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Jan Kodes - Chron'Open
Chron'Open
Tchécoslovaquie
droitier - revers à une main

JanKodes

Plus loin que la terre
Jan Kodes

On l’avait vite rangé parmi les terriens : pas un immense service, un jeu construit dans l’échange et ce revers à une main qui semblait fait pour travailler la balle plutôt que pour l’expédier. Jan Kodes a passé une bonne partie de sa carrière à démentir cette étiquette. Tenace jusqu’à l’obstination, capable d’adapter son tennis aux surfaces les moins naturelles pour lui, le Tchécoslovaque s’est souvent retrouvé là où on ne l’attendait pas.

3 Grands Chelems
10 Titres ATP
1973 n°5 mondial
1 Coupe Davis
Naissance 1er mars 1946
Jeunesse

Le football avant le tennis

Prague, ville de naissance de Jan Kodes
Prague : la ville où Jan Kodes apprend le tennis.

Jan Kodes grandit à Prague dans une famille malmenée par le régime communiste. Son père, juriste, est écarté de sa profession au début des années 1950 et envoyé travailler en usine. Il trouve parallèlement une activité sur les courts du petit club Cechie Karlin, où Jan commence à jouer vers 8 ans. Le garçon préfère pourtant encore le football et pratique longtemps les deux sports. Lorsqu’il termine troisième du championnat de Prague des moins de 12 ans, son père comprend qu’il dispose d’un véritable potentiel et l’envoie à Stvanice, où l’encadrement est meilleur.

Son origine familiale lui ferme aussi certaines portes. Kodes racontera avoir été empêché de poursuivre normalement ses études secondaires malgré de bons résultats scolaires et avoir dû travailler comme apprenti fraiseur. Le tennis finit paradoxalement par améliorer la situation familiale : lorsque le Sparta Prague cherche à le recruter en 1966, Kodes exige que son père puisse quitter l’usine et retrouver un poste juridique. Le club finit par accepter.

Le véritable déclic sportif intervient en 1964, lorsqu’il remporte le prestigieux tournoi junior de Pardubice. Il choisit alors définitivement le tennis. Deux ans plus tard, il devient champion de Tchécoslovaquie chez les seniors et fait ses débuts en Coupe Davis. Il restera pendant douze ans le joueur tchécoslovaque de référence.

de 1966 à 1983

Sa carrière

Pierre Darmon et Jan Kodes à Roland-Garros en 1966
Roland-Garros 1966 : Pierre Darmon et Jan Kodes, lors de l’une des premières apparitions parisiennes du Tchécoslovaque.
1966-1969

Apprendre à voyager

Ses premiers pas internationaux coïncident avec les dernières années du tennis amateur puis avec la naissance de l’ère Open. Kodes découvre Roland-Garros et Wimbledon en 1966. Ses déplacements restent cependant soumis aux autorisations des autorités tchécoslovaques : programmes de tournois à faire approuver, restrictions sur certains pays, contrôle des devises et, lors de certains voyages, présence de représentants du régime.

Jan Kodes sur terre battue en 1967
1967 : Jan Kodes, encore au début de son apprentissage international.

Il se fait progressivement une place hors de son pays. Pittsburgh 1969, son premier titre en simple recensé par l’ATP, ouvre une série de dix sacres à l’ère Open.

Jan Kodes et Zeljko Franulovic après la finale de Roland-Garros 1970
Roland-Garros 1970 : Jan Kodes, vainqueur de la finale face à Zeljko Franulovic.
1970

Paris, première consécration

Après Pittsburgh 1969, Kodes remporte Saint-Petersbourg en avril 1970, puis atteint immédiatement la finale des Internationaux d’Italie, où Ilie Nastase le bat. Il arrive donc à Paris en pleine progression et comme tête de série n°7.

Roland-Garros souffre alors du conflit avec le circuit WCT : Rod Laver, Ken Rosewall, John Newcombe et plusieurs autres vedettes professionnelles ne disputent pas l’édition. Cela ne transforme pas le parcours de Kodes en promenade. Ion Tiriac le pousse en cinq manches en huitième de finale ; en demi-finale, Georges Goven mène deux sets à un avant que le Tchécoslovaque ne s’impose 2-6, 6-2, 5-7, 6-2, 6-3.

Face à Zeljko Franulovic, la finale est beaucoup plus simple. Kodes déroule 6-2, 6-4, 6-0 et, à 24 ans, décroche son premier titre du Grand Chelem.

