Tennis Chron'open
Felix Mantilla - Chron'Open
Chron'Open
Espagne
droitier - revers à une main

FelixMantilla

Le marathonien de l'Armada
Felix Mantilla

Dans l'imposante Armada espagnole des années 1990, Felix Mantilla n'était ni le plus spectaculaire ni le plus médiatique. Mais lorsqu'un match s'installait dans la durée, particulièrement sur terre battue, le Barcelonais devenait un adversaire dont il était extrêmement difficile de se débarrasser. Infatigable du fond du court, excellent défenseur et doté d'un superbe revers à une main, Mantilla avait fait de la résistance une véritable arme. Il pouvait passer des heures à courir, remettre une balle de plus et attendre que l'adversaire accepte de livrer le même combat que lui.

10Titres ATP
1998n°10 mondial
Naissance 23 septembre 1974
Jeunesse

Une progression loin des projecteurs

Vue de Barcelone depuis le parc Güell
Barcelone, ville natale de Felix Mantilla : le point de départ d'une formation patiente, longtemps menée loin des filières les plus favorisées.

Né à Barcelone en 1974, Félix Mantilla commence le tennis à 10 ans, mais ne se consacre sérieusement à la compétition que quelques années plus tard. À 15 ans, il commence à travailler avec Jordi Vilaró, qui va jouer un rôle déterminant dans sa formation. Le jeune Barcelonais n'est pourtant pas considéré comme l'un des grands espoirs de sa génération. Derrière d'autres jeunes Espagnols mieux classés, il reçoit peu d'aide fédérale et construit largement sa carrière en marge des structures nationales.

De 1993 à 2008

Sa carrière

Felix Mantilla en action à Stuttgart en 1996
Stuttgart 1996 : passé par les Satellites et les Challengers, Felix Mantilla affiche désormais sur le grand circuit la même intensité qui a construit son ascension.
1992-1996

Des débuts prometteurs

En 1992, il fait partie, avec Albert Costa, de l'équipe espagnole victorieuse de la Sunshine Cup. Professionnel à partir de 1993, il gravit progressivement les échelons par les circuits Satellite et Challenger. En 1995, il atteint à Buenos Aires sa première finale sur le circuit principal, perdue contre Carlos Moya.

L'explosion intervient en 1996. Mantilla dispute cinq finales ATP et remporte à Porto son premier titre, aux dépens d'Hernan Gumy. Il compile cette année-là 44 victoires sur terre battue et termine la saison au 18e rang mondial.

Felix Mantilla et Sergi Bruguera à Umag en 1997
Umag 1997 : Felix Mantilla soulève le trophée devant Sergi Bruguera, l'un des cinq titres qui font de lui l'homme fort de la saison sur terre battue.
1997

L'homme fort de la terre battue

Mantilla commence 1997 par une performance inattendue sur dur en atteignant les quarts de finale de l'Open d'Australie, où Carlos Moya met fin à son parcours. Mais c'est avec le retour de la terre battue que sa saison prend une tout autre dimension. À Hambourg, il atteint sa première finale dans un tournoi de la catégorie Masters Series, où Andrei Medvedev l'empêche de soulever le trophée.

Felix Mantilla avec le trophée de Saint-Marin en 1997
Saint-Marin 1997 : au cœur d'un été presque sans faute, Félix Mantilla décroche son quatrième titre en quelques semaines.

À Düsseldorf, Mantilla remporte ses quatre simples et contribue largement à la victoire de l'Espagne dans la World Team Cup. Après une élimination précoce à Roland-Garros, il se déchaîne durant l'été. À Bologne, il bat en finale Gustavo Kuerten, tout juste couronné à Roland-Garros, puis enchaîne les titres à Gstaad, Umag et Saint-Marin.

En septembre, il remporte Bournemouth en dominant Carlos Moya 6/2 6/2. Entre juin et août, Mantilla gagne 22 matchs sur 23. Il termine l'année avec cinq titres et surtout 42 victoires pour seulement 8 défaites sur terre battue, meilleur bilan du circuit sur cette surface.

Felix Mantilla à Roland-Garros en 1998
Roland-Garros 1998 : Felix Mantilla en route vers sa victoire en quart de finale contre Thomas Muster.
1998

Dans le dernier carré à Roland-Garros

Mantilla confirme en 1998 qu'il peut également obtenir des résultats loin de sa surface favorite. À Dubaï, sur dur, il atteint la finale, perdue contre Alex Corretja. À Hambourg, il livre l'un des combats caractéristiques de sa carrière : face à Alberto Berasategui, il sauve neuf balles de match avant de s'imposer 1/6 7/6 7/6 et de poursuivre son parcours jusqu'en demi-finales.

