Tennis Chron'open
Chron'Open
Tchécoslovaquie
droitier - revers à une main

IvanLendl

Le Professionnel
Ivan Lendl

On ne devient pas toujours une légende en séduisant les foules. Certains champions imposent leur talent ; d'autres transforment durablement leur sport. Ivan Lendl appartient à cette seconde catégorie. Derrière un visage impassible et une exigence de chaque instant se dessine l'une des plus grandes révolutions de l'ère Open, portée par un homme qui a préféré convaincre par son travail plutôt que par son image.

8Grands Chelems
94Titres ATP
1983N°1 mondial
1Coupe Davis
NAISSANCE 7 mars 1960
L'essentiel

Les 8 couronnes

Roland-Garros, New York, Melbourne : Ivan Lendl a construit son palmarès majeur par la répétition, l'exigence et une domination de fond de court qui a redessiné le tennis moderne.

Identité tennistique

Style de jeu

Ivan Lendl

Ivan Lendl n'est pas seulement un immense joueur de fond de court : il est l'un de ceux qui redéfinissent cette manière de jouer. À une époque où le service-volée domine encore sur de nombreuses surfaces, le Tchécoslovaque impose un tennis fondé sur la puissance, la profondeur et la maîtrise de l'échange. Son objectif n'est pas de briller par quelques coups d'éclat, mais de prendre progressivement l'ascendant jusqu'à priver son adversaire de toute initiative.

Cette domination repose d'abord sur un coup droit exceptionnel. Frappé avec puissance, lift et précision, il constitue la pierre angulaire de son jeu. Lendl n'hésite pas à se décaler pour l'utiliser le plus souvent possible, dictant le rythme des échanges et repoussant ses adversaires loin derrière leur ligne de fond. Plus qu'un coup gagnant, son coup droit est une arme de construction, capable d'ouvrir le court avant de porter l'estocade.

Son revers suit une trajectoire différente. Moins naturel à ses débuts, il devient au fil des années un modèle de fiabilité. Sans rechercher le spectaculaire, Lendl s'en sert pour tenir les diagonales, varier les trajectoires et réussir de remarquables passing-shots. Cette solidité empêche ses adversaires de cibler durablement son côté gauche, rééquilibrant ainsi l'ensemble de son jeu.

Son service s'inscrit dans la même logique d'efficacité. Plus construit que démonstratif, il lui permet de prendre rapidement l'avantage dans l'échange, tandis que son retour de service, agressif et profond, neutralise bon nombre des meilleurs serveurs du circuit. Chaque engagement est pensé pour préparer le coup suivant plutôt que pour rechercher systématiquement le point direct.

Si Lendl préfère construire les points depuis le fond du court, il ne se limite pas à ce registre. Au fil de sa carrière, il enrichit son jeu vers l'avant, améliore sa volée et apprend à conclure davantage d'échanges au filet lorsque la situation l'impose. Sans devenir un pur attaquant, il acquiert une palette suffisamment complète pour s'adapter à tous les styles d'opposition.

Mais ce qui distingue véritablement Ivan Lendl, c'est sa lecture du jeu. Peu de joueurs construisent les échanges avec une telle lucidité. Il identifie rapidement les habitudes de son adversaire, insiste sur les zones de faiblesse et accepte de répéter le même schéma aussi longtemps qu'il reste efficace. Chez lui, chaque frappe prépare la suivante. Son tennis n'impressionne pas par l'improvisation, mais par la sensation d'inéluctabilité qu'il dégage : plus l'échange se prolonge, plus l'adversaire a le sentiment que l'issue lui échappe.

Méthode

Le perfectionniste

Ivan Lendl en action

Lorsque Ivan Lendl s'impose au plus haut niveau, le tennis professionnel est en pleine mutation. Le talent reste évidemment indispensable, mais rares sont encore les joueurs qui envisagent leur carrière comme un projet à optimiser dans ses moindres détails. Lendl fait figure de précurseur. Pour lui, chaque aspect de la performance peut être travaillé, mesuré et amélioré.

