1986-1990
Le règne
À partir de 1986, Ivan Lendl n'est plus seulement le numéro un mondial : il devient la référence du tennis masculin. Pendant plusieurs saisons, sa régularité, son exigence et son niveau de jeu font de lui l'adversaire que chacun rêve de battre. Plus qu'un champion, il devient l'étalon auquel se mesurent tous les prétendants au sommet.
Cette domination s'appuie sur une constance exceptionnelle. Là où ses principaux rivaux alternent les périodes fastes et les passages à vide, Lendl répond présent presque chaque semaine. Les titres s'accumulent, les finales aussi, tout comme les semaines passées au sommet du classement mondial. Rarement un joueur aura exercé une telle emprise sur le circuit pendant une période aussi longue.
L'US Open symbolise mieux que tout autre tournoi cette suprématie. Après avoir longtemps buté sur le rendez-vous new-yorkais, il y dispute huit finales consécutives, un record de l'ère Open qui tient toujours, et dans l'intervalle en remporte trois de suite. En 1987, il y réalise également un exploit resté unique dans l'histoire du tournoi en infligeant un 6-0, 6-0, 6-0 au Sud-Africain Barry Moir dès le premier tour. Ce « triple bagel », expédié en seulement 71 minutes, demeure à ce jour le seul jamais enregistré en simple messieurs à l'US Open. De son côté, le Masters devient également son domaine, avec cinq sacres qui confirment sa capacité à dominer les meilleurs joueurs de la saison.
Pourtant, cette période n'a rien d'un règne sans partage. Boris Becker, Stefan Edberg, Mats Wilander ou encore Pat Cash remportent eux aussi les plus grands tournois. Mais tous doivent, à un moment ou à un autre, se mesurer au maître du circuit. Battre Lendl devient presque un rite de passage : la preuve qu'un joueur est prêt à rejoindre les tout meilleurs.
Une seule quête continue pourtant de le frustrer : Wimbledon. Malgré deux finales et d'immenses efforts pour adapter son jeu au gazon, le trophée londonien lui échappe toujours. Cette exception ne remet toutefois pas en cause sa domination. Elle rappelle simplement que même les plus grands champions peuvent buter sur un rêve inassouvi.
À la fin des années 1980, Ivan Lendl ne règne plus seulement par son palmarès. Il est devenu le véritable baromètre du circuit. Pour les champions de sa génération, le détrôner ne représente pas seulement une grande victoire : c'est la confirmation qu'ils sont prêts à prendre sa place au sommet du tennis mondial.