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Chron'Open
Afrique du Sud / États-Unis
droitier - revers à une main

JohanKriek

L'homme de la cinquième
Johan Kriek

Johan Kriek avait le goût du risque et du jeu vers l'avant. Particulièrement en réussite lorsque les matchs se prolongeaient, il s'est taillé une place singulière au cœur des années Borg, McEnroe et Lendl, sans jamais posséder leur aura ni leur régularité.

2Grands Chelems
14Titres ATP
1984n°7 mondial
NAISSANCE 5 avril 1958
L'essentiel

Les 2 couronnes

 

Les débuts

Jeunesse - De Pongola à l'Autriche

Johan Kriek au début de sa carrière

Né le 5 avril 1958 à Pongola, en Afrique du Sud. Naturalisé américain en août 1982.

Johan Kriek grandit à Pongola, dans le nord-est de l'Afrique du Sud, sur l'exploitation de canne à sucre de sa famille. Ses parents jouent au tennis le week-end et l'emmènent avec eux dès son plus jeune âge. Il commence ainsi à taper la balle vers 4 ans, bien loin encore d'imaginer qu'il en fera son métier.

Adolescent, il quitte sa famille pour poursuivre sa scolarité à Pretoria, à l'Afrikaanse Hoër Seunskool. À 17 ans, il prend une décision qui va déterminer toute sa carrière : il suit en Autriche son entraîneur Ian Cunningham, qui vient d'émigrer avec sa famille. Kriek découvre alors l'Europe et une surface qui lui est quasiment étrangère, la terre battue. Il gagne aussi sa vie en donnant des leçons de tennis.

Cette période constitue son véritable apprentissage professionnel. Kriek voyage avec peu de moyens et construit son tennis loin des structures réservées aux grands espoirs. En 1978, lorsqu'il arrive à l'US Open, il est encore largement inconnu. Il va pourtant se faire remarquer dès sa première apparition à Flushing Meadows.

de 1978 à 1994

Sa carrière

Johan Kriek à l'US Open 1978
US Open 1978 : pour sa première apparition à Flushing Meadows, Johan Kriek atteint d'emblée les quarts de finale.
1978-1980

New York le révèle

Pour sa première participation à l'US Open, en 1978, Kriek atteint directement les quarts de finale. Il y est sévèrement battu par Vitas Gerulaitis, 6-2, 6-1, 6-2, mais vient de se faire une place dans le paysage du circuit.

Un an plus tard, il recommence. Cette fois, son parcours passe notamment par Victor Pecci, puis Yannick Noah en huitièmes de finale. Le Français revient de deux sets à zéro, mais Kriek arrache la cinquième manche 6-4. Gerulaitis l'attend de nouveau en quarts et s'impose en quatre sets. Deux US Open, deux quarts de finale : Flushing Meadows est déjà devenu son tournoi de référence.

Johan Kriek à l'US Open 1980
US Open 1980 : Johan Kriek poursuit sa progression à New York, où il atteint cette fois le dernier carré.


Entre-temps, Kriek a décroché son premier titre professionnel à Sarasota en 1979. Mais c'est en 1980 qu'il franchit un nouveau palier à New York. En quarts de finale, Wojtek Fibak le pousse dans un cinquième set. Kriek est mené 5-2 dans le tie-break décisif lorsque, selon son propre récit, il enchaîne cinq points pour renverser le Polonais.

Björn Borg et Johan Kriek à l'US Open 1980
US Open 1980 : Björn Borg et Johan Kriek avant une demi-finale qui ira jusqu'au cinquième set.


En demi-finale, il affronte Björn Borg. Kriek joue sans complexe et enlève les deux premières manches, 6-4, 6-4. Le n°1 mondial finit pourtant par retourner complètement la rencontre. Borg gagne les trois suivantes 6-1, 6-1, 6-1 et prive Kriek de sa première finale majeure. Le Sud-Africain n'a encore que 22 ans, mais il vient de pousser le maître du circuit au cinquième set.

Johan Kriek et Steve Denton à l'Open d'Australie 1981
Open d'Australie 1981 : Johan Kriek prend le meilleur sur Steve Denton lors de la finale disputée à Kooyong en janvier 1982.
1981

Aux portes du sommet

Kriek s'installe désormais parmi les meilleurs. En début d'année, il remporte Monterrey contre Vitas Gerulaitis. Au printemps, il atteint la finale des prestigieuses WCT Finals de Dallas, l'un des grands rendez-vous du circuit de l'époque. John McEnroe ne lui laisse pratiquement aucune chance : 6-1, 6-2, 6-4.

