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États-Unis
droitier - revers à deux mains

VinceSpadea

L’art de revenir
Vince Spadea

Vince Spadea n’a jamais vraiment ressemblé au modèle du champion américain de son époque. Personnalité décalée, goût du rap et parcours tortueux : derrière le personnage se cachait un joueur tenace, singulier et beaucoup plus difficile à enfermer dans une case qu’il n’y paraissait.

1Titre ATP
2005n°18 mondial
Naissance 19 juillet 1974
Jeunesse

De Chicago à l’Orange Bowl

Vue de Chicago, ville natale de Vince Spadea
Chicago, où naît Vince Spadea le 19 juillet 1974.

Vincent Spadea naît le 19 juillet 1974 à Chicago. Son apprentissage du tennis se déroule essentiellement en Floride, dans une famille où la raquette occupe une place centrale. Son père, Vincent Sr., joue un rôle déterminant dans sa formation ; sa mère Hilda est née en Colombie. Ses sœurs Luanne et Diana sont elles aussi d’excellentes juniors et jouent ensuite à l’université Duke.

Chez les juniors, Spadea se hisse parmi les meilleurs de sa génération. En décembre 1992, pour le dernier tournoi junior de sa carrière, il remporte l’Orange Bowl des moins de 18 ans et termine l’année au 4e rang mondial junior. Il passe professionnel en janvier 1993.

De 1993 à 2010

Sa carrière

Yevgeny Kafelnikov à l'US Open 1995
US Open 1995 : Yevgeny Kafelnikov, n°7 mondial, subit au troisième tour la première victoire de référence de Vince Spadea.
1993-1997

Les premiers pas

Ses débuts sont progressifs. En 1994, il remporte les Challengers de Winnetka, Cincinnati et Ponte Vedra et se rapproche rapidement du Top 100. La saison suivante lui apporte sa première victoire de référence. À l’US Open 1995, classé 80e mondial, il élimine au troisième tour Yevgeny Kafelnikov, n°7 mondial, 6-2, 6-4, 6-4. Petr Korda l’arrête en huitièmes de finale.

Vince Spadea à l'US Open en 1996
US Open 1996 : Vince Spadea s’installe durablement dans le Top 100 et confirme sa capacité à inquiéter les meilleurs.

En 1996, il poursuit son installation parmi les cent meilleurs. À Miami, il bat notamment Thomas Enqvist, alors n°9 mondial, et atteint les quarts de finale. L’année suivante est moins régulière, même s’il s’offre de nouveau Enqvist, cette fois à Cincinnati. À ce stade de sa carrière, Spadea a déjà montré une particularité qui ne le quittera plus : il peut perdre tôt pendant plusieurs semaines puis devenir extrêmement dangereux lorsqu’un adversaire mieux classé lui fait face.

Vince Spadea à l'Open d'Australie en 1999
Open d’Australie 1999 : Vince Spadea signe à Melbourne le meilleur parcours en Grand Chelem de sa carrière.
1998-1999

Changement de dimension

En 1998, Spadea atteint à St. Polten sa première finale sur le circuit principal. Marcelo Rios, alors au sommet de sa carrière, ne lui laisse que deux jeux. La saison est néanmoins révélatrice : l’Américain bat quatre joueurs du Top 10, Pat Rafter à Miami, Petr Korda à Toronto, puis Andre Agassi et Richard Krajicek à Cincinnati. Il démontre surtout qu’il n’est pas exclusivement un joueur de dur : son jeu de fond supporte bien la terre battue.

L’Open d’Australie 1999 constitue son meilleur parcours en Grand Chelem. En huitièmes, il domine Andre Agassi 6-1, 7-5, 6-7, 6-3 et atteint pour la première fois les quarts de finale d’un tournoi majeur. Tommy Haas l’y bat en trois sets.

La suite de la saison confirme qu’il ne s’agissait pas d’un accident. À Roland-Garros, il balaie Richard Krajicek, n°5 mondial, 6-1, 6-2, 6-4. Il bat également Gustavo Kuerten sur terre battue à Gstaad. À Indianapolis, il bénéficie de l’abandon du n°1 mondial Pete Sampras après deux sets en quarts de finale, élimine Sebastien Grosjean en demi-finale et atteint la finale, perdue en trois manches contre Nicolas Lapentti.

