Tennis Chron'open
Gustavo Kuerten
Brésil
droitier - revers à une main

GustavoKuerten

Le cœur de Roland-Garros
Gustavo Kuerten

À la fin des années 1990, un vent venu de Florianópolis souffle sur le tennis mondial. Avec son revers à une main, son enthousiasme contagieux et son goût du combat, Gustavo Kuerten va conquérir bien plus que des tournois.

3 Grands Chelems
20 Titres ATP
2000 n°1 mondial
Naissance 10 septembre 1976
Florianópolis

Les racines d'un champion

Gustavo Kuerten jeune joueur

Né le 10 septembre 1976 à Florianópolis, dans le sud du Brésil, Gustavo Kuerten grandit dans une famille où le tennis occupe déjà une place importante. Son père Aldo, ancien joueur amateur, lui transmet très tôt le goût de ce sport avant de disparaître tragiquement d'une crise cardiaque alors que Gustavo n'a que huit ans. Cette épreuve marque profondément l'enfant, qui trouve auprès de sa mère Alice et de son entraîneur Larri Passos un nouvel équilibre.

Larri Passos devient rapidement bien plus qu'un simple professeur de tennis. Les deux hommes nouent une relation de confiance exceptionnelle qui traversera toute la carrière de Guga. Alors que beaucoup de futurs champions changent régulièrement d'entraîneur au fil de leur progression, le Brésilien restera fidèle à celui qui l'a accompagné dès son adolescence, faisant de leur collaboration l'une des plus durables de l'ère Open.

Le jeune Kuerten progresse sans brûler les étapes. Il remporte quelques tournois juniors, dispute les circuits satellites puis les Challenger, mais rien ne laisse présager une ascension fulgurante. Au milieu des années 1990, le Brésil n'a encore jamais connu de grand champion dans le tennis masculin. Rien ne laisse penser que ce jeune joueur longiligne au sourire permanent s'apprête à écrire la plus belle page de cette histoire.

de 1995 à 2008

Sa carrière

Gustavo Kuerten à Roland-Garros 1997
Roland-Garros 1997 : Kuerten remporte son premier titre du Grand Chelem face à Sergi Bruguera.
Gustavo Kuerten soulève la Coupe des Mousquetaires à Roland-Garros en 1997
1997

Le miracle de Roland-Garros

Lorsque Gustavo Kuerten aborde Roland-Garros 1997, il occupe le 66e rang mondial. À 20 ans, il n'a encore remporté aucun tournoi ATP et n'a jamais dépassé le deuxième tour d'un Grand Chelem. Sa présence dans le tableau ne suscite guère d'attentes, tant la concurrence paraît relevée.

Le Brésilien élimine successivement Thomas Muster, vainqueur en 1995, le tenant du titre Yevgeny Kafelnikov, puis Sergi Bruguera, double lauréat en 1993 et 1994. En battant les trois derniers champions distincts de Roland-Garros, une performance unique dans l'histoire du tournoi, il décroche le premier titre ATP de sa carrière et offre au Brésil son premier sacre masculin en Grand Chelem.

Ce triomphe le propulse à la 15e place mondiale et marque son entrée parmi les meilleurs joueurs de la planète.

Gustavo Kuerten à Monte-Carlo en 1999
Monte-Carlo 1999 : Guga confirme son statut parmi les meilleurs joueurs de terre battue.
1997-1999

Confirmer l'exploit

Un exploit aussi retentissant suscite inévitablement le doute. Beaucoup d'observateurs voient en Gustavo Kuerten un vainqueur surprise, appelé à rentrer rapidement dans le rang. Le Brésilien lui-même doit apprendre à gérer un nouveau statut, celui d'un joueur désormais attendu partout où il se présente.

