Tennis Chron'open
Chron’Open
Roumanie
droitier - revers à une main

IlieNastase

Nasty le voyou
Ilie Nastase

Ilie Nastase avait assez de talent pour gagner sans tricher, mais trop de goût pour le désordre pour s’en contenter. Premier n°1 mondial du classement ATP, le Roumain fut aussi un provocateur, un manipulateur et un formidable escroc du court. Il pouvait désarmer un adversaire par son toucher, puis l’achever en lui volant sa concentration. Chez lui, le génie et la combine ne s’opposaient pas : ils jouaient en double.

2Grands Chelems
56Titres ATP
1973N°1 mondial
Naissance19 juillet 1946
L?essentiel

Les 2 couronnes

Style de jeu

Le génie du jeu

Ilie Nastase en action au filet

Avant d’être un provocateur, Ilie Nastase était un joueur d’exception. Rapide, souple et naturellement doué, le Roumain possédait une gamme de coups qui semblait ne connaître aucune limite. Il pouvait attaquer, défendre, monter au filet, ralentir soudainement l’échange ou accélérer sans prévenir. Là où la plupart des joueurs construisaient le point selon un plan, lui donnait souvent l’impression de l’inventer au moment de frapper la balle.

Son tennis reposait moins sur la puissance que sur la variété. Nastase maniait les effets avec une aisance rare et trouvait des angles que ses adversaires n’avaient pas toujours envisagés. Son service, dont la direction était difficile à lire, lui permettait d’ouvrir le court sans disposer de la force de frappe des plus grands serveurs de son époque. Son lob lifté constituait l’une de ses armes les plus redoutables : précis, profond et brusquement accéléré, il pouvait repousser jusqu’aux meilleurs attaquants. Sa vitesse et son sens de l’anticipation lui permettaient également de remettre des balles presque perdues.

Le Roumain était aussi capable de gestes que peu de joueurs auraient seulement tenté en compétition. Lorsque l’adversaire le lobait, il lui arrivait de frapper la balle dos au filet, par-dessus son épaule, d’un coup de poignet improvisé. Bud Collins avait baptisé cette riposte spectaculaire le « Bucharest Backfire ». Chez Nastase, la fantaisie n’était pas toujours un ornement destiné au public : elle appartenait réellement à son arsenal.

Un tel talent aurait dû lui permettre d’accumuler davantage de titres majeurs. Mais sa principale faiblesse ne se trouvait dans aucun de ses coups. Elle résidait dans son incapacité à rester durablement enfermé dans la logique du match. Nastase pouvait atteindre un niveau sublime, puis perdre sa concentration, s’irriter contre un arbitre ou se lancer dans un numéro dont il devenait lui-même la première victime. Son imagination faisait sa force ; son besoin permanent de rompre l’ordre établi constituait aussi sa limite.

De 1969 à 1985

Sa carrière

Ilie Nastase vainqueur à Rome en 1970
1970 : Nastase remporte le prestigieux tournoi de Rome.
1969-1970

Le voyou se fait un nom

Nastase apparaît véritablement sur la scène internationale à l’US Open 1969. Sur l’herbe de Forest Hills, il élimine Stan Smith au deuxième tour. Le Roumain fantasque et l’Américain irréprochable viennent de se rencontrer pour la première fois dans un grand tournoi : leur opposition deviendra bientôt l’une des histoires les plus marquantes du début des années 1970.

En 1970, Nastase franchit un nouveau palier. Il remporte les Internationaux d’Italie à Rome et atteint les quarts de finale de Roland-Garros. En double, il s’impose à Paris avec son compatriote Ion Țiriac, son partenaire, son conseiller et l’un des rares hommes capables d’exercer sur lui une véritable autorité. Ce premier titre du Grand Chelem annonce l’entrée du tennis roumain parmi les grandes puissances de l’époque.

