Tennis Chron'open
France — droitier
coup droit et revers à deux mains

FabriceSantoro

Le magicien
Fabrice Santoro

Avec son jeu fait de variations, d'effets et d'improvisation, Fabrice Santoro a défié pendant plus de vingt ans les lois du tennis moderne. Sans posséder la puissance des plus grands champions, le Français est pourtant devenu l'un des adversaires les plus redoutés du circuit, au point de faire vivre un véritable cauchemar à Marat Safin.

6Titres ATP
2001n°17 mondial
2coupes davis
Naissance 9 décembre 1972
Style de jeu

L'art de brouiller les repères

Fabrice Santoro en coup droit à deux mains

À première vue, rien ne prédestine Fabrice Santoro à rivaliser avec les meilleurs joueurs du monde. Ni son physique, ni la puissance de ses frappes ne correspondent aux standards du tennis moderne. Pourtant, derrière cette apparente faiblesse se cache l'un des joueurs les plus ingénieux de sa génération.

Sa principale singularité réside dans sa prise à deux mains des deux côtés, aussi bien en coup droit qu'en revers. Une technique extrêmement rare qui lui apporte stabilité et précision, mais limite naturellement sa puissance.

Slices rasants, amorties parfaitement dosées, lobs, angles improbables, changements de rythme : chaque échange devient un exercice de déstabilisation. Son objectif n'est pas de frapper plus fort que son adversaire, mais de lui retirer tous ses repères.

Plus qu'un simple technicien, Santoro est avant tout un stratège. Là où d'autres imposent leur jeu, lui préfère entraîner son adversaire sur un terrain où plus personne ne maîtrise réellement les échanges.

Variations Toucher Amorties Angles Lecture du jeu
de 1989 à 2010

Sa carrière

Fabrice Santoro à Roland-Garros en 1989
Roland-Garros 1989 : à 16 ans, Santoro découvre déjà le grand tableau parisien avant son envol sur le circuit principal.
1989-1990

L’entrée fracassante chez les professionnels

À peine sorti des juniors, Fabrice Santoro ne tarde pas à montrer que son tennis inhabituel peut fonctionner au plus haut niveau. Il dispute son premier Roland-Garros en 1989, à 16 ans, et commence dès l’année suivante à se faire une place sur le circuit principal.

La progression est spectaculaire. Parti au-delà de la 200e place mondiale en début de saison 1990, il atteint sa première finale ATP à Toulouse, où Jonas Svensson l’empêche encore de soulever un trophée. Sur sa route, Santoro a notamment créé la sensation dès le premier tour en éliminant Andres Gomez, n°5 mondial et vainqueur de Roland-Garros quelques mois plus tôt, 6-2, 3-6, 6-3. Santoro termine néanmoins l’année au 62e rang mondial et reçoit le titre ATP de révélation de l’année.

Il n’a que 18 ans, mais son style est déjà reconnaissable entre tous. Le jeune Français ne frappe pas comme les autres et commence surtout à démontrer qu’il peut dérouter des joueurs beaucoup plus expérimentés.

Fabrice Santoro et Mats Wilander à Roland-Garros 1991
Roland-Garros 1991 : Santoro bat nettement Mats Wilander et atteint les huitièmes de finale à Paris.
1991

Les premières grandes victimes

En 1991, Santoro franchit un nouveau cap. À Roland-Garros, il atteint pour la première fois les huitièmes de finale. Après trois rencontres remportées sans perdre un set, dont une victoire très nette sur Mats Wilander, il est finalement arrêté par Michael Stich.

Mais c’est surtout la qualité de ses victimes qui commence à attirer l’attention. Au cours de la saison, il bat notamment Goran Ivanišević, Pete Sampras et Andre Agassi, trois joueurs dont le tennis n’a pourtant presque rien en commun. Une première indication de ce qui deviendra l’une de ses spécialités : perturber les meilleurs, quel que soit leur style.

