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droitier - revers à deux mains

NicolasKiefer

Toujours revenir
Nicolas Kiefer

Deux titres du Grand Chelem chez les juniors, une place de n°4 mondial et les attentes de tout un pays : Nicolas Kiefer semblait promis à une trajectoire toute tracée. Sa carrière prendra au contraire des détours incessants, entre occasions perdues, blessures, tensions et retours improbables. Un joueur aussi talentueux que difficile à saisir, qui aura passé quinze ans à tomber et à revenir.

6Titres ATP
2000n°4 mondial
Naissance 5 juillet 1977
Jeunesse

Un nouveau Becker ?

Nicolas Kiefer avec le trophée de l'US Open juniors 1995
US Open 1995 : Nicolas Kiefer remporte chez les juniors son deuxième titre majeur de la saison après celui de l’Open d’Australie.

Nicolas Kiefer commence le tennis à 6 ans. Son père Wolfgang est professeur de sport et sa mère Nicole est française. Formé à Einbeck par Martin Rausch, il intègre ensuite le centre fédéral de Hanovre. Malgré son talent précoce, il tient à terminer ses études avant de se consacrer entièrement au circuit professionnel ; en juin 1997, il passe notamment son examen oral de fin d’études en allemand et en français.

Sa saison junior 1995 le place parmi les meilleurs de sa génération. Il remporte l’Open d’Australie en battant le Sud-Coréen Lee Jong-min 6-4, 6-4, puis l’US Open face à son compatriote Ulrich Jasper Seetzen 6-3, 6-4. Tête de série n°1 à Wimbledon, il atteint également la finale, perdue 6-2, 6-2 contre le Français Olivier Mutis, et joue les demi-finales à Roland-Garros. Il termine l’année n°2 mondial juniors derrière Mariano Zabaleta.

Boris Becker et Nicolas Kiefer
Boris Becker et Nicolas Kiefer : deux générations du tennis allemand réunies hors du court.

Kiefer intègre le Mercedes-Junior-Team, structure placée sous l’influence de Boris Becker. À partir de juillet 1997, Klaus Hofsäß devient son entraîneur permanent. Becker prend personnellement le jeune Allemand sous son aile, l’aide à trouver des partenaires d’entraînement et des invitations et l’emmène même avec lui au Grand Prix de Formule 1 d’Hockenheim.

Alors que Becker et Michael Stich approchent de la fin de leur carrière, Kiefer devient inévitablement celui sur lequel reposent les espoirs allemands. Lui-même se méfie pourtant de la comparaison : Becker avait gagné Wimbledon à 17 ans, rappelle-t-il, et ce qu’avait accompli son illustre aîné n’avait rien de normal.

De 1995 à 2010

Sa carrière

Nicolas Kiefer avec le trophée de Toulouse en 1997
Toulouse 1997 : Nicolas Kiefer tient le premier trophée ATP de sa carrière.
1997

Wimbledon le révèle

À Wimbledon, Kiefer n’est encore que 98e mondial et n’a pas 20 ans. Il élimine notamment Andrei Medvedev puis Ievgueni Kafelnikov, tête de série n°3, 6-2, 7-5, 2-6, 6-1. Pour la première fois, Becker, Stich et le jeune Kiefer se retrouvent simultanément en quarts de finale d’un Grand Chelem. Todd Woodbridge met fin à son parcours, mais l’image d’une relève allemande s’impose.

En septembre, Kiefer remporte à Toulouse son premier tournoi ATP. Il bat Mark Philippoussis 7-5, 5-7, 6-4 en finale, puis atteint quelques semaines plus tard une nouvelle finale à Singapour. Il boucle la saison au 32e rang mondial et devient pour la première fois l’Allemand le mieux classé.

Son assurance commence déjà à faire partie du personnage. La presse allemande relève autant son immense confiance que cette façon de fixer ses adversaires, de discuter les décisions et d’occuper le court. À 20 ans à peine, la frontière entre confiance en soi et arrogance devient l’un des thèmes qui l’accompagneront pendant plusieurs saisons.