Cette exigence s'exprime d'abord dans sa préparation physique. À une époque où la musculation suscite encore de nombreuses réserves, il développe une condition athlétique exceptionnelle. Force, endurance et récupération deviennent des composantes essentielles de son tennis, lui permettant de maintenir une intensité élevée jusque dans les longs combats en cinq sets.

Mais sa révolution dépasse largement le cadre de l'entraînement. Alimentation, récupération, planification des tournois, analyse des adversaires : rien n'est laissé au hasard. Là où beaucoup de champions s'appuient encore principalement sur leur talent, Lendl adopte une véritable méthode de travail. Chaque décision vise un objectif précis : gagner quelques pourcentages de performance.

Cette approche tranche avec les habitudes de son époque. Le Tchécoslovaque s'entoure progressivement de spécialistes et considère que le métier de joueur ne se limite plus aux heures passées sur le court. Être champion devient une activité à temps plein, qui commence bien avant le premier échange et se poursuit longtemps après la balle de match.

Avec le recul, cette vision apparaît étonnamment moderne. Les équipes pluridisciplinaires qui entourent aujourd'hui les meilleurs joueurs n'étaient pas encore la norme lorsqu'il imposait cette discipline de travail. En faisant du professionnalisme une composante aussi importante que le talent, Ivan Lendl a contribué à faire entrer le tennis dans une nouvelle dimension.

Caractère

Personnalité

Ivan Lendl

Jugé froid, distant et parfois même « robotique », Ivan Lendl n'avait rien du champion charismatique que le public affectionnait dans les années 1980. Peu démonstratif sur le court, avare de confidences avec les journalistes comme avec les spectateurs, le Tchécoslovaque ne faisait guère d'efforts pour séduire. Pourtant, son professionnalisme hors norme et son obstination à repousser ses propres limites, jusqu'à s'attaquer avec acharnement à son aversion pour le gazon, finiront par lui attirer l'admiration d'une partie des amateurs de tennis.

À une époque où John McEnroe fascine par ses colères, Jimmy Connors par son tempérament de guerrier et Boris Becker par sa fougue et son explosivité, Lendl fait figure d'exception. Son visage trahit rarement ses émotions, ses célébrations sont réduites au minimum et son comportement méthodique renforce son image de joueur froid. Beaucoup y voient un champion sans passion, uniquement préoccupé par la victoire.

La réalité est pourtant bien différente. Derrière cette apparente froideur se cache un homme réservé, dont la maîtrise de soi constitue l'une des plus grandes qualités. Lendl préfère laisser parler son jeu plutôt que ses émotions. Cette discipline mentale lui permet de conserver une remarquable lucidité dans les moments décisifs et devient l'un des fondements de sa domination.

Son rapport au gazon illustre parfaitement cette personnalité. Là où d'autres auraient accepté leurs limites, il refuse de s'y résigner. Convaincu que Wimbledon est la pièce manquante de son palmarès, il transforme sa préparation, adapte son jeu, recrute Tony Roche et multiplie les efforts pour progresser sur une surface qu'il n'apprécie pourtant guère. Il n'atteindra jamais son objectif, mais cette quête acharnée finira par susciter davantage d'admiration que bien des victoires.

Avec le temps, le regard porté sur Ivan Lendl évolue. Derrière le compétiteur austère, beaucoup découvrent un homme intègre, exigeant envers lui-même et animé par une éthique de travail hors du commun. Sa discrétion, longtemps perçue comme un défaut, apparaît finalement comme une forme de sincérité.

Ce décalage entre son image publique et sa véritable personnalité explique sans doute pourquoi sa popularité est longtemps restée inférieure à son immense palmarès. Pourtant, avec le recul, Ivan Lendl est aujourd'hui admiré précisément pour ce qu'on lui reprochait autrefois : son authenticité, son exigence et sa volonté inébranlable de toujours chercher à devenir meilleur.

Entourage

Entraîneurs et mentors

Ivan Lendl et Tony Roche
Tony Roche devient l'entraîneur à temps plein d'Ivan Lendl en 1985.

Contrairement à l'image de champion solitaire qui lui colle souvent à la peau, Ivan Lendl n'a jamais hésité à s'entourer des personnes capables de le faire progresser. Il ne recherche ni les noms prestigieux ni les relations de confort : chaque collaboration répond à un besoin précis et s'inscrit dans une logique d'amélioration permanente.

