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gaucher - revers à une main

RodLaver

La Fusée de Rockhampton
Rod Laver

Rod Laver appartient à cette poignée de champions dont le nom suffit à résumer une époque. Petit gaucher devenu maître de tous les courts, il a dominé successivement le tennis amateur, le circuit professionnel puis l’ère Open, au point de rester l’une des références absolues de son sport.

ChampionAvant l’ère Open
175Titres sur toute sa carrière
5Coupes Davis
Naissance9 août 1938
Jeunesse

Le petit gaucher du Queensland

Rod Laver adolescent à l'entraînement

Rodney George Laver naît le 9 août 1938 à Rockhampton, dans le Queensland. Il grandit dans une famille passionnée de tennis, sur une propriété rurale où son père a aménagé un court sommaire. Plus petit et moins robuste que ses frères, le jeune gaucher doit apprendre à produire lui-même de la puissance et à anticiper les trajectoires pour ne pas être constamment débordé.

Sa rencontre avec Charlie Hollis joue un rôle déterminant. Cet entraîneur itinérant, ami de son père, travaille avec lui durant son enfance et l’encourage à développer l’ensemble de ses coups plutôt qu’à s’enfermer dans une seule manière de jouer. Laver lui attribuera plus tard une part essentielle de sa réussite.

À l’adolescence, il rejoint l’encadrement de Harry Hopman, le capitaine qui dirige alors l’âge d’or du tennis australien. C’est Hopman qui lui donne le surnom de « Rocket », sur le ton de la plaisanterie : le jeune Rod n’est pas encore particulièrement rapide. Mais le nom lui restera, tandis que le joueur transforme progressivement son physique frêle en celui d’un athlète capable de couvrir tout le court.

de 1956 à 1979

Sa carrière

Rod Laver à Wimbledon en 1959
Wimbledon 1959 : Rod Laver dispute sa première finale en Grand Chelem face à Alex Olmedo.
1956-1959

L’apprentissage au sein de l’école australienne

Laver quitte tôt l’école afin de se consacrer entièrement au tennis. Sous la direction de Hopman, il est plongé dans un environnement d’une richesse exceptionnelle, au contact des meilleurs Australiens de l’époque. Lew Hoad, Ken Rosewall, Ashley Cooper, Mal Anderson, Neale Fraser et Roy Emerson constituent autant de références auxquelles le jeune joueur doit se mesurer.

Ses progrès le conduisent jusqu’à la finale de Wimbledon en 1959. Encore inexpérimenté à ce niveau, il s’incline en trois manches contre l’Américain Alex Olmedo. Cette première grande finale révèle cependant au public international un gaucher spectaculaire, capable d’attaquer de toutes les zones du court.

La même année, il participe à la reconquête de la Coupe Davis par l’Australie. Cette compétition par équipes devient l’un des fils rouges de sa carrière amateur : tant qu’il reste autorisé à la disputer, l’Australie n’y connaît jamais la défaite.

Neale Fraser et Rod Laver à Wimbledon en 1960
Wimbledon 1960 : Neale Fraser prend sa revanche après Brisbane. Wimbledon échappe encore à Rod Laver.
1960

Un premier titre arraché à Neale Fraser

En janvier 1960, Laver remporte chez lui son premier titre du Grand Chelem. La finale des Championnats d’Australie, disputée à Brisbane contre Neale Fraser, prend une tournure spectaculaire. Mené deux manches à zéro, le gaucher renverse son compatriote et s’impose au terme de cinq sets.

Cette victoire confirme sa capacité à transformer les situations les plus compromises. Laver ne possède pas encore la maîtrise tactique qui fera plus tard sa force, mais il compense par son endurance, son audace et une conviction presque inébranlable dans ses coups.

À Wimbledon, Fraser prend toutefois une éclatante revanche. Pour sa deuxième finale consécutive sur le Centre Court, Laver s’incline encore. Il a désormais remporté son premier grand titre, mais le trophée londonien continue de lui échapper.

Rod Laver avec le trophée de Wimbledon en 1961
Wimbledon 1961 : Rod Laver soulève pour la première fois le trophée londonien.
1961

Enfin maître de Wimbledon

Laver revient à Wimbledon en 1961 avec une expérience et une assurance nouvelles. Il traverse le tournoi jusqu’à la finale, où il domine l’Américain Chuck McKinley en trois manches. Après deux échecs consécutifs, le gaucher remporte enfin le titre qu’il désire le plus.