Nicolas Kiefer et Nicolas Escudé après leur quart de finale de l'Open d'Australie 1998
Open d’Australie 1998 : Nicolas Escudé et Nicolas Kiefer après le quart de finale renversé par le Français.
1998

Le Scud lui remonte deux sets

À l’Open d’Australie, Kiefer atteint son deuxième quart de finale en Grand Chelem. Face à Nicolas Escudé, il mène 6-4, 6-3 et semble avoir la rencontre en main. Mais « le Scud » renverse complètement le match : 4-6, 3-6, 6-4, 6-1, 6-2. Cette défaite deviendra l’un de ces rendez-vous manqués auxquels Kiefer repensera encore des années plus tard.

Quelques semaines plus tard, il quitte précipitamment le Mercedes-Junior-Team et se sépare de Klaus Hofsäß. La rupture déplaît particulièrement à Boris Becker, qui estime que son jeune compatriote aurait gagné à rester plus longtemps dans cette structure. En février, Kiefer choisit Bob Brett, ancien entraîneur de Becker et de Goran Ivaniševic.

Nicolas Kiefer à Düsseldorf en 1998, les cheveux blond platine
Düsseldorf 1998 : Nicolas Kiefer se fait remarquer avec ses cheveux blond platine.

Son image se brouille parallèlement. Il arrive notamment à Düsseldorf les cheveux blond platine et cultive volontiers les tenues voyantes. À Hambourg, après une prestation médiocre contre Oliver Gross, le public le couvre de sifflets. Kiefer répond en critiquant à son tour les spectateurs et donne peu de signes d’autocritique. En Allemagne, les reproches d’arrogance et d’excès de confiance deviennent récurrents.

L'équipe d'Allemagne avec le trophée de la World Team Cup à Düsseldorf en 1998
Düsseldorf 1998 : l’équipe d’Allemagne célèbre son titre de World Team Cup.

Sportivement, la saison lui offre pourtant un succès important à Düsseldorf. En finale du World Team Cup contre la République tchèque, Tommy Haas bat Sláva Doseděl puis Kiefer domine Petr Korda, alors n°2 mondial, 7-5, 6-3. À 20 ans, Haas et Kiefer donnent à l’Allemagne le titre avant même le double.

Ses rapports avec la Coupe Davis et les dirigeants de la fédération deviennent également agités. Kiefer accepte certaines sélections, en refuse d’autres et supporte mal ce qu’il considère comme les contraintes ou les décisions de l’institution. Le futur n°4 mondial n’est déjà pas un joueur facile à encadrer.

Nicolas Kiefer à Tokyo en 1999
Tokyo 1999 : Nicolas Kiefer sur le court lors du tournoi qu’il remporte contre Wayne Ferreira.
1999

Parmi les meilleurs du monde

La saison 1999 constitue son année la plus productive. Kiefer remporte trois titres : Tokyo contre Wayne Ferreira, Halle contre Nicklas Kulti et Tachkent contre George Bastl. Il est également finaliste à Dubaï, battu par Jérôme Golmard, puis à Vienne, où Greg Rusedski le renverse après avoir perdu les deux premiers sets.

Nicolas Kiefer et Todd Martin au Masters de Hanovre en 1999
Masters de Hanovre 1999 : Nicolas Kiefer domine Todd Martin lors de sa seule participation au tournoi.

Il termine l’année au 6e rang mondial et se qualifie pour la première et unique fois au Masters, organisé à Hanovre. Battu d’entrée par Thomas Enqvist, il domine Todd Martin puis Ievgueni Kafelnikov 6-1, 4-6, 6-2 et termine en tête de son groupe. Plus de deux cents membres de sa famille et de son entourage assistent à chacun de ses matchs.

