Tennis Chron'open
Petr Korda - Chron'Open
Chron'Open
Tchéquie
gaucher - revers à une main

PetrKorda

Les ciseaux tchèques
Portrait graphique de Petr Korda

Petr Korda avait quelque chose d'insaisissable. Une silhouette interminable, un tennis d'une fluidité presque désinvolte et, certains jours, cette impression qu'il pouvait faire absolument ce qu'il voulait avec la balle. Le problème, c'est qu'on ne savait jamais très bien quel Korda allait entrer sur le court.

1Grand Chelem
10Titres ATP
1998n°2 mondial
Naissance 23 janvier 1968
L'essentiel

La couronne

Avant 1987

Jeunesse et formation

La vieille ville de Prague, ville natale de Petr Korda
Prague, ville natale de Petr Korda.

Né à Prague, Petr Korda est formé très jeune par son père, qui reste son entraîneur jusqu'à ses 18 ans. À 16 ans, il devient champion de Tchécoslovaquie des moins de 18 ans.

Excellent junior, il remporte le double de Roland-Garros juniors en 1985 avec Cyril Suk, puis le double de Wimbledon juniors en 1986 avec Tomas Carbonell. Il termine ces saisons parmi les dix meilleurs juniors mondiaux.

De 1987 à 1999

Sa carrière

Petr Korda à l'US Open 1990
US Open 1990 : Petr Korda au cours de ses premières saisons sur le circuit principal.
1987-1990

Les premiers pas

Il passe professionnel en 1987 et intègre progressivement le circuit principal. Il représente également la Tchécoslovaquie en Coupe Davis à partir de 1988.

Sa première finale ATP en simple arrive en 1989 à Francfort, où il est battu par Kevin Curren. Les résultats restent encore irréguliers, mais son tennis atypique et sa grande qualité de frappe commencent à l'installer parmi les joueurs à surveiller.

Petr Korda à New Haven en 1991
New Haven 1991 : Petr Korda lors du tournoi qui lui apporte son premier titre ATP en simple.
1991

Enfin des titres

L'année 1991 marque sa véritable installation parmi les meilleurs. Korda dispute d'abord plusieurs finales, notamment à Washington et au Canada, avant de débloquer son compteur.

À New Haven, il domine Goran Ivanisevic 6-4, 6-2, puis s'impose en indoor à Berlin contre Arnaud Boetsch 6-3, 6-4. Ces deux titres lui permettent de terminer la saison dans le Top 10.

Petr Korda célébrant à Roland-Garros 1992
Roland-Garros 1992 : Petr Korda célèbre pendant la quinzaine qui le conduit jusqu'à la finale.
1992

La finale de Roland-Garros

À 24 ans, Korda réalise une remarquable saison 1992 et atteint pour la première fois la finale d'un tournoi du Grand Chelem.

À Roland-Garros, tête de série n°7, il profite d'une partie de tableau largement ouverte mais ne laisse pas passer l'occasion. Il élimine notamment Jaime Oncins en quarts puis le Français Henri Leconte en demi-finale. En finale, il retrouve cependant le n°1 mondial et tenant du titre Jim Courier. L'Américain impose rapidement sa puissance et s'impose 7-5, 6-2, 6-1.

Jim Courier et Petr Korda après la finale de Roland-Garros 1992
Roland-Garros 1992 : Jim Courier et Petr Korda après la finale.

Korda ne se contente pas de cette finale. Il remporte trois titres au cours de la saison : Washington, contre Henrik Holm 6-4, 6-4, Long Island, en dominant Ivan Lendl 6-2, 6-2, puis Vienne, où il bat Gianluca Pozzi 6-3, 6-2, 5-7, 6-1.

La saison confirme à la fois son immense potentiel et cette impression persistante qu'un titre majeur n'est peut-être plus très loin.

Petr Korda à la Coupe du Grand Chelem 1993
Munich 1993 : Petr Korda pendant la Coupe du Grand Chelem.
1993

Deux jours complètement fous à Munich

Korda ne remporte aucun tournoi du circuit ATP traditionnel en 1993. Son seul titre de la saison sera pourtant l'un des plus marquants de toute sa carrière.

