Tennis Chron'open
Jack Kramer - Chron'Open
Chron'Open
États-Unis
droitier - revers à une main

JackKramer

Le stratège du « Big Game »
Jack Kramer

Avec son service redoutable, ses attaques incessantes et son sens aigu du pourcentage, Jack Kramer a incarné une nouvelle façon de jouer au tennis dans les années d'après-guerre. Mais c'est au-delà des lignes du court que son influence allait prendre toute sa dimension.

ChampionAvant l'ère Open
3Grands Chelems
1946n°1 mondial amateur
2Coupes Davis
Naissance 1er août 1921
Jeunesse

Jeunesse

John Albert Kramer naît le 1er août 1921 à Las Vegas, dans le Nevada. Sa famille s'installe ensuite dans la région de Los Angeles, où il découvre le tennis à l'adolescence. Doué également pour le basket-ball, il choisit finalement la raquette. Formé notamment par Dick Skeen et soutenu par Perry Jones, figure influente du tennis californien, il se mesure très jeune à des joueurs comme Bobby Riggs, Joe Hunt et Ellsworth Vines, qu'il prend pour modèle. Il remporte un titre national chez les jeunes en 1936, puis un championnat interscolaire en 1938.

À seulement 18 ans, Kramer est sélectionné pour la finale de la Coupe Davis 1939 contre l'Australie. Associé à Joe Hunt en double, il s'incline devant John Bromwich et Adrian Quist. Les États-Unis, qui menaient deux victoires à zéro, perdent finalement la rencontre. La guerre interrompt ensuite le calendrier international. Kramer sert dans les garde-côtes américains, notamment à bord d'un navire dans le Pacifique en 1944 et 1945, et ne touche alors que rarement une raquette.

Style de jeu

Style de jeu

Jack Kramer en jeu
Jack Kramer au filet, illustration de son service-volée offensif.

Droitier au revers à une main, Kramer devient l'un des grands modèles du service-volée. Son jeu, surnommé le « Big Game », repose sur un engagement puissant, une deuxième balle particulièrement sûre et la volonté de prendre le filet dès que possible, y compris derrière son second service. Il ne se contente pourtant pas de frapper fort : il recherche les angles, identifie les faiblesses adverses et choisit ses attaques en fonction du risque encouru.

Cette discipline tactique, élaborée notamment avec Cliff Roche, lui vaut une réputation de maître du « tennis de pourcentage ». Très difficile à breaker, calme dans les moments décisifs, il privilégie l'efficacité à l'effet spectaculaire. Il contribue ainsi à populariser un style offensif dont l'influence se prolongera bien après sa carrière.

De 1939 à 1957

Sa carrière

Carrière amateur
Forest Hills 1946 : Jack Kramer, au centre, après son premier titre en simple aux championnats des États-Unis.
1942-1947

Des occasions manquées au sommet amateur

La guerre retarde l'ascension de Jack Kramer, mais ce sont d'abord deux mésaventures qui l'empêchent de conquérir Forest Hills. En 1942, une crise d'appendicite le prive des championnats des États-Unis. L'année suivante, il atteint la finale, mais une intoxication alimentaire l'affaiblit face à son ami Joe Hunt, qui remporte le titre. Ses obligations militaires l'éloignent ensuite des grandes compétitions en 1944 et 1945. Lorsque Wimbledon reprend en 1946, Kramer y arrive parmi les favoris, mais des ampoules à la main le handicapent contre Jaroslav Drobný, vainqueur de leur huitième de finale en cinq sets.

À Forest Hills, quelques semaines plus tard, l'Américain efface enfin ces déceptions. Il remporte son premier grand titre en simple en dominant Tom Brown en finale. Ce succès, ajouté à sa régularité au plus haut niveau, lui vaut d'être considéré par plusieurs observateurs comme le meilleur joueur amateur du monde en 1946.

Jack Kramer à Wimbledon en 1947
Wimbledon 1947 : Jack Kramer en action pendant le tournoi qu'il remporte face à Tom Brown.

