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Espagne
droitier - revers à une main

AndresGimeno

Le champion qui a traversé deux mondes
Andres Gimeno

Privé des tournois du Grand Chelem pendant ses meilleures années pour avoir choisi de devenir professionnel, Andres Gimeno a mené une carrière à cheval sur deux époques. Lorsque le tennis lui a enfin rouvert ses portes, l'Espagnol avait déjà dépassé la trentaine. Il lui restait pourtant assez de temps pour laisser une trace singulière dans l'histoire du jeu.

ChampionAvant l’ère Open
44Titres sur toute sa carrière
1Grand Chelem
Naissance 3 août 1937
L’essentiel

La couronne

1937-1954

Jeunesse et formation

Andres Gimeno dans ses jeunes années
Andres Gimeno dans ses jeunes années.

Andres Gimeno naît le 3 août 1937 à Barcelone et grandit dans l'univers du Real Club de Tenis Barcelona. Son père Esteban y enseigne le tennis et devient naturellement son premier entraîneur. Andres apprend donc très jeune à manier la raquette et passe une grande partie de son enfance sur les courts du club catalan.

Cette proximité avec le tennis lui donne une formation très précoce. Au début des années 1950, il s'affirme progressivement parmi les meilleurs jeunes joueurs espagnols. Son apprentissage est alors essentiellement familial et barcelonais, avant que les compétitions internationales ne commencent à donner une autre dimension à son parcours.

De 1955 à 1973

Sa carrière

Andres Gimeno et Manuel Santana en 1957
1957 : Andres Gimeno et Manuel Santana, deux jeunes espoirs du tennis espagnol.
1955-1960

Des juniors à l'élite amateur

En 1955, Gimeno remporte le simple juniors de Roland-Garros. Ce succès marque véritablement le début de sa carrière internationale. Dans les années suivantes, il s'impose rapidement parmi les meilleurs joueurs espagnols de sa génération.

Il devient champion d'Espagne en simple en 1957, puis de nouveau en 1959. Il débute en Coupe Davis en 1958 et atteint en 1959 les quarts de finale des Championnats d'Australie.

Andres Gimeno à Barcelone en 1960
Barcelone, 1960 : Andres Gimeno achève une brillante saison parmi les meilleurs amateurs du monde.

En 1960, sa progression atteint son premier sommet. Il remporte notamment Monte-Carlo, Barcelone et le Queen's. À Roland-Garros, il atteint les quarts de finale en simple et dispute la finale du double avec Jose Luis Arilla. Il fait alors partie des meilleurs amateurs du monde.

Andres Gimeno au Madison Square Garden en 1961
Madison Square Garden, 1961 : l'Espagnol rejoint les figures du circuit professionnel alors dominé par Ken Rosewall et Pancho Gonzales. De g. à d. : Barry MacKay, Andrés Gimeno, Butch Buchholz, Alex Olmedo et Lew Hoad.
1960-1961

Le choix des professionnels

Dans le courant de l'année, Jack Kramer lui propose de rejoindre son circuit professionnel. Gimeno accepte. Le choix est sportif autant que financier : il lui permet d'affronter régulièrement les meilleurs joueurs de l'époque, mais il entraîne une conséquence immédiate. Les professionnels étant exclus des tournois du Grand Chelem, l'Espagnol disparaît de Roland-Garros, Wimbledon et des autres grandes compétitions traditionnelles.

En 1961, il dispute sa première saison complète chez les professionnels. Il rejoint un circuit où évoluent notamment Pancho Gonzales, Lew Hoad et Ken Rosewall.

Rod Laver et Andres Gimeno en 1967
Circuit professionnel, 1967 : Rod Laver et Andres Gimeno, deux des figures centrales d'une tournée alors séparée des Grands Chelems.
1962-1967

Parmi les meilleurs professionnels

Gimeno s'installe progressivement parmi les meilleurs joueurs du circuit professionnel. En 1962, il atteint la finale du French Pro à Roland-Garros, où il est battu par Ken Rosewall. Il affronte régulièrement les grandes figures du circuit, notamment Rosewall, Gonzales, Hoad puis Rod Laver, passé professionnel à son tour après son Grand Chelem de 1962.

En 1965, Gimeno atteint la finale de Wembley, l'une des épreuves majeures du tennis professionnel. Rod Laver l'y bat, mais l'Espagnol appartient désormais clairement au groupe des joueurs capables de rivaliser avec les Australiens qui dominent cette période.

Il réalise encore une saison de premier plan en 1967. Il atteint la finale de l'US Pro puis celle du French Pro, battu chaque fois par Laver. La même année, il remporte avec Pancho Gonzales le double du Wimbledon World Professional Championship, tournoi professionnel organisé sur les courts de Wimbledon. Lorsque l'ère Open commence en 1968, Gimeno n'est donc pas un ancien amateur sur le retour : à 30 ans, il sort de plusieurs saisons passées au contact direct des meilleurs joueurs du monde.