À Lyon en octobre, il bat encore Kafelnikov, alors n°2 mondial. Spadea totalise huit victoires contre des joueurs du Top 10 en 1999, performance d’autant plus singulière qu’il demeure capable, dans le même temps, de disparaître dès le tour suivant. Kafelnikov lui-même relève alors cette curieuse aptitude à battre les meilleurs sans toujours confirmer ensuite.

Vince Spadea et Greg Rusedski à Wimbledon en 2000
Wimbledon 2000 : Greg Rusedski salue Vince Spadea au terme du match en cinq sets qui met fin à une série de 21 défaites.
1999-2002

La série noire

La victoire sur Kafelnikov à Lyon va pourtant précéder un effondrement spectaculaire. Spadea cesse pratiquement de gagner. Semaine après semaine, les défaites s’accumulent jusqu’à atteindre 21 matches consécutifs sur le circuit ATP.

Le 26 juin 2000, il arrive à Wimbledon avec ce poids et tombe au premier tour sur Greg Rusedski, tête de série n°14 et ancien finaliste de l’US Open. Sur le papier, le tirage semble cruel. Le match dure quatre heures. Spadea s’impose finalement 6-3, 6-7, 6-3, 6-7, 9-7 et met fin à huit mois sans victoire. John McEnroe vient l’étreindre après le match.

Cette victoire ne suffit pas à réparer immédiatement les dégâts. Son classement plonge jusqu’aux environs de la 237e place à l’automne 2000 et Spadea doit retourner sur le circuit Challenger. En octobre 2001, à Houston, il bat James Blake en finale et remporte son premier titre depuis le début de sa traversée du désert. Il continue son travail de reconstruction en 2002 et réintègre progressivement le Top 100.

Vince Spadea à Indian Wells en 2003
Indian Wells 2003 : Vince Spadea, issu des qualifications, retrouve les demi-finales d’un Masters Series.
2003

Le retour

Le retour de Spadea prend une tout autre dimension en 2003. À Indian Wells, il doit passer par les qualifications mais atteint finalement les demi-finales. Il élimine notamment Paradorn Srichaphan puis Brian Vahaly avant de retrouver le n°1 mondial Lleyton Hewitt. Spadea explique alors avoir entièrement repensé son programme de travail et collaborer avec Pete Fischer, ancien entraîneur de Pete Sampras.

Juan Carlos Ferrero et Vince Spadea à Monte-Carlo en 2003
Monte-Carlo 2003 : Juan Carlos Ferrero met fin en demi-finale à la deuxième grande semaine de Vince Spadea en Masters Series.

Un mois plus tard, il recommence à Monte-Carlo. Il atteint sa deuxième demi-finale de Masters Series de la saison, cette fois sur terre battue, avant de céder devant Juan Carlos Ferrero. Il est alors le seul joueur à avoir atteint les demi-finales de deux Masters Series depuis le début de l’année. Cette polyvalence est caractéristique de son jeu : moins dépendant de la puissance ou du service que beaucoup d’Américains de son époque, il est capable de faire fonctionner son tennis sur des surfaces très différentes.

Il termine 2003 au 29e rang mondial. Trois ans après avoir été repoussé très loin au classement, il a retrouvé exactement la zone qu’il occupait avant sa chute.

Vince Spadea vainqueur à Scottsdale en 2004
Scottsdale 2004 : Vince Spadea laisse éclater sa joie après avoir conquis, à 29 ans, son unique titre ATP.
2004

La récompense

Le 7 mars 2004, à Scottsdale, Spadea dispute son 223e tournoi ATP. En quarts, il élimine James Blake. En demi-finale, il renverse Andy Roddick, n°3 mondial, 6-7, 6-3, 6-4. Puis il bat Nicolas Kiefer en finale, 7-5, 6-7, 6-3. À 29 ans, onze ans après ses débuts professionnels, il remporte enfin son premier titre ATP.

Vince Spadea à Miami en 2004
Miami 2004 : Vince Spadea retrouve Andy Roddick en demi-finale quelques semaines après l’avoir battu à Scottsdale.

Quelques semaines plus tard, à Miami, il confirme immédiatement. Il bat Marat Safin au terme de trois sets, puis Paradorn Srichaphan et Agustin Calleri avant de retrouver Roddick en demi-finale. Cette fois, le futur vainqueur du tournoi l’arrête. Spadea a néanmoins enchaîné deux des meilleures semaines de sa carrière.