Sur gazon, Kriek remporte Newport puis atteint les quarts de finale de Wimbledon. Là encore, McEnroe l'arrête. Cette régularité sur différentes surfaces montre déjà que Kriek ne peut pas être réduit à ce qui va suivre en Australie.

À la fin du mois de décembre, il dispute pour la première fois l'Open d'Australie. Le tournoi est alors nettement moins relevé que les trois autres Grands Chelems : Borg, McEnroe et Connors n'ont pas fait le déplacement. Kriek n'en saisit pas moins l'occasion avec autorité. Après un huitième de finale en cinq sets contre Chris Lewis, il écarte Tim Mayotte puis l'ancien champion Mark Edmondson.

Johan Kriek avec le trophée de l'Open d'Australie 1981
Open d'Australie 1981 : Johan Kriek avec le trophée de son premier titre du Grand Chelem.


En finale, il affronte Steve Denton, immense serveur américain. Kriek prend rapidement le dessus, remporte les deux premières manches, perd la troisième au tie-break mais conserve le contrôle du match : 6-2, 7-6, 6-7, 6-4. Le 3 janvier 1982, il est officiellement champion de l'Open d'Australie 1981.

Johan Kriek à Memphis 1982
Memphis 1982 : Johan Kriek terrasse John McEnroe.
1982

Deux fois Melbourne dans la même année

À peine son premier Grand Chelem remporté en Australie, Kriek confirme. Un mois plus tard, en février, à Memphis, il bat John McEnroe en finale, 6-3, 3-6, 6-4.

Johan Kriek et John McEnroe à Wimbledon 1982
Wimbledon 1982 : Johan Kriek prêt à en découdre face au tenant du titre John McEnroe dans son deuxième quart de finale consécutif à Londres.

Il gagne également La Costa face à Roscoe Tanner et atteint, pour la deuxième année consécutive, les quarts de finale de Wimbledon, où McEnroe lui ferme une nouvelle fois la porte.

En août 1982, Kriek obtient la nationalité américaine. Lorsqu'il retourne en Australie quelques mois plus tard, il défend donc son titre sous un autre drapeau.

Johan Kriek avec le trophée de l'Open d'Australie 1982
Open d'Australie 1982 : onze mois après son premier sacre, Johan Kriek va de nouveau s'imposer à Kooyong.


L'histoire semble vouloir se répéter jusque dans les moindres détails puisqu'il retrouve Steve Denton en finale. Le suspense est cette fois beaucoup plus bref : Kriek gagne 6-3, 6-3, 6-2. Particularité du calendrier australien de l'époque, son premier titre, correspondant à l'édition 1981, avait été remporté le 3 janvier 1982 ; le second arrive le 13 décembre suivant. Kriek a ainsi gagné deux éditions de l'Open d'Australie au cours de la même année civile. Les finalistes sont les mêmes, le verdict est le même, l'année aussi. La seule différence entre les deux finales, tout compte fait, c'est la nationalité du vainqueur !

La faiblesse relative des tableaux australiens doit toutefois être rappelée : le tournoi ne réunit pas toute l'élite mondiale. Pour autant les deux titres ne doivent pas être réduits à de simples aubaines. Avant même son premier voyage à Melbourne, Kriek avait déjà disputé trois quarts de finale consécutifs à l'US Open, puis une demi-finale, deux quarts à Wimbledon et une finale des WCT Finals.

Johan Kriek avec le trophée de Johannesburg 1983
Johannesburg 1983 : Johan Kriek ajoute devant le public sud-africain l'un des trois titres de sa saison.
1983-1984

La régularité d'un Top 10

En 1983, Kriek remporte trois nouveaux tournois : Tampa, Bristol et Johannesburg. À Melbourne, son règne s'achève en quarts de finale face à Mats Wilander, futur vainqueur du tournoi.

Johan Kriek à l'US Open 1983
US Open 1983 : Johan Kriek pendant le tournoi où il signe, contre Roscoe Tanner, l'une des remontées les plus marquantes de sa carrière.


L'US Open lui offre cette année-là l'un des matchs les plus fous de sa carrière. Au troisième tour, Roscoe Tanner mène deux sets à zéro. Le grand serveur américain se procure plusieurs occasions d'en finir - Kriek en évoquera huit. Pourtant, celui-ci revient et gagne les trois dernières manches au tie-break : 6-7, 3-6, 7-6, 7-6, 7-6.

Johan Kriek avec le trophée de Bristol 1984
Bristol 1984 : Johan Kriek conserve son titre et ajoute un nouveau trophée sur gazon à son palmarès.


En 1984, il remporte encore Bristol puis Livingston. À l'Open d'Australie, il atteint pour la quatrième année consécutive au moins les quarts de finale et se hisse jusqu'en demi-finale. Wilander l'y écrase en seulement 63 minutes, 6-1, 6-0, 6-2.