En demi-finale, Pete Sampras l’arrête 6-3, 6-3 avant de remporter le tournoi contre Andre Agassi. À 22 ans, Kiefer a atteint le véritable sommet de sa carrière : trois titres dans la saison, une demi-finale au Masters et une place parmi les six premiers joueurs du monde.

Mais le paradoxe Kiefer apparaît déjà. Au moment même où ses résultats atteignent leur meilleur niveau, ses relations avec le tennis allemand restent tumultueuses. Il se retire notamment de l’équipe appelée à disputer le barrage de Coupe Davis en Roumanie. Son entraîneur Bob Brett et les responsables fédéraux donnent des versions différentes de l’affaire. Kiefer est devenu le meilleur joueur allemand, mais pas nécessairement celui autour duquel l’institution parvient facilement à construire.

Nicolas Kiefer à l'Open d'Australie 2000
Open d’Australie 2000 : Nicolas Kiefer tombe face à Magnus Norman.
2000

N°4 mondial et dernier titre

Le 10 janvier 2000, Kiefer atteint la 4e place mondiale, son meilleur classement. À l’Open d’Australie, il rejoint une nouvelle fois les quarts de finale, où Magnus Norman s’impose en quatre sets.

Nicolas Kiefer à l'US Open 2000
US Open 2000 : Nicolas Kiefer, stoppé en quarts de finale par Marat Safin, futur vainqueur.

Kiefer prend sa revanche quelques mois plus tard à l’US Open. En huitièmes, il élimine le Suédois, alors n°3 mondial, avant de buter en quarts sur Marat Safin, futur vainqueur du tournoi. Entre-temps, il a remporté Dubaï en battant Juan Carlos Ferrero 7-5, 4-6, 6-3.

Nicolas Kiefer avec le trophée de Dubai en 2000
Dubai 2000 : Nicolas Kiefer bat Juan Carlos Ferrero pour remporter le tournoi.

L’année commence pourtant à révéler ce qui va bientôt freiner sa progression. Les problèmes physiques se multiplient et les relations avec la fédération restent mauvaises. Au début de la saison, son refus de participer au premier tour de Coupe Davis contre les Pays-Bas est vertement critiqué en Allemagne.

Après Wimbledon, il se sépare de Bob Brett et commence à travailler avec Sven Groeneveld. En octobre, à Hong Kong, il retrouve Mark Philippoussis et le bat 7-6, 2-6, 6-2. À seulement 23 ans, Kiefer décroche son sixième titre ATP. Ce sera aussi le dernier.

Ievgueni Kafelnikov et Nicolas Kiefer avec les trophées de Halle en 2002
Halle 2002 : Ievgueni Kafelnikov et Nicolas Kiefer après la finale remportée par le Russe.
2001-2003

La sècheresse s'installe

La chute est plus profonde que ne le laisse penser la seule succession de finales perdues. Après avoir fréquenté le Top 5, Kiefer traverse trois années où les blessures, les changements d’entraîneurs et les éliminations précoces s’accumulent. Au printemps 2001, après deux défaites au premier tour, il se sépare de Sven Groeneveld et poursuit quelque temps sa route sans entraîneur fixe.

À Wimbledon en 2001, il atteint encore les huitièmes de finale. Quelques mois plus tard, il joue la finale de Moscou mais s’incline contre Kafelnikov. Ces résultats restent cependant des éclaircies dans une période beaucoup plus instable.

Roger Federer et Nicolas Kiefer avec les trophées de Halle en 2003
Halle 2003 : Roger Federer domine Nicolas Kiefer sur son gazon allemand de Halle.

En 2002, son classement dégringole et il se retrouve un temps au-delà du Top 100. La presse allemande décrit alors une trajectoire devenue erratique. Il retrouve malgré tout Kafelnikov en finale de Halle. Kiefer remporte le premier set, mais le Russe s’impose 2-6, 6-4, 6-4.

Un an plus tard, alors qu’il cherche toujours une issue à cette crise, il atteint de nouveau la finale du tournoi allemand. Roger Federer ne lui laisse presque aucune chance : 6-1, 6-3.

