Tennis Chron'open
Chron'Open - Goran Ivanisevic
Chron'Open
Croatie
gaucher - revers à deux mains

GoranIVANISEVIC

Celui qu'on n'attendait plus
Goran Ivanisevic - photo à venir

Pendant près de dix ans, Wimbledon refuse Goran Ivanisevic. Ayant échoué à trois reprises, et prenant de l'âge, tout semble indiquer que le Croate ne soulèvera jamais le trophée auquel il a consacré sa carrière. Pourtant, une simple invitation lui offre une dernière chance. Retombé dans les profondeurs du classement, il signe alors l'un des triomphes les plus romanesques de l'histoire du tennis. Serveur hors norme, champion imprévisible et héros d'une nation nouvelle, Ivanisevic aura longtemps donné l'impression de lutter autant contre lui-même que contre ses adversaires.

1Grand Chelem
22Titres ATP
1994N°2 mondial
1Coupe Davis
NAISSANCE 13 septembre 1971
L?essentiel

La couronne

Jeunesse

Le tennis dans le sang

Goran Ivanisevic jeune
Goran Ivanisevic dans ses jeunes années.

Goran Ivanisevic naît le 13 septembre 1971 à Split, alors en Yougoslavie, dans une famille où le sport occupe une place importante. Son père, Srdjan, a pratiqué le tennis, tandis que sa mère, Gorana, a joué au handball. Le jeune gaucher choisit rapidement la raquette.

Son gabarit, sa coordination et la puissance de son bras attirent très tôt l'attention. À l'adolescence, son service constitue déjà une arme redoutable. Ivanisevic aime imposer son rythme, abréger les échanges et prendre des risques. Ce tempérament offensif annonce un joueur à part, aussi spectaculaire qu'imprévisible.

À la fin des années 1980, le tennis yougoslave connaît une période féconde, incarnée notamment par Slobodan Zivojinovic. Ivanisevic s'impose bientôt comme l'un des principaux espoirs de la relève.

Ses résultats chez les juniors puis sur les circuits secondaires lui ouvrent rapidement les portes du professionnalisme. Lorsqu'il rejoint le circuit en 1988, à seulement 17 ans, sa réputation est déjà établie : celle d'un jeune serveur capable de déséquilibrer des adversaires beaucoup plus expérimentés.

de 1988 à 2004

Sa carrière

Boris Becker et Goran Ivanisevic à Wimbledon en 1990
Wimbledon 1990 : Becker prend sa revanche en demi-finale après sa défaite contre Ivanisevic à Roland-Garros.
1988-1991

Becker révèle un futur champion

Lorsque Goran Ivanisevic rejoint le circuit professionnel en 1988, il n'a que dix-sept ans mais possède déjà une arme qui intrigue les observateurs : un service de gaucher d'une puissance exceptionnelle. Sa grande taille, son lancer de balle très régulier et son geste particulièrement relâché lui permettent d'obtenir de nombreux points gratuits. Il lui reste cependant à démontrer qu'il peut rivaliser avec les meilleurs dans les grands rendez-vous.

Cette confirmation arrive dès le printemps 1990. À Roland-Garros, le jeune Croate crée la sensation en éliminant au premier tour Boris Becker, n°2 mondial et triple vainqueur de Wimbledon. L'exploit ne doit rien au hasard. Ivanisevic poursuit sa route jusqu'en quarts de finale, où Thomas Muster met un terme à son parcours. Sur une surface pourtant peu favorable à son jeu d'attaque, il révèle une palette bien plus complète que son seul engagement : un coup droit percutant, un goût prononcé pour l'offensive et une étonnante capacité à hausser son niveau face aux meilleurs.

Quelques semaines plus tard, Wimbledon confirme que le gazon sera le terrain d'expression idéal de son tennis. Pour sa première campagne londonienne marquante, il atteint les demi-finales, seulement stoppé par un Boris Becker désireux de prendre sa revanche. Le public découvre alors un joueur spectaculaire, capable d'enchaîner les aces, les montées au filet et les coups gagnants avec une audace rare. À moins de vingt ans, Ivanisevic apparaît déjà comme un futur prétendant au trophée.