Le 10 septembre 1984, Johan Kriek atteint la 7e place mondiale, le meilleur classement de sa carrière. Il termine au total six saisons consécutives dans le Top 20, de 1980 à 1985.

Johan Kriek à Las Vegas en 1985
Las Vegas 1985 : quelques semaines avant le Queen's, Johan Kriek décroche face à Jimmy Arias son treizième titre.
1985

Le premier trophée de Becker

Kriek reste encore solidement installé parmi les meilleurs. Il remporte Las Vegas contre Jimmy Arias, son treizième titre.

Johan Kriek et Boris Becker au Queen's en 1985
Queen's 1985 : Johan Kriek s'incline en finale face au jeune Boris Becker, qui remporte le premier de ses 49 titres sur le circuit principal.


Il atteint en juin la finale du Queen's. Face à lui se trouve Boris Becker, 17 ans, encore dépourvu du moindre titre sur le circuit principal. L'Allemand s'impose 6-2, 6-3. Kriek devient ainsi le premier adversaire battu par Becker dans une finale professionnelle. Trois semaines plus tard, le jeune Allemand remporte Wimbledon et change de dimension.

Kriek termine encore l'année au 14e rang mondial. Ce sera sa sixième et dernière saison consécutive parmi les vingt premiers.

Johan Kriek à Roland-Garros 1986
Roland-Garros 1986 : revenu à Paris après sept années d'absence, Johan Kriek va y réaliser son meilleur parcours.
1986

L'improbable printemps parisien

Kriek et Roland-Garros n'ont jusqu'alors pratiquement aucune histoire commune. Il n'a disputé le tournoi qu'une fois, en 1979, perdant dès le premier tour. Il l'a ensuite évité pendant sept années. En 1986, à 28 ans, il accepte pourtant de revenir à Paris. L'anecdote rapportée à l'époque veut que son épouse Tish ait notamment souhaité profiter du séjour parisien.

Pour quelqu'un qui n'aime guère la terre battue, le résultat est inattendu. Kriek bat Carlos Kirmayr puis Milan Srejber. Au troisième tour, Luiz Mattar le pousse jusqu'au cinquième set, mais l'Américain s'impose 6-4, 6-4, 3-6, 2-6, 6-3.

Il devait ensuite retrouver Yannick Noah. Le Français, blessé au tendon d'Achille, déclare forfait avant leur huitième de finale. Kriek arrive donc en quarts sans avoir à jouer son quatrième match.

Johan Kriek après sa victoire sur Guillermo Vilas à Roland-Garros 1986
Roland-Garros 1986 : Johan Kriek félicité par sa victime en quart de finale Guillermo Vilas.


Guillermo Vilas l'y attend. Le contraste semble total entre le spécialiste argentin de la terre battue et un Kriek qui n'a jamais aimé la surface. Vilas prend d'ailleurs la première manche. Mais Kriek gagne ensuite trois tie-breaks consécutifs et s'impose 3-6, 7-6, 7-6, 7-6 après trois heures et cinquante minutes. Il qualifiera la rencontre de l'une des plus éprouvantes de sa carrière.

Johan Kriek après sa victoire sur Guillermo Vilas à Roland-Garros 1986
Roland-Garros 1986 : l'explosion de joie de Johan Kriek après son quart de finale remporté contre Guillermo Vilas.


L'aventure s'arrête brutalement en demi-finale. Ivan Lendl ne lui abandonne que trois jeux : 6-2, 6-1, 6-0. Peu importe : à 28 ans, sur la surface qui lui convenait le moins, Kriek vient d'ajouter une demi-finale de Roland-Garros à celle de l'US Open 1980.

Johan Kriek en 1987
1987 : Johan Kriek dispute sa dernière saison couronnée par un titre, à Livingston.
1987-1994

Un dernier titre avant le déclin

Kriek remporte en 1987 son quatorzième et dernier titre à Livingston. Tête de série n°1, il bat en finale l'Allemand Christian Saceanu 7-6, 3-6, 6-2.

Il reste encore dangereux les saisons suivantes. En 1988, il atteint deux finales en simple et grimpe jusqu'au 12e rang mondial en double. L'année suivante, à Memphis, il réussit un dernier grand parcours. Il élimine notamment le tenant du titre Andre Agassi au troisième tour et se hisse en finale. Brad Gilbert mène 6-2, 6-2 lorsque Kriek, touché à l'aine, doit abandonner. Ce sera sa vingt-septième et dernière finale en simple.

Une grave blessure au coude droit, avec rupture ligamentaire, accélère ensuite sa disparition du premier plan. Kriek expliquera avoir très peu joué entre 1991 et 1994. Sa dernière apparition en Grand Chelem a lieu à Wimbledon en 1991. Sa carrière professionnelle s'éteint progressivement jusqu'en 1994.