À la Coupe du Grand Chelem de Munich, il affronte en demi-finale Pete Sampras, alors n°1 mondial. La rencontre devient un marathon. Korda sauve plusieurs balles de match et finit par arracher le cinquième set 13-11.

Le lendemain, il doit remettre cela contre Michael Stich, n°2 mondial, soutenu par le public allemand. Nouveau combat de cinq sets, nouvelle interminable manche décisive. Korda s'impose finalement :
2-6, 6-4, 7-6, 2-6, 11-9.

Petr Korda avec le trophée de la Coupe du Grand Chelem 1993
Coupe du Grand Chelem 1993 : Korda avec le trophée après ses deux marathons face à Sampras puis Stich.

En l'espace de deux jours, le Tchèque vient donc de battre les deux premiers joueurs mondiaux, à chaque fois au terme d'un cinquième set hors norme. Il empoche à cette occasion 1,625 million de dollars, une somme considérable pour l'époque.

Petr Korda à l'Open d'Australie 1994
Open d'Australie 1994 : Korda reste installé parmi les joueurs capables de menacer les meilleurs.
1994-1995

Beaucoup d'occasions, aucun titre

En 1994, Korda reste dangereux mais accumule les finales perdues. Il s'incline à Milan contre Boris Becker, à Munich contre Michael Stich et surtout en finale d'Indian Wells face à Pete Sampras.

Le Tchèque mène pourtant deux sets à un avant que Sampras ne renverse la rencontre :
4-6, 6-3, 3-6, 6-3, 6-2.

La saison lui apporte néanmoins un succès collectif : associé à Jana Novotna, il remporte la Hopman Cup 1994 pour la République tchèque, victorieuse de l'Allemagne en finale.

L'année 1995 est moins brillante encore. Korda reste capable de beaux parcours - il atteint notamment les quarts de finale de l'US Open - mais ne joue aucune finale ATP. Après quatre années passées aux portes du très haut niveau, sa carrière semble commencer à décliner.

Petr Korda et Younes El Aynaoui à Doha 1996
Doha 1996 : Petr Korda, vainqueur, et Younes El Aynaoui lors de la remise des trophées.
1996

Un premier retour et un Grand Chelem en double

Le début de l'année 1996 montre pourtant qu'il faut se méfier des conclusions trop rapides avec Korda.

À 27 ans, il retrouve le chemin de la victoire à Doha. En finale, il bat Younes El Aynaoui dans un match extrêmement serré : 7-6, 2-6, 7-6.

Stefan Edberg et Petr Korda à l'Open d'Australie 1996
Open d'Australie 1996 : Stefan Edberg et Petr Korda célèbrent leur titre en double messieurs.

Quelques semaines plus tard, son Open d'Australie tourne court en simple puisqu'il perd dès le premier tour contre Tim Henman. Mais il se rattrape spectaculairement en double : associé à Stefan Edberg, il remporte le tournoi. C'est son premier titre du Grand Chelem chez les seniors.

Pete Sampras et Petr Korda à Wimbledon 1997
Wimbledon 1997 : Pete Sampras et Petr Korda après leur huitième de finale en cinq sets.
1997

La grande renaissance

À 29 ans, Korda retrouve soudain le niveau de ses meilleures années.

Il atteint d'abord la finale de Halle, où il ne cède contre Yevgeny Kafelnikov qu'après trois tie-breaks, puis retrouve la finale de Washington. À Wimbledon, il livre surtout un formidable huitième de finale contre Pete Sampras. Mené deux sets à rien, Korda revient à deux manches partout avant de perdre le cinquième 6-4. Sampras remportera ensuite le tournoi.

La revanche arrive à l'US Open. En huitièmes de finale, Korda élimine le n°1 mondial et double tenant du titre au bout de 3 h 37 de jeu effectif :
6-7, 7-5, 7-6, 3-6, 7-6.

Trois interruptions dues à la pluie étalent le match sur plus de cinq heures. Korda atteint ensuite les quarts, où il abandonne contre Jonas Bjorkman.