La suite confirme cette impression. Il remporte ses deux premiers titres ATP à Stuttgart puis à Manchester et poursuit son ascension à une vitesse remarquable. En 1991, il intègre le Top 10 mondial à seulement vingt ans. En l'espace de deux saisons, le grand espoir venu de Split est devenu l'un des joueurs les plus redoutés du circuit. Une conviction s'impose alors : tôt ou tard, Goran Ivanisevic remportera Wimbledon.

Goran Ivanisevic à Stuttgart en 1990
Stuttgart 1990 : Ivanisevic remporte son premier titre ATP face à Guillermo Perez Roldan.
Goran Ivanisevic à Wimbledon en 1992
Wimbledon 1992 : Ivanisevic atteint sa première finale de Grand Chelem face à Andre Agassi.
1992

Une finale qui change tout

La progression fulgurante de Goran Ivanisevic trouve son premier aboutissement en 1992. À Wimbledon, le Croate réalise le tournoi qui le fait définitivement basculer dans une autre dimension. Son service est irrésistible, son jeu d'attaque parfaitement adapté au gazon et sa confiance grandit au fil des rencontres. Après avoir successivement écarté Ivan Lendl, Stefan Edberg puis Pete Sampras, il se qualifie pour la première finale de Grand Chelem de sa carrière à seulement vingt ans.

Face à lui se dresse Andre Agassi, dont les qualités de relance constituent l'antithèse de son tennis. Pendant cinq sets, les deux hommes se rendent coup pour coup. Ivanisevic se procure de nombreuses occasions, mais quelques doubles fautes et une efficacité moindre dans les moments décisifs permettent à l'Américain de décrocher son premier titre majeur. Le Croate quitte le Centre Court avec une immense déception. Il vient pourtant de démontrer qu'il possède toutes les armes pour devenir un jour le roi de Wimbledon.

Quelques semaines plus tard, il retrouve le sourire aux Jeux olympiques de Barcelone. Représentant une Croatie indépendante pour la première fois de son histoire, il remporte la médaille de bronze en simple, puis une seconde en double aux côtés de Goran Prpic. Au-delà de la performance sportive, ces médailles revêtent une forte portée symbolique pour un pays qui vient d'obtenir son indépendance et cherche à s'affirmer sur la scène internationale.

Goran Ivanisevic vainqueur à Paris-Bercy en 1993
Paris-Bercy 1993 : ce titre couronne une série d'excellents résultats qui conduira Ivanisevic jusqu'à la 2e place mondiale en 1994.
1993-1994

Numéro deux mondial

Loin de l'abattre, la défaite contre Andre Agassi agit comme un déclic. Goran Ivanisevic revient plus fort et s'installe durablement parmi les tout meilleurs joueurs du monde. Son service est désormais l'arme la plus redoutée du circuit. Sur les surfaces rapides, peu d'adversaires parviennent à lui prendre son engagement, et chaque jeu de retour remporté peut suffire à faire basculer un match.

Les titres s'accumulent à un rythme soutenu. Ivanisevic s'impose aussi bien en salle que sur gazon et confirme qu'il ne dépend plus uniquement de Wimbledon pour briller. Son agressivité permanente, sa volée incisive et son tempérament offensif en font l'un des rares joueurs capables de bousculer l'ordre établi. Cette remarquable régularité le conduit jusqu'à la deuxième place mondiale en 1994, le meilleur classement de sa carrière.

Quelques semaines plus tard, il retrouve le Centre Court de Wimbledon avec l'ambition de prendre sa revanche sur le destin. Pour la deuxième fois, il atteint la finale du tournoi londonien. Mais entre-temps, Pete Sampras s'est installé au sommet du tennis mondial. Plus solide dans les moments clés, l'Américain domine la rencontre en trois manches et prive une nouvelle fois le Croate du trophée dont il rêve depuis l'enfance.