L'année suivante, il confirme cette place avec une autorité impressionnante : à Wimbledon, où il ne concède qu'un set durant le tournoi, il écrase de nouveau Brown en finale (6-1, 6-3, 6-2), en quarante-cinq minutes environ.

Jack Kramer avec le trophée des championnats des États-Unis en 1947
1947 : Jack Kramer avec le trophée des championnats des États-Unis, son troisième titre majeur en simple.

Son deuxième sacre consécutif aux championnats des États-Unis exige une tout autre démonstration. Mené deux sets à zéro par Frank Parker, Kramer retourne la finale pour l'emporter 4-6, 2-6, 6-1, 6-0, 6-3. À 26 ans, il possède trois titres majeurs en simple, mais comprend que le statut d'amateur ne lui assure pas les revenus d'une carrière durable. En novembre 1947, il signe un contrat professionnel. Il renonce ainsi aux Grands Chelems, alors interdits aux joueurs rémunérés, au moment même où il domine le tennis amateur.

Jack Kramer et Bobby Riggs pendant leur tournée professionnelle
Le duel face à Bobby Riggs fait entrer Jack Kramer dans la hiérarchie du tennis professionnel.
1947-1948

Le défi Bobby Riggs

Kramer découvre un univers où les grands rendez-vous ne se résument plus à quelques tournois annuels. Les promoteurs organisent des tournées de ville en ville, souvent autour d'un duel répété entre un champion professionnel établi et un nouvel arrivant prestigieux. Le vainqueur de cette longue confrontation peut revendiquer la suprématie du circuit, même s'il n'existe pas de classement mondial officiel et unique réunissant tous les joueurs. Pour Kramer, le premier obstacle est Bobby Riggs, ancien vainqueur de Wimbledon et référence du tennis professionnel d'après-guerre.

Leur première rencontre a lieu le 26 décembre 1947 au Madison Square Garden de New York. Malgré une violente tempête de neige, plus de 15 000 spectateurs assistent à la victoire de Riggs en quatre sets. Kramer perd huit de leurs quatorze premiers affrontements, puis affine sa tactique, en suivant notamment davantage ses services au filet. Le rapport de force bascule. Soir après soir, dans des villes différentes, les deux hommes reprennent le même duel jusqu'à un bilan final sans appel : 69 victoires à 20 pour Kramer.

Cette réussite lui ouvre immédiatement une place dominante parmi les professionnels. Elle ne constitue pourtant pas, à elle seule, une comparaison exhaustive avec tous les meilleurs joueurs : une tournée oppose avant tout les protagonistes choisis par son organisateur. Kramer renforce donc son statut dans les tournois, notamment en battant Riggs en finale de l'US Pro 1948 à Forest Hills. Il a franchi une étape décisive : après avoir été le meilleur amateur de l'après-guerre, il s'est imposé face au champion professionnel qu'il venait défier.

Jack Kramer, Bobby Riggs et Pancho Segura en 1949
1949 : Jack Kramer, Bobby Riggs, Dinny Pails et Pancho Segura, quatre figures des grandes tournées professionnelles de l'immédiat après-guerre.
1949-1952

Le patron des grandes tournées

En 1949, Kramer remporte le Wembley Pro de Londres, après une demi-finale disputée en cinq sets contre Pancho Segura et une victoire en finale sur Riggs. À l'automne, il se mesure à un nouvel adversaire : Pancho González, double champion des États-Unis chez les amateurs, tout juste passé professionnel. La tournée 1949-1950 tourne à la démonstration. Kramer domine très largement son jeune rival, avec 96 victoires contre 27 défaites selon un décompte souvent cité. González deviendra pourtant, quelques années plus tard, l'une des figures majeures de l'histoire du circuit professionnel.

Le défi suivant est différent. Face à l'Équatorien Pancho Segura, joueur infatigable et particulièrement redouté pour son coup droit à deux mains, Kramer remporte encore la grande tournée 1950-1951, par 64 victoires à 28. Ces séries ne doivent pas être confondues avec des tournois à élimination directe : les mêmes joueurs s'affrontent des dizaines de fois, tandis que d'autres professionnels disputent leurs propres rencontres et compétitions. Les tournées occupent une place essentielle dans la réputation et les revenus des champions, mais elles ne suffisent pas toujours à départager l'ensemble de leurs contemporains.