81,8 % de victoires

L'homme des cinquièmes sets

Johan Kriek à l'US Open 1980

Les deux Open d'Australie constituent la partie la plus visible de son palmarès. Une autre statistique raconte pourtant peut-être mieux Johan Kriek.

Au cours de sa carrière, il a disputé 22 matchs allant jusqu'au cinquième set. Il en a gagné 18 et perdu seulement 4 : 81,8 % de victoires.

Dans le classement publié par l'ATP avec un minimum de quinze cinquièmes sets disputés, Björn Borg occupe la première place avec 27 victoires et 6 défaites. Kriek arrive juste derrière avec 18 victoires et 4 défaites. Le pourcentage est pourtant rigoureusement identique : 81,8 %. Borg n'est placé devant que parce qu'il compte davantage de victoires.

Si l'on s'en tient aux carrières achevées - la comparaison la plus pertinente pour une statistique de carrière - personne dans toute l'ère Open ne possède donc un meilleur pourcentage que Borg et Kriek avec ce seuil de quinze matchs. Kriek est le deuxième nom du classement, mais statistiquement l'égal du Suédois.

Et son 18-4 n'est pas seulement le produit de premiers tours oubliés. Il contient le marathon contre Noah à l'US Open 1979, le renversement contre Fibak en 1980 et l'incroyable victoire sur Tanner en 1983 après huit balles de match sauvées.

L'une de ses quatre défaites est d'ailleurs chargée de symbole : la demi-finale de l'US Open 1980 contre Borg. Kriek menait alors deux sets à zéro avant de s'incliner. Deux joueurs que l'histoire statistique allait finir par réunir à 81,8 % s'étaient affrontés dans l'un de leurs propres cinquièmes sets.

Identité tennistique

Style de jeu

Johan Kriek à Wimbledon 1984

Kriek était un attaquant instinctif. À seulement 1,75 m, il ne pouvait compter sur le gabarit des grands serveurs-volleyeurs, mais compensait par sa vitesse, ses réflexes et son explosivité. Il aimait prendre l'initiative, accélérer tôt et se porter vers le filet. Son jeu comportait une part importante de risque, particulièrement visible lorsqu'il était poussé dans ses retranchements.

Le gazon convenait naturellement à ses qualités. Ses titres à Newport, Bristol et surtout ses deux Open d'Australie à Kooyong en témoignent. Mais sa demi-finale parisienne de 1986 montre aussi qu'il pouvait modifier son jeu lorsque les circonstances l'y obligeaient : contre Vilas, il savait qu'une bataille classique du fond du court tournerait à son désavantage et choisit donc de constamment provoquer le jeu.

Cette prise de risque explique aussi ses brusques variations de niveau. Kriek pouvait produire un tennis flamboyant puis précipiter ses choix. Mais lorsqu'une rencontre devenait un combat prolongé, cette agressivité ne l'empêchait pas de résister : son extraordinaire 18-4 dans les cinquièmes sets en est la meilleure illustration.

Reconversion

Après le circuit

Johan Kriek après sa carrière sur le circuit principal

Kriek prolonge longtemps sa carrière sur le circuit des anciens. Entre 1993 et 2000, il atteint la première place du circuit senior aussi bien en simple qu'en double. Avec Kevin Curren, autre Sud-Africain devenu citoyen américain, il remporte également quatre années consécutives le double seniors de Wimbledon, de 2003 à 2006.

Il se tourne ensuite vers l'enseignement et fonde la Johan Kriek Tennis Academy en Floride, poursuivant dans l'entraînement ce qu'il avait déjà commencé, presque par nécessité, lorsqu'il donnait des cours en Autriche à 17 ans.

Palmarès

Ses 14 titres

Clique sur une pastille colorée pour accéder à la fiche du tournoi.

Grand ChelemAutres titres

Sarasota 1979
Monterrey 1981
Newport 1981
Australie 1981
Memphis 1982
La Costa 1982
Australie 1982
Tampa 1983
Bristol 1983
Johannesburg 1983
Bristol 1984
Livingston 1984
Las Vegas 1985
Livingston 1987
Vie privée

Vie privée

Johan Kriek est aujourd'hui marié à Daga Mrozek. Ils ont deux enfants, Karolina et Kristian, et vivent en Floride.

 

Il avait auparavant été marié à Tish, qui l'accompagnait notamment lors de son parcours à Roland-Garros en 1986. C'est elle qui apparaît dans les récits contemporains du fameux séjour parisien.

Johan Kriek et Tish
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Date de dernière mise à jour : 11/10/2026