Le premier personnage déterminant est sans conteste Wojtek Fibak. Ancien joueur polonais installé en Occident, Fibak devient bien plus qu'un entraîneur. Il guide le jeune Tchécoslovaque dans la découverte du circuit professionnel, l'aide à structurer son travail et joue un rôle essentiel dans son développement technique. L'un de ses principaux chantiers concerne le revers de Lendl, longtemps considéré comme moins naturel que son coup droit. À force d'entraînement, ce coup gagne en solidité jusqu'à devenir une arme fiable, capable de soutenir les plus longs échanges sans constituer une faiblesse.

Après son premier titre du Grand Chelem, Lendl refuse pourtant de se satisfaire de ses acquis. Il fait alors appel à Tony Roche, l'un des techniciens les plus réputés du circuit. L'Australien l'aide à enrichir son jeu offensif, à améliorer sa volée et à devenir plus à l'aise sur les surfaces rapides. Leur collaboration illustre parfaitement la philosophie de Lendl : continuer à progresser alors même que l'on est déjà au sommet.

À leurs côtés, des préparateurs physiques et différents spécialistes accompagnent également le Tchécoslovaque dans son exigence quotidienne. Bien avant que ces structures ne deviennent la norme, Lendl comprend qu'un grand champion ne se construit pas seul.

Des années plus tard, c'est à son tour de transmettre ce qu'il a appris. En devenant l'entraîneur d'Andy Murray, il mettra cette exigence au service d'un autre champion.

de 1978 à 1994

Sa carrière

Ivan Lendl, les débuts
Le premier grand titre de Lendl sur la scène internationale sera un titre collectif. En décembre 1980 il contribue nettement à la première victoire de la Tchécoslovaquie en Coupe Davis.
1978-1980

Les débuts

Avant même ses débuts chez les professionnels, Ivan Lendl est déjà considéré comme l'un des plus grands espoirs du tennis mondial. Sa victoire au tournoi juniors de Roland-Garros en 1978 confirme l'immense potentiel d'un joueur dont la puissance, la maturité tactique et la rigueur impressionnent bien au-delà de son âge.

Le passage chez les professionnels est à la hauteur des attentes. Lendl s'adapte avec une rapidité remarquable aux exigences du circuit ATP, où son jeu de fond de court et sa solidité physique lui permettent de rivaliser très tôt avec les meilleurs joueurs du monde. Les premiers titres ne tardent pas à arriver, tandis que son ascension au classement mondial semble irrésistible.

Parallèlement, il s'affirme comme le leader naturel de l'équipe tchécoslovaque de Coupe Davis. Habitué aux responsabilités dès son plus jeune âge, il y forge une partie de son caractère de compétiteur et confirme sa capacité à répondre présent dans les grandes confrontations.

À seulement vingt ans, Lendl ne fait déjà plus figure de simple espoir. Il possède désormais le jeu, le physique et la régularité d'un futur numéro un mondial.

Ivan Lendl, l'ascension contrariée
Roland-Garros 1981 : une première finale majeure perdue contre Björn Borg.
1981-1983

L'ascension contrariée

En l'espace de quelques saisons, Ivan Lendl s'impose comme l'un des joueurs les plus réguliers du circuit. Les titres s'accumulent, les finales aussi, et son ascension vers la première place mondiale paraît inéluctable. Pourtant, plus sa domination s'affirme au fil de la saison, plus une question revient avec insistance : pourquoi ce joueur si performant échoue-t-il toujours dans les plus grands rendez-vous ?

Il se hisse en finale de Roland-Garros, où l'attend Björn Borg, quadruple tenant du titre. Lendl ne s'incline qu'en cinq sets après avoir pourtant perdu les deux premières manches. Le Suédois se laisse rarement rattraper au score quand il prend le large. Le scénario de cette première finale est donc rempli de promesses.

L'histoire se répète. Battu en finale de l'US Open en 1982, puis de l'Open d'Australie et de nouveau de l'US Open en 1983, le Tchécoslovaque voit naître une réputation aussi injuste que tenace : celle d'un immense joueur incapable de conclure lorsque l'enjeu devient maximal.

