Tennis Chron'open
René Lacoste - Chron'Open
Chron'Open
France
droitier - revers à une main

RenéLacoste

Le Crocodile
René Lacoste sur un court de tennis

Il n’a ni le panache bondissant de Jean Borotra ni les fulgurances d’Henri Cochet. René Lacoste construit son tennis autrement : il observe, répète, analyse et corrige. Chaque faiblesse devient un problème à résoudre, chaque adversaire un jeu à déchiffrer. Cette obsession de la méthode façonne un champion aussi discret que redoutable, qui ne cessera jamais de chercher le moyen de faire mieux.

ChampionAvant l’ère Open
7Titres majeurs
1926n°1 mondial
2Coupes Davis
Naissance 2 juillet 1904
Origines

Le pari du tennis

René Lacoste jeune
Une image de jeunesse qui rappelle combien René Lacoste vient tard au tennis par rapport à d’autres champions de son époque.

René Lacoste naît à Paris dans une famille aisée. Son père, Jean-Jules Lacoste, dirigeant de la firme automobile Hispano-Suiza, imagine pour lui une carrière d’ingénieur. René est doué pour les mathématiques et prépare Polytechnique. Le tennis arrive relativement tard : il reçoit sa première raquette vers 14 ans et ne commence réellement à jouer qu’à 15 ans.

En 1922, son père accepte qu’il tente sa chance, mais lui fixe un marché très précis : deux ans pour atteindre le cinquième rang mondial. En cas de réussite, il disposera de cinq années supplémentaires pour poursuivre son ambition. Lacoste prend le défi au pied de la lettre. Il travaille avec le professionnel Darsonval, répète inlassablement ses coups et étudie presque scientifiquement les trajectoires, les effets et les habitudes de ses adversaires.

Deux ans plus tard, l’objectif est atteint. Celui que certains joueurs français jugeaient encore trop limité techniquement s’est hissé parmi les meilleurs du monde. En 1923, à 19 ans, il renonce au concours de Polytechnique pour se consacrer au tennis. La méthode Lacoste est déjà en place : travailler davantage pour ne rien laisser au hasard.

De 1923 à 1932

Sa carrière

René Lacoste en 1923
1923 : René Lacoste fait ses premiers pas en Coupe Davis et entre dans le cercle des futurs Mousquetaires.
1923-1924

Naissance d’un Mousquetaire

En 1923, Lacoste intègre l’équipe de France de Coupe Davis. Contre l’Espagne à Deauville, il gagne ses deux simples et contribue directement à la victoire française 3-2. La France poursuit sa route jusqu’à la finale interzones contre l’Australie, disputée à Boston, mais s’incline 4-1. Lacoste y est notamment battu par James Anderson.

René Lacoste avec Suzanne Lenglen
Dans le tennis français des années 1920, Lacoste appartient à une génération qui grandit dans le sillage de Suzanne Lenglen.

En 1924, le Français change déjà de dimension. Il atteint la finale du championnat de France, encore réservé aux joueurs français ou licenciés dans un club français, puis celle de Wimbledon. À Londres, Jean Borotra le bat au terme de cinq manches : 6-1, 3-6, 6-1, 3-6, 6-4.

René Lacoste et Jean Borotra aux Jeux olympiques de Paris en 1924
Jeux olympiques de Paris 1924 : Lacoste et Borotra décrochent la médaille de bronze en double.

Quelques semaines plus tard, aux Jeux olympiques de Paris, Lacoste et Borotra remportent la médaille de bronze du double. À 20 ans, René appartient désormais pleinement à l’élite mondiale.

René Lacoste à Wimbledon en 1925
Wimbledon 1925 : après avoir remporté les Internationaux de France, René Lacoste remporte Wimbledon.
1925

Le grand saut

À 20 ans, René Lacoste change de dimension. Les Championnats de France s’ouvrent cette année-là aux joueurs étrangers et il remporte cette première édition internationale, disputée à Saint-Cloud. En finale, il domine Jean Borotra 7-5, 6-1, 6-4. Les deux hommes enlèvent également le double. Quelques semaines plus tard, Lacoste retrouve Borotra en finale de Wimbledon et prend de nouveau le dessus, 6-3, 6-3, 4-6, 8-6. En l’espace de quelques semaines, il décroche ainsi ses deux premiers grands titres en simple.

René Lacoste face à Gerald Patterson en Coupe Davis en 1925
Coupe Davis 1925 : René Lacoste rate son entrée dans la finale interzones face à Gerald Patterson, qui le domine trois sets à zéro. Mais la France s’impose finalement 3-1 et accède pour la première fois au Challenge Round.