Felix Mantilla et Carlos Moya à Roland-Garros en 1998
Roland-Garros 1998 : Felix Mantilla, à gauche, et Carlos Moya après la demi-finale qui demeure le meilleur résultat majeur de Mantilla.

À Roland-Garros, Mantilla réalise son meilleur tournoi du Grand Chelem. En quarts de finale, il domine Thomas Muster 6/4 6/2 4/6 6/3. L'Autrichien, vainqueur du tournoi trois ans plus tôt, reste alors l'une des références absolues sur terre battue. Pour une place en finale, Mantilla retrouve Carlos Moya. Après avoir remporté la première manche, il cède finalement en quatre sets. Moya remportera ensuite le tournoi.

Felix Mantilla avec le trophée de Bournemouth en 1998
Bournemouth 1998 : ce deuxième titre consécutif sur la côte anglaise confirme que la saison de Felix Mantilla ne se résume pas à son dernier carré parisien.

Le 8 juin 1998, Mantilla atteint la 10e place mondiale, le meilleur classement de sa carrière. Il conserve en septembre son titre à Bournemouth en battant Albert Costa et atteint également une deuxième finale sur dur à Long Island.

Felix Mantilla avec le trophée de Barcelone en 1999
Barcelone 1999 : Felix Mantilla gagne au Real Club de Tenis Barcelona l'année du centenaire de son club.
1999

Barcelone et Sampras

En mars 1999, Mantilla signe à Indian Wells une victoire qui tranche avec son image de spécialiste de terre battue. Sur dur, il élimine Pete Sampras, alors n°1 mondial, 7/6 3/6 6/3. Quelques semaines plus tard, il remporte le tournoi qui possède pour lui une valeur particulière : Barcelone. Membre du Real Club de Tenis Barcelona, Mantilla s'impose l'année du centenaire du club. Après avoir notamment éliminé Carlos Moya puis Francisco Clavet, il domine Karim Alami 7/6 6/3 6/3 en finale.

À Rome, son parcours s'arrête en demi-finale contre Patrick Rafter. Agacé mais amusé par le slice de revers très lent de l'Australien, Mantilla lâche ensuite l'une des remarques les plus savoureuses de sa carrière : certaines balles lui donnaient l'impression d'avoir été frappées par sa propre mère.

Felix Mantilla représente l'Espagne en Nouvelle-Zélande en 1999
Christchurch 1999 : blessé au dos face à Mark Nielsen, Felix Mantilla prolonge pourtant le combat jusqu'au cinquième set - son unique apparition en Coupe Davis.

En septembre, il dispute en Nouvelle-Zélande son unique rencontre de Coupe Davis. L'Espagne joue son maintien dans le Groupe mondial. Face à Mark Nielsen, Mantilla se blesse au dos dès le deuxième set mais poursuit le combat et finit par s'imposer après 3 h 28 : 6/2 3/6 4/6 7/6 6/3. L'Espagne remportera la rencontre 5-0.

Juan Carlos Ferrero aide Felix Mantilla à se relever à Estoril en 2001
Estoril 2001 : Juan Carlos Ferrero aide Felix Mantilla à se relever lors de la saison qui marque son retour sur le circuit principal.
2000-2002

Reconstruire après l'opération

La saison 2000 s'interrompt brutalement en juillet. Mantilla souffre de l'épaule droite et doit être opéré le 2 août. Son retour en 2001 passe d'abord par le circuit Challenger. Il remporte successivement les tournois d'Espinho et de Barletta, avant de retrouver une finale ATP à Estoril.

Felix Mantilla avec le trophée de Palerme en 2001
Palerme 2001 : Félix Mantilla retrouve le goût de la victoire en dominant David Nalbandian en finale.

En septembre, à Palerme, il décroche son neuvième titre. Comme à Hambourg trois ans plus tôt, Mantilla sauve neuf balles de match en demi-finale, cette fois contre Albert Portas, avant de s'imposer puis de battre David Nalbandian en finale.

En 2002, il démontre encore qu'il peut être dangereux sur dur en atteignant les finales de Doha et d'Indianapolis. À Toronto, il bat surtout Lleyton Hewitt, alors n°1 mondial, 2/6 6/4 6/3. Trois ans après Sampras, c'est le deuxième numéro un en exercice qu'il parvient à faire tomber sur dur.