Andres Gimeno et Arthur Ashe à l'US Open en 1968
US Open 1968 : Andres Gimeno et Arthur Ashe, associés jusqu'en finale du double dans le premier US Open de l'ère Open.
1968-1970

Le retour dans les Grands Chelems

Le tennis s'ouvre enfin aux professionnels en 1968. À Bournemouth, premier tournoi Open de l'histoire, Gimeno atteint les demi-finales. Quelques semaines plus tard, Roland-Garros devient le premier Grand Chelem de l'ère Open. Pour son retour à Paris, huit ans après sa précédente apparition, l'Espagnol se hisse en demi-finale et pousse Ken Rosewall jusqu'au cinquième set.

À l'US Open 1968, il obtient également un résultat important en double : associé à Arthur Ashe, il atteint la finale, perdue contre Bob Lutz et Stan Smith.

En 1969, Gimeno atteint sa première finale de Grand Chelem en simple à l'Open d'Australie. Rod Laver l'emporte 6-3, 6-4, 7-5, première étape du second Grand Chelem calendaire de l'Australien. Gimeno gagne aussi cette année-là plusieurs tournois, notamment à New York, Cologne et Barcelone.

En 1970, il remporte le tournoi de Dallas puis réussit son meilleur Wimbledon. Après avoir notamment éliminé Arthur Ashe, il atteint les demi-finales à 32 ans. John Newcombe, futur vainqueur du tournoi, l'arrête en trois manches.

Andres Gimeno et Pierre Barthès à Los Angeles en 1972
Los Angeles, 1972 : Andres Gimeno ouvre l'année par un titre, remporté sur Pierre Barthès.
1971-1972

Le vétéran ne lâche rien

À 33 ans, Gimeno demeure un adversaire de premier plan. En 1971, il remporte les Internationaux d'Allemagne à Hambourg en dominant Peter Szoke en finale. Il reste ainsi dangereux bien au-delà de l'âge auquel la plupart des joueurs de son époque commencent à décliner.

En 1972, il entame sa saison par un nouveau succès à Los Angeles. Mais lorsqu'arrive Roland-Garros, Gimeno doute lui-même de l'opportunité de participer. À bientôt 35 ans, il estime la terre battue parisienne particulièrement exigeante et envisage sérieusement de renoncer au tournoi. Il finit pourtant par s'inscrire.

Andres Gimeno à Roland-Garros en 1972
Roland-Garros, 1972 : tête de série n°6, Andres Gimeno aborde Paris avec une expérience sans équivalent dans le tableau.

Tête de série n°6, il traverse les premiers tours avant de se retrouver en difficulté face à Clark Graebner en huitième de finale. Mené deux manches à une, il renverse l'Américain 3-6, 6-3, 5-7, 6-2, 6-1. En quart, il écarte Stan Smith, tête de série n°3, 6-1, 7-9, 6-0, 7-6. Puis il lui faut encore cinq sets pour venir à bout d'Alex Metreveli : 4-6, 6-3, 6-1, 2-6, 6-3.

Andres Gimeno et Patrick Proisy en finale de Roland-Garros 1972
Roland-Garros, 4 juin 1972 : Andres Gimeno et Patrick Proisy avant la finale qui offre au Catalan son unique titre majeur.
Roland-Garros 1972

Dix-sept ans après les juniors

En finale, le 4 juin 1972, Andres Gimeno retrouve Patrick Proisy, tête de série n°9 et dernier Français encore en course. Proisy gagne la première manche 6-4. Gimeno prend ensuite nettement le contrôle de la rencontre : 6-3, 6-1, 6-1. À 34 ans et 10 mois, l'Espagnol remporte enfin son premier titre du Grand Chelem.

Paris, 1972 : le titre de Gimeno couronne une carrière dont les années les plus fortes s'étaient longtemps jouées loin des Grands Chelems.

La victoire est d'autant plus remarquable qu'elle intervient dix-sept ans après son titre juniors sur ces mêmes courts. Gimeno devient alors le plus vieux vainqueur du simple messieurs de Roland-Garros. Rafael Nadal dépassera ce record en 2022 en s'imposant à 36 ans.

Une autre marque résiste : Gimeno demeure le plus vieux joueur de l'ère Open à avoir remporté son premier titre du Grand Chelem en simple messieurs. Sa victoire parisienne n'est donc pas seulement l'aboutissement tardif d'une longue carrière ; elle constitue encore aujourd'hui un cas unique dans l'histoire moderne des tournois majeurs.

