Tennis Chron'open
Chron'Open
Italie
droitier - revers à une main

AdrianoPanatta

Le prince romain
Adriano Panatta

Adriano Panatta avait le tennis des joueurs qu'on n'oublie pas : élégant, imprévisible, porté vers l'avant, capable de transformer la terre battue en terrain d'attaque. Romain jusqu'au bout des gestes, il jouait avec du panache, du toucher et un goût du risque qui en ont fait une figure à part du tennis italien.

1Grand Chelem
10Titres ATP
1976n°4 mondial
1Coupe Davis
NAISSANCE 9 juillet 1950
L'essentiel

La couronne

Jeunesse

L'enfant du Parioli

Adriano Panatta en 1968
1968 : Nicola Pietrangeli pose aux côtés du jeune Adriano Panatta, appelé à prolonger la grande tradition du tennis italien.

Adriano Panatta naît dans l'univers même du Tennis Club Parioli, à Rome, où son père Ascenzio travaille comme gardien. Les courts en terre battue du club deviennent son terrain d'apprentissage et son premier horizon. Sa première raquette est un modèle d'adulte dont son père raccourcit le manche ; enfant, il frappe aussi contre le mur de la maison du gardien, sur lequel une ligne matérialise la hauteur du filet.

Il grandit ainsi au contact quotidien du tennis, dans un lieu prestigieux auquel sa famille reste profondément attachée. Cette familiarité précoce avec la terre rouge nourrit un jeu pourtant peu orthodoxe pour la surface : Panatta aime avancer, couper son revers et chercher le filet.

de 1969 à 1983

Sa carrière

Adriano Panatta à Roland-Garros en 1972
Roland-Garros 1972 : Adriano Panatta impose déjà sur terre battue un tennis résolument tourné vers l'avant.
1969-1972

Les premiers pas du Romain

Panatta s'installe progressivement sur le circuit à la fin des années 1960. Il fait ses débuts avec l'Italie en Coupe Davis en 1970, puis remporte à Senigallia, en 1971, le premier titre de sa carrière.

En 1972, il atteint les finales de Hambourg et de Gstaad et signe surtout son premier grand parcours à Roland-Garros. Après avoir renversé Ilie Nastase au troisième tour, il se hisse en quarts de finale, où Alex Metreveli l'arrête en quatre sets. Son service, son revers slicé et ses montées incessantes tranchent déjà avec le tennis plus patient des spécialistes de la terre battue.

Manuel Orantes et Adriano Panatta à Nice en 1973
Nice 1973 : Manuel Orantes et Adriano Panatta au filet, au cœur de la première montée en puissance du Romain.
1973-1975

Les premiers coups d’éclat

En 1973, Panatta signe à Bournemouth l’un de ses premiers grands résultats en dominant Ilie Nastase, alors au sommet du tennis mondial. Quelques semaines plus tard, à Roland-Garros, il écarte au quatrième tour un jeune Suédois de 16 ans nommé Björn Borg.

Panatta poursuit jusqu’en demi-finales. Deux ans plus tard, il retrouve le dernier carré parisien, où Borg, devenu entre-temps champion de Roland-Garros, prend cette fois sa revanche.

À Stockholm en 1975, Panatta démontre également qu’il n’est pas seulement dangereux sur terre battue. Sur surface rapide indoor, il élimine Arthur Ashe, puis Onny Parun, avant de battre Jimmy Connors en finale. L’un des plus beaux tournois de sa carrière.

Guillermo Vilas et Adriano Panatta en finale à Rome en 1976
Rome 1976 : face à Guillermo Vilas, Adriano Panatta parachève une semaine commencée par onze balles de match sauvées.
1976

Rome, les onze balles de match

Le printemps 1976 transforme Panatta en héros national. Au premier tour des Internationaux d'Italie, il sauve onze balles de match face à Kim Warwick. Il traverse ensuite un tableau mouvementé, écarte notamment John Newcombe en demi-finale et domine Guillermo Vilas en finale.