Ces trois finales perdues successivement depuis son dernier titre ne sont encore qu’un début. À partir de Hong Kong 2000, Kiefer ne gagnera plus aucune finale en simple.

Nicolas Kiefer face à Thomas Johansson à Wimbledon en 2004
Wimbledon 2004 : Nicolas Kiefer face à Thomas Johansson dans un duel qui bascule après la pluie.
2004

Cinq kilos en moins

À l’automne 2003, Kiefer commence à travailler avec le Suédois Thomas Högstedt. La transformation apparaît véritablement au début de la saison suivante. Il a perdu cinq kilos, travaille davantage sa condition physique et se décrit lui-même comme plus discipliné. Son entourage remarque aussi un changement moins visible : il semble enfin accepter plus facilement les critiques et chercher davantage les responsabilités en lui-même.

Les résultats suivent. Kiefer atteint quatre finales ATP dans la saison : Memphis contre Joachim Johansson, Scottsdale contre Vince Spadea, Los Angeles contre Tommy Haas puis Indianapolis contre Andy Roddick. Les quatre lui échappent, mais il redevient un joueur régulièrement présent dans les dernières journées des tournois.

À Wimbledon, son vieux tempérament lui joue pourtant encore un mauvais tour. Face à Thomas Johansson, il mène deux sets à zéro et possède l’avantage dans la troisième manche avant une interruption due à la pluie. À la reprise, il perd complètement le fil et encaisse notamment un 6-0 dans le cinquième set. Högstedt lui fera ensuite lire les critiques formulées par Johansson dans la presse suédoise. Kiefer les prend comme une attaque personnelle et s’en sert comme motivation lorsqu’il retrouve le Suédois à l’US Open : 6-4, 6-0, 6-1 pour l’Allemand.

Nicolas Kiefer à l'US Open en 2004
US Open 2004 : Nicolas Kiefer retrouve les huitièmes de finale d’un Grand Chelem.

À New York, Kiefer atteint ainsi les huitièmes de finale pour la première fois en Grand Chelem depuis Wimbledon 2001. Il doit finalement abandonner contre Tim Henman.

Mais son année restera surtout attachée à un autre rendez-vous, vécu cette fois en double.

Nicolas Kiefer et Rainer Schuettler avec leur médaille d'argent aux Jeux olympiques de 2004
Jeux olympiques d’Athènes 2004 : Nicolas Kiefer et Rainer Schuettler, médaillés d’argent du double messieurs.
Athènes 2004

Quatre balles de titre olympique

Aux Jeux olympiques, Kiefer est associé à Rainer Schüttler. Les Allemands se frayent un chemin jusqu’en finale, éliminant notamment Mahesh Bhupathi et Leander Paes en demi-finale. Ils retrouvent les Chiliens Fernando González et Nicolás Massú pour le titre.

Après avoir perdu le premier set, Kiefer et Schüttler gagnent les deux suivants. Dans le tie-break du quatrième, ils mènent 6-2 : quatre balles de match consécutives, donc quatre balles de médaille d’or. Kiefer sert même sur deux d’entre elles. Les Chiliens les écartent toutes, remportent le jeu décisif 9-7 puis le cinquième set 6-4.

Kiefer s’effondre. Il pleure encore sur le court après la rencontre et parlera longtemps de cette finale comme de la plus grande déception de sa carrière. Neuf jours plus tard, à l’US Open, il explique vivre encore des montagnes russes émotionnelles.

Avec les années, son regard évoluera pourtant. L’ampleur du drame sportif et le souvenir laissé par cette finale finiront par donner une autre valeur à l’argent. Kiefer désignera finalement la médaille olympique comme l’un des plus grands, sinon le plus grand, succès de sa carrière.

