Tennis Chron'open
Cliff Richey - Chron'Open
Chron'Open
États-Unis
droitier - revers à une main

CliffRichey

Le Bull avant les bad boys
Cliff Richey

Avant que Jimmy Connors et John McEnroe ne fassent de leurs colères une composante du spectacle, le tennis américain avait déjà son joueur de nerfs. Petit par la taille, infatigable, querelleur et entièrement absorbé par le combat, Cliff Richey jouait chaque point comme s'il devait décider du match. Derrière ce tempérament explosif se cachait une histoire bien plus tourmentée, qu'il ne comprit que longtemps après avoir rangé ses raquettes.

ChampionAvant l'ère Open
17Titres sur toute sa carrière
2Coupes Davis
Naissance 31 décembre 1946
Jeunesse

Une famille de tennis

Vue de San Angelo, au Texas
San Angelo, au Texas, la ville où Cliff Richey grandit.

Cliff Richey grandit à San Angelo, au Texas, dans une famille où le tennis est presque une profession collective. Son père George, ancien entraîneur de l'université Rice, est un enseignant réputé ; sa mère Betty l'assiste aussi sur les courts. Sa sœur aînée Nancy deviendra l'une des meilleures joueuses de sa génération, avec notamment l'Open d'Australie 1967 et Roland-Garros 1968.

L'apprentissage est intensif et précoce. George Richey impose à ses enfants une discipline sévère et Cliff se retrouve très jeune confronté aux meilleurs juniors américains. Il gagne le championnat national des moins de 16 ans en 1962, puis un titre national junior en 1963. En 1964, il remporte le simple garçons des Internationaux de France.

Il n'attend pas la fin de son parcours junior pour se mesurer aux adultes. Dès 1962, il remporte à Midland le Permian Basin Invitational. Son jeu porte déjà sa signature : moins de puissance brute que de vitesse, d'intensité et de refus de céder.

De 1962 à 1979

Sa carrière

Cliff Richey avec un trophée dans le Maryland en 1967
Maryland, 1967 : Cliff Richey avec son trophée.
1965-1969

Du prodige texan au sommet américain

Richey s'installe rapidement parmi les principaux joueurs des États-Unis. Il remporte les Western Championships en 1965 et 1966 et, cette dernière année, les championnats des États-Unis sur terre battue. En Australie, au début de 1967, il atteint les quarts de finale du championnat national avant de s'incliner contre Tony Roche.

Quand débute l'ère Open en 1968, Richey est déjà installé parmi les meilleurs joueurs américains. En 1969, il réalise un doublé important en remportant Cincinnati puis les Internationaux du Canada à Toronto. À Cincinnati, devenu cette année-là tournoi Open, il domine Allan Stone en finale.

Cliff Richey en 1969
1969 : Cliff Richey est déjà installé parmi les meilleurs joueurs américains lorsqu'il signe le doublé Cincinnati-Toronto.

Il appartient aussi à l'équipe américaine qui conserve la Coupe Davis en 1969 face à la Roumanie. Richey est membre de l'équipe victorieuse sans participer au Challenge Round, disputé par Arthur Ashe, Stan Smith et Bob Lutz. Son véritable rôle de premier plan dans la compétition viendra l'année suivante.

Cliff Richey aux championnats des États-Unis sur terre battue à Indianapolis en 1970
Indianapolis, 1970 : la saison où Cliff Richey remporte les championnats des États-Unis sur terre battue est celle de son plein accomplissement.
1970

L'année du Bull

La saison 1970 constitue le sommet de sa carrière. À Roland-Garros, Richey élimine notamment Ilie Nastase en quart de finale et se retrouve à une marche de la finale face à Zeljko Franulovic. Il prend le contrôle du match, mène deux manches à une puis 5-1 dans le quatrième set. Deux balles de match passent encore à sa portée, sans être converties. Franulovic revient et s'impose 6-4, 4-6, 1-6, 7-5, 7-5. Cela restera probablement le match le plus douloureux de la carrière de Richey.

L'Américain réagit immédiatement. Durant l'été, il gagne Washington contre Arthur Ashe, 7-5, 6-2, 6-1, puis les championnats des États-Unis sur terre battue à Indianapolis, où il domine Stan Smith 6-2, 10-8, 3-6, 6-1. À la fin du mois d'août, il tient cette fois le premier rôle en Coupe Davis : dans le Challenge Round contre l'Allemagne de l'Ouest, à Cleveland, il bat Christian Kuhnke 6-3, 6-4, 6-2 puis Wilhelm Bungert 6-4, 6-4, 7-5. Les États-Unis l'emportent 5-0.