Jan Kodeš et Ilie Nastase après la finale de Roland-Garros 1971
Roland 1971 : une première finale en Grand Chelem.
1971

Paris lui échappe, le Masters lui appartient

La saison 1971 confirme les qualités exceptionnelles du Roumain sur terre battue. Nastase atteint la finale de Roland-Garros, mais s’incline devant le Tchécoslovaque Jan Kodeš. Le tournoi est privé de plusieurs grands Australiens engagés sur le circuit WCT, ce qui atténue quelque peu la portée de son parcours.

Il trouve sa consolation à la fin de l’année au Masters, disputé au stade Pierre-de-Coubertin. Pour sa première participation, Nastase domine entièrement la formule de championnat : six matches, six victoires. Cette compétition réservée aux meilleurs semble faite pour lui. Il connaît les forces et les faiblesses de chacun, s’adapte à tous les styles et se nourrit de la confrontation directe avec les autres vedettes du circuit. Son histoire avec le Tournoi des maîtres ne fait que commencer.

Ilie Nastase avec le trophée de l’US Open 1972
1972 : un premier titre en Grand Chelem sur le gazon de Forest-Hills.
1972

Le sacre de Forest Hills

Nastase passe tout près d’un premier titre majeur à Wimbledon. En finale, il retrouve Stan Smith au terme d’un parcours durant lequel il a notamment dominé Jimmy Connors et Manuel Orantes. Les deux hommes se livrent un combat de cinq manches, conclu 7/5 au dernier set en faveur de l’Américain. Pour le Roumain, le royaume de l’herbe vient de se dérober une première fois.

Quelques semaines plus tard, à Forest Hills, Nastase ne laisse pas passer sa chance. Opposé en finale de l’US Open à Arthur Ashe, il perd le premier set, cède encore la troisième manche au jeu décisif, mais trouve les ressources nécessaires pour renverser la rencontre : 3/6 6/3 6/7 6/4 6/3. Le génie fantasque devient enfin champion du Grand Chelem.

La saison se termine par deux nouveaux affrontements avec Stan Smith. En finale de Coupe Davis à Bucarest, l’Américain remporte le simple décisif et permet aux États-Unis de conserver le trophée. Nastase prend sa revanche au Masters de Barcelone : après avoir mené deux sets à rien, il voit Smith revenir à hauteur, puis s’impose 6/3 dans la dernière manche. Il conserve ainsi son titre de maître.

Ilie Nastase soulève le trophée de Roland-Garros 1973
1973 : Nastase remporte les Internationaux de France.
1973

Le premier roi de l’ordinateur

En 1973, Nastase atteint le sommet de son art. Il règne sur la terre battue européenne, gagne Monte-Carlo, Rome, et parachève son œuvre avec le sacre à Roland-Garros. Il devient le premier Roumain à remporter le tournoi et le premier joueur à traverser les Internationaux de France sans perdre une manche.

Cette domination se prolonge tout au long de la saison. Dans le décompte historique retenu par Chron’Open, Nastase remporte quatorze tournois. Il brille sur toutes les surfaces et dans toutes les conditions, comme si son jeu avait enfin trouvé la continuité qui lui avait jusque-là fait défaut.

Le 23 août, l’ATP publie son premier classement informatique. Nastase apparaît devant Manuel Orantes, Stan Smith et Arthur Ashe. Il devient ainsi le premier n°1 mondial officiel de l’histoire du classement ATP. Il conservera cette place pendant quarante semaines consécutives, jusqu’en juin 1974.

Il termine son année par un troisième Masters consécutif, remporté à Boston contre Tom Okker. Nastase n’est plus seulement le joueur le plus spectaculaire de son époque : il est désormais le premier souverain reconnu par l’ordinateur.

Björn Borg et Ilie Nastase à Wimbledon en 1976
1976 : Borg domine le Roumain en finale de Wimbledon.
1974-1976

Borg et Connors referment la porte

L’année 1974 marque un changement de génération. Jimmy Connors domine la saison, tandis que Björn Borg remporte son premier Roland-Garros. Nastase reste parmi les meilleurs, mais il n’impose plus sa loi comme en 1973. Même le Masters lui échappe : Guillermo Vilas le bat en cinq manches au terme d’une finale longtemps indécise.