Kramer reste aussi actif dans les tournois professionnels. Il remporte notamment l'épreuve en salle de Philadelphie en 1951, mais connaît une défaite marquante en finale du Wembley Pro 1952. Opposé à González, il mène deux manches à zéro avant de s'incliner en cinq sets (6-3, 6-3, 2-6, 4-6, 5-7, du point de vue de Kramer). Ce revers rappelle que sa domination des grandes tournées n'empêche ni la concurrence de progresser ni les hiérarchies de varier selon les compétitions.

Jack Kramer et Frank Sedgman en 1953
1953 : Jack Kramer face à Frank Sedgman, son dernier grand rival sur les tournées professionnelles.
1953-1957

Sedgman, le dernier grand défi

En 1953, Kramer, âgé de 31 ans, affronte Frank Sedgman, récent vainqueur de Wimbledon et des championnats des États-Unis chez les amateurs. L'Australien commence fort et prend l'avantage dans leurs premières rencontres. Kramer reprend progressivement le dessus, mais la résistance est sans commune mesure avec celle de ses premiers adversaires professionnels : au terme de la tournée, il s'impose par 54 victoires à 41. Cette fois, le champion a dû lutter jusqu'au bout pour conserver sa place de tête d'affiche.

Le résultat ne règle pourtant pas la question du meilleur joueur de l'année. Sedgman continue de briller dans les grands tournois professionnels, remportant notamment Wembley et une importante épreuve parisienne, alors que Kramer concentre son activité sur leur longue confrontation. Pour la saison 1953, le magazine Tennis de France place ainsi Sedgman au premier rang des professionnels, malgré sa défaite dans leur duel. D'autres observateurs privilégient Kramer. Cette divergence illustre les limites des hiérarchies d'avant l'ère Open : les tournées, les tournois et les avis des spécialistes ne conduisent pas toujours au même numéro un.

Jack Kramer et Pancho Gonzales en 1957
1957 : Pancho Gonzales et Frank Sedgman, deux des grandes figures du circuit professionnel que Jack Kramer a contribué à structurer.

Cette tournée est la dernière que Kramer dispute en tant que vedette principale. Souffrant de problèmes arthritiques au dos, il renonce aux longues séries de matchs comme joueur à partir de 1954, même s'il revient ponctuellement sur les courts les années suivantes, notamment en 1957. Sa carrière laisse un paradoxe apparent : seulement trois titres du Grand Chelem en simple, conquis avant son passage chez les professionnels, mais une domination durable des confrontations qui faisaient alors la valeur et la renommée du tennis rémunéré. C'est aussi cette expérience qui lui permettra ensuite de transformer le métier de joueur professionnel.

en équipe

Double et Coupe Davis

Jack Kramer et Bob Falkenburg en double à Wimbledon
Wimbledon 1947 : Jack Kramer et Bob Falkenburg sur le chemin de leur titre en double messieurs.

Kramer possède également un palmarès remarquable en double. Il s'impose quatre fois aux championnats des États-Unis : avec Ted Schroeder en 1940, 1941 et 1947, puis avec Frank Parker en 1943. À Wimbledon, il remporte le double en 1946 avec Tom Brown et en 1947 avec Bob Falkenburg. Il ajoute à ces six couronnes un titre en double mixte à Forest Hills en 1941, aux côtés de Sarah Palfrey.

Avec les États-Unis, il conquiert la Coupe Davis en 1946 et 1947, à chaque fois contre l'Australie. Il gagne ses quatre simples disputés lors de ces deux finales. Son passage chez les professionnels le rend ensuite inéligible à cette compétition, encore réservée aux amateurs. Invaincu en simple dans l'épreuve (six victoires en six matchs), il affiche un bilan total de sept victoires pour deux défaites, dont une victoire et deux défaites en double.

