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Manuel Orantes | Chron'Open
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Espagne
gaucher - revers à une main

ManuelOrantes

Le premier n°2 mondial
Manuel Orantes

Dans l'ombre de Santana puis au cœur de la génération Borg-Connors-Vilas, Manuel Orantes a construit une carrière de grand seigneur, faite de finesse, de patience et de coups d'éclat. Longtemps sous-estimé, le gaucher espagnol sut pourtant choisir ses rendez-vous et renverser les plus grands lorsque l'enjeu était maximal.

1Grand Chelem
33Titres ATP
1973n°2 mondial
Naissance 6 février 1949
L'essentiel

La couronne

Jeunesse

Le ramasseur de balles

Manuel Orantes, Orange Bowl 1966
Orange Bowl 1966 : Orantes est déjà parmi les meilleurs juniors de sa génération.

Manuel Orantes naît le 6 février 1949 à Grenade, mais grandit à Barcelone, où sa famille s'installe alors qu'il n'a que deux ans. Son enfance est marquée par des conditions très modestes. À huit ans, il devient ramasseur de balles au Club Tennis de La Salut, observant notamment Manuel Santana et Andrés Gimeno avant de reproduire leurs gestes avec les moyens du bord. Quelques années plus tard, l'entraîneur Pedro Mora décèle ses qualités et commence à le faire travailler sérieusement.

Déjà considéré comme l'un des meilleurs juniors de sa génération, Orantes remporte l'Orange Bowl en 1966, puis le simple garçons de Wimbledon l'année suivante. Ces deux succès annoncent son arrivée rapide au plus haut niveau international.

de 1967 à 1984

Sa carrière

Manuel Orantes en Coupe Davis en 1967
Coupe Davis 1967 : Orantes découvre le plus haut niveau avec l'équipe d'Espagne en finale face à l'Australie.
1967-1968

La Coupe Davis

En 1967, il intègre l'équipe espagnole de Coupe Davis appelée à affronter l'Australie en finale. Encore très jeune et inexpérimenté, il découvre à cette occasion le plus haut niveau international sur gazon, face aux meilleurs Australiens. Son parcours est lancé : l'Espagne tient déjà celui qui doit prendre la relève de Santana.

Manuel Orantes à Wimbledon en 1972
Wimbledon 1972 : Orantes atteint les demi-finales du tournoi.
1969-1972

L'éclosion du nouveau leader espagnol

Orantes remporte son premier grand titre de l'ère Open à Barcelone en 1969, en dominant Manuel Santana en finale. Deux ans plus tard, il s'impose de nouveau dans le tournoi catalan. Peu à peu, le jeune gaucher cesse d'être seulement présenté comme le protégé ou le successeur de Santana : il devient à son tour l'un des joueurs les plus redoutables du circuit européen.

L'année 1972 marque son véritable changement de dimension. Il remporte cinq tournois, à Caracas, Rome, Bruxelles, Hambourg et Bastad. Aux Internationaux d'Italie, il bat Jan Kodes en finale ; en Suède, il domine Ilie Nastase. Surtout, il atteint les demi-finales de Roland-Garros et de Wimbledon, démontrant que son jeu ne se limite pas aux seules terres battues lentes du sud de l'Europe.

À vingt-trois ans, Orantes appartient désormais à l'élite mondiale. Sa régularité du fond du court, son toucher et sa capacité à modifier sans cesse les trajectoires lui permettent de rivaliser aussi bien avec les grands attaquants qu'avec les meilleurs spécialistes de la terre battue.

Manuel Orantes à Roland-Garros en 1974
Roland-Garros 1974 : Orantes atteint sa première finale en Grand Chelem face à Bjorn Borg.
1973-1974

Le premier numéro 2 de l'histoire

En 1973, Orantes poursuit sa moisson en remportant notamment les tournois de Valence, Nice, Louisville et Indianapolis. Le 23 août, lorsque l'ATP publie le premier classement informatique de son histoire, l'Espagnol apparaît directement à la deuxième place, derrière Ilie Nastase. Il devient ainsi, au sens littéral, le premier numéro 2 de l'histoire du classement ATP. Ce rang restera le meilleur de sa carrière.