La confirmation tarde à venir. Il faut attendre l'automne 1998 pour le voir soulever un deuxième trophée sur le circuit ATP, à Stuttgart. Quelques semaines plus tard, il enchaîne avec un succès à Majorque, notamment face à Carlos Moya, son successeur au palmarès de Roland-Garros. Sans faire autant de bruit que son sacre parisien, ces deux victoires démontrent que Guga ne doit rien au hasard.

L'année 1999 marque un véritable changement de dimension. Kuerten s'impose successivement à Monte-Carlo puis à Rome, deux des rendez-vous les plus prestigieux de la saison sur terre battue. Il devient l'un des principaux favoris de Roland-Garros et n'est plus seulement considéré comme un ancien vainqueur surprise.

À Paris, pourtant, son élan est stoppé en quarts de finale par Andreï Medvedev. Cette élimination ne remet toutefois pas en cause son ascension. En moins de deux ans, Gustavo Kuerten est passé du statut d'inconnu à celui de référence sur terre battue, prêt à s'installer durablement parmi les meilleurs joueurs du monde.

Gustavo Kuerten au Masters de Lisbonne en 2000
Masters de Lisbonne 2000 : Kuerten bat Sampras en demi-finale et remporte le tournoi en dominant Agassi en finale.
2000-2001

Le roi du monde

L'année 2000 est celle de la consécration. Déjà reconnu comme l'un des meilleurs joueurs sur terre battue, Gustavo Kuerten franchit un nouveau cap en remportant une deuxième fois Roland-Garros. Plus mature, plus régulier et plus complet, il ne se contente plus de briller sur sa surface de prédilection : il s'affirme désormais comme l'un des patrons du circuit.

Son ascension se poursuit tout au long de la saison en remportant notamment le Masters Series de Hambourg. Vainqueur à Indianapolis sur dur, il prouve qu'il peut également s'imposer loin de la terre battue. À l'automne, il décroche le premier rang mondial, devenant le premier Brésilien à atteindre le sommet de la hiérarchie ATP.

Pour clore cette saison exceptionnelle, Kuerten réalise un nouvel exploit au Masters de Lisbonne. Opposé aux meilleurs joueurs du monde sur une surface indoor réputée peu favorable à son jeu, il bat Pete Sampras en demi-finale et remporte le tournoi en dominant Andre Agassi en finale. Ce succès achève de convaincre les derniers sceptiques : Guga n'est plus seulement un immense joueur de terre battue, il est devenu le meilleur joueur du monde.

L'année suivante confirme cette domination. En 2001, il conserve son titre à Roland-Garros après un parcours semé d'embûches, marqué notamment par son incroyable remontée face à Michael Russell en huitièmes de finale. Il devient ainsi le sixième joueur de l'ère Open à conserver son titre parisien et rejoint Björn Borg, Ivan Lendl et Mats Wilander parmi les triples vainqueurs du tournoi.

Gustavo Kuerten face à Roger Federer à Roland-Garros en 2004
2004 : Kuerten réalise son dernier fait d'arme, en éliminant le numéro 1 mondial Roger Federer.
2002-2008

La hanche brisée

Au moment où il semble installé au sommet du tennis mondial, le destin de Gustavo Kuerten bascule. Depuis plusieurs mois, des douleurs persistantes à la hanche limitent progressivement ses déplacements. Malgré son courage et sa volonté de rester compétitif, son physique ne répond plus comme auparavant.

Les blessures l'obligent à réduire son calendrier, puis à subir plusieurs interventions chirurgicales. Pour un joueur dont le jeu repose sur la qualité des déplacements, les glissades sur terre battue et la puissance des appuis, le handicap est immense. Kuerten continue de se battre, mais il n'est plus en mesure d'enchaîner les performances qui avaient fait de lui le maître du circuit.

Il connaît encore quelques belles satisfactions. En 2004, à Roland-Garros, il signe l'une des dernières grandes victoires de sa carrière en éliminant le n°1 mondial Roger Federer, avant de s'incliner en quarts de finale face à David Nalbandian. Ce succès rappelle, le temps d'un tournoi, le champion flamboyant qu'il était quelques années plus tôt.