Fabrice Santoro avec l'équipe de France en Coupe Davis 1991
Coupe Davis 1991 : à Nîmes, Santoro gagne le cinquième match contre Wally Masur et qualifie la France pour les demi-finales.

Santoro participe également à la campagne victorieuse de la France en Coupe Davis en 1991. Face à l’Australie à Nîmes, il perd son premier simple contre Richard Fromberg, mais se retrouve chargé de disputer le cinquième match décisif contre Wally Masur. À 18 ans, il s’impose en quatre manches et qualifie la France pour les demi-finales. Il gagne ensuite ses deux simples contre la Yougoslavie. Conservé comme cinquième homme lors de la finale victorieuse face aux États-Unis, il ne joue pas à Lyon mais a largement contribué au parcours qui y conduit.

Fabrice Santoro face à Boris Becker aux Jeux olympiques de Barcelone 1992
Jeux olympiques 1992 : Santoro domine Boris Becker en huitièmes de finale et se rapproche d'une médaille.
1992

À une victoire d’une médaille

L’année suivante, il passe tout près d’une médaille aux Jeux olympiques de Barcelone.

Mais la saison ne se résume pas aux Jeux. À Rome, Santoro bat Michael Stich, alors n°5 mondial, sur abandon après avoir perdu le premier set. À Gstaad, il élimine Petr Korda, lui aussi n°5 mondial, en trois manches. Une nouvelle fois, le Français montre qu’il peut inquiéter les meilleurs sur des surfaces et face à des styles très différents.

À Barcelone, en huitièmes de finale, il affronte Boris Becker, tête de série n°5. Le Français domine l’ancien n°1 mondial en quatre sets, 6-1, 3-6, 6-1, 6-3, et se retrouve à une victoire d’une médaille.

Fabrice Santoro face à Goran Ivanišević aux Jeux olympiques de Barcelone 1992
Barcelone 1992 : Ivanišević prive Santoro d'une demi-finale olympique après un quart de finale en cinq sets.

En quart de finale, il pousse Goran Ivanišević jusqu’au bout d’un match en cinq sets. Santoro remporte les deux premières manches au tie-break, mais le Croate revient et finit par s’imposer 8-6 dans la dernière manche.

La saison réserve encore un autre coup d’éclat à New Haven. En quart de finale, Santoro retrouve Petr Korda, désormais n°8 mondial, et le bat une nouvelle fois, 7-6, 4-6, 6-3, avant de poursuivre son parcours jusqu’en demi-finale.

À 19 ans, il termine pour la deuxième année consécutive aux portes du Top 40.

Fabrice Santoro au milieu des années 1990
Milieu des années 1990 : Santoro reste dangereux contre les grands noms, mais peine encore à convertir ses finales en titres.
1993-1996

Des finales, puis le doute

Installé parmi les cinquante meilleurs mondiaux, Santoro cherche désormais à transformer ses coups d’éclat en titres. Il atteint une deuxième finale ATP à Dubaï en 1993, mais Karel Nováček lui barre la route.

L’année suivante, il se rapproche encore davantage d’un premier trophée à Kitzbühel. Sur la terre battue autrichienne, il mène deux manches à une contre Goran Ivanišević avant que le Croate ne renverse la finale en cinq sets. Trois finales ATP disputées, trois défaites : le premier titre se fait attendre.

Santoro continue pourtant de signer des performances remarquables. À Rome en 1995, il domine Pete Sampras, alors n°2 mondial, 6-4, 6-3. Mais ces exploits isolés ne suffisent plus à masquer une période beaucoup plus difficile. Son classement recule fortement : il sort du Top 100 en 1995 et termine 1996 au-delà de la 100e place. Cette année-là, il manque même Roland-Garros, seule édition du tournoi qu’il ne disputera entre 1989 et 2009.

À 24 ans, sa carrière semble pour la première fois marquer le pas.