Sebastien Grosjean à l'Open d'Australie en 2003
Open d'Australie 2003 : Sebastien Grosjean, adversaire de Felix Mantilla en huitièmes de finale, célèbre sa victoire après avoir remonté deux sets de retard.
2003

Le chef-d'œuvre romain

Le début de l'Open d'Australie 2003 résume presque à lui seul le personnage. Mantilla gagne ses trois premiers matchs en cinq sets. En huitièmes de finale contre Sebastien Grosjean, il prend encore deux manches d'avance. Cette fois, le Français renverse la situation et s'impose lui aussi au cinquième set.

Au printemps, Mantilla arrive à Rome sans faire partie des principaux favoris. Il est alors 47e mondial et n'est pas tête de série. Le Catalan élimine notamment Albert Costa et Ivan Ljubicic, puis bat Yevgeny Kafelnikov en demi-finale. En finale se dresse Roger Federer, en pleine ascension et qui vient de remporter le tournoi de Munich.

Felix Mantilla et Roger Federer après la finale de Rome en 2003
Rome 2003 : Felix Mantilla et Roger Federer après la finale qui offre au Catalan le plus grand titre de sa carrière.

Mantilla impose au Suisse un combat physique et méthodique. Il défend remarquablement, rallonge les échanges et profite des fautes adverses pour s'imposer 7/5 6/2 7/6. À 28 ans, il vient de décrocher à Rome le plus grand titre de sa carrière. Il est le premier joueur non tête de série à remporter les Internationaux d'Italie depuis le début de l'ère Open.

Au moment de la remise du trophée, Mantilla craque et fond en larmes. Il remercie sa famille, son entraîneur Joaquin Munoz, son préparateur physique Ernesto Lapiedra, mais aussi Jordi Vilaro, l'homme qui l'avait accompagné pendant onze ans à ses débuts.

Marat Safin baisse son short face à Felix Mantilla à Roland-Garros en 2004
Roland-Garros 2004 : face à Felix Mantilla, Marat Safin célèbre un point en baissant son short, scène insolite d'un marathon de 4 h 37 disputé sur deux jours.
2004

L'art de refuser la défaite

Même lorsque sa carrière commence à décliner, Mantilla reste capable de produire des matchs improbables. À Rome en 2004, où il défend son titre, Robby Ginepri semble avoir le match en main. L'Américain mène 7/5 5/1 et obtient plusieurs balles de match, mais Mantilla les sauve toutes. Il remporte alors douze jeux consécutifs et transforme une rencontre pratiquement perdue en victoire : 5/7 7/5 6/0.

Quelques semaines plus tard, Roland-Garros lui offre un autre marathon, face à Marat Safin. La rencontre dure 4 h 37 et s'étale sur deux jours. Elle reste aussi associée à une scène aussi cocasse qu'inattendue : après un point, Safin baisse son short sur le court. Mantilla sert trois fois pour le match dans la cinquième manche et se procure une balle de match, mais Safin finit par arracher la victoire : 6/4 2/6 6/2 6/7 11/9.

Ce sont deux matchs qui racontent mieux que n'importe quelle statistique ce qu'était Felix Mantilla sur un court : un joueur qui ne considérait jamais une rencontre comme perdue tant qu'il restait encore une balle à jouer.

Gaston Gaudio lors de son match contre Felix Mantilla à Roland-Garros en 2005
Roland-Garros 2005 : Gaston Gaudio, adversaire de Felix Mantilla au premier tour, dans l'un des derniers grands rendez-vous disputés par le Catalan avant son absence de dix-neuf mois.
2005-2008

Le combat le plus important

En 2005, les résultats déclinent et les problèmes physiques se multiplient. Après l'US Open, Mantilla disparaît du circuit. À la fin de l'année, il consulte un médecin pour une blessure au poignet. Au cours de l'examen, un grain de beauté situé dans son dos attire l'attention. Il est retiré puis analysé : le diagnostic révèle un mélanome, une forme de cancer de la peau.

Mantilla est traité avec succès, mais reste éloigné de la compétition pendant dix-neuf mois. À plus de 30 ans, après une telle épreuve et plusieurs blessures, la solution la plus logique serait d'abandonner. Il choisit pourtant de revenir.

Felix Mantilla lors de son retour à Barcelone en 2007
Barcelone 2007 : dix-neuf mois après avoir disparu du circuit, Felix Mantilla retrouve la terre de son club et le public qui l'a vu devenir champion.

