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Chron'Open
Slovaquie
droitier - revers à deux mains

KarolKucera

Le Petit Chat
Karol Kucera

Il avait quelque chose de son maître Miloslav Mecir : cette manière de se déplacer sans bruit, de ne jamais sembler forcer et de laisser l’adversaire fabriquer lui-même une partie de ses problèmes. Karol Kucera n’avait ni l’allure ni les armes spectaculaires d’une superstar, mais son tennis d’anticipation, de changements de rythme et de trajectoires masquées pouvait dérégler les meilleurs. Pendant quelques mois, il fut l’un des joueurs les plus dangereux du monde.

6Titres ATP
1998n°6 mondial
Naissance 4 mars 1974
Bratislava

Jeunesse

Karol Kucera grandit à Bratislava dans une famille sportive. Son père a pratiqué la natation à bon niveau, tandis que sa sœur aînée compte parmi les bonnes gymnastes rythmiques tchécoslovaques. Lui-même touche très jeune à la gymnastique, au judo et à la natation. Cette formation variée laisse des traces : coordination, équilibre et souplesse deviennent quelques-unes de ses qualités les plus évidentes sur un court.

Le tennis finit par prendre le dessus lorsqu’un recrutement est organisé au Lokomotiva Bratislava, club situé près de son école. Ses parents l’y inscrivent et il est retenu. Avant d’atteindre le haut niveau, il passe notamment entre les mains de Jana Niznanska, Lubo Kurhajec, Mur Mihal, Branislav Stankovic et Ladislav Zednik. Kucera refusera d’ailleurs plus tard de réduire sa formation à la seule influence de Mecir : tous lui ont apporté quelque chose.

À 16 ans, il signe déjà un résultat dont il se souviendra longtemps : sur un satellite à Piestany, il bat Marian Vajda, alors joueur du Top 100. Le même Vajda deviendra bien plus tard son entraîneur.

De 1992 à 2005

Sa carrière

Karol Kucera à Wimbledon en 1996 face à Pete Sampras
Wimbledon 1996 : Karol Kucera offre déjà une belle résistance à Pete Sampras, alors n°1 mondial.
1992-1996

Les premiers pas

Kucera devient professionnel en 1992 et dispute son premier tableau de Grand Chelem à Roland-Garros 1993. Il entre dans le Top 100 en 1994 et atteint la même année sa première finale ATP à Umag, où Alberto Berasategui le bat sur terre battue.

Son premier titre arrive en 1995 à Rosmalen, sur gazon. Il domine Anders Jarryd en finale, 7-6, 7-6. Ce succès est révélateur : Kucera sera parfaitement capable de jouer sur terre, mais son sens de l’anticipation et sa faculté à utiliser la vitesse adverse s’expriment particulièrement bien sur les surfaces rapides.

En 1996, il atteint le troisième tour dans trois tournois du Grand Chelem et dispute ses premiers Jeux olympiques à Atlanta. À Wimbledon, il affronte déjà Pete Sampras. Il lui prend un set mais reste encore à distance du meilleur joueur du monde. Deux ans plus tard, le rapport de force aura singulièrement changé.

Karol Kucera et Miloslav Mecir réunis sur un court
Karol Kucera et Miloslav Mecir réunis sur un court : en 1997, l’ancien champion olympique devient l’entraîneur qui affine le jeu du Petit Chat.
1997

Dans les pas de Mecir

En 1997, Miloslav Mecir devient son entraîneur. L’ancien n°4 mondial et champion olympique de Séoul lui apprend notamment à mieux couvrir le terrain, à économiser ses déplacements et à ne pas chercher trop vite le coup gagnant. La ressemblance entre les deux hommes dépasse bientôt la simple relation entraîneur-joueur.

Miloslav Mecir capitaine de la Slovaquie en Coupe Davis
Miloslav Mecir dans son rôle de capitaine slovaque : son influence auprès de Kucera dépasse la seule transmission technique.

Mecir était surnommé le « Big Cat », le Grand Chat, pour ses déplacements félins et son tennis difficile à lire. Kucera devient le « Little Cat », le Petit Chat. Le surnom s’impose d’autant mieux que son jeu repose lui aussi sur la fluidité, l’anticipation et la capacité à dissimuler jusqu’au dernier moment la direction du coup.

Les résultats progressent immédiatement. Kucera atteint les finales de Nottingham, sur gazon, et de Stuttgart, sur terre battue, avant de gagner à l’automne son deuxième titre ATP à Ostrava. Magnus Norman abandonne en finale après avoir perdu le premier set 6-2.