Jan Kodes et Ilie Nastase à Roland-Garros en 1971
Roland-Garros 1971 : Jan Kodes conserve son titre parisien face à Ilie Nastase.
1971

Défendre Paris, conquérir Forest Hills

Les absences liées au WCT affectent encore Roland-Garros : Laver, Rosewall et Newcombe manquent notamment à l’appel. Mais Kodes ne surgit plus de nulle part : il est tête de série n°1 et doit défendre son titre. François Jauffret le pousse jusqu’à un cinquième set en huitième de finale ; après Patrick Proisy puis Franulovic, il retrouve Ilie Nastase en finale et s’impose 8-6, 6-2, 2-6, 7-5. Il devient le premier joueur depuis Nicola Pietrangeli en 1960 à conserver le titre parisien.

Jan Kodes et Arthur Ashe à l'US Open 1971
Forest Hills 1971 : Jan Kodes bat Arthur Ashe en cinq manches en demi-finale de l’US Open.

Quelques mois plus tard à Forest Hills, Kodes ne se sent toujours pas à l’aise sur gazon. Il écarte pourtant John Newcombe, tête de série n°1 et récent vainqueur de Wimbledon, après avoir perdu le premier set. Il remonte ensuite deux sets de retard face à Pierre Barthes, puis élimine Arthur Ashe en cinq manches. Seul Stan Smith le prive du titre, en quatre sets. Le double champion de Roland-Garros vient surtout d’apporter une première réponse à ceux qui le considéraient comme exclusivement dépendant de la terre battue.

Jan Kodes et Manuel Orantes au tournoi de Barcelone en 1972
Barcelone 1972 : Jan Kodes domine Manuel Orantes en finale après avoir éliminé Ilie Nastase.
1972

L’herbe devient possible

Kodes reste l’un des meilleurs joueurs de terre. Pour la troisième année consécutive, il atteint la finale des Internationaux d’Italie, battu cette fois par Manuel Orantes. À l’automne, il remporte Barcelone, l’un des grands rendez-vous de terre battue de la saison : après avoir éliminé Ilie Nastase, tête de série n°1, il domine Orantes 6-3, 6-2, 6-3 en finale.

Jan Kodes à Wimbledon en 1972
Wimbledon 1972 : Jan Kodes atteint les demi-finales et confirme que son jeu peut exister sur gazon.

Sa progression la plus significative se mesure pourtant à Wimbledon. Tête de série n°5, il atteint les demi-finales et prend la première manche au futur champion Stan Smith, avant de s’incliner 3-6, 6-4, 6-1, 7-5. Après Forest Hills 1971, ce parcours confirme qu’il a réellement appris à jouer sur gazon.

Jan Kodes à Wimbledon en 1973
Wimbledon 1973 : Jan Kodes possède déjà les réflexes de jeu sur herbe qui lui permettent d’aller au bout du tableau.
1973

Wimbledon et son astérisque

Le Wimbledon 1973 reste indissociable de l’affaire Nikola Pilic. Suspendu après un conflit avec sa fédération autour de la Coupe Davis, le Yougoslave reçoit le soutien de l’ATP. Quatre-vingts joueurs boycottent le tournoi et douze des seize têtes de série initialement prévues ne participent pas. Kodes, qui devait être tête de série n°15, est replacé n°2 derrière Ilie Nastase.

L’importance de ces absences est réelle, mais le titre n’est pas offert : Jimmy Connors et le jeune Bjorn Borg sont là, tout comme Roger Taylor, Alex Metreveli ou Vijay Amritraj. Kodes avait déjà disputé la finale de l’US Open sur gazon en 1971 puis la demi-finale de Wimbledon en 1972.

En quart de finale, Vijay Amritraj mène deux sets à un avant que Kodes ne retourne la rencontre. En demi-finale, Roger Taylor lui impose encore cinq manches. La finale contre Alex Metreveli est moins mouvementée : Kodes s’impose 6-1, 9-8, 6-3. Le boycott accompagne ce Wimbledon dans les livres d’histoire ; il explique pourquoi la route fut moins relevée qu’une année normale, pas pourquoi Kodes savait désormais gagner sur gazon.

Jan Kodes à Forest Hills lors de l'US Open 1973
Forest Hills 1973 : Jan Kodes prêt à servir, dans le tournoi qui replace son Wimbledon dans une tout autre perspective.
1973

Forest Hills enlève le doute

Deux mois plus tard, l’US Open offre à Kodes l’occasion de replacer son Wimbledon dans une autre perspective. À Forest Hills, les grands noms sont de retour. Tête de série n°6, il élimine Nikola Pilic en cinq sets en quart de finale, puis retrouve Stan Smith, n°1 du tableau, en demi-finale.