Fabrice Santoro avec le trophée de Lyon en 1997
Lyon 1997 : après trois finales perdues, Santoro décroche enfin son premier titre ATP.
1997-1998

Le rebond et enfin un premier titre

La réponse est spectaculaire. En 1997, Santoro retrouve son meilleur niveau et recommence à collectionner les victoires contre les joueurs du Top 10. Sur terre battue, il bat notamment Thomas Muster à Monte-Carlo et Marcelo Ríos à Prague ; quelques mois plus tard, il domine encore Muster sur le dur de Montréal.

En octobre, à Lyon, il obtient enfin la récompense qu’il attend depuis sept ans. Non tête de série, il se hisse en finale et bat le jeune Tommy Haas 6-4, 6-4. À 24 ans, après trois finales perdues, Fabrice Santoro décroche son premier titre ATP. Parti aux environs de la 120e place mondiale en début de saison, il termine l’année 29e.

Fabrice Santoro à Monte-Carlo en 1998
Monte-Carlo 1998 : Santoro ne laisse que deux jeux à Pete Sampras et confirme son pouvoir de nuisance sur terre battue.

Il confirme dès le début de 1998 en atteignant la finale de Doha, perdue face à Petr Korda. Quelques mois plus tard, à Monte-Carlo, il signe l’une des victoires les plus saisissantes de sa carrière. Pete Sampras, alors n°2 mondial, ne marque que deux jeux : 6-1, 6-1. Sur une surface qui convient il est vrai beaucoup moins à l’Américain, Santoro donne néanmoins une démonstration parfaite de sa capacité à priver un champion de ses repères. Sur terre battue, son bilan final face à Sampras sera même de trois victoires pour une défaite.

Il atteint cette année-là la 21e place mondiale. Après le passage à vide de 1995-1996, Santoro appartient de nouveau pleinement à l’élite.

Fabrice Santoro avec le trophée de Marseille en 1999
Marseille 1999 : Santoro bat Arnaud Clément en finale et confirme que Lyon n'était pas un accident.
1999-2000

Les titres s’enchaînent

Le début de l’année 1999 confirme que le titre lyonnais n’était pas un accident. À l’Open d’Australie, Santoro atteint les huitièmes de finale, égalant alors son meilleur parcours en Grand Chelem.

Quelques semaines plus tard, il s’impose à Marseille. Dans une finale franco-française contre Arnaud Clément, il l’emporte en trois manches et décroche son deuxième titre ATP. Il atteint encore une finale à Copenhague le mois suivant, mais Magnus Gustafsson se montre cette fois trop fort.

La saison le voit également jouer un rôle important en Coupe Davis. Associé à Olivier Delaître, il participe au parcours qui conduit la France jusqu’en finale face à l’Australie. À Nice, les Français remportent le premier set du double contre Todd Woodbridge et Mark Woodforde avant de s’incliner en quatre manches. L’Australie enlève finalement le trophée 3-2.

Fabrice Santoro avec le trophée de Doha en 2000
Doha 2000 : Santoro remporte son troisième titre ATP après l'abandon de Rainer Schüttler en finale.

Santoro commence l’année 2000 de la meilleure façon possible en remportant Doha. Mené par Rainer Schüttler en finale, il renverse la rencontre avant l’abandon de l’Allemand dans la troisième manche. C’est déjà son troisième titre.

Durant l’été, une fracture à un doigt perturbe sa saison. Après une période d’immobilisation, il reprend avec les doigts strappés et adapte une nouvelle fois sa prise de raquette aux circonstances.

La saison illustre aussi sa capacité à battre des adversaires de premier plan. Nicolas Kiefer, Lleyton Hewitt, Marat Safin ou Magnus Norman figurent parmi les membres du Top 10 qu’il parvient à faire tomber durant cette période. Santoro n’est toujours pas un candidat naturel aux plus grands titres, mais il est devenu l’un des adversaires que les têtes de série préfèrent éviter.