À Roland-Garros, son premier tour contre Florent Serra devient l’un de ses matches les plus extraordinaires. Mené 5-1 dans le cinquième set, il sauve neuf balles de match avant de s’imposer 7-5, 1-6, 4-6, 7-6, 9-7 après 4 h 32. Julien Jeanpierre le bat au tour suivant.

Vince Spadea à Wimbledon en 2004
Wimbledon 2004 : Vince Spadea atteint pour la première fois les huitièmes de finale du tournoi.

À Wimbledon, il atteint pour la première fois les huitièmes de finale. Il bat successivement Todd Reid, Felix Mantilla et Rainer Schuttler, tête de série n°8, sans perdre un set, avant de céder face à Sjeng Schalken. Il dispute encore une finale à Delray Beach en septembre, perdue contre Ricardo Mello, et achève la saison dans le Top 20.

Vince Spadea à Newport en 2005
Newport 2005 : Vince Spadea dispute contre Greg Rusedski la dernière finale ATP de sa carrière.
2005-2010

Durer

Le 28 février 2005, Spadea atteint le meilleur classement de sa carrière : 18e mondial. En juillet, à Newport, il dispute la dernière finale ATP de sa carrière, sur gazon, contre Greg Rusedski. La suite est moins spectaculaire, mais il continue à accumuler les saisons sur le circuit.

En 2007, à Delray Beach, il crée encore la surprise en battant Tommy Haas, n°9 mondial, 6-3, 2-6, 6-4. C’est sa première victoire sur un membre du Top 10 depuis près de trois ans et la 21e et dernière de sa carrière.

Vince Spadea à l'Open d'Australie en 2008
Open d’Australie 2008 : à 33 ans, Vince Spadea atteint encore le troisième tour à Melbourne.

À 33 ans, il atteint encore le troisième tour de l’Open d’Australie 2008. Plus tard dans la saison, alors que son classement s’érode, il retourne une nouvelle fois sur le circuit inférieur et remporte les Challengers de Waco et de Calabasas. Le procédé rappelle celui utilisé sept ans plus tôt : repartir plus bas plutôt que disparaître.

Vince Spadea à Wimbledon en 2009
Wimbledon 2009 : Vince Spadea joue son dernier tableau principal de Grand Chelem.

La saison 2009 marque le véritable déclin et Wimbledon constitue son dernier tableau principal en Grand Chelem. Il continue néanmoins de jouer en 2010, puis commence à quitter progressivement le circuit.

Identité tennistique

Style de jeu

Vince Spadea en revers
 

Droitier au revers à deux mains, Spadea est d’abord un joueur de fond de court. Son revers est son coup le plus solide, notamment en retour, et il aime prendre la balle tôt pour changer la direction de l’échange. Son tennis repose moins sur une accélération décisive que sur la répétition : faire jouer un coup de plus, déplacer l’adversaire, défendre puis avancer lorsque l’occasion apparaît.

Il se définit lui-même comme un joueur de « grinding », capable de prolonger les matches et de trouver progressivement le moyen de les gagner. En 2008, lorsqu’il commence à travailler avec Davide Sanguinetti, l’Italien cherche justement à le faire évoluer : servir mieux, prendre davantage l’initiative et ne plus dépendre autant de sa seule capacité à user l’adversaire.

Cette solidité explique aussi ses résultats sur terre battue. Spadea rappelle en 2003 avoir grandi en Floride sur des courts en terre et ne considère pas cette surface comme étrangère à son jeu. Ses parcours de Monte-Carlo et ses nombreuses victoires sur de grands spécialistes de terre confirment cette polyvalence.

Au fil des saisons

Entraîneurs

Son père Vincent Sr. est son premier entraîneur et reste longtemps la figure centrale de sa carrière. Lorsque Spadea doit retourner jouer des Challengers au début des années 2000, son père cesse de voyager systématiquement avec lui tout en continuant à le conseiller.

À Wimbledon 2000, Pat Cash lui apporte une aide ponctuelle. Spadea précise lui-même qu’ils effectuent des séances ensemble et restent régulièrement en contact, sans que l’Australien l’accompagne pour autant à plein temps. Pendant sa reconstruction, il travaille ensuite avec Pete Fischer, ancien mentor de Pete Sampras.