Le Roumain retrouve pourtant son tournoi favori en 1975 et ajoute une quatrième couronne à son palmarès. Ce succès ne masque pas l’évolution du circuit. Borg et Connors sont plus réguliers, plus puissants et mieux armés mentalement pour supporter une saison entière. Nastase peut encore les dominer lors d’une soirée parfaite, mais il ne parvient plus à maintenir leur cadence pendant plusieurs mois.

En 1976, à 30 ans, il reste n°3 mondial. Il atteint une deuxième finale à Wimbledon et les demi-finales de l’US Open, mais Borg l’arrête à chaque fois. Le Roumain manque la quinzaine de Roland-Garros en raison de ses engagements dans le World Team Tennis, ces « Intervilles » américaines auxquelles Philippe Chatrier livre alors une guerre ouverte. La carrière du Roumain demeure brillante ; elle se joue désormais dans l’ombre de Connors et Borg, les deux nouveaux patrons.

Ilie Nastase et sa raquette spaghetti à Aix-en-Provence en 1977
1977 : la raquette qui va défrayer la chronique.
1977

L’escroquerie parfaite

En 1977, Nastase offre à son personnage sombre surnommé « Nasty » son forfait le plus célèbre. Lors de la finale d’Aix-en-Provence contre Guillermo Vilas, il utilise une raquette au cordage dit « spaghetti ». La balle prend des effets et des rebonds si déroutants que l’Argentin, après avoir perdu les deux premiers sets 6/1 7/5, refuse de continuer.

Le procédé n’est pas encore interdit. Nastase n’enfreint donc formellement aucune règle : il exploite simplement une faille avant que les autorités ne la referment. Quelques semaines plus tard, ce type de cordage sera banni. Entre-temps, le Roumain aura mis fin à la série record de 46 victoires de Vilas. L’escroc n’a jamais aussi bien mérité son surnom : il a gagné selon le règlement, avec une arme que le règlement s’empresse ensuite d’interdire.

John McEnroe et Ilie Nastase à l’US Open 1979
US Open 1979 : le match entre McEnroe et Nastase a dégénéré.
1979

Le match qui échappe à tout le monde

Au deuxième tour de l’US Open 1979, Ilie Nastase affronte John McEnroe. Le Roumain est en déclin ; l’Américain s’apprête à conquérir son premier titre du Grand Chelem. Leur rencontre tourne pourtant moins au duel entre deux provocateurs qu’à une faillite générale de l’autorité.

Nastase ralentit le jeu, discute, conteste et pousse l’arbitre Frank Hammond à bout. Au début du quatrième set, celui-ci prononce sa disqualification. Le public se déchaîne, lance des objets et refuse le verdict. Devant le risque d’émeute, la direction du tournoi annule la sanction, remplace l’arbitre et fait reprendre le match. McEnroe finit par s’imposer 6/4 4/6 6/3 6/2.

Ce match a montré deux tempéraments explosifs pris dans une rencontre que plus personne, ni les joueurs, ni l’arbitre, ni même les organisateurs, ne parvient à maîtriser.

La comparaison entre les deux hommes s’arrête là. Nastase utilisait volontiers le désordre pour dérégler son adversaire. McEnroe dirigeait surtout sa colère contre les arbitres et les juges de ligne. L’un faisait du chaos une arme de séduction et de manipulation ; l’autre transformait ses frustrations en révolte ouverte contre l’autorité.

Ilie Nastase à Roland-Garros en 1981
1981 : Nastase est moins compétitif dans les années 80, mais il fait toujours le pitre.
1980-1985

Les dernières années

Depuis 1978 Nastase avait déjà bien reculé au classement. Il restait capable de quelques éclairs, mais son jeu, fondé sur la vitesse, l’inspiration et l’anticipation, supporta mal le poids des années. Il disputera son dernier tournoi du Grand Chelem à l’US Open 1985 et mettra fin à sa carrière sur le circuit à 39 ans.

