Tennis Chron'open
Chron'Open
États-Unis
droitier - revers à une main

PanchoGonzales

Dix-huit ans derrière la porte
Pancho Gonzales

À 21 ans, il prend une décision qui l'efface des plus grands tournois au moment précis où il devient l'un des meilleurs joueurs du monde. Quand les portes se rouvrent enfin, Pancho Gonzales a 40 ans. Il reste pourtant assez dangereux pour obliger les nouvelles générations à découvrir ce que les précédentes savaient déjà.

ChampionAvant l’ère Open
113Titres sur toute sa carrière
1Coupe Davis
Naissance 9 mai 1928
L’essentiel

Les 2 couronnes

Los Angeles

Pas exactement un enfant de country club

Jeune Pancho Gonzales

Ricardo Alonso Gonzales est l'aîné d'une famille de sept enfants d'origine mexicaine installée à Los Angeles. « Pancho Gonzales », nom sous lequel il est entré dans l’histoire du tennis, s’écarte ainsi à la fois de son prénom et de la graphie de son patronyme d’origine.

Son père travaille comme peintre en bâtiment, sa mère comme couturière. Vers 12 ans, elle lui achète une raquette qui coûte une cinquantaine de cents. Le garçon apprend pratiquement seul sur les courts publics d'Exposition Park, en regardant les autres jouer. Il ne suit aucune formation comparable à celles des meilleurs juniors américains.

Le tennis l'intéresse beaucoup plus que l'école. Son absentéisme finit par lui fermer l'accès aux compétitions juniors et il abandonne ses études. La suite est moins présentable que les biographies de champions soigneusement élevés dans les clubs : petits délits, problèmes avec la police et environ un an dans un établissement pour mineurs après une affaire de cambriolage.

En 1945, à 17 ans, il s'engage dans l'US Navy. Là encore, la discipline lui convient mal. Après plusieurs absences et retards, il quitte la marine en 1947 avec un dossier peu flatteur. À son retour en Californie, il reprend sérieusement une raquette. Un an plus tard, il est champion des États-Unis.

De 1948 à 1973

Sa carrière

Pancho Gonzales avec le trophée des US Championships en 1948
Forest Hills 1948 : Pancho Gonzales remporte ses premiers US Championships.
1948

Le n°17 américain gagne Forest Hills

Lorsque Gonzales se présente aux US Championships 1948, il n'occupe que la 17e place du classement américain. Il n'a ni la réputation ni le parcours classique d'un futur vainqueur. Cela ne l'empêche pas d'éliminer Frank Parker, tête de série n°1, en quart de finale, puis Jaroslav Drobný dans une demi-finale décousue.

En finale, Eric Sturgess ne lui prend pas un set : 6-2, 6-3, 14-12. À 20 ans, Gonzales devient champion des États-Unis.

La victoire surprend suffisamment pour qu'elle soit parfois présentée comme un accident. Gonzales lui-même n'a encore rien du personnage intimidant qu'il deviendra chez les professionnels. Pour faire taire les sceptiques, il va devoir recommencer.

Pancho Gonzales avec le trophée des US National Indoor Championships en 1949
1949 : Pancho Gonzales avec le trophée des US National Indoor Championships.
1949

« Gorgo » répond à tout le monde

Sa campagne européenne de 1949 donne d'abord raison à ses détracteurs. À Roland-Garros, il atteint tout de même les demi-finales, mais à Wimbledon, tête de série n°2, il tombe dès les huitièmes face à Geoff Brown. Une partie de la presse le traite alors de « champion de fromage ». Frank Parker transforme la plaisanterie en « Gorgonzales », par allusion au gorgonzola. Le surnom se contracte en « Gorgo » et le suivra chez les professionnels.

L'été n'est pourtant pas raté. Avec Parker, Gonzales gagne le double à Roland-Garros puis à Wimbledon. Il possède donc déjà quatre titres majeurs, dont deux en simple, avant son 22e anniversaire.

À Forest Hills, Ted Schroeder l'attend. Le champion de Wimbledon a battu Gonzales lors de huit de leurs neuf précédentes confrontations et prend les deux premiers sets de la finale, 18-16, 6-2. Pancho retourne alors complètement le match : 6-1, 6-2, 6-4. Quelques mois après avoir été moqué en Europe, il conserve son titre de champion des États-Unis.