Sa progression se mesure aussi en Coupe Davis. La France domine successivement la Hongrie, l’Italie, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas, puis franchit enfin l’obstacle australien en finale interzones, 3-1. Pour la première fois, les Français gagnent le droit d’affronter directement les tenants américains dans le Challenge Round.

À Philadelphie, la marche reste cependant trop haute. Les États-Unis s’imposent 5-0. Lacoste est battu par Bill Johnston, puis pousse Bill Tilden à cinq manches après avoir remporté les deux premières : 6-3, 12-10, avant de céder 6-8, 5-7, 2-6. La défaite est sévère collectivement, mais la France vient pour la première fois de se hisser jusqu’au dernier acte.

René Lacoste et Henri Cochet aux Internationaux de France en 1926
Internationaux de France 1926 : Lacoste s’incline en finale face à Henri Cochet.
1926

La conquête de l’Amérique

La saison 1926 est plus contrastée. Aux Championnats de France, désormais installés à la Croix-Catelan, Lacoste atteint encore la finale mais Henri Cochet le bat nettement, 6-2, 6-4, 6-3. Tenant du titre à Wimbledon, Lacoste ne défend pas réellement sa couronne : inscrit dans le tableau, il déclare forfait avant son premier match. Jean Borotra lui succède au palmarès.

En Coupe Davis, la France confirme son changement de statut. Elle traverse de nouveau la zone européenne, bat notamment la Grande-Bretagne 5-0 à Cabourg, puis écarte le Japon 3-2 à Forest Hills en finale interzones. Pour la deuxième année consécutive, elle retrouve donc les États-Unis à Philadelphie pour le Challenge Round.

Les Américains assurent rapidement la victoire et mènent 4-0. Lacoste, battu d’entrée par Bill Johnston, sauve alors l’honneur français dans le dernier simple en dominant Bill Tilden 4-6, 6-4, 8-6, 8-6. La rencontre est alors déjà gagnée par les Américains, mais la portée symbolique est considérable : Tilden n’avait encore jamais perdu un simple de Coupe Davis.

René Lacoste aux US Championships en 1926
US Championships 1926 : Lacoste remporte son troisième titre du Grand Chelem, son premier aux États-Unis.

À Forest Hills, il devient le premier Français à remporter le championnat des États-Unis. Bill Tilden, sextuple tenant du titre, a été éliminé en quart de finale par Cochet ; Lacoste atteint la finale et y domine Borotra 6-4, 6-0, 6-4. Après Paris et Wimbledon en 1925, il possède désormais trois des quatre grands titres de son époque à son palmarès.

En toute logique, Lacoste termine l’année en étant considéré comme le n°1 mondial.

René Lacoste et Bill Tilden en 1927
Philadelphie, 1927 : Lacoste domine Bill Tilden et maintient la France en vie avant le simple décisif de Henri Cochet.
1927

Tilden, encore et encore

La saison 1927 est celle qui résume le mieux René Lacoste. Aux Internationaux de France, il retrouve Bill Tilden en finale. L’Américain mène 9-8 et 40-15 dans la cinquième manche. Lacoste sauve deux balles de match et finit par s’imposer 6-4, 4-6, 5-7, 6-3, 11-9.

Quelques mois plus tard vient l’objectif majeur des Mousquetaires : arracher enfin la Coupe Davis aux États-Unis, vainqueurs des sept éditions précédentes. À Philadelphie, Lacoste commence par battre Bill Johnston 6-3, 6-2, 6-2. Les Américains remportent ensuite le deuxième simple et le double : la France est menée 2-1.

Lacoste doit alors battre Tilden pour maintenir son équipe en vie. Il s’impose 6-3, 4-6, 6-3, 6-2. Henri Cochet domine ensuite Johnston et apporte le troisième point. La France remporte pour la première fois la Coupe Davis.

René Lacoste avec le trophée des championnats des États-Unis
Une semaine après la Coupe Davis, Lacoste domine encore Tilden à Forest Hills et boucle l’une des plus grandes saisons du tennis français.

Une semaine plus tard, Lacoste et Tilden se retrouvent encore, cette fois en finale du championnat des États-Unis. Le Français gagne en trois manches extrêmement disputées, 11-9, 6-3, 11-9 et conserve donc le titre à Forest Hills. Champion à Paris, champion à New York, et héros de la Coupe Davis, Lacoste conserve sa place de n°1 mondial.

René Lacoste et Henri Cochet à Wimbledon en 1928
Wimbledon 1928 : René Lacoste s'impose en finale face à Henri Cochet.
1928-1929

Les derniers grands titres

En 1928, les Internationaux de France s’installent dans le nouveau stade Roland-Garros, construit pour permettre à la France de défendre la Coupe Davis. Henri Cochet bat Lacoste en finale.