Cliff Richey à l'US Open en 1970
US Open 1970 : Richey poursuit à Forest Hills l'une des saisons les plus intenses de sa carrière.

Quelques jours plus tard, il atteint une deuxième demi-finale de Grand Chelem à l'US Open, où Tony Roche l'arrête en trois manches. La lutte pour la première place américaine se poursuit jusqu'à Berkeley, où Richey bat Stan Smith en demi-finale du Pacific Coast Championships, au tie-break de neuf points du cinquième set.

Sa saison est également récompensée par la victoire dans le tout premier Pepsi-Cola Grand Prix, circuit à points créé par l'ILTF. Richey termine avec 60 points devant Arthur Ashe, Ken Rosewall, Rod Laver et Stan Smith. Qualifié pour le premier Masters à Tokyo, il arrive au Japon épuisé après près de quarante semaines de compétition et renonce au tournoi. Les classements mondiaux de l'époque ne sont pas uniformes, mais son niveau de 1970 le situe autour de la sixième place mondiale ; il termine surtout officiellement n°1 américain.

Ken Rosewall et Cliff Richey à Wimbledon en 1971
Wimbledon 1971 : Ken Rosewall et Cliff Richey après le quart de finale remporté par l'Australien, malgré les deux premiers sets gagnés par l'Américain.
1971

La confirmation et la rupture

Richey demeure l'un des joueurs les plus réguliers du circuit. Il gagne notamment Fort Lauderdale et Houston, et réussit son meilleur Wimbledon. Après avoir battu Fred Stolle en huitièmes de finale, il pousse Ken Rosewall dans un combat de cinq manches. L'Américain mène deux sets à zéro avant de voir le vétéran australien renverser la rencontre.

L'année marque aussi sa rupture avec la Coupe Davis. Les États-Unis doivent recevoir la Roumanie pour le Challenge Round à Charlotte. Richey s'insurge contre le choix de la terre battue, qu'il considère favorable à Ilie Nastase et Ion Tiriac, et surtout contre le fait que les joueurs n'aient pas été consultés. Il refuse de participer à la rencontre. Les Américains remportent malgré tout la Coupe 3-2, mais Richey ne reviendra plus dans l'équipe.

Il participe enfin au Masters de Paris. Dans une formule toutes rondes réunissant sept joueurs, il bat Jan Kodes, Pierre Barthes et Zeljko Franulovic. Avec trois victoires et trois défaites, il termine troisième derrière Ilie Nastase et Stan Smith.

Cliff Richey avec son trophée à Johannesburg en 1972
Johannesburg 1972 : Cliff Richey pose avec le trophée après sa victoire contre Manuel Orantes, l'un de ses premiers résultats marquants de l'année.
1972

Le choix du WCT

Richey commence 1972 très fort. En janvier, il remporte le tournoi indoor de Londres puis, au printemps, l'Open d'Afrique du Sud à Johannesburg en battant Manuel Orantes en finale. En avril, il rejoint le World Championship Tennis de Lamar Hunt, l'organisation concurrente qui a recruté une grande partie des meilleurs professionnels.

En juillet, à Bretton Woods, il bat Rod Laver en quart de finale, Arthur Ashe en demi-finale puis ne laisse que deux jeux à Jeff Borowiak en finale, 6-1, 6-0. La victoire sur Laver n'est pas isolée : quelques semaines plus tard, à l'US Open, Richey retrouve l'Australien en huitièmes de finale et le bat de nouveau, 3-6, 7-6, 7-6, 6-3.

Il écarte ensuite Frew McMillan en quart de finale et atteint pour la troisième fois les demi-finales d'un Grand Chelem. Arthur Ashe se montre cette fois nettement supérieur, 6-1, 6-4, 7-6. Richey n'atteindra donc jamais une finale majeure, malgré trois présences dans le dernier carré.

Cette même année, environ soixante-dix joueurs se réunissent sous les tribunes de Forest Hills pour créer l'Association of Tennis Professionals. Richey appartient au groupe des membres fondateurs de l'ATP, qui entend donner aux joueurs leur propre représentation face aux fédérations et aux organisateurs.

Cliff Richey assis sur sa chaise en 1974
1974 : Cliff Richey assis sur sa chaise durant l'une de ses dernières saisons sur le circuit.
1973-1979

Derniers feux

Lorsque l'ATP publie son premier classement informatique en 1973, Richey a déjà dépassé sa meilleure période. Il atteint néanmoins le n°16 mondial le 13 septembre. Ce chiffre ne constitue donc pas son véritable sommet historique : il correspond au meilleur classement qu'il ait obtenu après la création du classement ATP.