John Newcombe et Jan Kodes à l'US Open en 1973
Finale de l’US Open 1973 : Jan Kodes retrouve John Newcombe, deux ans après l’avoir battu dès le premier tour à Forest Hills.

Le match va encore au cinquième set. Smith obtient même une balle de match, mais Kodes survit et s’impose 7-5 dans la dernière manche. En finale, il retrouve John Newcombe. Cette fois Kodes mène deux sets à un, mais l’Australien retourne la rencontre et l’emporte 6-4, 1-6, 4-6, 6-2, 6-3.

Quatre jours après la finale, le 13 septembre 1973, Kodes atteint la 5e place du classement informatique ATP, le meilleur rang officiel de sa carrière.

Jan Kodes à Wimbledon en 1974
Wimbledon 1974 : le tenant du titre pousse Jimmy Connors jusqu’au cinquième set en quart de finale.
1974

La meilleure défense de Wimbledon

L’année suivante apporte peut-être l’argument le plus simple contre l’idée d’un champion de Wimbledon accidentel. Cette fois, plus de boycott : Newcombe, Smith, Ashe, Rosewall, Connors et les autres sont présents. Tenant du titre et tête de série n°6, Kodes atteint de nouveau les quarts de finale.

Il y retrouve Jimmy Connors, qui réalise alors l’immense saison 1974. Kodes lui prend le premier set, arrache le quatrième et oblige le futur champion à aller jusqu’au cinquième : Connors s’impose finalement 3-6, 6-3, 6-3, 6-8, 6-3 avant de survoler la suite du tournoi.

Jan Kodes avec le trophée du tournoi de Madrid en 1975
Madrid 1975 : Jan Kodes renverse Adriano Panatta pour gagner l’une des finales les plus tenaces de sa carrière.
1975-1977

Le combattant résiste

À 29 ans, Kodes demeure une valeur sûre de la terre battue. En 1975, il atteint la finale du prestigieux tournoi de Hambourg, où Manuel Orantes doit aller jusqu’au cinquième set pour le battre. Quelques mois plus tard à Madrid, Kodes retourne une finale presque perdue contre Adriano Panatta : mené 7-5, 6-2, il s’impose finalement 5-7, 2-6, 7-6, 6-2, 6-3.

En 1976, il remporte à Bale son dernier titre en simple, face à son compatriote Jiri Hrebec, 6-4, 6-2, 6-2. Il atteint aussi cette année-là la finale de Kitzbuhel.

Jan Kodes à l'US Open en 1977
US Open 1977 : Jan Kodes reste compétitif sur le circuit, longtemps après ses trois titres majeurs en simple.

Son influence ne se limite pas au simple. En 1977, associé à Wojciech Fibak, il atteint la finale du double de Roland-Garros. Brian Gottfried et Raul Ramirez les battent en quatre sets.

Jan Kodes à Roland-Garros en 1979
Roland-Garros 1979 : Jan Kodes prolonge encore sa carrière au plus haut niveau.
1978-1983

Transmettre le relais

À la fin des années 1970, son rôle change progressivement. Tomas Smid puis surtout Ivan Lendl prennent la tête du tennis tchécoslovaque. Kodes continue néanmoins à jouer sur le circuit et en double, tout en devenant davantage un ancien de référence.

Sa carrière s’étire jusqu’en 1983. Cette année-là encore, à 37 ans, il atteint avec Smid la finale du double du Dutch Open, perdue contre Heinz Gunthardt et Balazs Taroczy. Sa carrière internationale a ainsi couvert dix-sept saisons, de 1966 à 1983.

Style de jeu

Le revers et l’obstination

Jan Kodes en revers à l'US Open 1977

L’étiquette de « terrien » est juste mais insuffisante. Kodes possédait évidemment les qualités nécessaires aux longs échanges : endurance, lift, régularité et capacité à accepter le combat. Mais les témoignages le décrivent aussi comme un joueur offensif, capable de venir au filet et doté d’une bonne volée. Son arme la plus spectaculaire restait son revers à une main, que Stan Smith qualifiera encore des décennies plus tard d’exceptionnel.

Forest Hills 1971 montre particulièrement bien son évolution. Face au service-volée de Newcombe, ses retours et ses passings font des dégâts considérables. L’Australien reconnaît après le match que certains retours étaient frappés avec une telle puissance vers les lignes qu’il ne pouvait même pas les atteindre.