Son véritable couronnement de la saison arrive à Stuttgart. Le tournoi fait alors partie des Super 9, ancêtres des Masters 1000. Korda domine Richard Krajicek en finale 7-6, 6-2, 6-4 et remporte le plus grand titre ATP de sa carrière.

Il termine l'année revenu parmi les tout meilleurs.

Petr Korda avec le trophée de l'Open d'Australie 1998
Melbourne 1998 : Petr Korda avec le trophée de son unique titre du Grand Chelem en simple.
1998

Enfin Melbourne

Korda commence la saison à Doha, où il ne laisse que trois jeux à Fabrice Santoro en finale, 6-0, 6-3. Il arrive donc à l'Open d'Australie en pleine confiance et, tête de série n°6, écarte successivement Albert Portas, Scott Draper, Vince Spadea et Cedric Pioline.

En quart de finale, il se retrouve mené deux sets à rien par Jonas Bjorkman, mais renverse complètement la partie, 3-6, 5-7, 6-3, 6-4, 6-2. Il domine ensuite Karol Kucera en demi-finale, 6-1, 6-4, 1-6, 6-2.

Le 1er février 1998, six ans après sa défaite contre Courier à Roland-Garros, Petr Korda retrouve une finale de Grand Chelem. Face à Marcelo Rios, lui aussi en quête d'un premier titre majeur, il n'y a pratiquement pas de match : Korda s'impose 6-2, 6-2, 6-2 et devient, à 30 ans, champion de l'Open d'Australie.

Petr Korda soigné à Wimbledon 1998
Wimbledon 1998 : Korda reçoit des soins pendant son parcours jusqu'aux quarts de finale.

Le lendemain, il atteint le 2e rang mondial, meilleur classement de sa carrière, et se retrouve même en position de viser la première place. Mais plusieurs défaites au mauvais moment - contre Karol Kucera à Anvers, Marcelo Rios à Indian Wells, Tim Henman à Miami puis Richard Krajicek à Monte-Carlo - l'empêchent de franchir la dernière marche. Pendant ce temps, Rios enchaîne Indian Wells et Miami et devient n°1 mondial le 30 mars 1998, moins de deux mois après avoir été balayé par Korda en finale à Melbourne.

À Wimbledon, Korda atteint les quarts de finale avant de perdre contre Henman.

C'est là que sa carrière bascule.

1998-2000

L'affaire de la nandrolone

Petr Korda à Wimbledon 1998
Wimbledon 1998 : Petr Korda pendant le tournoi à l'issue duquel il est contrôlé positif à la nandrolone.

Après son quart de finale de Wimbledon 1998, Petr Korda est soumis à un contrôle antidopage. Son échantillon révèle la présence de nandrolone, un stéroïde anabolisant interdit. Korda maintiendra qu'il ignore comment la substance s'est retrouvée dans son organisme.

L'affaire ne devient publique que plusieurs mois plus tard. Le 22 décembre 1998, une commission d'appel indépendante reconnaît l'infraction mais estime qu'il existe des « circonstances exceptionnelles ». Elle retire à Korda les points et les gains obtenus à Wimbledon, mais ne prononce pas la suspension d'un an normalement prévue.

Il faut ici corriger une confusion longtemps reprise : ce n'est pas l'ITF qui se montre indulgente envers Korda. L'ITF conteste au contraire cette décision et cherche à la faire renverser devant le Tribunal arbitral du sport. Korda tente juridiquement d'empêcher cet appel. Une première décision de la Haute Cour britannique lui donne raison en janvier 1999, mais la Cour d'appel renverse ce jugement en mars et autorise l'ITF à poursuivre la procédure devant le TAS.

Petr Korda à l'Open d'Australie 1999
Open d'Australie 1999 : Korda reste autorisé à jouer et revient à Melbourne défendre son titre.

Pendant cette bataille judiciaire, Korda reste autorisé à jouer. Il défend donc bien son titre à l'Open d'Australie 1999. Il bat Galo Blanco puis Julian Alonso avant de perdre au troisième tour contre Todd Martin, 7-5, 4-6, 7-6, 5-7, 6-4.