À Wimbledon, Lacoste prend sa revanche sur Cochet. Après avoir éliminé Tilden en cinq manches en demi-finale, il domine son compatriote en finale 6-1, 4-6, 6-4, 6-2. Trois ans après son premier succès, il remporte de nouveau Wimbledon.

René Lacoste et Bill Tilden en Coupe Davis en 1928
Coupe Davis 1928 : la France accueille les États-Unis dans le nouveau stade Roland-Garros. Tilden remporte sur Lacoste une victoire à la Pyrrhus. Épuisé, il n'aura plus les forces nécessaires le surlendemain, et la France conserve le Saladier d'argent.

Après la victoire de Borotra en Australie et celle de Cochet à Roland-Garros, le tennis français ne s'est jamais aussi bien porté. Henri Cochet remportera même Forest Hills, parachevant la mainmise des Mousquetaires sur les quatre grands tournois de la saison.

La France conserve également la Coupe Davis contre les États-Unis. Tilden prend sa revanche sur Lacoste dans le premier simple, mais les Français prennent rapidement le contrôle de la rencontre. Lacoste bat John Hennessey lors du dernier match. Ce sera son ultime rencontre de Coupe Davis comme joueur.

René Lacoste en action
Même dans ses dernières grandes saisons, Lacoste reste l’un des joueurs les plus rigoureux et les plus difficiles à déborder.

Sa santé commence en effet à limiter sérieusement son activité. En 1929, il concentre ses efforts sur les Internationaux de France. En finale, il retrouve Borotra et gagne au terme de cinq manches : 6-3, 2-6, 6-0, 2-6, 8-6. À 24 ans, il vient de remporter son septième et dernier titre majeur en simple.

Des problèmes de santé récurrents l’obligent à interrompre sa carrière au plus haut niveau. Pour un joueur arrivé tard au tennis, la trajectoire aura été extraordinairement courte : l’essentiel de son œuvre tient en cinq saisons.

René Lacoste face à Harry Lee à Roland-Garros en 1932
Roland Garros 1932 : Lacoste s'incline en huitièmes face à Harry Lee. Au début des années 1930, il n’est plus le champion dominateur des grandes années, mais reste une figure majeure du tennis français.
1932

Un dernier retour

Lacoste n’a pourtant pas complètement disparu. Trois ans après son dernier grand titre, il tente un retour aux Internationaux de France 1932.

Il crée une véritable surprise en éliminant au troisième tour Sidney Wood, tenant du titre de Wimbledon. L’ancien n°1 mondial montre qu’il est encore capable de rivaliser avec les meilleurs.

Son parcours s’arrête au tour suivant contre le Britannique Harry Lee, 6-2, 6-4, 4-6, 7-5. Cette fois, la carrière de René Lacoste est définitivement terminée.

Style de jeu

Un métronome du fond du court

René Lacoste en déplacement sur le court
René Lacoste construit ses points avec patience : régularité, prise de balle propre et déplacement parfaitement mesuré.

Lacoste n’est pas le plus spectaculaire des Mousquetaires. Son jeu repose sur la régularité, la précision et une exceptionnelle capacité à remettre une balle supplémentaire. Solide du fond du court, il déplace ses adversaires, utilise parfaitement le passing-shot et le lob et attend le moment où l’échange bascule en sa faveur.

René Lacoste au service
Son service n’est pas le plus puissant de son époque, mais il s’intègre à un tennis de précision et de construction.

Mais le réduire à un simple défenseur serait trompeur. Lacoste prépare ses matchs avec un soin inhabituel pour l’époque. Il observe ses adversaires, prend des notes et modifie son jeu selon celui qu’il affronte. Contre Bill Tilden, dont la puissance constitue alors la référence mondiale, il apprend notamment à raccourcir certains gestes pour utiliser la vitesse de l’Américain.

Cette approche méthodique lui vaut des comparaisons avec une machine. Après sa défaite contre lui à Forest Hills en 1927, Tilden reconnaît lui-même l’impression produite par cette régularité presque mécanique. Chez Lacoste, le travail n’est pas un complément au talent : il est la matière première du champion.

Après les courts

Une seconde carrière à son image

Pourquoi le Crocodile ?

Le crocodile associé à René Lacoste
Le crocodile, d’abord surnom du joueur, devient progressivement un emblème puis une marque mondiale.

