1973
L’affaire
La Fédération yougoslave reproche à Pilic de ne pas avoir participé à une rencontre de Coupe Davis contre la Nouvelle-Zélande à Zagreb. Le joueur conteste avoir refusé de représenter son pays et affirme que ses engagements professionnels avaient été communiqués. La Fédération le suspend néanmoins pour neuf mois à compter de fin mai 1973, une sanction ensuite confirmée dans son principe par la Fédération internationale.
Réunie en urgence, cette dernière ramène finalement la suspension à un mois. La réduction paraît importante, mais les dates choisies empêchent toujours Pilic de disputer Wimbledon. La toute jeune ATP, créée en septembre 1972, considère que l’enjeu dépasse son cas personnel : accepter son exclusion reviendrait à reconnaître aux fédérations le droit de décider unilatéralement où et quand les professionnels doivent jouer.
Dans les premières années de l’ère Open, Pilic s’était installé parmi les joueurs qui comptent sur le nouveau circuit professionnel. Sans appartenir au tout premier cercle dominé par Laver, Rosewall, Newcombe, Smith ou Nastase, il possède déjà un palmarès solide, a battu les meilleurs et demeure l’un des représentants historiques de la WCT. Lorsqu’il entre en conflit avec sa fédération en 1973, les autres professionnels ne se mobilisent donc pas pour un inconnu, mais pour l’un des leurs, engagé depuis l’origine dans la conquête de leur indépendance.
Les démarches judiciaires et les tentatives de compromis entre l’ATP et l’ITF échouent. À la veille du tournoi, 81 joueurs décident alors de se retirer par solidarité. Wimbledon se retrouve privé de la majorité de ses principales têtes d’affiche. Le boycott ne permet pas à Pilic de participer, mais il transforme une association encore fragile en véritable force collective.
Le joueur de Split devient ainsi, presque malgré lui, le visage de la première grande démonstration de pouvoir de l’ATP. Comme le rappellera Cliff Drysdale, le mouvement ne concernait pas une question d’argent : il défendait le droit de Pilic à participer à un tournoi pour lequel il était sportivement qualifié.