En Coupe Davis, il gagne également ses deux simples contre Frank Sedgman et John Sidwell lors du Challenge Round remporté par les États-Unis face à l'Australie.

Puis il fait le choix qui bouleverse toute sa carrière : à 21 ans, il passe professionnel.

Jeune Pancho Gonzales au début de sa carrière professionnelle
Au tournant des années 1950, Gonzales découvre les exigences du circuit professionnel.
1949-1950

Kramer le massacre

Le passage chez les professionnels ne ressemble pas à une promotion.

Jack Kramer est le meilleur professionnel du moment et Gonzales est immédiatement envoyé en tournée contre lui. Soir après soir, ville après ville, les deux hommes recommencent. Kramer gagne 96 de leurs 123 matchs.

Le double champion de Forest Hills découvre brutalement l'écart entre le tennis amateur et le sommet du circuit professionnel. La tournée reste pourtant très lucrative : malgré ses défaites, il gagne davantage que la somme qui lui était garantie. En revanche, l'ampleur de sa défaite face à Kramer nuit à sa valeur d'affiche : jugé moins vendeur comme challenger, il n'est pas retenu pour la tournée suivante. Il voit dans le même temps se refermer derrière lui Wimbledon, Roland-Garros, Forest Hills et l'Australie. Un professionnel n'a plus le droit d'y participer.

Jeune Pancho Gonzales au début de sa carrière professionnelle
Le jeune Pancho Gonzales, au moment où l'apprentissage du circuit professionnel transforme son tennis.
1950-1953

Battu, mais certainement pas cassé

La tournée Kramer aurait pu l'enterrer. Elle produit l'effet inverse. Gonzales apprend à jouer contre le même homme des dizaines de fois, à repérer les habitudes, à économiser son corps et à modifier son jeu au fil des matchs.

Il gagne Wembley dès 1950, puis conserve le titre en 1951 et 1952. Ce dernier succès a une saveur particulière : en finale, il retrouve Kramer et le bat après avoir perdu les deux premières manches.

En 1953, il remporte pour la première fois l'US Pro. La transition est terminée. Le jeune homme que Kramer avait promené à travers l'Amérique est devenu l'un des hommes qu'il faut désormais battre pour régner chez les professionnels.

Pancho Gonzales, Tony Trabert, Frank Hartwig et Rex Hartwig en 1955
1955 : Pancho Gonzales (à gauche) avec Tony Trabert, Frank Hartwig et Rex Hartwig sur le circuit professionnel.
1954-1957

Le maître du jeu

À partir de 1954, la mécanique devient presque cruelle. Les meilleurs amateurs gagnent leurs titres, deviennent célèbres, signent un contrat professionnel et découvrent ensuite Gonzales.

En 1955-1956, Tony Trabert arrive avec une saison amateur exceptionnelle derrière lui. Sur leur grande tournée en tête-à-tête, Gonzales le bat 74 matchs à 27.

Gonzales animation
Le service de Gonzales, arme autour de laquelle le circuit professionnel cherche alors à s'adapter.

Le service de Pancho Gonzales est une telle arme que les organisateurs cherchent des moyens de réduire son importance. À Cleveland, l'US Pro expérimente en 1955 et 1956 le VASSS, le Van Alen Streamlined Scoring System. Les sets se jouent en 21 points, comme au tennis de table, les joueurs alternent des séries de services et ne disposent que d'une seule balle de service. L'une des motivations de cette expérience est précisément de limiter l'avantage des très gros serveurs, Gonzales en tête.

Cela ne fonctionne pas vraiment. Pancho gagne l'épreuve en 1955, puis de nouveau en 1956.

Pancho Gonzales et Ken Rosewall à New York en 1957
1957 : Gonzales et Ken Rosewall, nouveau venu sur le circuit professionnel, à New York.

En 1957, c'est Ken Rosewall qui vient rejoindre les professionnels. Gonzales remporte leur tournée 50 victoires à 26.