Nicolas Kiefer et Arnaud Clément à Roland-Garros en 2005
Roland-Garros 2005 : Nicolas Kiefer atteint les huitièmes de finale, son meilleur parcours parisien. Arnaud Clément sera son ultime adversaire.
2005

Toujours si près

Kiefer réalise à Roland-Garros son meilleur parcours parisien en atteignant les huitièmes de finale. À l’automne, deux nouvelles occasions de gagner un tournoi se présentent. À Moscou, il mène Igor Andreev après le premier set avant de perdre 5-7, 7-6, 6-2. Deux semaines plus tard, Thomas Johansson le bat en finale à Saint-Pétersbourg.

Depuis Hong Kong 2000, cela porte à neuf le nombre de finales consécutives perdues.

Kiefer appartient également à l’équipe allemande qui remporte le World Team Cup. Il avait déjà participé au succès de 1998. Cette fois, il n’est toutefois pas aligné lors de la finale contre l’Argentine, remportée grâce à Tommy Haas, Florian Mayer et Alexander Waske.

Sa collaboration avec Thomas Högstedt s’achève à la fin de la saison. Le Suédois rejoint Tommy Haas, tandis que Kiefer se tourne vers Sascha Nensel.

Nicolas Kiefer contre Paradorn Srichaphan à l'Open d'Australie 2006
Open d’Australie 2006 : Nicolas Kiefer renverse Paradorn Srichaphan dès le premier tour.
2006

Melbourne, enfin

Kiefer arrive à l’Open d’Australie avec une préparation perturbée par des problèmes physiques. Dès le premier tour, il frôle l’élimination contre Paradorn Srichaphan. Mené deux sets à zéro et confronté à deux balles de match, il renverse la rencontre 6-7, 4-6, 7-6, 6-1, 6-2.

Il élimine ensuite Boris Pashanski, Juan Carlos Ferrero puis Juan Ignacio Chela. Cette victoire sur l’Argentin est la 300e de sa carrière et lui offre un troisième quart de finale à Melbourne.

Nicolas Kiefer en quart de finale de l'Open d'Australie 2006 contre Sébastien Grosjean
Melbourne 2006 : Nicolas Kiefer et Sébastien Grosjean se livrent un combat long de 4 h 48.

Face à Sébastien Grosjean, il livre l’un des matchs les plus marquants de sa carrière. Après quatre heures quarante-huit, Kiefer s’impose 6-3, 0-6, 6-4, 6-7, 8-6. Il résumera son état d’esprit d’une formule : avant de perdre ce match, il aurait fallu le sortir du court.

Nicolas Kiefer et Roger Federer à l'Open d'Australie 2006
Open d’Australie 2006 : Roger Federer met fin au parcours de Nicolas Kiefer en demi-finale.

La rencontre reste également célèbre pour un épisode beaucoup moins glorieux. À 6-6 dans le cinquième set, l’Allemand jette sa raquette au cours d’un échange et celle-ci passe de l’autre côté du filet. Grosjean manque son coup et proteste, estimant avoir été gêné. L’arbitre Carlos Bernardes maintient cependant le point en faveur de Kiefer. Celui-ci reconnaîtra ensuite avoir pensé lui-même que le point devait revenir au Français.

À sa 35e participation à un Grand Chelem, Kiefer atteint enfin une demi-finale. Il relie lui-même ce moment aux occasions perdues contre Escudé huit ans auparavant et à Athènes. Roger Federer met fin à son parcours 6-3, 5-7, 6-0, 6-2.

Quelques mois plus tard, sa carrière s’arrête brutalement. Au deuxième tour de Roland-Garros contre Marc Gicquel, Kiefer heurte le poteau du filet et se blesse au poignet gauche. Deux jours plus tard, incapable de jouer correctement son revers, il abandonne après le premier set contre Tomáš Berdych. Deux opérations seront nécessaires. Pendant plus d’un an, Kiefer ne peut pratiquement plus jouer au tennis.