Il demeure dangereux plusieurs saisons encore. Il remporte Lakeway en 1974, les Bermudes en 1976 puis, à plus de 31 ans, Johannesburg en 1978 contre Colin Dowdeswell. Ce dernier succès prolonge une carrière commencée chez les adultes seize ans auparavant.

Richey dispute encore quelques tournois en 1979 avant de quitter progressivement le circuit. Son parcours traverse les dernières années de l'amateurisme, la naissance du tennis Open et la professionnalisation accélérée des années 1970.

Style de jeu

Jeu et tempérament

Cliff Richey en action à Wimbledon en 1972

Avec son 1,75 m, Richey ne dispose pas du service intimidant de certains de ses contemporains. Il compense par ses jambes, la qualité de ses déplacements et une agressivité constante. Droitier au revers à une main, il sait construire depuis le fond mais n'hésite pas à prendre le filet. Son jeu supporte particulièrement bien les longues batailles, ce qui explique ses nombreux résultats sur terre battue.

Cliff Richey à Wimbledon en 1971

Son surnom de « Bull » lui colle rapidement à la peau. Sur le court, Richey proteste, parle, s'emporte, brise parfois des raquettes et ne laisse pratiquement jamais retomber la tension. Il se présentera plus tard comme l'« original bad boy » du tennis américain.

Il serait pourtant réducteur d'en faire uniquement un précurseur de Connors ou McEnroe. Chez Richey, ces débordements ne relèvent pas seulement du spectacle ou de l'intimidation : ils sont liés à une tension intérieure permanente, à une obsession du résultat et à une anxiété dont il ne comprend alors ni l'origine ni l'ampleur.

Coupe Davis

Deux équipes victorieuses

Cliff Richey en Coupe Davis contre l'Allemagne de l'Ouest en 1970
Cleveland, 1970 : Cliff Richey apporte deux victoires en simple au 5-0 des États-Unis contre l'Allemagne de l'Ouest.

Richey remporte la Coupe Davis en 1969 et 1970. En 1969, il appartient à l'équipe championne mais ne dispute pas le Challenge Round contre la Roumanie.

En 1970, il contribue directement au titre en remportant ses deux simples contre l'Allemagne de l'Ouest. Ses victoires face à Christian Kuhnke et Wilhelm Bungert participent au 5-0 infligé par les États-Unis à Cleveland.

Palmarès

17 titres sur toute sa carrière

  • 7 titres avant l'ère Open, sur le circuit professionnel.

Ses 10 titres Open

Cincinnati 1969
Toronto 1969
Washington 1970
Indianapolis 1970
Houston 1971
Londres 1972
Johannesbourg 1972
Bretton Woods 1972
Bermudes 1976
Johannesbourg 1978

Son meilleur classement

n°16 mondial le 13 septembre 1973.

Également considéré par les spécialistes de l'histoire du tennis comme un probable n°7 mondial en 1970.

Après le tennis

Raconter la dépression

Cette part cachée de sa personnalité finit par prendre le dessus. Richey expliquera plus tard avoir souffert pendant des années de dépression sans savoir mettre un nom sur son état. Il cherche à se calmer avec l'alcool et utilise notamment du Valium pour parvenir à dormir. Au cours des années 1970, alors même qu'il continue à jouer, son équilibre se dégrade progressivement.

Ce n'est que bien après sa carrière qu'un diagnostic et un traitement lui permettent de comprendre ce qu'il a traversé. Il décide alors de parler publiquement de la maladie et de combattre l'idée selon laquelle la dépression serait une faiblesse de caractère, particulièrement dans un milieu sportif fondé sur le contrôle de soi.

Couverture du livre Acing Depression de Cliff Richey et Hilaire Richey Kallendorf
La couverture d'Acing Depression: A Tennis Champion's Toughest Match, publié en 2010.

En 2010, il publie avec sa fille Hilaire Richey Kallendorf Acing Depression: A Tennis Champion's Toughest Match. Le livre mêle souvenirs de tennis et récit de sa maladie. L'ancien « Bull », qui avait passé sa carrière à ne rien montrer de ses fragilités, trouve ainsi une seconde voix en racontant ce qu'il avait longtemps cherché à dissimuler.

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Date de dernière mise à jour : 11/10/2026