L'année suivante, il atteint à Roland-Garros sa première finale en Grand Chelem après avoir notamment éliminé Arthur Ashe et Guillermo Vilas. Face à Bjorn Borg, Orantes prend d'abord nettement l'ascendant : après avoir remporté la première manche, il mène 4-1 dans la deuxième avant d'être gêné dans ses déplacements par une blessure au dos. Il parvient malgré tout à enlever ce set au jeu décisif, mais le Suédois renverse ensuite complètement la rencontre et ne lui abandonne plus que deux jeux dans les trois dernières manches : 2-6, 6-7, 6-0, 6-1, 6-1. Borg remporte ainsi le premier de ses six titres à Roland-Garros.

Cette défaite laisse évidemment des regrets, mais elle confirme la place d'Orantes parmi les meilleurs joueurs du monde. Après la finale, l'Espagnol entreprend d'ailleurs un important travail physique afin de renforcer son dos. Ses deux saisons suivantes seront les plus accomplies de sa carrière.

US Open 1975 : Manuel Orantes bat Jimmy Connors en finale à Forest Hills.
1975

Le chef-d'œuvre de Forest Hills

En 1975, l'US Open abandonne pour la première fois le gazon au profit de la terre battue verte Har-Tru. Le changement de surface convient parfaitement à Orantes, tête de série numéro 3, qui réalise une saison exceptionnelle et remportera huit tournois. À Forest Hills, il élimine notamment Ilie Nastase avant de retrouver Guillermo Vilas en demi-finale.

La rencontre tourne d'abord à la démonstration de l'Argentin. Orantes perd les deux premières manches, puis se retrouve mené 5-0 dans la quatrième. Vilas obtient cinq balles de match, mais l'Espagnol les sauve toutes, aligne sept jeux consécutifs et arrache finalement la victoire 4-6, 1-6, 6-2, 7-5, 6-4 après 3 h 44 de jeu. Le match s'achève tard dans la soirée, laissant Orantes moins d'une journée pour récupérer avant la finale.

Jimmy Connors, tenant du titre, numéro un mondial et grand favori devant le public new-yorkais, paraît disposer d'un avantage considérable. Pourtant, Orantes livre le lendemain l'un des matchs les plus accomplis de sa carrière. Il ralentit ou accélère à volonté, utilise son revers coupé, soulève la balle avec son coup droit lifté et transperce Connors dès que celui-ci s'avance au filet. L'Américain ne trouve jamais le rythme et s'incline nettement : 6-4, 6-3, 6-3.

Cette victoire constitue l'unique titre du Grand Chelem d'Orantes. Le scénario lui donne une dimension supplémentaire : pour soulever le trophée, l'Espagnol a successivement battu les têtes de série numéro 2 et numéro 1, après avoir échappé la veille à une élimination qui semblait inévitable. C'est l'un des exploits les plus retentissants de l'histoire de l'US Open.

Manuel Orantes au Masters 1976
Masters 1976 à Houston : Orantes domine Wojtek Fibak en finale.
1976-1977

Le roi du Masters

En 1976, Orantes se qualifie pour le Masters pour la cinquième année consécutive. Jusqu'alors, il n'a jamais franchi la phase de poules. L'édition de Houston se dispute sur moquette couverte, une surface qui lui est beaucoup moins familière que la terre battue. Malgré l'absence de Connors, Borg et Nastase, personne ne fait réellement de lui le favori. L'Espagnol souffre en outre d'un tennis elbow qui l'a contraint à abandonner sa raquette Slazenger en bois au profit d'un modèle en aluminium, moins douloureux pour son bras.

Battu par Wojtek Fibak lors de son premier passage face au Polonais, Orantes domine Roscoe Tanner et Eddie Dibbs pour sortir enfin de sa poule. Il écarte ensuite Harold Solomon en demi-finale, puis retrouve Fibak pour le titre. Mené 5-7, 6-2, 0-6 et 1-4 dans la quatrième manche, l'Espagnol réalise une nouvelle remontée spectaculaire. Il gagne le jeu décisif, puis survole le dernier set pour s'imposer 5-7, 6-2, 0-6, 7-6, 6-1. Il devient le premier Espagnol à remporter le championnat de fin de saison.

Orantes demeure encore très performant en 1977, remportant notamment Indianapolis, Boston et Tokyo. Il dispute une sixième et dernière fois le Masters en 1977. Après son sacre de l'année précédente, il ne parvient pas cette fois à franchir la phase de poules. Ce sera sa dernière apparition dans le tournoi des Maîtres.