Nicolas Kiefer et Roger Federer au Masters Series de Madrid en 2007
Madrid 2007 : Roger Federer met fin au parcours de l’Allemand en demi-finale.
2007

Repartir du fond du classement

La longue absence n’est pas seulement physique. Kiefer avouera que cette période l’a durement atteint moralement. Il se dit également blessé par l’indifférence du milieu : selon lui, très peu de joueurs ou de personnes du circuit ont pris de ses nouvelles pendant sa convalescence.

Il revient à Halle en juin 2007. Son premier adversaire est justement Berdych, contre lequel il avait disputé son dernier match un an auparavant. Il s’incline, mais retrouve progressivement son niveau.

À Wimbledon, il atteint le troisième tour.

Nicolas Kiefer à Wimbledon en 2007
Wimbledon 2007 : Nicolas Kiefer retrouve la deuxième semaine d’un Grand Chelem.

Puis, à l’automne, alors qu’il était redescendu très loin au classement, il signe une remarquable semaine au Masters Series de Madrid. Il élimine notamment Fernando González, n°7 mondial, avant de s’incliner en demi-finale contre Roger Federer 6-4, 6-4.

À 30 ans, après deux opérations et treize mois pratiquement sans compétition, Kiefer vient encore de revenir.

Nicolas Kiefer au Masters Series de Toronto en 2008
Toronto 2008 : Nicolas Kiefer retrouve le premier plan pendant sa remarquable semaine canadienne.
2008

La 74e tentative

En juillet, Kiefer arrive au Masters Series de Toronto classé 37e mondial. Avant cette semaine, il avait déjà disputé 73 tournois de cette catégorie sans jamais atteindre une finale.

Il élimine Mardy Fish, Mikhaïl Youzhny puis le n°4 mondial Nikolay Davydenko. En quarts, il écrase James Blake 6-1, 6-2. Gilles Simon, qui vient de battre Roger Federer, lui oppose une résistance beaucoup plus forte en demi-finale, mais Kiefer s’impose 6-7, 6-3, 7-6 après près de trois heures.

Rafael Nadal et Nicolas Kiefer après la finale de Toronto en 2008
Toronto 2008 : Rafael Nadal et Nicolas Kiefer après la finale du Masters Series remportée par le Majorquin.

Pour sa 74e tentative, le voilà enfin en finale d’un Masters Series. Rafael Nadal, en pleine série de victoires et quelques semaines après son doublé Roland-Garros-Wimbledon, s’impose 6-3, 6-2.

Cette défaite porte à dix le nombre de finales consécutives perdues par Kiefer depuis Hong Kong 2000. Mais à 31 ans, après deux opérations du poignet et plus d’un an d’absence, cette finale ressemble davantage à une victoire qu’à une nouvelle occasion manquée. Il retrouve le Top 20 dans la foulée.

À Toronto, Kiefer ne parle d’ailleurs plus comme le jeune homme persuadé que les titres lui sont promis. Sa priorité est désormais beaucoup plus simple : se réveiller le matin sans douleur et pouvoir encore entrer sur un court.

Nicolas Kiefer et Jérémy Chardy au tournoi de Stuttgart en 2009
Stuttgart 2009 : Jérémy Chardy arrête Nicolas Kiefer en demi-finale sur terre battue.
2009-2010

Les derniers retours

Le corps continue pourtant de lui rappeler ses limites. À la Hopman Cup, une grave entorse de la cheville nécessite son évacuation du court. Les interruptions deviennent de plus en plus nombreuses.

Kiefer atteint encore la demi-finale du tournoi de Stuttgart en 2009, où Jérémy Chardy l’arrête 6-3, 7-5. À Roland-Garros, il livre également un combat de plus de quatre heures contre David Ferrer avant de perdre en cinq sets.

Nicolas Kiefer à Wimbledon en 2010
Wimbledon 2010 : Nicolas Kiefer dispute son dernier match en Grand Chelem face à David Ferrer.

En 2010, il ne dispute plus que quelques tournois. Son dernier match en Grand Chelem a lieu à Wimbledon, où David Ferrer l’élimine au premier tour.