Fabrice Santoro et Thomas Johansson après la finale de Halle 2001
Halle 2001 : finaliste sur gazon face à Thomas Johansson, Santoro confirme l'une des meilleures saisons de sa carrière.
2001-2002

Au sommet de son art

À près de 29 ans, Santoro réalise en 2001 l’une des meilleures saisons de sa carrière.

Au printemps, il bat Andre Agassi à Hambourg, puis retrouve Marat Safin au troisième tour de Roland-Garros. Le Russe est alors n°2 mondial. Santoro remporte les deux premières manches 6-4, 6-4, voit Safin revenir à deux sets partout, 6-4, 6-0, puis retrouve toutes ses armes pour lui infliger un 6-1 dans la dernière. Il retrouve ainsi les huitièmes de finale à Paris, dix ans après son premier parcours à ce stade.

Sur le gazon de Halle, il élimine notamment Sébastien Grosjean puis Patrick Rafter et atteint sa sixième finale ATP. Thomas Johansson l'empêche de décrocher un premier titre sur herbe, mais ces résultats permettent au Français d'atteindre, le 6 août 2001, la 17e place mondiale, meilleur classement de sa carrière.

Fabrice Santoro et Cédric Pioline en finale de Coupe Davis 2001
Melbourne 2001 : avec Cédric Pioline, Santoro apporte un point essentiel dans la finale de Coupe Davis gagnée en Australie.

L’année se termine par un autre moment majeur. En finale de Coupe Davis à Melbourne, face à l’Australie, Santoro est associé à Cédric Pioline. Les Français battent Lleyton Hewitt et Patrick Rafter en quatre sets et apportent un point essentiel à une équipe de France qui remportera finalement la rencontre 3-2. Dix ans après le titre de 1991, auquel il avait contribué sans jouer la finale, Santoro participe cette fois directement au succès décisif.

Fabrice Santoro avec le trophée de Dubaï en 2002
Dubaï 2002 : Santoro remporte le titre le plus relevé de sa carrière en simple.

En 2002, Santoro ajoute un quatrième titre en simple à son palmarès. À Dubaï, tournoi d’un niveau supérieur à ses trois premiers trophées, il bat Younès El Aynaoui en finale.

Quelques semaines plus tard, à Indian Wells, il pousse Pete Sampras jusque dans les derniers jeux du troisième set avant de s’incliner 6-3, 3-6, 7-5. L’Américain, pourtant habitué depuis longtemps aux tours de passe-passe du Français, lui attribue le surnom qui lui restera : « The Magician ».

La saison se termine par une nouvelle finale de Coupe Davis, cette fois à Bercy face à la Russie. Associé à Nicolas Escudé, Santoro remporte un double spectaculaire contre Marat Safin et Evgueni Kafelnikov, 6-3, 3-6, 5-7, 6-3, 6-4, et permet à la France de mener 2-1. Safin égalise le dimanche avant que Mikhaïl Youzhny ne renverse Paul-Henri Mathieu dans le cinquième simple. La Russie s’impose finalement 3-2.

Tableau du match Santoro-Clément à Roland-Garros 2004
Roland-Garros 2004 : Santoro bat Arnaud Clément 16-14 au cinquième set après six heures et trente-trois minutes de jeu.
2003-2004

Des résultats plus irréguliers, un match pour l’histoire

À partir de 2003, Santoro perd progressivement du terrain au classement en simple. Il termine la saison au-delà de la 60e place, loin de son sommet de 2001.

Il doit en outre composer pendant plusieurs mois avec une blessure au bras qui touche les muscles et les tendons et handicape particulièrement son service. Sa technique à deux mains lui permet cependant de continuer à frapper correctement en coup droit et en revers. À Cincinnati, où il retrouve enfin davantage de possibilités au service, son pouvoir de nuisance reste intact : il bat Carlos Moyá, alors n°7 mondial et tenant du titre.