Karol Kucera et Karina Habsudova avec la Hopman Cup en 1998
Perth 1998 : Karol Kucera et Karina Habsudova soulèvent la Hopman Cup après la victoire slovaque contre la France.
1998

L’explosion australienne

L’année commence par un succès collectif. À Perth, Kucera remporte la Hopman Cup aux côtés de Karina Habsudova. En finale contre la France, Mary Pierce bat Habsudova, mais Kucera remet les deux équipes à égalité en dominant Cedric Pioline, 7-6, 6-4. Les Slovaques gagnent ensuite le double mixte décisif.

Karol Kucera avec le trophée de Sydney en 1998
Sydney 1998 : malgré un blocage au service avant la finale, Karol Kucera bat Tim Henman et remporte son troisième titre ATP.

Une semaine plus tard, il remporte Sydney. Le résultat est d’autant plus remarquable qu’il est presque incapable de servir normalement avant la finale, victime d’un blocage physique. Le directeur du tournoi le convainc simplement d’entrer sur le court pour ne pas décevoir le public ; Kucera finit par battre Tim Henman, 7-5, 6-4.

Karol Kucera et Pete Sampras après leur quart de finale de l'Open d'Australie 1998
Open d’Australie 1998 : Kucera vient de faire tomber Pete Sampras, n°1 mondial et tenant du titre, en quarts de finale.

À Melbourne, le Slovaque atteint pour la première fois les quarts d’un Grand Chelem. Face à Sampras, il livre l’un des matchs de sa vie et s’impose 6-4, 6-2, 6-7, 6-3. Il retourne remarquablement le service de l’Américain, se déplace avec une facilité déconcertante et frappe même 18 aces contre 7 à Sampras.

Cette quinzaine prend une dimension plus intime : sa mère est morte à la fin de 1997. Kucera dira encore, plus de vingt-cinq ans plus tard, avoir vécu ce tournoi avec le sentiment qu’elle l’accompagnait. Petr Korda l’arrête en demi-finale, 6-1, 6-4, 1-6, 6-2. Kucera estimera par la suite avoir surtout payé son inexpérience d’une première demi-finale de Grand Chelem.

Karol Kucera à l'US Open 1998 face à Pete Sampras
US Open 1998 : après son succès contre Andre Agassi, Karol Kucera atteint les quarts de finale, où Pete Sampras prend sa revanche.
1998

Des États-Unis au Masters

L’été américain confirme qu’il ne s’agissait pas d’un accident. À New Haven, Kucera gagne le tournoi en battant Goran Ivanisevic, 6-4, 5-7, 6-2. Dans la nomenclature Chron’Open, il s’agit de son unique titre de niveau ATP 500.

À l’US Open, il retrouve Andre Agassi en huitième de finale. Kucera mène deux sets à zéro mais souffre d’un problème récurrent avec son lancer de balle au service : il interrompt à plusieurs reprises son geste pour rattraper la balle. Agassi, agacé, se met à l’imiter puis utilise volontairement des moonballs pour casser le rythme. Kucera se désunit, voit l’Américain revenir à deux sets partout et se retrouve même mené 2-0 dans le cinquième. Il parvient pourtant à reprendre le contrôle et s’impose 6-3, 6-3, 6-7, 1-6, 6-3.

Quelques semaines plus tard, à la Grand Slam Cup de Munich, il mène Agassi deux sets à un et 5-2 dans le quatrième, avec quatre balles de match, avant de commencer à souffrir physiquement. Agassi survit, remporte la quatrième manche 7-5 puis déroule dans la cinquième. Kucera avait joué en Coupe Davis en Argentine quelques jours auparavant avant d’enchaîner immédiatement avec Munich.

Il atteint également les finales de Stuttgart et de Vienne cette saison-là, remporte deux titres, grimpe au 6e rang mondial le 14 septembre et termine l’année n°8. Cette place lui ouvre le Masters de Hanovre. Pour un joueur qui n’avait jamais dépassé le troisième tour d’un Grand Chelem avant janvier, la transformation est spectaculaire.

Karol Kucera à l'Open d'Australie 1999 face à Nicolas Lapentti
Open d’Australie 1999 : Nicolas Lapentti s’impose 8-6 au cinquième set, une défaite que Karol Kucera conservera parmi ses grands regrets.
1999

Les occasions manquées

Kucera retourne en quarts de finale de l’Open d’Australie. Face à Nicolas Lapentti, le match se transforme en marathon : 7-6, 6-7, 6-2, 0-6, 8-6 pour l’Équatorien. Des années plus tard, Kucera dira que cette défaite lui laisse davantage de regrets que sa demi-finale perdue contre Korda : à ses yeux, il avait alors une vraie occasion d’aller encore plus loin.