Goran Ivanisevic et Andrei Medvedev à l'US Open 1996
US Open 1996 : Ivanisevic atteint pour la première fois les demi-finales à New York.
1995-1998

La quête

À partir de 1995, la carrière de Goran Ivanisevic prend un tour paradoxal. Il continue de figurer parmi les meilleurs joueurs du monde, remporte plusieurs titres et reste l'un des adversaires les plus redoutés sur les surfaces rapides. Pourtant, chaque saison semble désormais jugée à l'aune d'un seul objectif : Wimbledon. Tant qu'il ne soulève pas le trophée, ses succès paraissent presque secondaires.

En 1995, il atteint une nouvelle fois les demi-finales du tournoi londonien, mais Pete Sampras s'impose en cinq sets et lui ferme encore la porte de la finale.

L'année suivante, il réalise son meilleur parcours à l'US Open en rejoignant les demi-finales après avoir éliminé Stefan Edberg lors du dernier Grand Chelem de la carrière du Suédois. Là encore, Sampras se dresse sur son chemin. Le Croate confirme qu'il appartient à l'élite mondiale, mais son grand rival conserve systématiquement le dernier mot lorsque l'enjeu devient maximal.

Magnus Norman et Goran Ivanisevic à Wimbledon en 1997
Wimbledon 1997 : une saison de plus dans la longue quête londonienne d'Ivanisevic.

En 1998, il dispute sa troisième finale à Wimbledon. Contrairement à celle de 1994, largement dominée par Sampras, cette fois le Croate fait vaciller le maître des lieux. Pendant cinq sets d'une intensité exceptionnelle, il croit enfin tenir sa revanche. Mais Sampras élève une nouvelle fois son niveau dans les moments décisifs et s'impose au terme d'un nouveau duel mémorable. Trois finales, trois défaites : à vingt-six ans, Goran Ivanisevic est devenu le meilleur joueur de sa génération à n'avoir jamais remporté Wimbledon. Plus les années passent, plus son rêve semble se transformer en malédiction.

Goran Ivanisevic à l'Open d'Australie en 1999
Open d'Australie 1999 : les blessures commencent à freiner durablement le Croate.
1999-2000

La descente aux enfers

Au moment où tout semble enfin réuni pour décrocher Wimbledon, le destin frappe là où Goran Ivanisevic est le plus vulnérable : son épaule gauche. Pour un joueur dont le service constitue l'arme absolue, les douleurs deviennent rapidement un handicap insurmontable. Les blessures se multiplient, les opérations s'enchaînent et les longues périodes d'inactivité l'empêchent de retrouver le rythme qui faisait sa force.

Son classement plonge progressivement, au même rythme que sa confiance. Les défaites s'accumulent contre des adversaires qu'il dominait autrefois, tandis que son jeu perd en efficacité. Les aces se font plus rares, les doubles fautes plus nombreuses et le Croate, habitué à dicter les échanges, doit désormais lutter avant tout contre son propre corps. Chaque retour sur le circuit nourrit l'espoir d'une renaissance, mais les rechutes sont systématiques.

Wimbledon 2001 : le jour du sacre
2001

Le miracle

Lorsque Wimbledon débute en juin 2001, Goran Ivanisevic n'est plus que l'ombre du champion qu'il était quelques années plus tôt. Redescendu au-delà de la 120e place mondiale, il n'a même plus le classement nécessaire pour intégrer directement le tableau. Les organisateurs lui accordent une wild card, davantage comme un hommage à un ancien triple finaliste que comme une véritable chance de victoire. À trente ans, miné par les blessures, le Croate semble venir disputer un dernier Wimbledon avant de tourner la page.

Pourtant, au fil des tours, quelque chose renaît. Libéré de toute pression, il retrouve l'efficacité de son service et l'audace de son jeu d'attaque. Il élimine successivement Carlos Moya, le jeune Andy Roddick, Greg Rusedski, Marat Safin puis Tim Henman, dernier espoir britannique, dans une demi-finale épique étalée sur trois jours à cause de la pluie. Dix ans après sa première demi-finale londonienne, il se retrouve de nouveau à une victoire du rêve qui le poursuit depuis toujours.