Personnalité

L’escroc

Ilie Nastase faisant le pitre sur un court en terre battue

Ilie Nastase ne se contentait pas de battre son adversaire. Il cherchait à dérégler le match, à déplacer la partie sur un terrain où lui seul connaissait les règles. Une discussion avec l’arbitre, une imitation, une balle volontairement retardée, une plaisanterie adressée au public : tout pouvait servir à briser la concentration de l’homme placé de l’autre côté du filet.

Le Roumain avait compris avant beaucoup d’autres qu’un match ne se gagnait pas seulement avec une raquette. Il observait les réactions de son adversaire, repérait ses points de rupture et s’y engouffrait. Plus celui-ci s’agaçait, plus Nastase prolongeait son numéro. Il pouvait transformer un simple incident en interminable palabre, attirer le public dans son camp et placer l’arbitre dans une position intenable. Il ne volait pas nécessairement les points ; il volait à l’adversaire les conditions normales dans lesquelles il aurait pu les jouer.

Cette comédie le rendait extrêmement populaire auprès du public, qui attendait presque autant ses pitreries que ses coups de génie. Les joueurs, eux, goûtaient moins le spectacle. Certains lui reprochaient de dépasser largement la roublardise admise et de faire du désordre une véritable méthode. Même lorsqu’il occupait la première place mondiale, Nastase ne bénéficiait pas toujours dans les vestiaires du respect normalement réservé au patron du circuit.

L’escroc finissait parfois par se voler lui-même. Une rencontre qu’il maîtrisait pouvait lui échapper parce qu’il avait préféré provoquer l’arbitre, amuser les tribunes ou humilier son adversaire plutôt que conclure. Ses combines lui ont fait gagner des matches ; elles lui en ont probablement coûté quelques-uns également.

Controverse

La raquette spaghetti

Mike Fishbach avec une raquette au cordage spaghetti en 1977

La raquette spaghetti n’attendit pas Ilie Nastase pour semer la panique sur le circuit. Inventé quelques années auparavant par l’Allemand Werner Fischer, ce double cordage fut utilisé par plusieurs joueurs avant de devenir célèbre entre les mains de l’Américain Mike Fishbach.

Classé aux environs de la 200e place mondiale, Fishbach se présente à l’US Open 1977 avec une raquette qu’il a lui-même reconstituée avec l’aide de son frère, après avoir observé un modèle similaire en Europe. Sorti des qualifications, il bat Billy Martin au premier tour, puis inflige un invraisemblable 6/0 6/2 à Stan Smith, ancien vainqueur du tournoi et tête de série n°16. La raquette spaghetti vient de trouver son ambassadeur.

Quelques semaines plus tard, à Paris, Georges Goven bat à son tour Nastase avec ce cordage. Furieux, le Roumain annonce qu’il refusera désormais d’affronter quiconque utilisera « une de ces choses ». Sa résolution ne résiste que quelques jours : à Aix-en-Provence, il s’empare lui-même de l’arme qu’il venait de condamner et l’utilise victorieusement en finale contre Guillermo Vilas.

Nastase n’a donc inventé ni la raquette spaghetti ni la controverse qui l’accompagnait. Fishbach l’avait précédé et popularisée à Forest Hills. Le Roumain eut simplement le génie — ou le culot — de s’en servir au moment où elle pouvait provoquer le plus grand scandale.

Mentor

Ion Țiriac, partenaire et garde-fou

Ilie Nastase échange avec Ion Țiriac

Ion Țiriac accompagne presque toute l’ascension de Nastase. Plus âgé, plus austère et beaucoup plus calculateur, il forme avec lui un duo improbable. Là où Nastase improvise, Țiriac organise. Là où l’un joue avec le public, l’autre observe froidement les rapports de force.