Ses résultats chutent rapidement. En juin, obligé de passer par les qualifications de Wimbledon, il est éliminé par le Britannique Danny Sapsford, classé aux environs de la 590e place mondiale, et annonce son retrait du circuit.

Le 31 août 1999, le TAS donne finalement raison à l'ITF. Korda est suspendu pour douze mois, du 1er septembre 1999 au 31 août 2000. Le jugement intervient donc alors qu'il a déjà pratiquement quitté le tennis de haut niveau.

Il effectuera encore quelques apparitions beaucoup plus tard dans des tournois Challenger tchèques, notamment en double, mais sans véritable retour sur le circuit ATP.

Montage humoristique de Petr Korda bodybuildé

L'affaire constitue évidemment la grande tache de sa carrière. En revanche, son titre de l'Open d'Australie 1998 ne lui a jamais été retiré : le contrôle positif eut lieu cinq mois plus tard à Wimbledon.

Son équipe

Ses entraîneurs

Plusieurs entraîneurs ont accompagné Korda au cours de sa carrière, parmi lesquels :

  • Vladimir Zednik
  • Tony Pickard
  • Tomas Petera
Fluidité et fulgurances

Personnalité et style de jeu

Petr Korda exécutant son revers à une main
Le revers à une main de Petr Korda, l'un des gestes les plus fluides de sa génération.

Grand et extrêmement mince, Korda était immédiatement reconnaissable. Son tennis de gaucher reposait moins sur la puissance brute que sur la qualité de frappe, le relâchement et la faculté d'accélérer soudainement une balle qui semblait jusque-là anodine. Son revers à une main, très fluide, faisait partie des gestes les plus élégants de sa génération.

Mais Korda donna longtemps l'impression de pouvoir battre presque n'importe qui, sans jamais parvenir à maintenir ce niveau suffisamment longtemps. Son bilan de 10 victoires pour 17 défaites en finale illustre assez bien cette carrière faite de fulgurances et de périodes beaucoup plus irrégulières.

Petr Korda bondissant à Wimbledon 1997
Wimbledon 1997 : le saut en ciseaux devenu la célébration emblématique de Petr Korda.

Très expressif, il célébrait ses grandes victoires par un spectaculaire saut en ciseaux, qui devint sa signature. L'image de Korda bondissant après son triomphe à Melbourne en 1998 est restée l'une des célébrations emblématiques de l'époque.

Palmarès

Ses 10 titres

Clique sur une pastille colorée pour accéder à la fiche du tournoi.

Grand Chelem Masters 1000 ATP 500

New Haven 1991
Berlin 1991
Washington 1992
Long Island 1992
Vienne 1992
Coupe du Grand Chelem 1993
Doha 1996
Stuttgart 1997
Doha 1998
Open d'Australie 1998
Vie privée

Une famille de champions

Regina Rajchrtova, Petr Korda et leur fille Jessica après l'Open d'Australie 1998
Melbourne 1998 : Petr Korda avec son épouse Regina Rajchrtova et leur fille Jessica après son sacre.

Petr Korda est marié à Regina Rajchrtova, ancienne joueuse professionnelle, 26e mondiale au meilleur de sa carrière. Le couple a trois enfants, tous devenus sportifs de haut niveau.

Jessica Korda a remporté six tournois sur le circuit professionnel de golf LPGA. Sa sœur Nelly Korda est allée encore plus loin : n°1 mondiale, multiple gagnante de tournois majeurs et championne olympique de golf à Tokyo.

Leur frère Sebastian Korda a choisi le tennis. Vainqueur de l'Open d'Australie juniors en 2018, vingt ans après le titre de son père chez les seniors, il est ensuite entré dans le Top 20 mondial et a remporté plusieurs titres ATP, dont Washington en 2024, trente-deux ans après Petr.

Avec un père champion de Grand Chelem, une mère membre du Top 30, deux filles parmi l'élite mondiale du golf et un fils du Top 20 ATP, la famille Korda constitue une véritable dynastie sportive.

Sebastian Korda, Regina Rajchrtova, Nelly Korda et Petr Korda
De gauche à droite : Sebastian Korda, Regina Rajchrtova, Nelly Korda et Petr Korda.
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Date de dernière mise à jour : 11/10/2026