Même frustration à Wimbledon. Kucera atteint les huitièmes et pousse Cédric Pioline au cinquième set avant de céder 6-4, 5-7, 7-6, 4-6, 6-3.

Karol Kucera et Tim Henman avec le trophée de Bâle en 1999
Bâle 1999 : le trophée revient à Karol Kucera après une finale de quatre heures contre Tim Henman, conclue au tie-break du cinquième set.

Une blessure au poignet l’écarte ensuite du circuit pendant environ deux mois. Son retour à Bâle est superbe. Il élimine notamment Andre Agassi, alors n°1 mondial, puis bat Tim Henman au terme d’une finale de quatre heures, 6-4, 7-6, 4-6, 4-6, 7-6. Kucera la qualifiera de finale la plus difficile et probablement la plus belle de sa carrière. C’est son cinquième titre.

Karol Kucera et Andre Agassi à Roland-Garros en 2000
Roland-Garros 2000 : Karol Kucera salue Andre Agassi après l’avoir battu 2-6, 7-5, 6-1, 6-0.
2000

Agassi, Düsseldorf et Sydney

À Roland-Garros, le tirage remet Andre Agassi sur sa route. Cette fois, l’Américain est n°1 mondial et tenant du titre. Agassi gagne le premier set, mais une ampoule au pied l’handicape de plus en plus. Kucera ne lui laisse aucune possibilité de souffler et gagne 2-6, 7-5, 6-1, 6-0. Franco Squillari l’élimine au tour suivant.

Quelques jours auparavant, Kucera avait participé à l’un des grands succès collectifs du tennis slovaque. Avec Dominik Hrbaty et Jan Kroslak, il remporte la World Team Cup de Düsseldorf, disputée sur terre battue. Il citera plus tard ce succès parmi les souvenirs de carrière auxquels il tient le plus.

Aux Jeux olympiques de Sydney, il atteint le deuxième tour en simple et surtout les quarts de finale du double avec Hrbaty. C’est le meilleur résultat olympique de ses trois participations, après Atlanta 1996 et avant Athènes 2004.

Karol Kucera avec le trophée de Copenhague en 2003
Copenhague 2003 : Karol Kucera soulève le trophée de son sixième et dernier titre ATP.
2001-2003

Tomber puis revenir

Les blessures finissent par casser son élan. En 2001, Kucera quitte même le Top 100. Sa longue collaboration avec Mecir, commencée en 1997, s’achève à cette période.

C’est alors que Marian Vajda intervient. Le futur mentor de Novak Djokovic contribue à son retour au premier plan et Kucera réintègre le Top 50.

En janvier 2003, il atteint la finale de Chennai, perdue face à Paradorn Srichaphan. Quelques semaines plus tard, à Copenhague, il bat Olivier Rochus, 7-6, 6-4, et remporte son sixième titre ATP, près de quatre ans après Bâle. Ce sera le dernier.

Karol Kucera en Coupe Davis en 2004
Coupe Davis 2004 : Karol Kucera en équipe de Slovaquie, lors de la campagne qui se conclut par le maintien acquis contre l’Allemagne.
2004-2005

La Coupe Davis pour dernière scène

La Coupe Davis accompagne Kucera jusqu’aux derniers mois de sa carrière. En 2004, lors du barrage contre l’Allemagne, la rencontre se retrouve à 2-2. Chargé du cinquième simple, il domine Florian Mayer 6-4, 6-0, 6-2 et maintient la Slovaquie dans le Groupe mondial.

Ivan Ljubicic en finale de Coupe Davis contre la Slovaquie en 2005
Bratislava 2005 : Ivan Ljubicic, n°9 mondial, remporte le premier simple de la finale contre Karol Kucera.

Un an plus tard, les Slovaques réalisent le plus beau parcours de leur histoire et atteignent la finale de la Coupe Davis 2005, à Bratislava, contre la Croatie. Kucera, 31 ans et désormais proche de la retraite, est aligné dans le premier simple face à Ivan Ljubicic. Le Croate, n°9 mondial et homme fort de son équipe, s’impose 6-3, 6-4, 6-3.

L'équipe slovaque de Coupe Davis en finale en 2005
Finale 2005 : Dominik Hrbaty, Karol Kucera et Karol Beck représentent la Slovaquie à Bratislava face à la Croatie.