Les deux hommes remportent ensemble Roland-Garros en double en 1970 et conduisent la Roumanie vers trois finales de Coupe Davis. Țiriac agit aussi comme conseiller et entraîneur officieux. Il ne parvient pas toujours à contrôler Nastase, mais il lui fournit une structure et une compréhension stratégique du circuit dont le génie roumain avait besoin.

Rivalité

Stan et Nasty, le gentil et le voyou

Stan Smith et Ilie Nastase à Wimbledon en 1972

Tout semblait opposer Stan Smith et Ilie Nastase. L’Américain était grand, puissant, discipliné et d’une correction presque scolaire. Le Roumain était rapide, imprévisible, bavard et toujours prêt à transformer une partie en numéro de music-hall. Les médias firent naturellement de Smith le gentil et de Nastase le voyou.

La caricature ne doit pas masquer la qualité de leur rivalité. Smith possédait le service et le jeu de volée capables d’étouffer les fantaisies du Roumain. Nastase, lui, pouvait dérégler la mécanique américaine par ses changements de rythme, ses retours improvisés et sa science du contre-pied. Leur opposition traverse les années où Nastase devient l’un des meilleurs joueurs du monde.

Smith lui barre deux fois la route des trophées qu’il désire le plus, Wimbledon et la Coupe Davis. Nastase lui abandonne volontiers le rôle du héros respectable, mais s’empare du Masters et de la lumière. Entre eux, même le partage des victoires semble respecter la distribution des personnages.

Masters

Le maître des maîtres

Ilie Nastase avec le trophée du Masters 1972

Aucune compétition n’a mieux convenu à Nastase que le Masters. Entre 1971 et 1975, il atteint cinq finales consécutives et remporte quatre titres. Seul Guillermo Vilas, vainqueur d’une finale en cinq manches en 1974, suspend momentanément son règne.

La formule rassemble peu de joueurs, mais uniquement les meilleurs. Elle exige de changer rapidement de stratégie, de retrouver plusieurs fois des adversaires connus et de supporter une forte densité de grands matches. Toutes ces contraintes favorisent l’intelligence de jeu du Roumain. Nastase savait mieux que quiconque exploiter les habitudes d’un rival rencontré régulièrement.

Son chef-d’œuvre arrive en 1975. En finale à Stockholm, il affronte Björn Borg, déjà double vainqueur de Roland-Garros et nouvelle référence du tennis mondial. Le Suédois ne gagne que cinq jeux. Nastase l’écrase 6/2 6/2 6/1 en soixante-cinq minutes, au terme d’une démonstration où le talent n’a besoin d’aucune diversion. Ce jour-là, l’escroc laisse place au maître absolu.

Wimbledon

La case vide

Ilie Nastase au service à Wimbledon

Ilie Nastase avait tout pour gagner Wimbledon : le service masqué, la main, la vitesse, le lob et l’improvisation. Pourtant, le titre lui échappera toujours.

Il y a disputé deux finales. En 1972, Stan Smith le bat 7/5 au cinquième set. Quatre ans plus tard, Borg s’impose plus nettement et décroche le premier de ses cinq titres consécutifs. Le Suédois commence son règne au moment précis où Nastase dispute sa dernière grande finale sur le gazon londonien.

L’absence de Wimbledon constitue le principal vide de son palmarès. Pour un joueur aussi doué sur herbe, deux finales perdues nourrissent les frustrations. Elles résument aussi les limites de sa carrière : le talent lui ouvrait toutes les portes, mais la constance nécessaire pour les franchir jusqu’au bout lui manquait parfois.

Coupe Davis

Le rêve inachevé

Présentation des équipes avant la finale de Coupe Davis 1972 entre la Roumanie et les États-Unis

Nastase dispute la Coupe Davis pendant dix-huit années et conduit la Roumanie en finale à trois reprises, en 1969, 1971 et 1972. Chaque fois, les États-Unis lui barrent la route.