À l’été 2008, Davide Sanguinetti devient son entraîneur. Deux mois après le début de leur collaboration, Spadea explique que l’Italien travaille surtout son service et cherche à rendre son jeu de fond plus offensif. Spadea fut sa première expérience d’entraîneur après sa propre carrière de joueur ; leur collaboration dura environ un an et demi.

Palmarès

1 titre

ATP 250

Scottsdale 2004
Sous la bannière étoilée

Jeux olympiques et Coupe Davis

Vince Spadea aux Jeux olympiques de Sydney en 2000
Sydney 2000 : Vince Spadea découvre les Jeux olympiques au moment où sa carrière traverse une période de crise.

Spadea participe à deux Olympiades. À Sydney en 2000, en pleine période de crise, il est éliminé au premier tour par Patrick Rafter, 6-4, 6-3. Quatre ans plus tard à Athènes, il atteint le deuxième tour, où Nicolas Massu le bat 7-6, 6-2 avant de poursuivre jusqu’à la médaille d’or.

La carrière de Spadea en Coupe Davis est beaucoup plus courte. Il ne dispute qu’un match officiel : en 2000, lors de la demi-finale contre l’Espagne, Juan Carlos Ferrero le bat dans un simple sans enjeu après la victoire espagnole déjà acquise.

Équipes d'Espagne et des États-Unis en Coupe Davis en 2004
Finale de Coupe Davis 2004 à Seville. De gauche à droite : Juan Carlos Ferrero, Carlos Moya, Rafael Nadal, Tommy Robredo, les capitaines Jordi Arrese et Patrick McEnroe, Mike Bryan, Mardy Fish, Bob Bryan, Andy Roddick et, à l’extrémité, Vince Spadea. Présent mais déjà sur le bord du tableau, Spadea ne sera pas aligné par McEnroe : une image presque prémonitoire de la place réduite qui l’attend dans cette finale.

En 2004, revenu aux portes du Top 20, Spadea revendique une nouvelle sélection. Patrick McEnroe ne le choisit pourtant pas pour la finale disputée en Espagne et préfère confier le deuxième simple à Mardy Fish. Cette décision laissera une trace durable chez Spadea et occupera plus tard une place importante dans son livre.

Dans les coulisses du circuit

Break Point

Vince Spadea en 2006
Sous ses airs de Tom Cruise, Vince Spadea s’est donné une mission : raconter le circuit de l’intérieur. Mais pour s'assurer que son message ne s’autodétruise pas au bout de cinq secondes, il l'a pérennisé dans un livre.

En 2006 paraît Break Point: The Secret Diary of a Pro Tennis Player, écrit avec Dan Markowitz. Spadea y raconte le circuit de l’intérieur : déplacements, entraînements, rapports entre joueurs, solitude, entraîneurs, argent, classement et périodes de doute. L’ouvrage correspond assez bien au personnage : bavard, volontiers provocateur et peu soucieux de donner une version policée de sa vie de joueur.

Couverture du livre Break Point de Vince Spadea

Certains passages créent des tensions, notamment ses remarques sur James Blake et son récit de la non-sélection pour la finale de Coupe Davis 2004. Spadea ne cherche pas vraiment à ménager son entourage et son livre contribue à faire de lui l’un des personnages les plus atypiques du tennis américain de cette période.

Reconversion

Après les courts

Spadea s’éloigne assez vite du schéma classique de l’ancien joueur devenu exclusivement entraîneur. À Los Angeles, il crée une agence de talents et cherche notamment à faire travailler d’anciens sportifs dans le cinéma et la publicité. Ses goûts pour le rap, l’écriture et le spectacle, déjà connus pendant sa carrière, trouvent là un nouveau terrain d'expression.

En 2017, il participe de près au tournage de Battle of the Sexes, consacré au célèbre match de 1973 entre Billie Jean King et Bobby Riggs. Il est à la fois conseiller et chorégraphe tennis du film et doublure de Steve Carell pour les séquences de jeu. Il travaille également avec Emma Stone et Kaitlyn Christian pour rendre les gestes et les échanges crédibles à l’écran.

Chaise de tournage au nom de Vince Spadea pour Battle of the Sexes
Même sur un plateau de cinéma, Vince Spadea a sa place réservée.

Spadea change encore de métier par la suite. Installé en Floride du Sud, il rejoint le secteur de l’immobilier de luxe et travaille pour Douglas Elliman.

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Date de dernière mise à jour : 11/10/2026