Années 1950-1968

Le promoteur du tennis professionnel

Le promoteur du tennis professionnel
1968 : Jack Kramer au Wembley Pro, parmi les champions qu'il a contribué à faire vivre du tennis professionnel. On reconnait de g. à d. Cliff Drydale, Ken Rosewall, Nikola Pilic, Pancho Gonzales, Ray Moore, Tony Roche, Andrès Gimeo, Marty Riessen, John Newcombe, Fred Stolle, Butch Buchholz, Roy Emerson et Rod Laver.

Dès les années 1950, Kramer devient l'un des principaux organisateurs du tennis professionnel. Il attire vers ses tournées de grandes vedettes, parmi lesquelles Pancho González, Frank Sedgman, Ken Rosewall, Lew Hoad et Rod Laver. Les meilleurs joueurs peuvent enfin vivre de leur sport, mais ceux qui signent un contrat professionnel restent exclus des grands championnats amateurs.

Kramer organise des affiches prestigieuses dans des dizaines de villes, souvent loin des capitales traditionnelles du tennis : selon ses propres estimations, il fait ainsi voyager ses champions dans 85 à 95 villes secondaires chaque année. Ces spectacles contribuent à populariser les joueurs et rendent de plus en plus difficile le maintien de deux mondes séparés. Kramer reconnaîtra toutefois avoir parfois cherché à arranger le spectacle, notamment en incitant González à ménager Rosewall. Il défend avec constance l'idée d'un circuit où amateurs et professionnels pourraient s'affronter. L'ouverture des tournois majeurs aux professionnels en 1968 marque l'aboutissement d'un combat auquel il a largement participé.

1968-1976

Un acteur majeur du tennis moderne

Un acteur majeur du tennis moderne
Jack Kramer et Cliff Drysdale, deux acteurs majeurs de la création de l'ATP.

Après l'avènement de l'ère Open, Kramer participe dès 1968 à la conception du circuit du Grand Prix, mis en place en 1970 avec un système de points et un tournoi des Maîtres en fin de saison. Cette organisation préfigure le classement informatique de l'ATP, instauré en 1973. Avec notamment Donald Dell et Cliff Drysdale, il contribue en 1972 à la création de l'Association of Tennis Professionals (ATP), dont il devient le premier directeur exécutif, fonction qu'il exerce jusqu'en 1975.

Nikola Pilic et Jack Kramer en 1973
1973 : Nikola Pilic et Jack Kramer au moment où le conflit autour de la Coupe Davis conduit au boycott de Wimbledon.

Il joue un rôle central dans le boycott de Wimbledon en 1973. Pour protester contre la suspension du Yougoslave Nikola Pilic, à la suite d'un différend lié à la Coupe Davis, quelque quatre-vingts joueurs, dont le tenant du titre Stan Smith, renoncent au tournoi. L'épisode affirme la capacité des joueurs à défendre collectivement leurs intérêts, mais Kramer en paie personnellement le prix : la BBC l'écarte de son équipe de commentateurs, qu'il avait rejointe dans les années 1960. Il retrouve toutefois ponctuellement son antenne en 1976.

au-delà de la compétition

Une voix, une plume et une raquette

Autres activités et vie privée
La couverture de l'autobiographie de Jack Kramer, publiée avec Frank Deford en 1979.

Voix familière des retransmissions de tennis à la télévision britannique et américaine, Kramer publie en 1979, avec le journaliste Frank Deford, son autobiographie The Game: My 40 Years in Tennis, où il expose ses idées sur le professionnalisme et livre son classement personnel des grands joueurs de l'histoire. Son nom est également associé à la célèbre raquette Wilson Jack Kramer Autograph, lancée en 1947 et commercialisée pendant plusieurs décennies.

Il est admis à l'International Tennis Hall of Fame en 1968.

Vie privée

Famille

Jack Kramer, Gloria Kramer et l'un de leurs fils
Jack et Gloria Kramer auprès de l'un de leurs cinq fils.

Marié depuis 1944 à Gloria, décédée en 2008, Kramer est père de cinq fils : David, John, Bob, Michael et Ron. Il développe aussi des activités dans le golf et l'élevage de chevaux de course.

Il meurt le 12 septembre 2009 à Los Angeles, à l'âge de 88 ans.

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Date de dernière mise à jour : 11/10/2026