L’histoire remonte au voyage de Coupe Davis à Boston en 1923. Lacoste remarque une valise en peau de crocodile dans une boutique et un pari est lancé autour de ses matchs contre l’Australie : en cas de victoire, la valise sera à lui. Les récits ultérieurs diffèrent sur certains détails du pari, mais tous rattachent le surnom à cet épisode américain et à la ténacité du jeune Français.

Quelques années plus tard, son ami Robert George dessine un crocodile que Lacoste fait broder sur ses vêtements. L’animal devient ainsi un signe personnel bien avant de devenir une marque.

Le polo Lacoste

René Lacoste portant un polo à crocodile
À la fin des années 1930, le polo porté par René Lacoste annonce déjà l’identité visuelle durable de la marque.

René Lacoste supporte mal les chemises lourdes à manches longues traditionnellement portées par les joueurs. Il recherche une tenue plus légère, plus souple et mieux adaptée au mouvement. En 1933, il s’associe au bonnetier André Gillier. Les deux hommes fondent la société René Lacoste et André Gillier et lancent une chemise de sport en petit piqué, à manches courtes, portant le crocodile brodé sur la poitrine.

Ce qui répondait d’abord à un problème très concret de joueur dépasse rapidement les courts. Le polo Lacoste devient une pièce emblématique du sportswear, tandis que le crocodile s’installe durablement dans la culture populaire.

L’inventeur

René Lacoste avec sa machine à lancer des balles
Dès 1927, Lacoste présente sa nouvelle machine à lancer des balles.

Lacoste a toujours cherché à modifier son matériel et ses méthodes d’entraînement plutôt qu’à s’en accommoder. En 1927, il conçoit une machine capable de lancer des balles avec une force calibrée afin de répéter les mêmes frappes à l’entraînement.

Il continue à inventer longtemps après sa retraite et dépose plus de trente brevets au cours de sa vie. En 1963, il fait breveter une raquette en acier qui rompt avec des décennies de domination du bois. La technologie est ensuite commercialisée aux États-Unis par Wilson avec la T-2000, modèle notamment rendu célèbre par Jimmy Connors.

Capitaine et dirigeant

René Lacoste aux côtés d'Henri Cochet
Après sa retraite sportive, René Lacoste reste au plus près des courts et conseille notamment son ancien coéquipier Henri Cochet.

Retiré de la compétition, Lacoste reste étroitement lié au tennis français. Il devient capitaine de l’équipe de France de Coupe Davis de 1931 à 1933. Sous son capitanat, la France conserve le trophée en 1931 contre la Grande-Bretagne puis en 1932 contre les États-Unis, avant de céder le Saladier en 1933.

De 1940 à 1943, René Lacoste préside également la Fédération française de lawn tennis. En 1976, il entre à l’International Tennis Hall of Fame en même temps que Jean Borotra, Henri Cochet et Jacques Brugnon : les quatre Mousquetaires sont honorés ensemble.

Famille

Vie privée

Portrait de René Lacoste

René Lacoste épouse en 1930 Simone Thion de La Chaume, l’une des grandes golfeuses françaises de son époque et victorieuse du British Ladies Amateur en 1927. Le couple aura quatre enfants.

Le sport se transmet à la génération suivante. Leur fille Catherine Lacoste devient à son tour une championne de golf et remporte l’US Women’s Open en 1967 alors qu’elle est encore amateur.

René Lacoste meurt le 12 octobre 1996 à Saint-Jean-de-Luz, à l’âge de 92 ans. Il est alors le dernier survivant des quatre Mousquetaires.

Héritage

Le joueur qui ne laissait rien au hasard

Les Mousquetaires réunis
René Lacoste au sein des quatre Mousquetaires : une carrière brève, mais une empreinte immense dans l’histoire du tennis français.

La carrière de René Lacoste tient dans un espace de temps presque minuscule au regard de son importance historique. Arrivé tard au tennis, il atteint le sommet mondial en quelques années, remporte sept titres majeurs en simple et joue un rôle central dans la conquête des deux premières Coupes Davis françaises avant que la santé ne l’éloigne presque entièrement des courts à seulement 25 ans.

René Lacoste et Jean Borotra à Roland-Garros en 1992
Roland-Garros 1992 : René Lacoste et Jean Borotra remettent à Jim Courier la Coupe des Mousquetaires, trophée qui perpétue le souvenir de leur génération.

Ce qui distingue surtout Lacoste est la continuité entre toutes ses vies. Le joueur analyse son adversaire, l’inventeur cherche à perfectionner le matériel, l’industriel repense le vêtement et le capitaine organise son équipe avec la même obsession de la préparation.

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Date de dernière mise à jour : 11/10/2026