Gustavo Kuerten lors de ses adieux à Roland-Garros en 2008
Roland-Garros 2008 : Guga fait ses adieux au public parisien.

La suite ressemble davantage à un long combat contre son propre corps. Les résultats deviennent de plus en plus rares et les douleurs ne disparaissent jamais complètement. Conscient qu'il ne retrouvera plus son meilleur niveau, Guga choisit de faire de Roland-Garros 2008 le théâtre de ses adieux. L'accueil que lui réserve le public parisien témoigne de l'affection exceptionnelle qu'il a su inspirer tout au long de sa carrière.

Identité tennistique

Style de jeu

Le revers à une main de Gustavo Kuerten

Du haut de son mètre quatre-vingt-onze, Gustavo Kuerten possède un jeu aussi spectaculaire qu'efficace. Son principal atout est un revers à une main d'une rare pureté, capable aussi bien d'accélérer le jeu que de trouver des angles impossibles. Associé à un coup droit lourdement lifté, il lui permet de dicter les échanges depuis le fond du court.

Excellent relanceur, Guga se distingue également par la qualité de ses déplacements. Malgré sa grande taille, il glisse avec une étonnante facilité sur terre battue et couvre remarquablement le terrain. Son sens de l'anticipation et sa patience lui permettent de construire les points sans précipitation, avant de saisir la moindre ouverture pour porter l'estocade.

Souvent présenté comme un spécialiste de la terre battue, Kuerten a pourtant démontré qu'il pouvait briller sur toutes les surfaces. Son titre au Masters de Lisbonne en 2000, ses victoires sur dur à Cincinnati et Indianapolis, ainsi que ses bons résultats à Wimbledon, prouvent que son talent ne se limitait pas à l'ocre parisien.

Au-delà de ses qualités techniques, Guga se distingue enfin par son tempérament. Combatif sans jamais sombrer dans l'excès, il conserve le sourire dans les moments les plus tendus et entretient avec le public une relation de complicité rare. Cette personnalité chaleureuse contribue autant que son tennis à faire de lui l'un des joueurs les plus populaires de son époque.

Son mentor

Larri Passos

Gustavo Kuerten et Larri Passos

S'il est un homme indissociable de la carrière de Gustavo Kuerten, c'est bien Larri Passos. Les deux Brésiliens se rencontrent alors que Guga n'est encore qu'un adolescent. Très vite, une relation de confiance s'installe entre l'entraîneur et son élève, bien au-delà du simple cadre sportif.

Contrairement à de nombreux champions qui changent régulièrement de coach au fil de leur carrière, Kuerten reste fidèle à Passos jusqu'à la fin. Ensemble, ils construisent patiemment un joueur capable de rivaliser avec les meilleurs, sans jamais renier son identité de jeu. Cette stabilité contribue largement à l'épanouissement du Brésilien.

Larri Passos ne façonne pas seulement le tennis de Guga. Il l'aide aussi à traverser les moments les plus difficiles, notamment après les blessures qui freinent sa carrière. Leur complicité, faite de confiance, de respect et d'une profonde affection réciproque, devient l'une des plus belles histoires entraîneur-joueur de l'ère Open.

Lorsque Gustavo Kuerten est intronisé au Hall of Fame en 2012, il n'oublie pas celui qui l'a accompagné pendant plus de vingt ans. Cet hommage résume à lui seul la place qu'occupe Larri Passos dans l'histoire de l'un des plus grands champions brésiliens.

Une histoire d'amour

Roland-Garros et le public

Le cœur dessiné par Gustavo Kuerten à Roland-Garros en 2001

S'il n'a remporté que trois fois Roland-Garros, Gustavo Kuerten a laissé à la Porte d'Auteuil une empreinte qui dépasse largement son palmarès. Dès son triomphe de 1997, son jeu spectaculaire, son sourire permanent et sa simplicité séduisent un public français qui adopte immédiatement le Brésilien.