L’année 2004 lui offre l’un des matches les plus célèbres de toute sa carrière. Au premier tour de Roland-Garros, il retrouve Arnaud Clément. La rencontre commence le lundi et ne s’achève que le lendemain. Après six heures et trente-trois minutes de jeu, Santoro l’emporte 6-4, 6-3, 6-7, 3-6, 16-14, après avoir sauvé deux balles de match.

Interrompu à 5-5 dans le cinquième set, le match reprend le lendemain. Santoro sauve notamment une balle de match à 13-14 avant de finir par conclure. Et l’effort ne s’arrête pas là : au deuxième tour, il doit encore cinq sets pour venir à bout d’Irakli Labadze, avant de s’incliner face à Olivier Mutis.

À cet instant, il vient de remporter le match le plus long jamais disputé dans l’histoire du tennis professionnel. Le record tiendra jusqu’au fameux Isner-Mahut de Wimbledon 2010 ; à Roland-Garros, Santoro-Clément demeure encore aujourd’hui la référence.

Et Santoro n’est pas seulement un marathonien. Quelques semaines plus tard à Toronto, il bat Lleyton Hewitt, n°10 mondial. À 31 ans, il continue donc d'être dangereux pour l'élite, même lorsque son classement ne le laisse plus forcément deviner.

Fabrice Santoro après sa victoire contre David Ferrer à l'Open d'Australie 2006
Open d'Australie 2006 : Santoro bat David Ferrer et atteint enfin les quarts de finale d'un Grand Chelem.
2005-2006

Le Grand Chelem qui se faisait attendre

La saison 2005 ne bouleverse pas sa carrière en simple. Santoro reste néanmoins capable de coups d’éclat, comme lorsqu’il élimine David Nalbandian, alors membre du Top 10, à Rome.

Mais c’est au début de 2006 que survient l’un des moments les plus émouvants de sa carrière. À 33 ans et classé autour de la 65e place mondiale, il arrive à l’Open d’Australie sans appartenir aux joueurs attendus en deuxième semaine.

Il élimine successivement Vince Spadea et Andrei Pavel, puis affronte Gastón Gaudio, tête de série n°8. Santoro mène deux sets à zéro, voit l’Argentin égaliser, mais trouve encore les ressources pour gagner la cinquième manche 6-4.

En huitièmes de finale, David Ferrer, tête de série n°11, l’attend. Cette fois, pas de marathon : Santoro s’impose en trois sets, 6-4, 7-5, 7-5.

Pour la première fois de sa carrière, après 53 participations précédentes en Grand Chelem sans jamais dépasser les huitièmes de finale, le Français atteint les quarts de finale d’un majeur. L’émotion le submerge à la fin du match. Depuis ses débuts à Roland-Garros en 1989, il avait attendu près de dix-sept ans pour connaître ce moment.

David Nalbandian après son quart de finale contre Fabrice Santoro à l'Open d'Australie 2006
Melbourne 2006 : David Nalbandian met fin au parcours de Santoro, mais le Français tient enfin son quart de finale majeur.

David Nalbandian met fin à son parcours en quarts, mais Melbourne 2006 restera son meilleur résultat en simple en Grand Chelem et la preuve que son jeu atypique demeure redoutablement efficace face à l’élite.

Fabrice Santoro avec le trophée de Newport en 2007
Newport 2007 : Santoro remporte son cinquième titre ATP, plus de cinq ans après Dubaï.
2007-2008

L’incroyable seconde jeunesse

À un âge où la plupart des joueurs de sa génération ont déjà quitté le circuit, Santoro connaît une nouvelle poussée de résultats.

En juillet 2007, sur le gazon de Newport, il bat Nicolas Mahut en finale et remporte son cinquième titre ATP, plus de cinq ans après le précédent. Il a 34 ans.

Fabrice Santoro face à Novak Djokovic à Bercy en 2007
Paris-Bercy 2007 : Santoro inflige un 6-3, 6-2 à Novak Djokovic, alors n°3 mondial.