Le paradoxe est pourtant saisissant. Alors qu'il accumule les échecs en Grand Chelem, Lendl domine déjà le circuit semaine après semaine. Il remporte une quarantaine de titres ATP avant même de soulever son premier trophée majeur et accède à la première place mondiale. Peu de joueurs dans l'histoire auront autant gagné... tout en donnant l'impression de ne pas avoir encore vraiment réussi.

Ses adversaires ne se privent pas d'entretenir cette image. Jimmy Connors le surnomme « la poule mouillée », persuadé que son rival manque de sang-froid dans les grands moments. Les médias s'emparent de cette réputation, oubliant parfois qu'ils parlent déjà du meilleur joueur du monde.

À la fin de l'année 1983, le doute est partout. Ivan Lendl est-il condamné à rester ce champion extraordinaire qui échoue toujours au dernier obstacle ? L'année suivante apportera une réponse éclatante.

Ivan Lendl à Roland-Garros 1984
Roland-Garros 1984 : Lendl renverse McEnroe et décroche enfin son premier Grand Chelem.
1984-1985

La délivrance

Au printemps 1984, Ivan Lendl arrive à Roland-Garros avec un poids immense sur les épaules. Numéro un mondial, vainqueur de dizaines de tournois, il attend pourtant toujours ce premier titre du Grand Chelem qui lui échappe depuis plusieurs années. Quatre finales perdues ont fini par nourrir un doute persistant : est-il vraiment capable de triompher lorsque tout se joue ?

La finale face à John McEnroe semble d'abord confirmer les critiques. L'Américain, invaincu depuis le début de la saison, mène deux manches à zéro et paraît se diriger vers un nouveau sacre. Mais le scénario bascule. Plus endurant, plus patient et de plus en plus dominateur dans l'échange, Lendl renverse la rencontre pour s'imposer en cinq sets. Au-delà de son premier titre majeur, il fait tomber un fardeau qu'il portait depuis trop longtemps.

Cette victoire change profondément le regard porté sur lui. Le champion qui accumulait les titres sans parvenir à décrocher un Grand Chelem n'existe plus. Quelques mois plus tard, il confirme cette métamorphose en remportant l'US Open, le tournoi où il avait échoué lors de ses deux précédentes finales. En l'espace d'une saison, les doutes ont laissé place aux certitudes.

Lendl n'a pas seulement gagné deux tournois majeurs. Il a définitivement franchi le dernier obstacle qui le séparait des plus grands champions de son époque. Désormais, ce n'est plus lui qui court après le numéro un mondial : c'est le reste du circuit qui tente de le détrôner.

Ivan Lendl, le règne
US Open 1987 : la finale remportée contre Mats Wilander, au coeur de sa série de huit finales consécutives à New York.
1986-1990

Le règne

À partir de 1986, Ivan Lendl n'est plus seulement le numéro un mondial : il devient la référence du tennis masculin. Pendant plusieurs saisons, sa régularité, son exigence et son niveau de jeu font de lui l'adversaire que chacun rêve de battre. Plus qu'un champion, il devient l'étalon auquel se mesurent tous les prétendants au sommet.

Cette domination s'appuie sur une constance exceptionnelle. Là où ses principaux rivaux alternent les périodes fastes et les passages à vide, Lendl répond présent presque chaque semaine. Les titres s'accumulent, les finales aussi, tout comme les semaines passées au sommet du classement mondial. Rarement un joueur aura exercé une telle emprise sur le circuit pendant une période aussi longue.

L'US Open symbolise mieux que tout autre tournoi cette suprématie. Après avoir longtemps buté sur le rendez-vous new-yorkais, il y dispute huit finales consécutives, un record de l'ère Open qui tient toujours, et dans l'intervalle en remporte trois de suite. En 1987, il y réalise également un exploit resté unique dans l'histoire du tournoi en infligeant un 6-0, 6-0, 6-0 au Sud-Africain Barry Moir dès le premier tour. Ce « triple bagel », expédié en seulement 71 minutes, demeure à ce jour le seul jamais enregistré en simple messieurs à l'US Open. De son côté, le Masters devient également son domaine, avec cinq sacres qui confirment sa capacité à dominer les meilleurs joueurs de la saison.

