoi historique Autre tournoi

Taipei 1982
Columbus 1984
Taipei 1984
Livingston 1985
Cleveland 1985
Tel Aviv 1985
Memphis 1986
Livingston 1986
Tel Aviv 1986
Vienne 1986
Scottsdale 1987
Tel Aviv 1988
Memphis 1989
Stratton Mountain 1989
Livingston 1989
Cincinnati 1989
San Francisco 1989
Rotterdam 1990
Orlando 1990
Brisbane 1990
Winning Ugly

Mettre sa méthode sur le papier

Winning Ugly de Brad Gilbert et Steve Jamison

En 1994, Gilbert publie avec Steve Jamison Winning Ugly: Mental Warfare in Tennis – Lessons from a Master. Le titre, devenu indissociable de son nom, résume presque parfaitement sa carrière. Gilbert y explique comment augmenter ses chances de victoire sans nécessairement posséder de meilleurs coups : observer, analyser, préparer son match, identifier les habitudes adverses et exploiter les petites marges que les joueurs négligent souvent.

Le livre ne prône donc pas un « mauvais tennis » mais une autre définition du beau jeu : celle où l'intelligence du match compte autant que la qualité du geste. Gilbert prolongera cette réflexion avec I've Got Your Back, écrit avec James Kaplan et davantage consacré à son expérience d'entraîneur et à la manière de préparer les champions.

Reconversion

Une deuxième carrière de grand entraîneur

Brad Gilbert avec Andre Agassi

En 1994, Andre Agassi choisit Gilbert pour l'accompagner. Leur association durera huit ans, jusqu'en 2002, et constitue le sommet de sa carrière d'entraîneur. Sous sa direction, Agassi remporte six de ses huit titres du Grand Chelem, devient pour la première fois n°1 mondial et décroche la médaille d'or olympique à Atlanta en 1996. Agassi ira jusqu'à qualifier Gilbert de « greatest coach of all time ».

L'une des interventions les plus significatives de Gilbert survient en 1999. Agassi arrive à Roland-Garros avec une épaule douloureuse et envisage de ne pas jouer ; Gilbert le convainc de participer. Quelques semaines plus tard, Agassi remonte deux sets de retard en finale contre Andrei Medvedev et devient le premier homme depuis Rod Laver à avoir remporté les quatre tournois du Grand Chelem au cours de sa carrière.

Gilbert prend ensuite en main Andy Roddick en 2003. Là encore, l'effet est spectaculaire : Roddick remporte l'US Open et termine la saison n°1 mondial. En 2006, Gilbert rejoint Andy Murray et l'accompagne pendant seize mois, jusqu'à la 8e place mondiale, alors meilleur classement de la carrière du Britannique. Il travaillera ensuite plus ponctuellement avec d'autres joueurs, notamment Kei Nishikori en 2011 et Sam Querrey.

Brad Gilbert avec Andy Murray

Plus de vingt ans après Agassi, il démontre encore l'efficacité de ses méthodes auprès de Coco Gauff. Il rejoint son équipe durant l'été 2023 et l'Américaine remporte successivement Washington, Cincinnati puis son premier titre du Grand Chelem à l'US Open. Leur collaboration dure quatorze mois et s'achève en septembre 2024.

Brad Gilbert avec Coco Gauff
Consultant

Télévision et Challengers

Brad Gilbert consultant à ESPN

Gilbert rejoint ESPN en 2004 comme consultant en studio, commentateur de matches et homme de terrain. Il quitte temporairement la chaîne en 2006 pour entraîner Murray, puis y revient en 2008. Pendant près de deux décennies supplémentaires, son débit, son expertise tactique et ses fameux surnoms en font l'une des voix les plus reconnaissables du tennis à la télévision américaine. Cette longue collaboration prend finalement fin en janvier 2026, lorsque ESPN confirme que Gilbert ne fait plus partie de ses consultants.

En 2024, il intervient également sur Challengers, la fiction de Luca Guadagnino avec Zendaya, Josh O'Connor et Mike Faist. Avec son épouse Kim, Gilbert est engagé comme consultant tennis. Il construit les échanges point par point, organise l'entraînement des acteurs et participe à la chorégraphie des scènes de match afin de donner au film une crédibilité sportive. Il effectue même un très bref caméo à l'écran.

Brad Gilbert et Zendaya à la première de Challengers à Los Angeles, en avril 2024.
Héritage

Comprendre le tennis

Brad Gilbert, analyste du jeu

Brad Gilbert occupe une place singulière dans le tennis des années 1980. Jamais demi-finaliste en Grand Chelem, il atteignit pourtant la 4e place mondiale, remporta vingt titres et battit 27 fois un joueur du Top 10. Sans posséder aucun grand coup dans son tennis, il fit de son intelligence tactique sa principale arme : comprendre ce qui dérangeait l'adversaire et l'empêcher de jouer dans les conditions qu'il préférait.

Cette qualité donne une remarquable cohérence à l'ensemble de son parcours. Celui que l'on qualifiait parfois de pusher transforma sa manière de gagner en une véritable philosophie avec Winning Ugly, avant de la transmettre avec succès comme entraîneur puis de l'expliquer comme consultant. Une philosophie qui n'est évidemment pas la seule conception possible du tennis : à l'opposé des champions qui ont associé victoire, panache et recherche esthétique, Gilbert a surtout démontré jusqu'où pouvait mener l'art de gagner avec les moyens dont on dispose. C'est peut-être là sa véritable singularité.

Vie privée

Une famille de tennis

Brad Gilbert, Kim et leur enfant

Dans sa vie familiale, le tennis n'a jamais été très loin. Gilbert est marié à Kim et le couple a trois enfants. Kim a même travaillé avec lui comme consultante sur Challengers, plusieurs décennies après que la sœur de Brad, Dana, eut elle-même évolué sur le circuit féminin.

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Date de dernière mise à jour : 11/10/2026