La défaite de 1972 est la plus douloureuse. La finale se joue à Bucarest, devant un public entièrement acquis aux Roumains, mais Stan Smith remporte ses deux simples. Nastase échoue ainsi à offrir à son pays le trophée qui aurait donné une dimension collective supplémentaire à sa carrière.

Zoom sur Ilie Nastase et Ion Țiriac pendant la finale de Coupe Davis 1972

Avec Wimbledon, la Coupe Davis constitue donc le grand manque de son palmarès. Nastase a porté le tennis roumain jusqu’à un niveau qu’il n’avait jamais connu, sans parvenir à conclure la dernière rencontre.

Palmarès

Ses 56 titres

Barranquilla 1969 Rome 1970 Richmond 1971 Hampton 1971 Nice 1971 Monte-Carlo 1971 Båstad 1971 Wembley 1971 Masters 1971 Baltimore 1972 Omaha 1972 Monte-Carlo 1972 Madrid 1972 Nice 1972 Düsseldorf 1972 Toronto 1972 South Orange 1972 US Open 1972 Seattle 1972 Londres 1972 Masters 1972 Omaha 1973 Calgary 1973 Barcelone 1973 Monte-Carlo 1973 Madrid 1973 Florence 1973 Roland-Garros 1973 Rome 1973 Queen’s 1973 Gstaad 1973 Cincinnati 1973 Barcelone 1973 Paris 1973 Masters 1973 Richmond 1974 Washington 1974 Bournemouth 1974 Cedar Grove 1974 Madrid 1974 Barcelone 1974 Barcelone 1975 Valence 1975 Madrid 1975 South Orange 1975 Masters 1975 Atlanta 1976 Salisbury 1976 Challenge Cup 1976 La Costa 1976 Caracas 1976 Pepsi Grand Slam 1976 Aix-en-Provence 1977 Houston 1977 Challenge Cup 1977 Forest Hills 1978
Un dernier dérapage

2017 — Le scandale de Constanța

Ilie Nastase pendant la rencontre de Fed Cup 2017 à Constanța

À 70 ans, Ilie Nastase démontre que ses débordements ne se sont pas éteints avec sa carrière. Capitaine de la Roumanie lors d’une rencontre de Fed Cup contre la Grande-Bretagne à Constanța, il accumule en quelques jours les propos et les incidents. Il fait une remarque jugée racialement offensante sur la couleur de peau du futur enfant de Serena Williams, adresse des avances déplacées à la capitaine britannique Anne Keothavong et s’en prend violemment à une journaliste qui avait rapporté ses paroles.

Pendant le match opposant Sorana Cîrstea à Johanna Konta, Nastase insulte l’arbitre et des membres de l’équipe britannique, refuse de quitter le court et intervient délibérément dans le déroulement de la rencontre. Expulsé du terrain puis du stade, il provoque une interruption du match ; Konta, en larmes, quitte momentanément le court avant de revenir et de s’imposer.

L’ITF retient finalement quatre charges contre lui. Après son appel, un tribunal indépendant lui interdit d’exercer toute fonction officielle dans les compétitions de l’ITF pendant trois ans, jusqu’au 23 avril 2020, lui refuse l’accès à ces épreuves pendant un an et porte son amende à 20 000 dollars.

Cette fois, il n’est plus question de roublardise, de spectacle ni d’escroquerie sportive. Nastase n’essaie pas de dérégler un adversaire pour gagner un match : il dépasse les limites dans une fonction où il aurait dû protéger ses joueuses et représenter son pays. Le désordre qui amusait autrefois les tribunes n’a plus rien de drôle.

Héros national

Nastase vu par ses compatriotes

Timbre roumain à l’effigie d’Ilie Nastase
Ses compatriotes lui pardonnaient tous ses écarts. Il faut dire qu’en Roumanie, on le trouvait timbré… littéralement. De quoi l’affranchir ?