Le paradoxe devient énorme. Aux yeux du grand public, les nouveaux venus arrivent avec les trophées de Wimbledon, Forest Hills ou Roland-Garros. Mais sur le circuit où se retrouvent désormais les meilleurs joueurs rémunérés, le patron continue de s'appeler Pancho Gonzales.

Pancho Gonzales et Lew Hoad en 1958
1958 : Lew Hoad, à droite, est la menace la plus sérieuse du règne de Pancho Gonzales sur le circuit professionnel.
1958

La menace Hoad

Lew Hoad constitue probablement la menace la plus sérieuse de son règne. L’Australien commence leur grande tournée de 1958 en gagnant 18 des 27 premiers matchs. Pour la première fois depuis qu’il a pris le contrôle du circuit professionnel, Gonzales paraît réellement en danger.

Pancho adapte son jeu et retourne progressivement la situation. Sur les 60 rencontres suivantes, il en gagne 42. Bilan final : 51 victoires à 36. Hoad l’a poussé plus loin que les autres, mais Gonzales conserve la maîtrise de la tournée.

Cette capacité d’adaptation résume une grande partie de sa supériorité chez les professionnels : sur des séries de dizaines de rencontres, il finit souvent par comprendre ce qui gêne son adversaire et par trouver la clé.

1960 denver gonzales 1
Au début des années 1960, Gonzales demeure encore l’un des repères majeurs du circuit professionnel.
1959-1961

Les dernières années au sommet

En 1959, Gonzales reste la référence du circuit professionnel. Il remporte une nouvelle fois l’US Pro et domine encore la grande tournée face à plusieurs des meilleurs joueurs du moment. À plus de 30 ans, après une décennie chez les professionnels, il demeure l’homme autour duquel s’organise la hiérarchie.

En 1960, la situation devient plus disputée. Ken Rosewall est désormais installé parmi les tout meilleurs et la domination de Gonzales n’a plus le caractère presque incontestable des années précédentes. Pancho reste cependant au sommet ou tout près selon les différents classements de l’époque, qui ne reposent pas sur un système mondial unique.

En 1961, il remporte son huitième US Pro et reste encore très performant sur la grande tournée professionnelle. Mais à 33 ans, après des années passées à voyager et à jouer presque continuellement, il décide de fortement réduire son activité. Une première période de sa carrière vient de s’achever.

Pancho Gonzales en action en 1962
1962 : Pancho Gonzales, alors qu'il s'éloigne du circuit professionnel avant un retour inattendu.
1962-1964

Retrait, puis retour

Gonzales ne dispute pratiquement pas la saison 1962. L’année suivante, sa présence reste extrêmement réduite et son bref retour à l’US Pro se termine dès son premier match contre Alex Olmedo. Après plus d’une décennie au sommet, on peut croire sa carrière de premier plan terminée.

Mais il revient véritablement en 1964. À 36 ans, il recommence à battre les meilleurs professionnels et remporte plusieurs épreuves. Il n’est plus le patron incontesté : Rosewall a pris le relais et Rod Laver, passé professionnel après son Grand Chelem de 1962, est en train de devenir la nouvelle référence.

Gonzales reste pourtant assez fort pour battre les deux. Sa carrière change alors de nature : il ne domine plus le circuit, mais devient ce vétéran exceptionnel que même les meilleurs joueurs du monde ne peuvent jamais considérer comme un adversaire ordinaire.

Pancho Gonzales et les professionnels du circuit en 1967
1967 : les figures du circuit professionnel restent réunies autour de Gonzales à la veille de l'ère Open.
1965-1967

Toujours dangereux

À 37 ans, Gonzales réalise encore une remarquable saison 1965. Il bat notamment Laver et Rosewall dans plusieurs grands rendez-vous et continue de remporter des tournois face à une génération qui devrait désormais l’avoir dépassé.

Il gagne encore plusieurs épreuves en 1966 et bat toujours Rod Laver, pourtant au sommet du tennis professionnel. Gonzales n’est plus candidat à une domination annuelle, mais il conserve une capacité extraordinaire à renverser ponctuellement les meilleurs joueurs du monde.