La finale face à Patrick Rafter offre un scénario à la hauteur de l'événement. Les deux meilleurs spécialistes du service-volée de leur génération se livrent un combat de cinq sets, repoussé au lundi en raison des intempéries. Au moment de servir pour le match, Ivanisevic voit ressurgir les fantômes de ses trois finales perdues. La tension est immense, les doubles fautes réapparaissent et plusieurs balles de championnat s'évanouissent. Chaque point semble raviver les échecs de 1992, 1994 et 1998.

Puis vient enfin la délivrance. Sur une dernière volée manquée de Rafter, Goran Ivanisevic s'effondre sur le gazon, incapable de retenir ses larmes. Après neuf années d'attente, trois finales perdues, une épaule détruite et une carrière que beaucoup croyaient terminée, il remporte enfin Wimbledon. Premier et, à ce jour, unique joueur sacré en Grand Chelem après avoir bénéficié d'une wild card, il signe l'un des plus extraordinaires retournements de situation de l'histoire du sport. Pour beaucoup, aucun titre majeur n'a jamais été aussi attendu, aussi improbable et aussi émouvant.

Goran Ivanisevic saluant une dernière fois le public de Wimbledon
Wimbledon 2004 : Ivanisevic salue une dernière fois le public du Centre Court après s'être incliné face à Lleyton Hewitt.
2002-2004

Les derniers services

Le triomphe de Wimbledon constitue l'apogée de la carrière de Goran Ivanisevic, mais aussi son dernier grand exploit. Son épaule gauche, meurtrie par des années d'efforts, ne lui permet plus d'enchaîner les tournois ni de retrouver le niveau de jeu qui avait fait de lui l'un des meilleurs serveurs du monde. Les blessures continuent de perturber sa préparation et ses apparitions sur le circuit deviennent de plus en plus espacées.

Le Croate dispute encore quelques tournois, mais son classement ne reflète plus son véritable prestige. Partout où il se produit, le public lui réserve un accueil chaleureux, conscient d'assister aux dernières sorties d'un joueur devenu l'une des figures les plus populaires du tennis mondial. Son titre à Wimbledon a changé le regard porté sur sa carrière : celui qui était longtemps considéré comme le plus grand joueur jamais sacré en Grand Chelem est désormais entré dans la légende du tournoi londonien.

En 2004, il dispute son ultime Wimbledon grâce à une nouvelle invitation. Le tirage lui offre d'emblée un adversaire de taille, Lleyton Hewitt, ancien vainqueur du tournoi. Battu dès le premier tour, Ivanisevic quitte une dernière fois le Centre Court sous une longue ovation. Quelques mois plus tard, Goran Ivanisevic met un terme à sa carrière professionnelle.

Style de jeu

Son tennis

Goran Ivanisevic au service
Le service de gaucher, arme maîtresse de Goran Ivanisevic.

L'un des plus grands serveurs de tous les temps

Le service de Goran Ivanisevic constitue l'une des armes les plus dévastatrices de l'histoire du tennis. Gaucher, doté d'un lancer de balle d'une remarquable régularité et d'un geste particulièrement fluide, il parvient à générer une vitesse exceptionnelle tout en variant constamment les trajectoires. Son slice extérieur, notamment côté avantage, ouvre le court comme peu de joueurs avant lui. Même les meilleurs relanceurs peinent à simplement remettre la balle en jeu.

Cette arme lui permet d'accumuler les aces à un rythme inédit pour son époque. Pendant plusieurs années, il détient les principaux records dans ce domaine et impose une nouvelle référence en matière de puissance au service. Mais réduire Ivanisevic à ses seuls aces serait une erreur. Son engagement n'est pas seulement puissant : il est aussi remarquablement précis et intelligent, capable de s'adapter à chaque adversaire et aux moments les plus importants d'un match.

Goran Ivanisevic à l'attaque
Ivanisevic impose un tennis offensif fondé sur le service-volée.

Un attaquant né

Le Croate appartient à la grande tradition des serveurs-volleyeurs. Dès que son service lui en offre l'occasion, il monte au filet pour écourter les échanges. Ses réflexes, son envergure et la qualité de sa première volée en font un adversaire particulièrement difficile à déborder.