Le triomphe du Foro Italico consacre un joueur longtemps jugé trop irrégulier. Porté par le public romain, Panatta trouve l'équilibre parfait entre l'audace de son jeu d'attaque et la patience indispensable sur terre battue. Il ne sait pas encore que ce sauvetage presque invraisemblable va se reproduire quelques jours plus tard à Paris.

La volée plongeante d'Adriano Panatta à Roland-Garros en 1976
Roland-Garros 1976 : au premier tour, cette volée plongeante contre Pavel Hutka sauve la balle de match qui aurait pu arrêter toute l'épopée.
1976

Le sacre à Paris

À Paris, Panatta frôle encore l'élimination dès le premier tour. Mené 9-10 au cinquième set face à Pavel Hutka, il sauve une balle de match au prix d'une volée plongeante devenue l'une des images légendaires du tournoi. Il deviendra ainsi le premier vainqueur de Roland-Garros de l'ère Open à avoir sauvé une balle de match au cours de son parcours.

Björn Borg et Adriano Panatta après leur quart de finale à Roland-Garros en 1976
Roland-Garros 1976 : en quarts de finale, Adriano Panatta inflige à Björn Borg sa deuxième et dernière défaite parisienne.

En quarts de finale, il bat Björn Borg 6/3 6/3 2/6 7/6 et lui inflige la deuxième et dernière défaite de toute sa carrière à Roland-Garros.

Adriano Panatta avec la Coupe des Mousquetaires à Roland-Garros en 1976
Roland-Garros 1976 : la Coupe des Mousquetaires couronne le printemps parfait d’Adriano Panatta, déjà vainqueur à Rome.

Panatta écarte ensuite Eddie Dibbs en trois sets puis Harold Solomon en finale, 6/1 6/4 4/6 7/6. Il devient le deuxième Italien vainqueur du simple messieurs après Nicola Pietrangeli.

Paolo Bertolucci, Nicola Pietrangeli et Adriano Panatta avec le Saladier d'argent en 1976
Coupe Davis 1976 : autour de Nicola Pietrangeli, Paolo Bertolucci et Adriano Panatta incarnent la première équipe italienne sacrée dans l'épreuve.
1976

L'Italie de 1976

L'année 1976 se termine par un troisième sommet. Avec Corrado Barazzutti, Paolo Bertolucci et Tonino Zugarelli, Panatta conduit l'Italie au premier triomphe de son histoire en Coupe Davis. Sur l'ensemble de cette campagne, il dispute dix-sept matchs et en gagne quinze.

La finale disputée à Santiago se joue dans un contexte politique très lourd. Le Chili est alors sous la dictature d’Augusto Pinochet et, en Italie, une partie de l’opinion réclame le boycott de la rencontre. Panatta choisit finalement de partir, mais tient à marquer sa désapprobation.

Adriano Panatta et Paolo Bertolucci en double lors de la finale de Coupe Davis 1976 au Chili
Santiago 1976 : le polo rouge choisi par Adriano Panatta et Paolo Bertolucci devient un signe de protestation contre la dictature de Pinochet.

Lors du double décisif, il convainc Paolo Bertolucci d’entrer sur le court vêtu d’un polo rouge, couleur choisie comme signe de protestation contre le régime. Panatta expliquera plus tard qu’il voulait ainsi adresser un message clair : leur présence au Chili ne signifiait en rien qu’ils cautionnaient ce qui s’y passait.

Le geste devient l’une des images fortes de cette finale. Panatta et Bertolucci battent Patricio Cornejo et Jaime Fillol en quatre sets et offrent à l’Italie le point qui lui assure la première Coupe Davis de son histoire.

Adriano Panatta au service à Wimbledon en 1979
Wimbledon 1979 : le service et la première frappe portent Adriano Panatta jusqu'à son unique quart de finale londonien.
1977-1980

Une carrière de fulgurances

Panatta ne gagne plus avec la régularité du printemps 1976, mais ses semaines inspirées restent spectaculaires. À Houston en 1977, il élimine le n°1 mondial Jimmy Connors dès son entrée en lice, puis Ken Rosewall, Eddie Dibbs et Vitas Gerulaitis pour remporter le tournoi WCT.