Sa saison reste pourtant incomplète. À Forest Hills, Roy Emerson le bat en finale des Championnats des États-Unis. Cette défaite entretient l’idée que Laver peut dominer un tournoi, mais pas encore imposer sa loi pendant une année entière.

Il termine néanmoins la saison considéré comme le meilleur amateur du monde. Avec Emerson, il permet également à l’Australie de conserver la Coupe Davis. Tout est désormais en place pour la campagne exceptionnelle qui va suivre.

Rod Laver avec le trophée des championnats des États-Unis en 1962
US Championships 1962 : Rod Laver achève son premier Grand Chelem calendaire.
1962

Le premier Grand Chelem

En 1962, Rod Laver remporte les quatre tournois majeurs au cours de la même saison. Après Don Budge en 1938, il devient seulement le deuxième homme à accomplir le Grand Chelem.

Le parcours n’a pourtant rien d’une promenade. Aux Championnats d’Australie, il s’impose face à Roy Emerson. À Roland-Garros, tournoi où son jeu offensif semble a priori moins naturellement adapté, il traverse plusieurs rencontres éprouvantes et bat Emerson, encore lui, en finale. Sur la terre battue parisienne, Laver démontre que sa réussite ne dépend pas uniquement de la vitesse des surfaces.

Il conserve ensuite son titre à Wimbledon en dominant Martin Mulligan, puis retrouve Emerson en finale des Championnats des États-Unis. Sa victoire à Forest Hills achève une saison au cours de laquelle il enlève les quatre grandes couronnes et conserve encore la Coupe Davis avec l’Australie.

Ce Grand Chelem consacre le meilleur joueur amateur du monde. Mais Laver sait que les champions les plus redoutables de la génération précédente — Rosewall, Hoad ou Gonzalez — lui restent interdits. Pour savoir ce qu’il vaut réellement, il doit les rejoindre chez les professionnels.

Rod Laver au Wembley Pro en 1963
Wembley Pro 1963 : Rod Laver découvre l’exigence du circuit professionnel.
1963

Le champion redevient apprenti

À la fin de 1962, Laver renonce à son statut amateur et signe chez les professionnels. Cette décision lui rapporte enfin de l’argent, mais elle l’exclut immédiatement de la Coupe Davis et des quatre tournois du Grand Chelem, alors réservés aux amateurs.

Son arrivée sur le circuit professionnel est brutale. Habitué à dominer ses contemporains, Laver découvre des adversaires qui ne lui offrent presque aucun point faible. Ken Rosewall et Lew Hoad le battent régulièrement lors des premières tournées. Les rencontres s’enchaînent dans des salles, sur des courts en toile ou dans des conditions parfois très éloignées des grands stades du circuit amateur.

Laver doit apprendre à affronter les mêmes champions soir après soir. Ses adversaires connaissent rapidement ses habitudes et l’obligent à varier constamment. Cette école impitoyable le fait progresser. À la fin de l’année, il a réduit l’écart avec Ken Rosewall et s’est déjà installé parmi les meilleurs professionnels, même si Rosewall reste encore le patron incontestable du circuit.

Ken Rosewall et Rod Laver en 1965
1965 : Rod Laver prend l’ascendant sur Ken Rosewall et devient le meilleur joueur du monde.
1964-1966

La conquête du circuit professionnel

En 1964, Laver franchit un nouveau palier. Ken Rosewall demeure son principal rival, mais leurs confrontations sont désormais beaucoup plus équilibrées. Le gaucher n’est plus le novice que les professionnels pouvaient patiemment désarmer quelques mois auparavant : il a renforcé son service, amélioré son retour et appris à varier davantage ses plans de jeu.