Cette histoire d'amour se renforce au fil des années. Chaque retour de Guga sur la terre parisienne est accueilli avec une ferveur particulière, comme si le public retrouvait un ami. Le Brésilien le lui rend bien, multipliant les gestes de complicité et les marques de reconnaissance envers les spectateurs qui l'ont accompagné tout au long de son ascension.

L'image la plus célèbre reste celle du cœur qu'il dessine sur le court Philippe-Chatrier après son troisième sacre en 2001. Ce geste spontané, adressé au tournoi et à son public, devient l'un des symboles de Roland-Garros à l'ère Open. Peu de champions auront entretenu un lien aussi fort avec le Central parisien.

Lorsque Kuerten dispute son dernier Roland-Garros en 2008, l'émotion est immense. Éliminé dès le premier tour, il reçoit une ovation qui dépasse le résultat sportif. En quittant une dernière fois le court, Guga laisse derrière lui bien plus que trois titres : il laisse le souvenir d'un champion dont la joie de jouer aura profondément marqué l'histoire du tournoi.

Palmarès

Ses 20 titres

Grand Chelem ATP Finals Masters 1000 ATP 500 ATP 250

Roland-Garros 1997
Stuttgart 1998
Majorque 1998
Monte-Carlo 1999 Rome 1999
Santiago 2000
Hambourg 2000 Roland-Garros 2000
Indianapolis 2000
Masters 2000
Buenos Aires 2001
Acapulco 2001
Monte-Carlo 2001 Roland-Garros 2001 Cincinnati 2001
Stuttgart 2001
Costa do Sauípe 2002
Auckland 2003
Saint-Pétersbourg 2003
Costa do Sauípe 2004
Vie privée

Mari et père

En 2010, Gustavo Kuerten épouse Mariana Soncini, orthophoniste, lors d'une cérémonie civile organisée en toute discrétion dans sa salle des trophées à Florianópolis. Le couple choisit rapidement de mener une vie familiale loin des médias.

De cette union naissent deux enfants, Maria Augusta et Luiz Felipe.

Engagement

Au service des autres

Gustavo Kuerten avec des enfants soutenus par son institut

Très attaché à Florianópolis, sa ville natale, Gustavo Kuerten choisit d'y revenir vivre après sa carrière, loin de l'agitation du circuit professionnel.

Sa famille a toujours occupé une place centrale dans sa vie. La disparition de son père, victime d'une crise cardiaque alors que Guga n'avait que 8 ans, l'a profondément marqué. Son frère Guilherme, atteint de paralysie cérébrale, est également une source permanente d'inspiration. En son honneur, Kuerten s'engage très tôt en faveur des personnes en situation de handicap.

En 2000, il fonde l'Institut Guga Kuerten, qui soutient des projets éducatifs, sportifs et sociaux au Brésil. Après sa retraite, l'ancien n°1 mondial se consacre largement à cette fondation, tout en demeurant l'une des personnalités sportives les plus appréciées de son pays.

Une trace durable

Héritage

Gustavo Kuerten embrasse la Coupe des Mousquetaires

En l'espace de quelques années, Gustavo Kuerten a profondément changé l'histoire du tennis brésilien. Avant son arrivée, aucun homme de son pays n'avait remporté un tournoi du Grand Chelem ni atteint la première place mondiale. Son parcours ouvre une nouvelle dimension au tennis brésilien et inspire toute une génération de joueurs.

Mais l'héritage de Guga ne se résume pas à ses résultats. Par son attitude sur le court, son fair-play et sa joie communicative, il a laissé l'image d'un champion accessible, respecté par ses adversaires autant qu'adoré du public. Rares sont les joueurs à avoir suscité une telle sympathie sans jamais renoncer à leurs ambitions sportives. Pour beaucoup, il restera le champion qui a rappelé qu'il était possible de conquérir les sommets sans perdre son sourire.

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Date de dernière mise à jour : 11/10/2026