Manuel Orantes à Bournemouth en 1982
Bournemouth 1982 : Orantes remporte le dernier titre de sa carrière face à Angel Gimenez.
1978-1984

Les derniers titres et le bras meurtri

Orantes quitte progressivement le premier plan à partir de 1978, sans disparaître pour autant. Cette année-là, il remporte encore le tournoi de Boston et atteint, avec José Higueras, la finale du double à Roland-Garros. Il s'impose ensuite à Munich en 1979, saison qu'il termine encore parmi les vingt meilleurs joueurs mondiaux.

Son bras gauche le fait cependant de plus en plus souffrir. Il subira trois opérations au cours de sa carrière, et les périodes d'interruption deviennent plus nombreuses. Malgré ces difficultés, il parvient encore à gagner Palerme en 1981, puis Bournemouth en 1982, où il bat Angel Gimenez 6-2, 6-0. Ce succès constitue son dernier titre.

Orantes poursuit néanmoins la compétition jusqu'en juillet 1984. Éliminé au premier tour à Kitzbühel, il met fin à une carrière internationale commencée dix-sept ans plus tôt.

Identité tennistique

Style de jeu

Manuel Orantes en action

Manuel Orantes possédait un jeu tout en toucher, en contrôle et en fluidité. Gaucher, il ne recherchait pas systématiquement le coup gagnant immédiat : il déplaçait d'abord son adversaire, changeait les hauteurs et les effets, puis exploitait l'espace créé. Son coup droit fortement lifté repoussait ses rivaux loin derrière leur ligne, tandis que son revers coupé maintenait la balle basse et brisait le rythme des échanges.

Son placement de balle constituait l'une de ses principales forces. Face aux joueurs montant au filet, il disposait de passings très précis le long des lignes et d'un excellent lob lifté. Connors lui-même reconnut après la finale de Forest Hills avoir été surpris par la régularité avec laquelle Orantes avait réussi ces coups pendant toute la rencontre.

La terre battue restait son terrain d'expression privilégié, mais son parcours démontre une véritable polyvalence : demi-finaliste à Wimbledon en 1972, il remporte le Masters 1976 sur moquette couverte. Il n'était donc pas seulement un patient défenseur espagnol, mais un joueur complet, capable d'adapter son tennis à des conditions et à des adversaires très différents.

H2H

Les grands adversaires

Jimmy Connors et Manuel Orantes

Jimmy Connors

Jimmy Connors domine très largement ses confrontations avec Manuel Orantes, mais l'Espagnol possède une particularité remarquable : ses trois victoires contre l'Américain ont toutes été obtenues aux États-Unis, et donc chez l'adversaire ! Notons que les deux hommes ne se sont jamais joués sur le sol espagnol. Orantes bat Connors d'abord à Cincinnati en 1973, puis signe deux ans plus tard le plus grand succès de sa carrière en finale de l'US Open, avant de le dominer une dernière fois à Indianapolis en 1977.

Cette série donne une valeur particulière à leur duel de Forest Hills. Connors avait déjà pris l'ascendant dans leur face-à-face et restera, sur l'ensemble de leur carrière, nettement supérieur. Mais l'une de ses rares défaites contre Orantes survient précisément dans une finale de Grand Chelem, devant son public, alors qu'il est tenant du titre et grand favori. Il s'incline face à un joueur qu'il battait beaucoup plus souvent qu'il ne perdait contre lui, mais qui réussit ce jour-là le match tactique parfait. Pour Orantes, cette victoire contre Connors devient le sommet de sa carrière.

Guillermo Vilas et Manuel Orantes

Guillermo Vilas

La confrontation avec Guillermo Vilas est la plus équilibrée et sans doute la plus proche d'une véritable rivalité. L'ATP recense quinze rencontres entre les deux gauchers, pour huit victoires d'Orantes contre sept à l'Argentin. Tous deux excellent dans les échanges prolongés et se croisent régulièrement dans les grands rendez-vous sur terre battue.

Orantes fait surtout preuve d'un remarquable sens du rendez-vous dans leurs deux confrontations les plus importantes en Grand Chelem. En 1974, il écarte Vilas sur la route de sa première finale à Roland-Garros ; l'année suivante, il réalise contre lui sa remontée historique en demi-finale de l'US Open, après avoir été mené deux manches à zéro et avoir sauvé cinq balles de match.

Vilas lui impose néanmoins sa loi dans plusieurs finales, notamment à Gstaad, Toronto et Buenos Aires en 1974. Leur opposition demeure ainsi l'un des fils rouges de la carrière d'Orantes : parfaitement équilibrée dans son ensemble, mais favorable à l'Espagnol lors de leurs deux rendez-vous les plus mémorables en Grand Chelem.