Il remporte l’US Pro, puis s’impose au Wembley Pro au terme d’une finale extrêmement serrée contre Rosewall, conclue 8-6 dans la cinquième manche. Battu en revanche par son compatriote en finale du French Pro, Laver atteint néanmoins les trois grandes finales professionnelles de la saison et s’installe définitivement au sommet du circuit. (Talk Tennis)

En 1965, il prend clairement l’ascendant. Rosewall reste son rival le plus constant, tandis que Pancho Gonzalez demeure, malgré ses 37 ans, un adversaire redoutable sur les surfaces rapides. Mais Laver les bat désormais assez régulièrement pour être considéré comme le meilleur joueur professionnel du monde. Il conserve notamment son titre à Wembley, où il domine Andres Gimeno en finale. (Wikipédia)

Sa domination se prolonge en 1966. Laver remporte seize tournois, dont l’US Pro au terme d’une finale en cinq manches contre Rosewall, puis le Wembley Pro, où il surclasse cette fois son grand rival en trois sets. Désormais solidement installé au premier rang mondial, il ne se contente plus de devancer ponctuellement Rosewall : il impose sa supériorité sur l’ensemble de la saison et prépare l’année 1967, qui constituera l’apogée de sa carrière professionnelle avant l’ère Open. (Wikipédia)

Rod Laver et les professionnels invités à Wimbledon en 1967
1967 : Rod Laver est l'incontestable le meilleur joueur de la planète. Il l'a encore démontré sur le Centre Court de Wimbledon, où les professionnels ont été invités à s'affronter.
1967

Le Grand Chelem des professionnels

En 1967, Rod Laver domine entièrement le tennis professionnel. Il remporte les principaux championnats réservés aux professionnels : l’US Pro, le French Pro, le Wembley Pro et le Wimbledon Pro. Cette collection est souvent présentée comme un Grand Chelem professionnel, même si les compétitions et leur hiérarchie ne correspondent pas exactement aux quatre tournois majeurs traditionnels.

Le Wimbledon Pro revêt une valeur particulière. Pour la première fois, les professionnels sont autorisés à jouer sur le Centre Court, le temps d’un tournoi distinct des Championnats amateurs. Laver y bat Rosewall en finale et rappelle au public londonien que le meilleur joueur du monde reste exclu du véritable Wimbledon.

Cinq ans après son Grand Chelem amateur, Laver a donc conquis un second univers. Il a d’abord dominé les joueurs autorisés à disputer les grandes compétitions, puis ceux qui en étaient bannis parce qu’ils avaient choisi de vivre de leur sport. Il ne lui manque plus que la réunion des deux mondes.

Rod Laver avec le trophée de Wimbledon en 1968
Wimbledon 1968 : Rod Laver devient le premier champion masculin du tournoi dans l’ère Open.
1968

Le retour dans les grands tournois

L’instauration de l’ère Open au printemps 1968 permet enfin aux amateurs et aux professionnels de se rencontrer dans les mêmes compétitions. Laver retrouve Roland-Garros, Wimbledon et l’US Open après cinq années d’exclusion.

À Paris, il s’incline en finale contre Ken Rosewall. Cette défaite rappelle que même le meilleur joueur du monde n’est pas invulnérable et que Rosewall reste un maître sur terre battue.

Quelques semaines plus tard, Laver revient à Wimbledon pour la première fois depuis son titre de 1962. Il y retrouve son ancien statut avec une autorité impressionnante. En finale, il domine Tony Roche et devient le premier champion masculin de Wimbledon dans l’ère Open.

À Forest Hills, Arthur Ashe remporte le titre. L’Australien a retrouvé les grands tournois et gagné le plus prestigieux d’entre eux, mais il lui reste encore à produire l’année parfaite face à un tennis enfin réunifié.

Rod Laver avec le trophée de l'US Open en 1969
US Open 1969 : Rod Laver achève son second Grand Chelem calendaire.
1969

Le Grand Chelem absolu

En 1969, Laver entreprend de répéter l’exploit de 1962 dans des circonstances radicalement différentes. Cette fois, les meilleurs amateurs et les meilleurs professionnels sont réunis. Rosewall, Newcombe, Roche, Ashe, Emerson, Okker, Smith ou Gimeno peuvent tous se dresser sur sa route.

Aux Championnats d’Australie, il traverse une demi-finale interminable contre Tony Roche avant de battre Andres Gimeno pour le titre. À Roland-Garros, il domine successivement plusieurs adversaires dangereux, puis prend sa revanche sur Rosewall en finale.

Wimbledon lui impose encore plusieurs combats difficiles. Mené deux manches à zéro par l’Indien Premjit Lall au deuxième tour, Laver échappe de peu à l’élimination. Il retrouve ensuite sa maîtrise et domine John Newcombe en finale. Il porte alors à trois le nombre de grands titres remportés depuis le début de l’année.