Le 30 décembre, Kiefer annonce officiellement sa retraite à 33 ans. Sa fille Mabelle Emilienne est née le 11 août. Après une carrière passée à voyager, s’arrêter, revenir puis repartir, il explique vouloir désormais la voir s’endormir le soir et se réveiller le matin.

Son bilan personnel est sans complaisance. S’il pouvait recommencer, dit-il, il ferait davantage de gymnastique dès son plus jeune âge, voyagerait avec un préparateur physique personnel, travaillerait encore plus sa discipline et se mettrait moins de pression. Il regrette aussi d’avoir parfois trop retenu ses coups. Une réflexion d’Andre Agassi lui est restée : au tennis, celui qui prend trop peu de risques finit par être puni.

Kiefer aurait aimé gagner un Grand Chelem et quelques tournois de plus. Avec le recul, il reconnaît qu’il aurait probablement dû, parfois, oser davantage.

Style de jeu

Style de jeu

Nicolas Kiefer en coup droit à Wimbledon en 2005

Résumer Kiefer à un défenseur contre-attaquant serait réducteur. Son jeu reposait d’abord sur sa mobilité, sa qualité de retour et des frappes de fond de court prises tôt. Il était particulièrement à l’aise sur dur et sur gazon, les deux surfaces qu’il citait lui-même comme ses préférées.

Son revers à deux mains constituait l’un de ses coups les plus naturels. En 1999, interrogé à Indian Wells sur la fluidité de ce geste, Kiefer expliquait qu’il ne cherchait pas particulièrement à le fabriquer : le mouvement lui venait naturellement. Son travail de fond de court constituait alors la base de son tennis.

Il n’était pas pour autant condamné à attendre la faute adverse. Kiefer possédait un excellent toucher de balle, savait accélérer dès qu’une balle courte se présentait, monter au filet et utiliser le service-volée. Son quart de finale à Wimbledon dès 1997 et son titre à Halle en 1999 illustrent cette polyvalence.

L’une des contradictions de sa carrière apparaît justement ici. Kiefer avait les armes pour jouer vers l’avant, mais reconnaîtra après sa retraite qu’il n’avait peut-être pas toujours assez osé. Son extraordinaire mobilité lui permettait parfois de se réfugier dans un tennis de réaction alors que son talent lui autorisait davantage d’initiative.

Personnalité

Tempérament et superstitions

Le caractère de Kiefer fait partie de son histoire autant que son revers ou ses blessures. Très jeune, il possède une confiance en lui considérable. Selon les périodes et les observateurs, elle est décrite comme de l’assurance, de l’insolence ou franchement de l’arrogance. À Hambourg en 1998, les sifflets du public et sa réaction peu autocritique rendent cette réputation presque nationale.

Kiefer ne cherchera d’ailleurs pas, avec le recul, à se présenter comme un garçon facile. À l’heure de la retraite, il reconnaît s’être opposé aux dirigeants de la fédération et avoir initialement refusé de jouer certaines rencontres de Coupe Davis. Il se décrit lui-même comme quelqu’un qui dit ce qu’il pense et admet qu’il n’est certainement pas une personne facile.

Sur le court, ses émotions sont visibles. Il discute, grimace, s’énerve, se parle et peut chercher les responsabilités autour de lui. Bob Brett travaille beaucoup sur cette discipline mentale. Kiefer progresse avec l’âge, mais l’épisode de la raquette contre Grosjean à Melbourne en 2006 montre que le vieux volcan n’est jamais complètement éteint.

Nicolas Kiefer à l'Open d'Australie en 2006

Il est également extrêmement superstitieux. Lorsqu’il gagne un point, il réclame presque systématiquement la même balle pour le point suivant, quitte à demander aux ramasseurs de la récupérer. Avant certains points importants, il touche avec sa raquette la ligne extérieure du couloir de double. Il évite également de marcher sur les lignes.