Pourtant, cette période n'a rien d'un règne sans partage. Boris Becker, Stefan Edberg, Mats Wilander ou encore Pat Cash remportent eux aussi les plus grands tournois. Mais tous doivent, à un moment ou à un autre, se mesurer au maître du circuit. Battre Lendl devient presque un rite de passage : la preuve qu'un joueur est prêt à rejoindre les tout meilleurs.

Une seule quête continue pourtant de le frustrer : Wimbledon. Malgré deux finales et d'immenses efforts pour adapter son jeu au gazon, le trophée londonien lui échappe toujours. Cette exception ne remet toutefois pas en cause sa domination. Elle rappelle simplement que même les plus grands champions peuvent buter sur un rêve inassouvi.

À la fin des années 1980, Ivan Lendl ne règne plus seulement par son palmarès. Il est devenu le véritable baromètre du circuit. Pour les champions de sa génération, le détrôner ne représente pas seulement une grande victoire : c'est la confirmation qu'ils sont prêts à prendre sa place au sommet du tennis mondial.

Ivan Lendl à Wimbledon en 1990
En 1990, Ivan Lendl prend une décision qui défraye la chronique : il choisit de faire l'impasse sur Roland-Garros afin de consacrer plusieurs semaines supplémentaires à sa préparation pour Wimbledon...
Ivan Lendl face à David Wheaton à Wimbledon
... mais cette prise de risque, qui mérite d'être saluée, ne sera pas récompensée. Wimbledon continuera de se refuser à lui. Lendl s'incline en demi-finale en 1990 face à Stefan Edberg, puis connaît une désillusion encore plus grande en 1991, éliminé dès le troisième tour par David Wheaton.
1990-1991

Wimbledon, le rêve impossible

En 1990, Ivan Lendl prend une décision qui surprend le monde du tennis : il renonce à Roland-Garros.

Pourquoi ?

Conscient que son tennis de fond de court atteint ses limites sur le gazon londonien, Lendl refuse de se résigner. Alors qu'il domine déjà le circuit mondial, il accepte de remettre en question une partie de son jeu. Il perfectionne sa volée, travaille davantage ses montées au filet et adapte son service afin d'être plus efficace sur la surface la plus exigeante de son époque.

Son engagement est total. En 1990, nous l'avons dit, il va jusqu'à renoncer à s'aligner sur le French Open afin de disposer de plusieurs semaines supplémentaires pour préparer la saison sur gazon. Un choix inédit pour un triple vainqueur du tournoi parisien, qui illustre l'importance qu'il accorde à Wimbledon. Mais dans ce jardin qu'il courtise sans ménager sa peine, les fruits ne tombent pas de l'arbre. Rentré bredouille de sa campagne 1990, il retente le même pari en 1991.

Paradoxalement, cet échec persistant contribue à renforcer son image. Il rappelle que, même au sommet, Lendl n'a jamais cessé d'apprendre ni de remettre son jeu en question. Wimbledon restera son grand rendez-vous manqué, mais aussi le symbole le plus éclatant de son insatiable volonté de progresser.

Ivan Lendl, le déclin
1994 : la dernière saison, marquée par les problèmes chroniques au dos qui précipitent sa retraite.
1991-1994

Le déclin

À partir de 1991, une autre histoire commence. Ivan Lendl voit peu à peu le visage du circuit changer. Une nouvelle génération, emmenée par Pete Sampras, Jim Courier et Andre Agassi, s'impose progressivement. Pour la première fois depuis longtemps, les jeunes champions ne cherchent plus à rejoindre Lendl : ils sont en train de le dépasser.

Après de longues années d'attente, Lendl obtient enfin la nationalité américaine le 7 juillet 1992. Mais alors qu'il rêvait de jouer la coupe Davis sous la bannière étoilée, son niveau de jeu décline rapidement. La nouvelle vague américaine - Sampras, Agassi, Courier, Chang - avait de quoi tenir la comparaison avec l'ancien numéro 1 mondial.

En 1994, des problèmes chroniques au dos le contraignent à mettre un terme à sa carrière professionnelle. Il quitte le circuit avec 94 titres en simple, huit trophées du Grand Chelem et l'un des plus beaux palmarès de l'histoire du tennis.