Coupe Davis

Sous les couleurs de l'Espagne

Manuel Orantes en Coupe Davis

Manuel Orantes porte les couleurs de l'Espagne de 1967 à 1980. Il dispute 87 matchs dans la compétition, pour 60 victoires et 27 défaites : 39-19 en simple et 21-8 en double. Dès sa première saison, il appartient à l'équipe qui atteint la finale contre l'Australie, même si son inexpérience et la supériorité des Australiens sur gazon lui valent des débuts difficiles.

Durant plus d'une décennie, il devient l'un des piliers de la sélection espagnole, prenant progressivement le relais de Santana. L'Espagne ne remporte pas encore le Saladier d'argent, mais Orantes participe à son maintien parmi les grandes nations du tennis et construit une expérience qu'il mettra ensuite à profit comme capitaine.

Après sa retraite, il dirige en effet l'équipe nationale de 1985 à 1992. Son lien avec la Coupe Davis couvre ainsi un quart de siècle, d'abord comme jeune joueur lancé dans une finale presque trop grande pour lui, puis comme responsable de la génération suivante.

Entourage

Pedro Mora

Pedro Mora et Manuel Orantes
Pedro Mora, photographié pendant ses années sur le circuit.

Pedro Mora occupe une place essentielle dans la formation d'Orantes. C'est lui qui repère le jeune ramasseur de balles du Club Tennis de La Salut et lui affirme qu'il possède les qualités nécessaires pour devenir champion. Orantes conservera durablement cette relation avec celui qui lui a appris les bases d'un tennis fondé sur la technique, le toucher et notamment un revers coupé qui deviendra l'une de ses signatures.

Palmarès

Ses 33 titres

Grand Chelem Masters Grand tournoi historique

Barcelone 1969
Barcelone 1971
Caracas 1972
Rome 1972
Bruxelles 1972
Hambourg 1972
Bastad 1972
Valence 1973
Nice 1973
Louisville 1973
Indianapolis 1973
Le Caire 1975
Monte-Carlo 1975
Bournemouth 1975
Hambourg 1975
Bastad 1975
Indianapolis 1975
Montréal 1975US Open 1975
Valence 1976
Munich 1976
Kitzbuhel 1976
Teheran 1976
Madrid 1976
Barcelone 1976
Masters 1976
Indianapolis 1977
Boston 1977
Tokyo 1977
Boston 1978
Munich 1979
Palerme 1981
Bournemouth 1982
Transmission

Après sa carrière

Manuel Orantes transmet son expérience

Après sa carrière, Orantes retourne naturellement vers la formation. Il dirige l'école du Club Tennis de La Salut, crée ensuite sa propre structure à Barcelone et poursuit son activité au Bonasport. Cette seconde vie lui permet de transmettre son expérience à de jeunes joueurs, mais aussi une conception du tennis dans laquelle la qualité du geste et la compréhension du jeu comptent autant que les qualités physiques.

Vie sentimentale

Vie de famille

Manuel Orantes a d'abord été marié à Virginia Pons, dont il s'est séparé en décembre 1986.

L'année suivante, il épouse la Barcelonaise Rosa Riera. Le couple a deux fils, Manel et Pol.

Héritage

Une trace durable

Manuel Orantes à l'International Tennis Hall of Fame

Manuel Orantes occupe une position charnière dans l'histoire du tennis espagnol. Il prolonge l'œuvre de Manuel Santana dans les années 1970, avant l'apparition des grandes générations espagnoles des décennies suivantes.

Son entrée à l'International Tennis Hall of Fame en 2012 consacre une carrière qui ne se résume pas à Forest Hills. Finaliste de Roland-Garros, demi-finaliste à Wimbledon, premier Espagnol vainqueur du Masters et n°2 mondial, Orantes a laissé une empreinte beaucoup plus large que son unique titre majeur.

Mais son héritage tient aussi à sa manière de jouer. Son toucher, son revers coupé, ses passings et son intelligence tactique ont fait de lui l'un des joueurs les plus raffinés de sa génération. À une époque dominée par des personnalités aussi fortes que Connors, Borg, Nastase et Vilas, Manuel Orantes s'est imposé sans bruit, par la précision de sa raquette et par une élégance qui lui valut l'estime de ses adversaires comme du public.

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Date de dernière mise à jour : 11/10/2026