Ces manies peuvent paraître anecdotiques, mais elles racontent bien un joueur pour lequel le contrôle a toujours été essentiel. Kiefer est perfectionniste, très exigeant avec lui-même et se met une pression qu’il jugera plus tard excessive. Son assurance spectaculaire masquait aussi une part d’insécurité, déjà relevée par Klaus Hofsäß lorsqu’il l’entraînait.

Origines

Une mère française

La mère de Nicolas Kiefer est française. Il parle donc français et choisit même cette langue parmi les matières de son examen oral de fin d’études en 1997.

Cette origine n’a toutefois jamais créé d’ambiguïté sportive. Kiefer a toujours représenté l’Allemagne, notamment en Coupe Davis et aux Jeux olympiques.

Son surnom de « Kiwi » l’accompagne durant toute sa carrière.

Entraîneurs

Entraîneurs

Bob Brett et Nicolas Kiefer à l'entraînement
Bob Brett accompagne Nicolas Kiefer à l’entraînement durant leur collaboration.

Martin Rausch accompagne ses premières années à Einbeck avant son intégration au centre fédéral de Hanovre.

À partir de juillet 1997, Klaus Hofsäß devient son entraîneur permanent au sein du Mercedes-Junior-Team. Il accompagne la spectaculaire progression de Kiefer durant la seconde moitié de la saison, jusqu’à la 32e place mondiale. Leur collaboration s’achève après l’Open d’Australie 1998 lorsque Kiefer quitte la structure.

En février 1998, Bob Brett devient son entraîneur. L’Australien a notamment travaillé avec Boris Becker et Goran Ivaniševic. Sous sa direction, Kiefer remporte cinq de ses six titres ATP, participe au Masters et atteint la 4e place mondiale. Leur collaboration s’achève après Wimbledon 2000.

Kiefer se tourne alors vers Sven Groeneveld, ancien entraîneur de Michael Stich. Leur association commence durant l’été 2000 et accompagne notamment son quart de finale à l’US Open. Ils se séparent en avril 2001 après une série de mauvais résultats.

Les années suivantes sont beaucoup plus instables et Kiefer connaît plusieurs périodes sans entraîneur permanent.

En octobre 2003, Thomas Högstedt prend les commandes. L’ancien joueur suédois participe directement à la reconstruction de Kiefer : perte de poids, travail physique, jeu plus agressif et retour vers les premières places en 2004. Il reste à ses côtés jusqu’à la fin de la saison 2005 avant de rejoindre Tommy Haas.

À partir de décembre 2005, Sascha Nensel prend en charge Kiefer. Quelques semaines plus tard, celui-ci atteint la demi-finale de l’Open d’Australie. Nensel reste l’entraîneur le plus étroitement associé à la dernière partie de sa carrière.

Palmarès

Ses 6 titres ATP

ATP 500

Toulouse 1997
Tokyo 1999
Halle 1999
Tashkent 1999
Dubai 2000
Hong Kong 2000
Vie privée

Vie sentimentale

Nicolas Kiefer et Inga Meyer-Hublitz
Nicolas Kiefer et Inga Meyer-Hublitz, son amour de jeunesse.

Pendant une grande partie de sa carrière, Nicolas Kiefer partage la vie d’Inga Meyer-Hublitz, son amour de jeunesse. Présente à ses côtés dès la fin des années 1990, elle se sépare de lui une première fois en 2004. Le couple se reforme en 2007, avant une nouvelle rupture annoncée au printemps 2009.

Kiefer partage ensuite la vie d’Anna. Leur fille Mabelle Emilienne naît à Hanovre le 11 août 2010, quelques mois avant sa retraite. Il raconte avoir rencontré Anna lors d’une soirée, où elle l’avait abordé en lui demandant, sans mesurer vraiment son palmarès, s’il avait déjà gagné un tournoi. Le second prénom de leur fille, Emilienne, est celui de la grand-mère française de Kiefer. La naissance de Mabelle pèsera fortement dans sa décision de quitter le circuit à la fin de l’année 2010.

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Date de dernière mise à jour : 11/10/2026