À l’US Open, la pluie transforme le gazon de Forest Hills en surface glissante et retarde la finale. Laver perd la première manche contre Roche, puis renverse le match et remporte les trois suivantes. Il devient ainsi le premier — et demeure encore aujourd’hui le seul homme — à réaliser le Grand Chelem dans l’ère Open.

Ce second Grand Chelem possède une portée particulière. En 1962, Laver avait battu tous les meilleurs amateurs. En 1969, il domine un tennis où les deux populations autrefois séparées ont enfin été réunies. À 31 ans, après cinq saisons passées loin des quatre grands tournois, il atteint le sommet de son art.

Roger Taylor et Rod Laver à Wimbledon en 1970
1970 : Rod Laver s'incline face au joueur anglais Roger Taylor dès les huitièmes. Il n'avait plus connu la défaite sur ce court depuis dix ans.
1970

Toujours l'un des tout meilleurs

Après son extraordinaire saison 1969, Laver ne parvient pas à prolonger sa domination dans les tournois du Grand Chelem. Il ne dispute ni l’Open d’Australie ni Roland-Garros, dans un calendrier encore morcelé entre plusieurs circuits, puis s’incline dans les deux Majeurs auxquels il participe.

À Wimbledon, Roger Taylor met fin à une invincibilité qui remontait à la finale de 1960. Laver avait remporté ses quatre participations suivantes, en 1961, 1962, 1968 et 1969, tout en restant exclu du tournoi entre 1963 et 1967 en raison de son statut professionnel. À l’US Open, Dennis Ralston l’élimine ensuite en quart de finale.

Ces revers ne marquent pourtant pas un effondrement. Laver continue de remporter de nombreux tournois et demeure considéré comme l’un des tout meilleurs joueurs du monde. Sa saison 1970 est donc moins éclatante dans les Majeurs, mais elle confirme qu’il reste, à 32 ans, une figure dominante du circuit.

Ken Rosewall et Rod Laver aux finales WCT de Dallas en 1972
WCT Finals 1972 : Ken Rosewall bat Rod Laver au terme d’une finale en cinq manches.
1971-1972

Rosewall lui barre la route à Dallas

Au début des années 1970, Laver approche de la trentaine avancée, mais il demeure capable de produire un tennis exceptionnel. Son principal rival historique, Ken Rosewall, continue lui aussi à défier le temps.

Leurs finales du WCT à Dallas deviennent les symboles de cette résistance. En 1971, Rosewall bat Laver dans la première grande finale du nouveau circuit. L’année suivante, les deux Australiens se retrouvent dans un match encore plus célèbre, remporté une nouvelle fois par Rosewall au cinquième set.

Ces défaites sont parmi les plus amères de la fin de carrière de Laver. Elles ne signifient pas qu’il est dépassé, mais elles montrent que la domination absolue des années précédentes appartient désormais au passé. Newcombe, Smith, Nastase et une génération plus jeune occupent une place croissante, tandis que Rosewall reste capable de lui enlever les plus grands trophées.

L'équipe d'Australie victorieuse de la Coupe Davis en 1973
Coupe Davis 1973 : Rod Laver et l’Australie retrouvent le Saladier d’argent.
1973

Un dernier Saladier d’argent

La création d’un tennis véritablement Open permet finalement à Laver de retrouver la Coupe Davis. Plus de dix ans après sa dernière apparition, il est rappelé en équipe d’Australie pour la finale de 1973 contre les États-Unis à Cleveland.

Aux côtés de John Newcombe, il contribue à une victoire sans appel. Pour Laver, ce retour possède une forte valeur symbolique. Le passage chez les professionnels lui avait interdit de défendre son pays après 1962 ; l’ère Open lui permet enfin d’achever cette histoire là où elle avait commencé.

Ce cinquième succès en Coupe Davis complète les victoires obtenues en 1959, 1960, 1961 et 1962. Laver aura participé à onze rencontres sans jamais appartenir à une équipe australienne battue. Son bilan personnel s’élève à seize victoires pour quatre défaites en simple et quatre victoires en autant de matchs de double.

Rod Laver à Wimbledon en 1977
Wimbledon 1977 : à 38 ans, Rod Laver retrouve le gazon londonien pour l’une des dernières apparitions de son immense carrière.
1974-1979

Les dernières années

Installé aux États-Unis depuis son mariage en 1966, Laver mène désormais une vie largement américaine et concentre progressivement son activité sur le circuit nord-américain.