Rivalités

Trois grandes rivalités

Jimmy Connors Connors
John McEnroe McEnroe
Mats Wilander Wilander
Ivan Lendl face à Jimmy Connors

Jimmy Connors : la revanche

Jimmy Connors représente pour Ivan Lendl un défi personnel. Combatif, provocateur et volontiers moqueur, l'Américain cherche autant à déstabiliser son rival mentalement qu'à le battre sur le court.

Les débuts de leur rivalité tournent largement à l'avantage de Connors. L'Américain remporte leurs huit premières confrontations et nourrit l'image d'un Lendl incapable de s'imposer dans les grands rendez-vous. Persuadé que le Tchécoslovaque manque de courage lorsque la pression monte, il le surnomme publiquement « la poule mouillée ». L'expression fait le tour du circuit et colle durablement à la peau d'un joueur pourtant déjà considéré comme l'un des plus talentueux de sa génération.

Lendl ne répond jamais sur le terrain médiatique. Fidèle à son caractère, il laisse sa raquette parler. À partir de 1983, le rapport de force s'inverse spectaculairement : il remporte les dix-sept dernières confrontations entre les deux hommes et transforme un retard de 0-8 en un bilan final de 22 succès à 13.

Cette rivalité résume à elle seule l'évolution d'Ivan Lendl. Longtemps contesté malgré son immense talent, il finit par faire taire les critiques de la plus éclatante des manières. Connors avait choisi les mots ; Lendl choisit les victoires.

Ivan Lendl face à John McEnroe

John McEnroe : le passage de témoin

Tout oppose John McEnroe et Ivan Lendl. L'un joue à l'instinct, vit chaque point avec passion et captive le public par son tempérament volcanique ; l'autre incarne déjà une approche méthodique, fondée sur la préparation physique, la puissance et la rigueur tactique. Leur opposition dépasse rapidement le simple cadre sportif : elle symbolise la confrontation entre deux visions du tennis.

Leur rivalité ne suit pourtant pas une trajectoire linéaire. Après avoir perdu leurs deux premiers affrontements en 1980, Lendl remporte sept rencontres consécutives entre 1981 et 1982. McEnroe reprend ensuite nettement l'ascendant au cours de ses deux plus grandes saisons, en 1983 et surtout en 1984, avant que le Tchécoslovaque ne finisse par dominer la fin de leur duel en remportant dix de leurs onze dernières confrontations.

Au-delà des statistiques, leurs affrontements accompagnent surtout le passage de témoin entre deux règnes. McEnroe domine le début de la décennie, tandis que Lendl s'impose progressivement comme la nouvelle référence du circuit. Leur duel oppose ainsi le dernier grand représentant d'un tennis d'inspiration et de toucher au premier champion de l'ère moderne, où la préparation physique, la puissance et le professionnalisme deviennent des armes décisives.

Ivan Lendl face à Mats Wilander

Rivalité avec Mats Wilander : conserver le trône

Au début des années 1980, Mats Wilander et Ivan Lendl s'imposent progressivement comme deux nouveaux visages de l'élite, aux côtés de Connors et McEnroe. Leur rivalité se construit d'abord sur terre battue, où ils se partagent les plus grands succès et se disputent régulièrement la suprématie.

Sur cette surface, là où Connors et McEnroe ne parviennent plus à suivre durablement le rythme du Tchèque, Wilander reste son égal. Sur les autres surfaces, en revanche, le Suédois est plus en retrait. Lendl, devenu la référence du circuit sur dur, règne notamment sur l'US Open. La hiérarchie semble alors claire : Wilander peut rivaliser avec Lendl sur terre battue, mais éprouve davantage de difficultés à le faire sur les autres surfaces.

L'année 1988 marque un tournant. En remportant l'US Open au terme d'une finale d'anthologie, Wilander vient battre Lendl là où le Tchèque semblait imprenable. Cette bascule se concrétise quelques semaines plus tard lorsqu'il lui ravit la première place mondiale. Lendl n'est plus contesté par Wilander sur la seule terre battue.