Björn Borg et Adriano Panatta après la finale de Rome en 1978
Rome 1978 : Björn Borg et Adriano Panatta au terme d'une finale en cinq sets, dernier grand duel romain entre les deux hommes.

En 1978, il retrouve Borg en finale à Rome et lui prend deux sets avant de s'incliner 1/6 6/3 6/1 4/6 6/3.

Adriano Panatta face à Jimmy Connors à l'US Open en 1978
US Open 1978 : Adriano Panatta pousse le futur champion Jimmy Connors jusqu'à 7/5 au cinquième set après 3 h 36 de jeu.

Quelques mois plus tard, à l'US Open, il pousse Connors jusqu'au bout d'un combat de 3 h 36 et sert même pour le match avant de perdre 4/6 6/4 6/1 1/6 7/5. Il termine l'année par un nouveau titre à Tokyo.

Wimbledon 1979 lui offre sa meilleure performance sur gazon. Arrivé en quarts de finale, il mène Pat Du Pré d'un set et 4-0 dans le deuxième avant de laisser revenir l'Américain et de s'incliner finalement en cinq manches. En 1980, Panatta remporte Florence pour la deuxième fois et atteint encore les finales de Genève et de Paris indoor.

Adriano Panatta et Peter McNamara lors de la finale de Coupe Davis en 1980
Finale 1980 : face à Peter McNamara, Adriano Panatta dispute sa quatrième finale de Coupe Davis en cinq saisons.

Panatta emmène encore son pays en finale en 1977, 1979 et 1980. Sur l'ensemble de sa carrière en Coupe Davis, il totalise 64 victoires en 100 matchs : 37 succès en simple et 27 en double. Ces chiffres disent mieux encore sa place centrale dans la grande génération italienne des années 1970.

Adriano Panatta au service à Roland-Garros en 1981
Roland-Garros 1981 : Adriano Panatta au service, à l'approche des dernières saisons de sa carrière.
1981-1983

Les dernières saisons

Les résultats deviennent plus espacés, mais Panatta reste une attraction partout où il joue. Son style spectaculaire et sa personnalité ont depuis longtemps dépassé le cadre du palmarès. Il demeure également fidèle à la Coupe Davis, qu'il dispute jusqu'en 1983.

Il quitte le tennis de compétition cette année-là. L'ATP lui crédite 395 victoires pour 247 défaites en simple, dix titres et un meilleur classement de n°4 mondial, atteint le 24 août 1976. Son palmarès brut ne raconte pourtant qu'une partie de sa carrière : Panatta reste surtout l'un de ces joueurs dont le niveau maximal pouvait faire vaciller les meilleurs de son époque.

Identité tennistique

L'attaquant de terre battue

Adriano Panatta à Roland-Garros en 1976

Panatta est un paradoxe tennistique : un spécialiste de la terre battue qui pense comme un joueur de gazon. Il utilise son service pour prendre l'initiative, slice énormément son revers et cherche le filet dès qu'une balle plus courte se présente.

Son toucher lui permet d'amortir, de déposer des volées basses et de changer brutalement le rythme. Cette prise de risque permanente explique autant ses grands exploits que son irrégularité. Sur surface rapide, son titre de Stockholm 1975 reste la démonstration la plus nette de l'efficacité de ce jeu offensif.

Ses entraîneurs

Adriano Panatta avec Mario Belardinelli
Mario Belardinelli aux côtés d'Adriano Panatta.

Le grand maître d’Adriano Panatta fut Mario Belardinelli, directeur du centre technique fédéral de Formia. Il joue un rôle essentiel dans sa formation et Panatta parlera plus tard de lui comme d’un « second père ». Leur relation dépasse largement le simple travail technique.

Avant lui, Panatta avait notamment été formé par Wally Sandonnino et Simon Giordano. Mais il faut éviter de projeter sur cette époque le modèle actuel du coach personnel : Panatta a souvent rappelé qu’il n’avait pas d’entraîneur attitré voyageant avec lui toute l’année sur le circuit.