Quelques semaines plus tard, il prouve que Paris n'était pas un dernier sursaut isolé. Il gagne sur le gazon d'Eastbourne contre Pierre Barthès puis sur la terre battue de Gstaad contre Adriano Panatta.

Stan Smith face à Andres Gimeno en Coupe Davis à Barcelone en 1972
Barcelone, Coupe Davis 1972 : Stan Smith, n°1 mondial, face à Andres Gimeno.
1972

Deux carrières séparées par douze ans

Gimeno dispute la Coupe Davis avec l'Espagne de 1958 à 1960. Son passage chez les professionnels l'en exclut ensuite pendant toute la décennie suivante. Il retrouve l'équipe nationale en 1972, douze ans après sa précédente apparition.

Cette année-là, il réussit notamment à battre Stan Smith, alors n°1 mondial, sur la terre battue de Barcelone. Il apporte aussi un second point en simple contre Harold Solomon, mais les États-Unis remportent la rencontre 3-2.

Au total, Gimeno présente en Coupe Davis un bilan de 23 victoires pour 10 défaites : 18-5 en simple et 5-5 en double.

1973

La sortie

Gimeno revient à Roland-Garros en 1973 pour défendre son titre. Après avoir franchi le premier tour, il est éliminé au suivant par Guillermo Vilas. Il lui reste pourtant un dernier beau parcours dans les jambes : en juillet, à Hilversum, il atteint la finale du tournoi des Pays-Bas, où Tom Okker finit par le battre en cinq manches.

Il quitte le circuit dans le courant de cette année 1973. Le classement ATP n'existe que depuis quelques semaines lorsqu'il y apparaît pour la première fois : le 23 août, à 36 ans et alors que sa carrière est pratiquement terminée, il est n°49 mondial. Ce chiffre ne doit donc évidemment pas être considéré comme son véritable meilleur classement.

Les classements historiques de son époque le situent jusqu'au n°3 mondial. Ce rang, retenu par l'International Tennis Hall of Fame, replace mieux son niveau que la première apparition tardive de son nom dans le classement ATP.

Style de jeu

Beaucoup plus qu'un terrien

Andres Gimeno à Wimbledon en 1972
Wimbledon, 1972 : Andres Gimeno en mouvement sur gazon, une surface sur laquelle il a aussi gagné et atteint les demi-finales.

Droitier au revers à une main, Gimeno dispose d'un service et surtout d'un coup droit puissant. Son revers est davantage travaillé en slice. Son jeu est construit, tactique, avec une réelle aptitude à changer de rythme et à exploiter toute la longueur du court.

Sa réputation de joueur espagnol de terre battue ne doit pas masquer sa polyvalence. Il a gagné le Queen's et Eastbourne sur gazon, atteint la finale de l'Open d'Australie et les demi-finales de Wimbledon. Ses années chez les professionnels l'ont également obligé à jouer sur des surfaces extrêmement variées.

Il développe notamment son jeu de volée au contact de Pancho Segura et utilise volontiers le chip-and-charge. Cette capacité d'adaptation contribue à expliquer sa longévité et le fait qu'il soit encore compétitif contre les meilleurs du monde bien après 30 ans.

Après la carrière

Le tennis comme fil conducteur

Andres Gimeno lors de son entrée à l'International Tennis Hall of Fame en 2009
Newport, 2009 : l'entrée de Andres Gimeno à l'International Tennis Hall of Fame consacre une trajectoire unique entre circuit professionnel et ère Open.

Après son retrait du circuit, Gimeno fonde à Castelldefels, près de Barcelone, le Club de Tenis Andres Gimeno. Il travaille ensuite comme entraîneur pour la Fédération espagnole puis, au début des années 1980, pour la Fédération suisse. Il devient également pendant près de deux décennies l'une des voix du tennis à la télévision espagnole sur TVE.

En 2009, son parcours est consacré par son entrée à l'International Tennis Hall of Fame. L'institution lui attribue 44 titres de simple sur l'ensemble de sa carrière, amateur, professionnelle et Open réunies.

Palmarès

44 titres sur toute sa carrière

  • 33 titres de simple avant l'ère Open.

Ses 11 titres Open

Grand Chelem Grand tournoi historique

Bogota NTL 1968
Binghamton NTL 1968
New York 1969
Cologne 1969
Barcelone 1969
Dallas 1970
Hambourg 1971
Los Angeles 1972
Roland-Garros 1972
Eastbourne 1972
Gstaad 1972
Vie privée

Barcelone, jusqu'au bout

Andres Gimeno, Cristina et leur fils Alejo
Andres Gimeno, son épouse Cristina et leur fils Alejo.

Marié à Cristina, Andres Gimeno est père de trois enfants, Andres, Cristina et Alejo.

Il meurt à Barcelone le 9 octobre 2019, à 82 ans, après une longue maladie.

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Date de dernière mise à jour : 11/10/2026