Laver demeure encore remarquablement compétitif en 1974. À 35 ans, il remporte six tournois et termine la saison au quatrième rang du classement ATP. Il participe également à la victoire de l’Australie dans la World Cup, confirmant qu’il reste capable de rivaliser avec les meilleurs malgré un calendrier désormais plus sélectif. Il devient alors le joueur le plus âgé de l’ère Open à terminer une année parmi les cinq premiers mondiaux.

En 1975, il réalise une dernière grande série sur le circuit WCT, avec quatre titres et vingt-trois victoires consécutives. Son activité se réduit cependant nettement à partir de l’année suivante. En 1976, il rejoint les San Diego Friars en World Team Tennis, une compétition américaine par équipes réunissant joueurs et joueuses. Pour sa première saison dans cette ligue, il est désigné meilleur nouveau joueur à 38 ans, distinction singulière pour un homme présent au plus haut niveau depuis près de vingt ans.

Laver continue de défendre les couleurs des Friars jusqu’en 1978, tout en ne disputant plus que quelques épreuves individuelles. Sa carrière s’achève ainsi progressivement, sans annonce brutale ni dernier grand tournoi symbolique. En 1979, ses apparitions deviennent exceptionnelles : à 41 ans, le double auteur du Grand Chelem appartient désormais davantage à l’histoire du tennis qu’au circuit régulier.

Style de jeu

Un jeu sans point faible

Rod Laver en action sur gazon

Rod Laver ne mesure qu’environ 1,73 mètre, mais son avant-bras gauche exceptionnellement développé lui permet de produire une puissance étonnante. Son service, sans atteindre la violence de celui de Gonzalez ou de certains grands serveurs, est très varié et remarquablement bien placé. Il sait l’utiliser pour ouvrir le court avant de prendre immédiatement le filet.

Son revers à une main constitue l’un de ses coups les plus admirés. Laver peut le frapper à plat, le recouvrir ou le couper selon la situation. Son coup droit, longtemps moins naturel, devient lui aussi une arme majeure grâce au travail imposé pendant sa formation.

Excellent volleyeur, il ne se limite pourtant jamais au service-volée. Il sait construire depuis le fond du court, défendre, contre-attaquer et changer soudainement de rythme. Ses lobs, souvent utilisés comme de véritables coups offensifs, lui permettent de renverser la position d’un adversaire monté au filet.

Sa plus grande qualité réside probablement dans son adaptation. Laver peut modifier son plan de jeu au milieu d’un match, insister sur une faiblesse ou abandonner une tactique qui ne fonctionne plus. Cette intelligence, associée à une parfaite maîtrise technique, explique sa réussite sur le gazon australien, la terre battue parisienne, les courts en dur et les surfaces indoor des tournées professionnelles.

Adversaires

Rivalités

Rod Laver et Ken Rosewall

Ken Rosewall, le rival d’une vie

Ken Rosewall occupe une place unique dans la carrière de Laver. Plus âgé de quatre ans, il est d’abord le champion professionnel que le jeune vainqueur du Grand Chelem doit rejoindre. En 1963, Rosewall lui inflige une série de défaites qui mesure immédiatement l’écart entre le meilleur amateur et le meilleur professionnel.

Laver réduit progressivement cette distance, puis prend l’ascendant au milieu de la décennie. Mais Rosewall ne disparaît jamais. Il le bat encore dans des finales majeures, notamment à Roland-Garros en 1968 et lors des deux finales WCT de Dallas en 1971 et 1972.

Leur rivalité traverse ainsi trois périodes : la domination initiale de Rosewall, la suprématie de Laver, puis les derniers grands combats entre deux vétérans.

Rod Laver et Lew Hoad
Rod Laver (à gauche) et Lew Hoad (à droite), en compagnie de Jack Kramer.

Lew Hoad et Pancho Gonzalez, les maîtres du premier cercle

Lew Hoad est l’un des premiers à faire comprendre à Laver la difficulté du circuit professionnel. Au début de 1963, sa puissance et son jeu d’attaque étouffent régulièrement le nouveau venu. Les problèmes physiques de Hoad limitent ensuite leur rivalité, mais son influence sur l’apprentissage de Laver est importante.

Pancho Gonzalez représente un défi différent. Revenu plus régulièrement sur le circuit en 1964 après plusieurs saisons d’activité réduite, l’ancien n°1 professionnel reste, malgré ses 36 ans, un adversaire redoutable grâce à son service et à son immense expérience.