Il travaille également brièvement avec l’Américain Jim Fannin, davantage dans un rôle de motivateur et de préparateur mental que de véritable entraîneur. L’expérience ne dure que quelques mois.

L'exception dans une domination

Panatta / Borg

Björn Borg et Adriano Panatta à Roland-Garros en 1976
Roland-Garros 1976 : Adriano Panatta est le seul joueur à avoir battu Björn Borg Porte d'Auteuil, et à deux reprises !

Lorsque Panatta bat Bjorn Borg à Roland-Garros en 1973, personne ne peut encore mesurer la portée historique de ce résultat. Le Suédois n’a que 16 ans et dispute son premier Roland-Garros. Il deviendra pourtant bientôt le maître absolu des lieux.

Trois ans plus tard, la situation est toute différente. Borg est désormais double vainqueur du tournoi et l’un des meilleurs joueurs du monde. En quart de finale de l’édition 1976, Panatta le bat de nouveau. Cette fois, il s’agit pleinement d’un exploit majeur.

Borg remportera finalement Roland-Garros à six reprises et ne connaîtra que deux défaites Porte d’Auteuil au cours de toute sa carrière. Toutes deux contre Adriano Panatta. C’est ce qui transforme, rétrospectivement, leur première rencontre de 1973 en prélude d’une histoire unique.

Après le circuit

Capitaine, consultant, passeur

Adriano Panatta conseille Renzo Furlan en Coupe Davis en 1996
Coupe Davis 1996 : devenu capitaine, Adriano Panatta conseille Renzo Furlan pendant la rencontre France-Italie.

Dès 1984, Panatta passe de l'autre côté du court. Il devient directeur technique du tennis italien, fonction qu'il occupe jusqu'en 1992, et capitaine de l'équipe de Coupe Davis jusqu'en 1997. En treize années sur le banc, il dirige l'Italie lors de 29 rencontres.

En 1991, l'histoire lui réserve un clin d'œil singulier : Bjorn Borg, l'homme qu'il avait deux fois battu à Roland-Garros, le choisit comme entraîneur lors de sa tentative de retour. Panatta l'incite notamment à abandonner sa vieille raquette en bois pour un cadre moderne en graphite.

Il dirige ensuite les Internationaux d'Italie de 1999 à 2003 et devient une voix familière des médias italiens. Sa parole, directe et volontiers ironique, prolonge la personnalité qu'il montrait déjà sur le court : instinctive, libre et peu disposée à rentrer dans les cases.

Palmarès

Ses 10 titres

Grand ChelemGrand tournoi historiqueAutres

Senigallia 1971
Bournemouth 1973
Florence 1974
Kitzbuhel 1975
Stockholm 1975 Rome 1976 Roland-Garros 1976
Houston WCT 1977
Tokyo 1978
Florence 1980
Vie privée

L'homme derrière le champion

Adriano Panatta et Loredana Bertè

Loredana Bertè

Avant son mariage, Adriano Panatta a notamment partagé une relation avec la chanteuse Loredana Bertè, qui épousera bien plus tard Bjorn Borg. L'Italien a lui-même confirmé cette histoire, souvent mêlée ensuite par la presse à sa réputation de séducteur.

Adriano Panatta, Rosaria Luconi et leur fils Alessandro

Rosaria Luconi

Panatta épouse ensuite Rosaria Luconi, avec qui il partage près de quarante ans de vie et a trois enfants : Niccolò, Alessandro et Rubina. Le couple divorce en 2014.

Adriano Panatta et Anna Bonamigo lors de leur mariage en 2020

Anna Bonamigo

En 2020, à 70 ans, il se remarie avec l'avocate Anna Bonamigo et s'installe à Trevise, où il reste lié au tennis à travers son Racquet Club et ses activités médiatiques.

© 2026 Chron'Open. Tous droits réservés.

Date de dernière mise à jour : 11/10/2026