L’automne est encore plus étonnant. À Lyon, il élimine Andy Roddick, n°5 mondial. Quelques jours plus tard à Paris-Bercy, il inflige un 6-3, 6-2 à Novak Djokovic, alors n°3 mondial et déjà finaliste de l’US Open. Près de dix-sept ans après ses premières victoires sur Agassi et Sampras, une nouvelle génération découvre à son tour le problème Santoro.

Fabrice Santoro avec le trophée de Newport en 2008
Newport 2008 : à 35 ans, Santoro conserve son titre et devient le plus vieux vainqueur de l'histoire du tournoi.

En 2008, il retourne à Newport défendre son titre. À 35 ans, il bat Prakash Amritraj en finale et devient le plus vieux vainqueur de l’histoire du tournoi. Santoro rejoint alors le groupe minuscule des joueurs capables de remporter un titre ATP après 35 ans.

Ce sixième trophée en simple sera le dernier. Il arrive onze ans après le premier et dix-huit ans après sa première finale ATP : une durée qui résume à elle seule l’exceptionnelle résistance du Français au temps.

Fabrice Santoro salué à Roland-Garros en 2009
Roland-Garros 2009 : Santoro reçoit l'hommage du public pour sa vingtième participation au tournoi.
2009-2010

Les adieux... puis un dernier tour

Santoro annonce que 2009 sera sa dernière saison. Commence alors une longue série d’adieux à des tournois qu’il fréquente depuis près de vingt ans.

À Roland-Garros, il dispute le tournoi pour la vingtième fois. Battu par Christophe Rochus au premier tour, il reçoit l’hommage du public du court Suzanne-Lenglen. Le symbole est fort : son premier Roland-Garros remontait à 1989.

Fabrice Santoro face à James Blake à Paris-Bercy en 2009
Paris-Bercy 2009 : après sa défaite contre James Blake, Santoro pense avoir disputé son dernier match.

À l’automne, Paris-Bercy doit constituer la dernière étape. James Blake le bat 6-4, 6-3. Santoro fait un tour d’honneur, distribue ses affaires au public et pense alors avoir joué le dernier match de sa carrière.

Mais une idée finit par le rattraper. En participant à l’Open d’Australie 2010, il peut devenir le premier joueur à disputer un tournoi du Grand Chelem au cours de quatre décennies différentes.

Fabrice Santoro contre Marin Cilic à l'Open d'Australie 2010
Open d'Australie 2010 : face à Marin Cilic, Santoro dispute son 70e tournoi du Grand Chelem.

Il reprend donc exceptionnellement la raquette pour Melbourne. Le tirage ne lui fait aucun cadeau : Marin Cilic, futur demi-finaliste du tournoi, s’impose 7-5, 7-5, 6-3.

Santoro referme ainsi définitivement sa carrière professionnelle après son 70e tournoi du Grand Chelem. Depuis Roland-Garros 1989, il aura disputé au moins un tournoi majeur chaque année pendant vingt-deux saisons.

Il avait commencé à une époque où Connors, McEnroe, Becker et Edberg appartenaient encore au paysage ; il la termine dans celle de Federer, Nadal et Djokovic.

Plus de vingt ans de tennis, et presque autant d’époques traversées.

Rivalité

Le cauchemar de Safin

Fabrice Santoro face à Marat Safin

Au cours de sa carrière, Fabrice Santoro a battu de nombreux champions. Mais aucune de ses rivalités n'illustre mieux son génie tactique que celle qui l'oppose à Marat Safin.

Safin incarne la puissance à l'état pur : un service dévastateur, des frappes lourdes, un physique impressionnant et une capacité à prendre le jeu à son compte dès les premiers échanges.

Santoro représente son exact contraire. Son tennis repose sur la variation, le toucher, les effets et l'improvisation. Sur le papier, l'issue paraît écrite. Sur le court, tout change.