Le dimanche, Dominik Hrbaty bat Ljubicic et ramène les deux équipes à 2-2. Le Saladier d’argent se joue donc dans un cinquième match, mais Kucera n’est pas retenu pour le disputer. Miloslav Mecir lui préfère Michal Mertinak, opposé à Mario Ancic. Le Croate s’impose 7-6, 6-3, 6-4 et donne à son pays sa première Coupe Davis.

Kucera quitte ainsi la compétition sans avoir eu l’occasion de jouer le simple décisif. Son dernier match de Coupe Davis reste donc celui perdu deux jours plus tôt contre Ljubicic. Une fin presque cruelle pour un joueur qui avait participé dès 1994 aux débuts de la Slovaquie indépendante dans l’épreuve et qui termine onze ans plus tard avec son pays à un match du titre.

Style de jeu

Le jeu du Petit Chat

Karol Kucera à l'Open d'Australie en 1998
Open d’Australie 1998 : Karol Kucera en action durant la quinzaine où son jeu de lecture et de contre prend une dimension mondiale.

Kucera est d’abord un joueur de lecture. Il ne cherche pas à submerger l’adversaire par la puissance : il lui enlève plutôt ses repères. Ses déplacements sont extrêmement fluides, sa préparation discrète et ses changements de direction tardifs. Il aime recevoir la vitesse adverse pour la redistribuer ailleurs.

Mecir affine encore cette qualité. Kucera expliquera qu’il lui a appris à mieux couvrir le court et à améliorer ses déplacements. Comme son entraîneur, il donne souvent l’impression de disposer de plus de temps que les autres. D’où le surnom de Petit Chat, calqué sur celui de « Grand Chat » porté par Mecir.

Son principal point faible est moins spectaculaire mais très réel : le service, et particulièrement le lancer de balle. Sous pression, celui-ci peut se dérégler complètement. Le match contre Agassi à l’US Open 1998 en fournit l’exemple le plus célèbre, mais ce défaut contraste justement avec le reste de son tennis : un joueur d’une grande fluidité dans l’échange pouvait soudain perdre toute spontanéité au moment d’engager le point.

Palmarès

Ses 6 titres

ATP 500 ATP 250

Rosmalen 1995
Ostrava 1997
Sydney 1998
New Haven 1998
Bâle 1999
Copenhague 2003
Après la carrière

Après le tennis

Karol Kucera avec Martin Klizan au sein de l'équipe slovaque
Karol Kucera auprès de Martin Klizan dans l’environnement de l’équipe slovaque.

Après sa retraite, Kucera devient notamment l’entraîneur de Martin Klizan à l’automne 2010. Lorsqu’ils commencent à travailler ensemble à l’automne 2010, Klizan est classé au-delà de la 200e place mondiale. En mars 2013, il atteint la 26e place, alors le meilleur classement de sa carrière. 

Martin Klizan sur le banc de l'équipe slovaque avec Karol Kucera
Martin Klizan au premier plan, Karol Kucera dans l’encadrement slovaque : une collaboration qui se termine dans de très mauvaises conditions.

Leur collaboration s’achève après Wimbledon 2013, dans de très mauvaises conditions. Quelques années plus tard, Kucera critique publiquement et avec une rare dureté l’attitude de son ancien protégé, qu’il accuse de perturber le travail collectif, de multiplier les conflits avec l’encadrement et de rejeter trop facilement la responsabilité de ses difficultés sur les autres. À ses yeux, la Coupe Davis doit d’abord reposer sur des joueurs prêts à se mettre au service de l’équipe et à considérer la représentation nationale comme un honneur.

Kucera poursuit parallèlement son activité dans les structures du tennis slovaque, tout en connaissant aussi une parenthèse politique après son élection au Conseil national en 2020. Il revient ensuite davantage vers l’entraînement et la transmission.

Famille

Vie sentimentale

Karol Kucera avec Alexandra Sisakova
Karol Kucera avec Alexandra Sisakova, devenue sa seconde épouse.

Kucera a été marié une première fois à Katarina, avec laquelle il a eu une fille, Kristina. Le couple se sépare au cours des dernières années de sa carrière et divorce en 2008. Kucera reconnaîtra plus tard que l’effondrement de cet équilibre familial avait affecté sa motivation sur la fin du circuit.

Il refait ensuite sa vie avec Alexandra Sisakova, devenue sa seconde épouse. Ils ont deux enfants, Klaudia et Alexander.

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Date de dernière mise à jour : 11/10/2026