En 1967, ses résultats diminuent, mais Pancho ne disparaît pas. À 39 ans, il participe notamment au tournoi professionnel organisé à Wimbledon, un an avant l’ouverture officielle du tennis. Lorsque les tournois du Grand Chelem deviennent enfin accessibles aux professionnels en 1968, Gonzales n’est donc pas un ancien champion qui ressort de sa retraite : c’est encore un joueur actif et dangereux.

Pancho Gonzales à Roland-Garros en 1968
Roland-Garros 1968 : à 40 ans, Pancho Gonzales retrouve un Grand Chelem pour la première fois depuis son passage chez les professionnels.
1968

À 40 ans, retour en Grand Chelem

Le tennis devient enfin Open en 1968.

Le premier Grand Chelem accessible aux professionnels est Roland-Garros. Pancho vient d'avoir 40 ans et la terre battue n'est certainement pas la surface sur laquelle son service-volée possède le plus gros avantage.

Il atteint pourtant les quarts et retrouve Roy Emerson, tenant du titre. Gonzales mène deux sets à zéro, voit Emerson revenir à deux manches partout, puis gagne le cinquième : 7-5, 6-3, 3-6, 4-6, 6-4.

Rod Laver l'arrête en demi-finale, 6-3, 6-3, 6-1.

Pancho Gonzales à l'US Open en 1968
US Open 1968 : Gonzales élimine Tony Roche, tête de série n°2, avant de pousser Tom Okker dans un long quart de finale.

Quelques mois plus tard, au premier US Open de l'histoire, Gonzales élimine Tony Roche, tête de série n°2, en trois sets. Il atteint les quarts et livre encore une bataille interminable contre Tom Okker : 14-16, 6-3, 10-8, 6-3 pour le Néerlandais.

Il est difficile d'imaginer meilleure illustration de ce que les statistiques lui ont retiré. Dix-neuf ans après son deuxième Forest Hills, à 40 ans, Gonzales est encore demi-finaliste à Roland-Garros et quart-finaliste à l'US Open.

Pancho Gonzales et Charlie Pasarell à Wimbledon en 1969
Wimbledon 1969 : le tableau d'affichage rappelle l'extraordinaire longueur de son premier tour face à Charlie Pasarell.
1969

Le vieux lion refuse de céder

Au premier tour de Wimbledon, Gonzales a 41 ans lorsqu’il affronte Charlie Pasarell, 25 ans. Pasarell gagne le premier set 24-22, puis le deuxième 6-1 dans une lumière déclinante qui provoque la colère de Pancho. Le lendemain, Gonzales revient et renverse complètement le match : 16-14, 6-3, 11-9. Dans la dernière manche, il sauve sept balles de match, dont deux séries de trois à 0-40. Après 112 jeux et cinq heures douze réparties sur deux jours, il remporte l’un des matchs les plus fous de l’histoire de Wimbledon. Il atteint ensuite les huitièmes de finale, où Arthur Ashe l’arrête en quatre sets.

Charlie Pasarell à Wimbledon en 1969
Wimbledon 1969 : Charlie Pasarell, adversaire de Gonzales lors du premier tour-marathon.

Mais son année ne se résume pas à ce marathon. En septembre, Gonzales remporte le Pacific Southwest Open de Los Angeles, vingt ans après y avoir gagné son premier titre, en dominant Cliff Richey 6-0, 7-5 en finale. Il enlève également le double avec Ron Holmberg.

Pancho Gonzales sur le circuit Open en 1969
US Open 1969 : Pancho Gonzales reste une menace sur le nouveau circuit Open.

Quelques semaines plus tard, il gagne encore le Howard Hughes Open de Las Vegas. Au cours de ces deux tournois de fin de saison, il bat notamment John Newcombe, Ken Rosewall, Stan Smith, Cliff Richey et Arthur Ashe ; en finale à Las Vegas, Ashe est balayé 6-0, 6-2, 6-4. À 41 ans, Gonzales ne se contente donc pas de survivre grâce à son expérience : il reste capable d’enchaîner les victoires contre une génération de champions de vingt ans plus jeune.