« Everybody can beat Santoro, but me. »
« Tout le monde peut battre Santoro... sauf moi. »
Fabrice Santoro face à Marat Safin à Roland-Garros 2001

Le Français remporte sept de leurs neuf confrontations sur le circuit ATP. Face à un joueur habitué à imposer sa cadence, Santoro ralentit le rythme, coupe les trajectoires, modifie les hauteurs de balle et transforme chaque point en problème tactique.

Cette rivalité raconte finalement beaucoup plus que neuf matches. Elle démontre qu'au plus haut niveau, l'intelligence tactique peut parfois prendre le dessus sur la puissance brute.

Longévité

Quatre décennies sur le circuit

Fabrice Santoro symbole de longévité
Noah à gauche, Djokovic à droite : quarante ans séparent leurs sacres à Roland-Garros. Santoro les a affrontés tous les deux.

Si Fabrice Santoro fascine autant, ce n'est pas uniquement pour son style de jeu. C'est aussi parce qu'il est parvenu à durer comme très peu de joueurs avant lui.

Professionnel pendant plus de vingt ans, il traverse plusieurs générations de champions, depuis les spécialistes du service-volée de la fin des années 1980 jusqu'aux cogneurs du tennis moderne. Santoro dispute des tournois ATP sur quatre décennies différentes et enchaîne soixante-dix participations consécutives en Grand Chelem, un record au moment où il met un terme à sa carrière.

Au fond, Santoro n'a pas traversé plus de vingt années sur le circuit malgré son style atypique. Il les a traversées grâce à lui.
Palmarès

Ses 6 titres

ATP 500 ATP 250

Lyon 1997
Marseille 1999
Doha 2000
Dubaï 2002
Newport 2007
Newport 2008
L'autre facette

Un grand joueur de double

Fabrice Santoro en double
En 2005, Fabrice remporte le Masters, associé à Mickaël Llodra.

Si le grand public retient avant tout ses performances en simple, Fabrice Santoro s'est également construit un remarquable palmarès en double.

Le double constitue le prolongement naturel de ses qualités. Son sens de l'anticipation, sa qualité de main, son toucher de volée, sa précision dans les angles et sa lecture du jeu y trouvent un terrain d'expression idéal.

Associé notamment à Michaël Llodra, il remporte deux titres à l'Open d'Australie, le Masters de fin d'année et s'impose à de nombreuses reprises sur le circuit ATP. Ensemble, les deux Français forment l'une des paires les plus complémentaires de leur époque.

Après les courts

Transmettre et décrypter

Fabrice Santoro consultant ou entraîneur

Lorsque Fabrice Santoro met un terme à sa carrière en 2010, il ne quitte pas pour autant le monde du tennis. Très vite, il devient l'un des consultants les plus appréciés du paysage audiovisuel français, avec une analyse posée, pédagogique et souvent différente.

Il choisit aussi de transmettre son expérience directement sur le circuit. Sergiy Stakhovsky, Richard Gasquet, Pierre-Hugues Herbert puis Milos Raonic bénéficient de son regard tactique.

Cette reconversion n'a finalement rien d'un hasard. Durant plus de vingt ans, Fabrice Santoro a gagné des matches grâce à son intelligence du jeu. Devenu entraîneur puis consultant, il continue simplement à mettre cette intelligence au service des autres.

Conclusion

Inimitable Santoro

Fabrice Santoro conclusion

Dans une époque dominée par les serveurs surpuissants et les cogneurs de fond de court, Fabrice Santoro aura toujours emprunté un autre chemin. Son tennis démontrait qu'il existait d'autres façons de gagner : par la réflexion, la patience, la créativité et la capacité à surprendre.

Le Français n'a jamais cherché à ressembler aux autres. Cette fidélité à son identité lui a permis de remporter six titres ATP en simple, de bâtir un superbe palmarès en double, de traverser plus de vingt années sur le circuit et de devenir l'un des joueurs les plus respectés de sa génération.

Plus qu'un joueur atypique, Fabrice Santoro restera comme l'un des plus brillants tacticiens de l'histoire du tennis moderne.

Date de dernière mise à jour : 11/10/2026