À la différence de Connors et McEnroe, dont la menace s'est progressivement estompée au fil des années, Wilander demeure jusqu'en 1988 un rival capable de soutenir durablement la comparaison avec Lendl. Leur opposition accompagne ainsi tout le règne du Tchèque, avant que le Suédois ne fasse vaciller, le temps d'une saison exceptionnelle, son emprise sur le circuit.

Palmarès

Ses 94 titres

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Grand Chelem Masters Masters 1000 Grand tournoi historique

Houston 1980
Toronto 1980
Barcelone 1980
Bâle 1980
Tokyo 1980
Hong Kong 1980
Taipei 1980
Stuttgart 1981
Las Vegas 1981
Montréal 1981
Madrid 1981
Barcelone 1981
Bâle 1981
Vienne 1981
Cologne 1981
Buenos Aires 1981
Masters 1981
Delray Beach 1982
Gênes 1982
Munich 1982
Strasbourg 1982
Francfort 1982
Houston 1982
Dallas 1982
Forest Hills 1982
Washington 1982
North Conway 1982
Cincinnati 1982
Los Angeles 1982
Naples 1982
Hartford 1982
Masters 1982
Détroit 1983
Milan 1983
Houston 1983
Hilton Head 1983
Montréal 1983
San Francisco 1983
Tokyo 1983
Luxembourg 1984
R-Garros 1984
Wembley 1984
Fort Myers 1985
Monte-Carlo 1985 Dallas 1985
Forest Hills 1985
Indianapolis 1985
US Open 1985
Stuttgart 1985
Sydney 1985
Tokyo 1985
Wembley 1985
Masters 1985
Philadelphie 1986
Boca West 1986
Milan 1986
Fort Myers 1986
Rome 1986 R-Garros 1986
Stratton Mountain 1986
US Open 1986 Masters 1986
Hambourg 1987
R-Garros 1987
Washington 1987
Montréal 1987
US Open 1987
Sydney 1987
Wembley 1987
Masters 1987 Monte-Carlo 1988 Rome 1988
Toronto 1988
Australie 1989
Scottsdale 1989
Miami 1989
Forest Hills 1989
Hambourg 1989
Queen's 1989
Montréal 1989
Bordeaux 1989
Sydney 1989
Stockholm 1989
Australie 1990
Milan 1990
Toronto 1990
Queen's 1990
Tokyo 1990
Philadelphie 1991
Memphis 1991
Long Island 1991
Tokyo 1992
Munich 1993
Tokyo 1993
Reconversion

Après le tennis

Ivan Lendl entraîneur

Lorsque Ivan Lendl met un terme à sa carrière en 1994, il choisit de s'éloigner du circuit. À la différence de nombreux anciens champions, il refuse les plateaux de télévision et les fonctions de consultant. Fidèle à son tempérament réservé, il préfère une vie plus discrète, consacrée à sa famille et à l'une de ses grandes passions : le golf, discipline dans laquelle il participe à plusieurs compétitions amateurs de haut niveau.

Pendant près de deux décennies, ses apparitions dans le monde du tennis restent rares. Son retour crée donc la surprise lorsqu'il accepte, en 2011, de devenir l'entraîneur d'Andy Murray. Le défi est à la hauteur de son propre parcours : aider un joueur au talent immense à franchir le dernier obstacle qui le sépare encore des plus grands titres.

L'association porte rapidement ses fruits. Sous la direction de Lendl, Murray remporte l'US Open en 2012, puis Wimbledon en 2013, mettant fin à soixante-dix-sept années d'attente pour le tennis britannique. Il deviendra ensuite numéro un mondial, consacrant la réussite de leur collaboration.

Après une première séparation en 2014, les deux hommes renouent leur partenariat entre 2016 et 2017, preuve de la confiance qui les unit. Si Lendl demeure discret, son influence continue de s'exercer loin des projecteurs, avec la même exigence qui avait fait de lui l'un des plus grands champions de son époque.

En quittant le court pour rejoindre le banc des entraîneurs, Ivan Lendl n'a pas changé de philosophie : il a simplement transmis à une nouvelle génération les principes qui avaient façonné sa propre réussite.

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Date de dernière mise à jour : 11/10/2026