Pour les Roumains, Ilie Nastase ne fut jamais seulement un champion de tennis. Premier joueur de son pays à acquérir une renommée véritablement mondiale, il conduisit également la Roumanie vers trois finales de Coupe Davis à une époque où celle-ci apparaissait rarement au premier plan du sport international. Ses victoires donnaient l’image d’un petit pays capable de défier les grandes puissances jusque sur leurs terrains.

Son comportement agaçait ses adversaires, mais il participait aussi à sa popularité nationale. Nastase ne se présentait pas devant le monde avec la retenue attendue d’un représentant officiel : il plaisantait, provoquait et refusait de se laisser impressionner. Les Roumains pouvaient voir dans cette insolence une forme d’audace nationale. En 2015 encore, 82,4 % des personnes interrogées en Roumanie déclaraient avoir une bonne ou une très bonne opinion de lui. Pour ses 70 ans, l’État roumain lui remit l’ordre national de l’Étoile de Roumanie, la plus haute distinction civile du pays.

Cette affection a résisté à des dérapages qui ont pourtant sérieusement terni son image à l’étranger. Après le scandale de Constanța en 2017, Nadia Comăneci assurait encore que tout le monde continuait à l’aimer en Roumanie. La formule était sans doute excessive, mais elle révélait l’indulgence particulière accordée au vieux champion : on condamnait ses paroles tout en refusant de renier celui qui avait placé le tennis roumain sur la carte du monde.

La Roumanie entretient ainsi avec Nastase un rapport presque familial. Elle connaît ses excès, en éprouve parfois de l’embarras, mais continue de revendiquer son génie. Le documentaire roumain sorti en 2024 ne cherche d’ailleurs pas à effacer son surnom : il s’intitule simplement Nasty, comme si le voyou et le héros étaient désormais impossibles à séparer.

Sponsoring

Le premier ambassadeur de Nike

Ilie Nastase signe son contrat avec Nike

Ilie Nastase fut également un précurseur dans l’histoire du sponsoring sportif. En 1972, alors que Nike était encore une marque naissante, le Roumain devint le premier sportif professionnel à signer un contrat publicitaire avec elle. Bien avant Michael Jordan, John McEnroe ou Andre Agassi, le premier grand nom associé au célèbre logo fut donc celui du voyou de Bucarest.

L’association naquit presque par hasard. Lors du tournoi de Seattle, Nastase joua et gagna avec une paire de Nike Match Point. Phil Knight, cofondateur de la marque, comprit immédiatement l’intérêt de s’attacher les services d’un champion aussi talentueux que spectaculaire. Il proposa 5 000 dollars à son agent, qui en réclama 15 000 ; les deux parties s’accordèrent finalement sur un contrat de 10 000 dollars, une somme considérable pour la jeune entreprise.

Ce choix annonçait déjà une nouvelle conception du sponsoring. Nastase ne se contentait pas de gagner : il attirait les regards, provoquait, amusait et faisait parler de lui. Nike ne recrutait donc pas seulement un joueur, mais une personnalité capable de donner une image à la marque. Le Roumain ouvrait ainsi la voie à une stratégie qui deviendrait l’une des grandes forces de l’équipementier : associer ses produits à des champions dont le caractère dépasse largement les limites du terrain.

Nastase rejoindra plus tard Adidas, qui commercialisera même une chaussure portant son nom. Mais avant de devenir une puissance mondiale du sport, Nike avait choisi pour premier ambassadeur professionnel un joueur bankable : audacieux, rebelle et impossible à ignorer.

Vie privée

Vie privée

Ilie Nastase a été marié à plusieurs reprises.

Après avoir longtemps occupé un appartement à Paris, qui lui permettait de revenir à Roland-Garros chaque année, Nastase est retourné en Roumanie. Il réside aujourd’hui à Constanța, sur les bords de la mer Noire.

Date de dernière mise à jour : 11/10/2026