Kodes apprend ensuite à modifier son jeu sur gazon : placement du deuxième service, montée rapide derrière la mise en jeu, première puis deuxième volée, utilisation de la volée amortie. Il n’est jamais devenu un grand serveur comparable aux spécialistes de l’herbe, mais il a réussi à fabriquer un jeu de gazon avec des armes qui, au départ, ne semblaient pas destinées à cette surface.

Contexte

Derrière le Rideau de fer

Kodes reste toute sa carrière en Tchécoslovaquie, mais ses rapports avec le régime sont complexes. Son père avait été envoyé travailler en usine, lui-même avait rencontré des obstacles scolaires et ses déplacements internationaux étaient contrôlés. Plus tard, quand ses succès sportifs deviennent utiles au prestige du pays, il bénéficie en revanche de conditions lui permettant de voyager et de mener une carrière semi-professionnelle. Kodes a toujours reconnu cette contradiction.

Il racontera également que des possibilités de rester à l’Ouest lui furent offertes, notamment par les Français, et qu’il aurait pu envisager l’émigration si les autorités avaient empêché sa carrière. Il choisit finalement de rester. Ce n’est donc ni l’histoire d’un champion privilégié par le système, ni celle d’un opposant en rupture : plutôt celle d’un sportif qui apprend à négocier avec lui sans se laisser enfermer.

Coupe Davis

Quinze années pour la Tchécoslovaquie

L'équipe tchécoslovaque victorieuse de la Coupe Davis en 1980
Coupe Davis 1980 : Jan Kodes appartient à l’équipe tchécoslovaque emmenée par Ivan Lendl, victorieuse du Saladier d’argent, .

Aucune compétition n’a peut-être autant compté pour lui. Kodes dispute 39 rencontres de Coupe Davis sur quinze années, un record pour le tennis tchèque. Son bilan officiel dans les matchs achevés est de 60 victoires pour 34 défaites : 39-19 en simple et 21-15 en double.

En 1975, il mène la Tchécoslovaquie jusqu’à la finale. À Stockholm, sur moquette indoor, Bjorn Borg écrase d’abord Jiri Hrebec, mais Kodes remet les deux équipes à égalité en battant Ove Bengtson 4-6, 6-2, 7-5, 6-4. Borg et Bengtson gagnent ensuite le double contre Kodes et Vladimir Zednik, puis Borg bat Kodes 6-4, 6-2, 6-2 pour offrir à la Suède sa première Coupe Davis.

Cinq ans plus tard, la Tchécoslovaquie décroche enfin le Saladier d’argent. Ivan Lendl est le grand artisan du parcours de 1980, avec Tomas Smid et Pavel Slozil. Kodes ne dispute pas la finale remportée 4-1 contre l’Italie, mais il participe à la campagne : lors de la finale de la zone européenne contre la Roumanie, il gagne notamment le double avec Lendl, 6-3, 6-2, 6-4. Il est donc bien membre de l’équipe victorieuse.

Après la carrière

Au service du tennis tchèque

Jan Kodes, capitaine de la Tchécoslovaquie, auprès d'Ivan Lendl en 1982
Coupe Davis 1982, contre la RFA : Jan Kodes, devenu capitaine, aux côtés d’Ivan Lendl.

Kodes reste très impliqué dans le tennis tchécoslovaque puis tchèque. Il devient capitaine de l’équipe de Coupe Davis de 1982 à 1987, dirige le Czech Tennis Centre entre 1986 et 1992 et fonde puis dirige le tournoi ATP de Prague de 1987 à 1998. Il préside également la Fédération tchèque de tennis de 1994 à 1998.

Intronisé à l’International Tennis Hall of Fame en 1990, il demeure très présent dans la mémoire sportive de son pays. Le 1er mars 2026, le champion de Prague a fêté ses 80 ans.

Palmarès

Ses 10 titres Open en simple

Grand Chelem

Pittsburgh 1969
Saint-Petersbourg 1970
Roland-Garros 1970
Catane 1971
Roland-Garros 1971
Barcelone 1972
Cologne WCT 1973
Wimbledon 1973
Madrid 1975
Bale 1976
Famille

Vie privée

Kodes se marie une première fois en décembre 1967. Il est père de trois enfants : Jan, Tereza et Anna. Son fils Jan Kodes Jr. devient lui aussi joueur de tennis : excellent junior, il passe professionnel en 1990 avant de s’orienter vers l’entraînement.

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Date de dernière mise à jour : 11/10/2026