Au printemps 2007, il réapparaît au Challenger de Monza, puis retrouve le circuit ATP à Barcelone. Pour son premier match dans son tournoi, il bat Farrukh Dustov avant de pousser Carlos Moya en trois manches au tour suivant. Il dispute ensuite plusieurs Challengers et atteint encore la finale à Reggio Emilia.

Son dernier match officiel a lieu à Umag en juillet 2007, face à Robin Haase. Le 7 avril 2008, Felix Mantilla annonce officiellement sa retraite.

Style de jeu

Le marathonien

Felix Mantilla à Roland-Garros en 1998

Mantilla était un pur joueur de fond de court, façonné par la terre battue. Sa principale qualité était sa capacité à supporter des échanges et des matchs interminables sans relâcher son intensité. Excellent défenseur, très mobile, il possédait une remarquable endurance et une grande solidité mentale. Là où d'autres cherchaient à terminer le point rapidement, Mantilla acceptait volontiers de rejouer une balle, puis une autre, puis dix autres.

Son plus beau coup était son revers à une main, également son coup préféré. Il pouvait l'utiliser croisé pour repousser son adversaire ou accélérer long de ligne lorsqu'une ouverture apparaissait. Son coup droit était moins spectaculaire, mais stable et suffisamment lourd pour lui permettre de reprendre l'initiative.

Mantilla ne disposait ni du service de Sampras ni de la volée de Rafter. Il le disait lui-même : pour être dangereux, il devait être physiquement très fort, totalement concentré et mentalement prêt à lutter sur chaque point.

Ses 10 titres ont tous été remportés sur terre battue, ce qui dit beaucoup de sa spécialisation. Mais le réduire à un joueur incapable de s'exprimer ailleurs serait excessif : il a atteint plusieurs finales sur dur et surtout battu sur cette surface deux n°1 mondiaux en exercice, Pete Sampras et Lleyton Hewitt.

Entraîneurs

Les hommes de confiance

Jordi Vilaro, entraîneur historique de Felix Mantilla
Jordi Vilaro : onze années de travail et une confiance née avant les résultats, lorsque la fédération espagnole misait encore sur d'autres.

L'homme essentiel dans la formation de Mantilla est Jordi Vilaro. Les deux commencent à travailler ensemble lorsque Felix a environ 15 ans et leur collaboration dure onze ans. Vilaro croit en lui à une époque où Mantilla bénéficie de peu de soutien institutionnel. Il lui arrive même de financer lui-même certains déplacements.

Leur relation devient très forte et Mantilla parlera plus tard de lui comme d'un véritable second père.

Au début des années 2000, Mantilla travaille avec Joaquin Munoz, qui est son entraîneur lors du triomphe de Rome en 2003. Ernesto Lapiedra fait alors partie de son entourage comme préparateur physique.

Palmarès

Ses 10 titres

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Masters 1000 ATP 500 ATP 250

Porto 1996
Bologne 1997
Gstaad 1997
Umag 1997
Saint-Marin 1997
Bournemouth 1997
Bournemouth 1998
Barcelone 1999
Palerme 2001
Rome 2003
Après le tennis

Transmettre et prévenir

Mantilla reste très vite lié au tennis. En 2008, il travaille avec l'Américain Wayne Odesnik, puis Tennis Australia le recrute à plein temps afin d'aider de jeunes joueurs australiens à apprendre et à perfectionner le jeu sur terre battue. L'Australie installe même une base d'entraînement à Barcelone afin que ses meilleurs espoirs puissent se familiariser avec la surface européenne.

Felix Mantilla avec Lucas Pouille en 2022
Avec Lucas Pouille en 2022, Felix Mantilla retrouve le circuit dans un autre rôle : transmettre l'exigence et la patience qui avaient façonné son propre jeu.

Mantilla travaillera ensuite comme entraîneur, notamment auprès d'Alexandr Dolgopolov, puis de Lucas Pouille en 2022.

Felix Mantilla entouré de joueurs réunis au bénéfice de sa fondation
Entouré de plusieurs générations de joueurs, Felix Mantilla fait de l'épreuve traversée en 2005 une cause collective : prévenir le cancer de la peau bien au-delà du circuit.

Son histoire personnelle l'amène également à s'investir dans la lutte contre le cancer de la peau. En 2010, il crée la Fondation Felix Mantilla, consacrée à la prévention, à la recherche et à la sensibilisation aux dangers du mélanome, particulièrement chez les sportifs exposés de longues heures au soleil.

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Date de dernière mise à jour : 11/10/2026