Un match du tournoi de Las Vegas en 1970
1970 : le circuit professionnel reste le terrain où Gonzales se mesure encore aux meilleurs.
1970

Le n°1 mondial tombe au Madison Square Garden

En janvier 1970, Rod Laver arrive à New York après avoir réalisé le Grand Chelem en 1969. Il est incontestablement le meilleur joueur du monde. Gonzales a 41 ans.

Les deux hommes jouent au Madison Square Garden dans une rencontre où le vainqueur empoche 10 000 dollars. Devant 14 761 spectateurs, Laver mène deux sets à un.

Pancho gagne les deux suivants. 7-5, 3-6, 2-6, 6-3, 6-2.

Cette victoire ne signifie évidemment pas que Gonzales est encore supérieur à Laver sur l'ensemble d'une saison. Elle dit quelque chose de plus étrange : à 41 ans, face au meilleur joueur du monde au sommet de sa carrière, le vieux champion possède encore le jeu et les qualités athlétiques pour gagner le cinquième set.

Pancho Gonzales au début des années 1970
Au début des années 1970, Gonzales joue encore les grands rendez-vous du circuit.
1971

Le passage de témoin à Connors

Jimmy Connors arrive. Gonzales devrait pouvoir lui raconter des histoires sur le tennis d'autrefois. À la place, il le bat.

En finale du Pacific Southwest Open de Los Angeles, le jeune Américain de 19 ans affronte un homme de 43 ans qui avait remporté ce même tournoi pour la première fois en 1949. Gonzales gagne le titre.

Vingt-trois ans se sont écoulés depuis son premier Forest Hills. Connors, lui, a encore tout à prouver. On pourrait difficilement construire un passage de témoin aussi spectaculaire.

Pancho Gonzales en 1972
1972 : Pancho Gonzales reste compétitif bien après avoir franchi les 40 ans, une durée alors presque inconcevable au plus haut niveau.
1972-1973

Le dernier record

En février 1972, à Des Moines, Gonzales affronte Georges Goven, 24 ans. Le Français mène deux sets à zéro. Pancho revient encore : 3-6, 4-6, 6-3, 6-4, 6-2. À 43 ans et près de neuf mois, il devient le plus vieux vainqueur d'un tournoi de simple de l'ère Open répertorié par l'ATP. Et il n'arrête toujours pas.

En 1973, il joue encore l'US Open, où Tom Okker le bat en quatre sets. À Los Angeles, il gagne un match contre Tom Edlefsen avant de retrouver Jimmy Connors. Cette fois, le plus jeune gagne.

Gonzales quitte ensuite le circuit compétitif régulier pour jouer chez les vétérans.

Il a traversé le tennis de Kramer à Connors.

Style de jeu

L'intimidant Pancho

Pancho Gonzales en action
La silhouette athlétique de Pancho Gonzales rappelle que son tennis ne se réduisait pas à la seule puissance de son service.

Le service constitue évidemment la signature de Gonzales. Grand, puissant et extraordinairement fluide, l'Américain frappe fort sans donner l'impression de forcer. Sa deuxième balle est elle aussi agressive et lui permet de poursuivre immédiatement vers le filet.

Mais le cliché du simple serveur-volleyeur ne suffit pas. Gonzales est très rapide pour sa taille, défend remarquablement, retourne bas et utilise volontiers le slice. Ses volées ne reposent pas seulement sur la puissance : il possède du toucher, des angles et un remarquable sens du placement.

Sa grande supériorité se révèle peut-être dans les tournées. Affronter le même adversaire cinquante ou cent fois oblige à inventer autre chose une fois que chacun connaît parfaitement le jeu de l'autre. Gonzales observe, modifie et attend. Kramer lui-même résume son pouvoir d'intimidation en estimant qu'il gagne la moitié de ses points grâce à son service et l'autre moitié grâce à la peur qu'il inspire.

Pancho n'avait pas seulement un grand coup. Il était très difficile à résoudre.

Personnalité

Pancho contre Kramer

Portrait de Pancho Gonzales

Le personnage est beaucoup moins propre que son jeu. Gonzales est susceptible, méfiant, rancunier et régulièrement furieux contre les arbitres, les promoteurs et ses adversaires. Il supporte particulièrement mal les questions d'argent. Lorsque les vedettes amateurs nouvellement recrutées arrivent avec des contrats supérieurs au sien puis se font battre par lui soir après soir, il le vit comme une humiliation.