Ces confrontations sont essentielles pour comprendre sa progression. Laver ne devient pas le meilleur uniquement en répétant les qualités qui lui avaient permis de dominer les amateurs : il doit reconstruire son tennis face à des professionnels qui possèdent chacun une arme exceptionnelle.

Roy Emerson et Rod Laver
Roy Emerson et Rod Laver aux Championnats d'Australie 1962.

Emerson, Newcombe et Roche : les rivaux australiens

Roy Emerson est le grand rival de la période amateur. Ils se retrouvent dans plusieurs finales majeures, notamment en Australie, à Roland-Garros et aux États-Unis. Lorsque Laver passe professionnel, Emerson reste amateur et accumule les titres du Grand Chelem auxquels son compatriote n’a plus accès. Comparer leurs palmarès sans tenir compte de cette séparation serait donc trompeur.

À la fin des années 1960, John Newcombe et Tony Roche représentent la génération australienne suivante. Roche pousse Laver dans plusieurs combats très difficiles, notamment en demi-finale des Championnats d’Australie 1969 et en finale de l’US Open de la même année. Newcombe s’incline contre lui en finale de Wimbledon 1969.

Laver domine donc ces jeunes champions au moment de son second Grand Chelem, mais leur montée en puissance annonce le passage de témoin qui se produira au début de la décennie suivante.

Entourage

Les mentors

Harry Hopman et Rod Laver
Harry Hopman (à gauche) et Rod Laver.

Charlie Hollis est le premier véritable entraîneur de Rod Laver. Entre l’âge de 10 et 14 ans environ, il pose les bases de son jeu et lui apprend à développer tous ses coups. Laver lui rendra toujours un hommage appuyé, estimant que sa carrière aurait pu être bien différente sans cette rencontre.

Harry Hopman prend ensuite le relais au sein de l’encadrement national australien. Plus qu’un simple technicien, il impose une discipline physique et mentale très exigeante. Il transforme le jeune joueur frêle en compétiteur international et l’intègre à une génération qui va dominer la Coupe Davis.

Il ne faut donc pas opposer les deux hommes. Hollis construit le joueur ; Hopman le prépare aux exigences du très haut niveau et à la responsabilité de représenter l’Australie.

Vie privée

Mary, sa victoire la plus personnelle

Rod Laver et Mary Bensen

Rod Laver épouse l’Américaine Mary Bensen le 20 juin 1966 à San Rafael. Mary, déjà mère de trois enfants issus d’un précédent mariage, accompagne Laver pendant la seconde moitié de sa carrière.

Le couple a un fils, Rick, né en septembre 1969, quelques jours après le Grand Chelem réalisé par son père. Laver a souvent souligné l’importance de l’équilibre trouvé auprès de Mary dans une vie marquée par les tournées et les déplacements permanents.

Mary meurt en novembre 2012, à l’âge de 84 ans. Leur mariage avait duré quarante-six ans.

Héritage

Une référence à travers les époques

Rod Laver avec un trophée de Wimbledon

Rod Laver appartient à une génération dont le palmarès ne peut pas être lu avec les seuls critères modernes. Pendant cinq saisons complètes, de 1963 à 1967, le meilleur joueur du monde est interdit de participation aux quatre tournois qui servent aujourd’hui à mesurer la grandeur d’une carrière.

Ses onze titres du Grand Chelem ne racontent donc qu’une partie de son histoire. Il faut leur ajouter sa domination du circuit professionnel, son Grand Chelem professionnel de 1967, et sa capacité à rester parmi les meilleurs bien après 30 ans.

Rod Laver avec Roger Federer, Rafael Nadal et Alexander Zverev lors de la Laver Cup
Rod Laver entouré de Roger Federer, Rafael Nadal et Alexander Zverev lors de la Laver Cup.

Son nom demeure associé au Centre Court de Melbourne Park, rebaptisé Rod Laver Arena en 2000. Depuis 2017, la Laver Cup réunit chaque année en son honneur une équipe européenne et une sélection du reste du monde.

Laver reste surtout l’étalon auquel les générations suivantes sont comparées. Les matériels, les surfaces et les circuits ont changé, rendant toute hiérarchie définitive impossible. Mais aucun autre homme n’a encore remporté les quatre tournois du Grand Chelem au cours d’une même année depuis 1969.

Rod Laver saluant le public
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Date de dernière mise à jour : 11/10/2026