Son coup droit, frappé à plat, accompagne parfaitement cette stratégie offensive. Son revers, plus sobre, sert avant tout à préparer une nouvelle montée au filet. Même sur terre battue, où son jeu est moins naturel, Ivanisevic refuse de renoncer à son instinct d'attaquant. Cette fidélité à son identité explique en grande partie son immense popularité : il cherche presque toujours à prendre l'initiative plutôt qu'à attendre la faute adverse.

Personnalité

Le génie et les excès

Goran Ivanisevic à l'US Open en 1996
US Open 1996 : le tempérament intense et imprévisible d'Ivanisevic.

Le style d'Ivanisevic repose sur une prise de risque permanente. Lorsque son service fonctionne, il paraît quasiment injouable. En revanche, le moindre doute peut provoquer une succession de doubles fautes ou de coups précipités. Peu de joueurs auront présenté un contraste aussi marqué entre des passages de grâce absolue et des moments de fébrilité.

Cette fragilité fait pourtant partie intégrante de son personnage. Ivanisevic joue avec ses émotions, parfois contre elles. Ses colères, ses gestes d'agacement et ses discussions avec lui-même traduisent une exigence extrême autant qu'une sensibilité à fleur de peau. C'est aussi cette part d'imprévisible qui rend son tennis si captivant : chez lui, chaque match peut basculer vers le sublime comme vers le chaos en quelques minutes.

Rivalité

Pete Sampras, l'obstacle suprême

Pete Sampras et Goran Ivanisevic
Sampras et Ivanisevic : les deux grands rivaux du gazon des années 1990.

Si un joueur symbolise les frustrations de Goran Ivanisevic, c'est Pete Sampras.

Les deux hommes dominent le tennis sur gazon durant les années 1990, mais l'Américain remporte leurs confrontations les plus importantes. Si le Croate remporte leur premier duel à Wimbledon en 1992, l'Américain battra ensuite Ivanisevic lors de chaque rendez-vous suivant en Grand Chelem, en finale de Wimbledon en 1994 et en 1998, ainsi qu'en demi-finale en 1995 et à l'US Open 1996.

À chaque fois, Ivanisevic démontre qu'il possède le niveau nécessaire pour conquérir les plus grands titres. À chaque fois aussi, Sampras trouve les ressources pour l'en empêcher.

Leur rivalité résume parfaitement la carrière du Croate : immense champion, mais confronté au meilleur joueur sur gazon de son époque.

Entraîneurs

Les artisans d'un destin hors norme

Comme beaucoup de joueurs issus de l'ex-Yougoslavie, Goran Ivanisevic construit sa carrière auprès de plusieurs entraîneurs qui interviennent chacun à un moment clé de son évolution. Aucun ne l'accompagne de bout en bout, mais chacun contribue à façonner un champion dont le parcours culminera avec le sacre le plus improbable de l'histoire de Wimbledon.

Sa formation est d'abord assurée par Niki Pilic. Dans son académie de Munich, le jeune gaucher croate perfectionne les bases d'un jeu naturellement offensif et développe un service déjà exceptionnel. Cette école, réputée pour son exigence, lui ouvre les portes du circuit professionnel.

À l'automne 1989, Ivanisevic confie sa carrière à Balazs Taroczy. L'ancien n°12 mondial hongrois accompagne l'explosion du jeune Croate au plus haut niveau. Sous sa direction, il signe son premier grand exploit en éliminant Boris Becker à Roland-Garros en 1990, puis atteint les demi-finales de Wimbledon quelques semaines plus tard. En l'espace d'une saison, il passe du statut d'espoir prometteur à celui de révélation du tennis mondial.

En 1991, Bob Brett prend le relais. Ancien entraîneur de Boris Becker, l'Australien apporte davantage de rigueur tactique à un joueur dont le potentiel est immense. Sans chercher à modifier son ADN offensif, il enrichit son jeu de fond de court, affine ses montées au filet et l'aide à mieux gérer les grands rendez-vous. Cette collaboration correspond à la période la plus faste de sa carrière : accession à la deuxième place mondiale, deux finales de Wimbledon et de nombreux titres ATP.