Ses relations avec Jack Kramer deviennent ainsi extrêmement mauvaises. Kramer a été son bourreau lors de sa première tournée, puis son promoteur, son patron et souvent son adversaire dans les négociations. Les deux hommes finiront par se rapprocher beaucoup plus tard, mais leur relation professionnelle aura longtemps ressemblé à une guerre.

Gonzales voyage souvent seul et cultive une distance avec les autres joueurs. Il peut être désagréable, intimidant et parfois autodestructeur. Mais sa colère possède une fonction sportive : là où beaucoup de joueurs se désorganisent lorsqu'ils s'énervent, lui parvient fréquemment à transformer le conflit en énergie.

Rod Laver avait trouvé une formule simple : plus on joue Gonzales, plus il devient méchant.

Palmarès

113 titres sur toute sa carrière

  • 17 titres amateurs dont 2 US Championships.
  • 85 titres chez les professionnels avant l'ère Open.
  • 11 titres sous l'ère Open.
  • 1 fois vainqueur de la Coupe Davis.

Ses 11 titres Open

Los Angeles 1968
Midland 1968
Los Angeles Pacific Southwest 1969
Las Vegas 1969
Las Vegas 1970
Los Angeles 1971
Los Angeles Pacific Southwest 1971
Kingston 1971
Des Moines 1972
Los Angeles 1972
Kingston 1972
Famille

Vie privée

La vie familiale de Gonzales est agitée. Il se marie six fois, dont deux fois avec la même femme.

Sa dernière épouse est Rita Agassi, sœur aînée d'Andre Agassi. Gonzales devient ainsi pendant quelques années le beau-frère du futur champion et lui transmet aussi une partie de son expérience.

Installé à Las Vegas, il travaille longtemps comme professionnel et directeur du tennis au Caesars Palace. L'argent et la stabilité n'accompagnent toutefois pas naturellement sa retraite. Ses dernières années sont beaucoup moins confortables que ne pourrait le laisser imaginer sa stature dans l'histoire du tennis.

Atteint d'un cancer qui débute à l'estomac avant de se propager, Pancho Gonzales meurt à Las Vegas le 3 juillet 1995, à 67 ans. Andre Agassi prendra en charge ses funérailles.

Héritage

Le patron des professionnels

Pancho Gonzales au début de sa carrière

La carrière de Pancho Gonzales se mesure d'abord sur le circuit professionnel. C'est là qu'il passe l'essentiel de ses années au sommet, qu'il affronte continuellement les meilleurs joueurs du monde et qu'il construit sa place dans l'histoire du tennis.

Ses grandes tournées contre Kramer, Trabert, Rosewall ou Hoad comptent autant que ses victoires dans les principaux tournois professionnels. Pendant les années 1950, les nouveaux champions venus du circuit amateur découvrent presque systématiquement le même juge de paix : Gonzales. Certains le bousculent, Hoad notamment, mais personne ne parvient durablement à le faire disparaître.

Ses huit US Pro, ses quatre Wembley Pro, ses trois Tournament of Champions et surtout sa domination des grandes tournées expliquent pourquoi il est considéré pendant une grande partie de cette décennie comme le meilleur joueur professionnel du monde.

Son retour dans les tournois du Grand Chelem en 1968 constitue alors moins un moyen de mesurer sa carrière qu'un dernier témoignage de sa longévité : à 40 ans, après près de vingt années passées chez les professionnels, il est encore capable d'atteindre une demi-finale à Roland-Garros et un quart de finale à l'US Open.

Gonzales appartient ainsi à cette période particulière où la hiérarchie réelle du tennis ne se lisait pas uniquement dans les quatre tournois aujourd'hui appelés à résumer une carrière. Pour comprendre sa stature, il faut regarder là où il a joué le plus clair de son temps : chez les professionnels.

© 2026 Chron'Open. Tous droits réservés.

 

Date de dernière mise à jour : 11/10/2026