Après la séparation avec Brett, Ivanisevic travaille avec plusieurs techniciens, dont son compatriote Mario Tudor. C'est avec lui qu'il prépare son retour inespéré à Wimbledon en 2001. Plus qu'une révolution technique, Tudor lui apporte la sérénité et la confiance nécessaires pour aborder un tournoi où plus personne ne l'attend. Ensemble, ils écrivent l'un des plus grands contes de fées de l'histoire du tennis.

Du formateur Niki Pilic au mentor Bob Brett, en passant par Balazs Taroczy et Mario Tudor, chacun de ses entraîneurs aura accompagné une étape essentielle de son parcours : l'apprentissage, la révélation, la consécration parmi l'élite, puis l'inoubliable triomphe de Wimbledon.

Palmarès

Ses 22 titres

Grand Chelem Masters 1000 ATP 500

Stuttgart 1990
Manchester 1991
Adelaide 1992
Stuttgart Indoor 1992
Sydney Indoor 1992
Stockholm 1992
Bucarest 1993
Vienne 1993
Bercy 1993
Kitzbuhel 1994
Tokyo Indoor 1994
Coupe du Grand Chelem 1995
Zagreb 1996
Dubai 1996
Milan 1996
Rotterdam 1996
Moscou 1996
Zagreb 1997
Milan 1997
Vienne 1997
Split 1998
Wimbledon 2001
Après-carrière

De champion à mentor

Une fois sa retraite sportive prise, Ivanisevic reste naturellement dans le monde du tennis.

Après avoir accompagné plusieurs joueurs croates, il rejoint l'équipe de Marin Cilic. Leur collaboration atteint son sommet avec la victoire de ce dernier à l'US Open 2014.

Quelques années plus tard, Novak Djokovic fait appel à lui. Ensemble, ils remportent plusieurs nouveaux titres du Grand Chelem, confirmant les qualités du Croate comme entraîneur de très haut niveau.

Par la suite, il poursuit cette nouvelle carrière auprès d'autres joueurs du circuit, notamment Elena Rybakina puis Arthur Fils, transmettant une expérience forgée autant par ses triomphes que par ses épreuves.

Coupe Davis

Le visage du tennis croate

L'équipe de Croatie victorieuse en Coupe Davis en 2005
Coupe Davis 2005 : Karlovic, Ivanisevic, Pilic, Ancic et Ljubicic célèbrent le premier titre croate.

La carrière internationale de Goran Ivanisevic épouse presque parfaitement la naissance de la Croatie indépendante. En 1990, il représente encore la Yougoslavie, avec laquelle il atteint la finale de la Coupe Davis. Quelques mois plus tard, l'éclatement du pays bouleverse le paysage sportif des Balkans. Ivanisevic choisit naturellement de défendre les couleurs de la Croatie, dont il devient immédiatement le joueur emblématique.

Pendant plus d'une décennie, il porte presque à lui seul les ambitions de sa jeune nation. Son classement, son prestige et son tempérament de compétiteur en font le leader incontesté de l'équipe. À domicile, porté par un public fervent, il se transcende régulièrement et offre à la Croatie plusieurs victoires décisives face aux meilleures nations du monde. Bien plus qu'un simple joueur, il devient l'un des symboles sportifs de l'indépendance croate.

Les blessures qui freinent la fin de sa carrière réduisent progressivement son influence en Coupe Davis. Lors de la campagne victorieuse de 2005, il ne dispute plus de rencontre, mais reste associé au groupe qui offre à la Croatie le premier Saladier d'argent de son histoire. Ce succès récompense une génération qu'il a largement contribué à faire émerger et confirme le rôle fondateur qu'il a joué dans le développement du tennis croate.

Si Wimbledon demeure son plus grand accomplissement individuel, son engagement sous le maillot national a profondément marqué ses compatriotes. En accompagnant la naissance du tennis croate au plus haut niveau, Goran Ivanisevic est devenu bien davantage qu'un champion : le premier grand héros sportif d'un pays en construction.

Vie privée

Vie sentimentale

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Date de dernière mise à jour : 11/10/2026