Tennis Chron'open
Roscoe Tanner - Chron'Open
Chron'Open
États-Unis
gaucher - revers à une main

RoscoeTanner

La fusée de Chattanooga
Roscoe Tanner

Bien avant Becker, Ivanisevic ou Roddick, Roscoe Tanner fit du service le cœur de son jeu. Gaucher de 1,83 m, doté d’un lancer de balle extrêmement bas et d’un geste fulgurant, « The Rocket » semblait servir avec une génération d’avance. Champion d’Australie en 1977, finaliste à Wimbledon et n°4 mondial en 1979, il fut pourtant bien davantage qu’un simple cogneur.

1Grand Chelem
16Titres
1979n°4 mondial
1Coupe Davis
Naissance 15 octobre 1951
L’essentiel

La couronne

De Chattanooga à Stanford

Jeunesse

Jeune Roscoe Tanner au début des années 1970
Le jeune Roscoe Tanner à Stanford, au début des années 1970, avant son installation sur le circuit professionnel.

Roscoe Tanner grandit à Chattanooga, dans le Tennessee, et fréquente la Baylor School, où Jerry Evert, l’oncle de Chris Evert, joue un rôle important dans sa formation et notamment dans la construction de son service. Il rejoint ensuite Stanford au début de l’ère Dick Gould et devient l’une des premières grandes recrues du futur entraîneur emblématique de l’université.

Trois fois All-American, il atteint deux finales NCAA en simple et remporte le championnat NCAA de double en 1972. Cette même année, alors qu’il débute véritablement sa carrière professionnelle, il atteint déjà les quarts de finale de l’US Open. Stanford l’intégrera par la suite à son Hall of Fame.

De 1972 à 1985

Sa carrière

1974-1976

Parmi les meilleurs

Roscoe Tanner au service à Wimbledon en 1974
Wimbledon 1974 : le lancer très bas et l’accélération immédiate de Roscoe Tanner annoncent déjà la signature technique qui va l’installer parmi l’élite.

Après plusieurs finales, Tanner décroche son premier titre en avril 1974 à Denver, sur moquette indoor, en dominant Arthur Ashe 6-2, 6-4. Quelques mois plus tard, il réalise un superbe US Open : il sort notamment Ilie Nastase au terme de cinq sets, puis Stan Smith en quart de finale, avant que Jimmy Connors ne l’arrête en demi-finale.

Jimmy Connors et Roscoe Tanner à Wimbledon en 1975
Wimbledon 1975 : Jimmy Connors et Roscoe Tanner entrent sur le Centre Court avant leur demi-finale, le premier grand rendez-vous londonien de Tanner.

Wimbledon devient rapidement l’un de ses terrains favoris. Demi-finaliste en 1975, il retrouve Connors en quart de finale l’année suivante et prend une éclatante revanche, 6-4, 6-2, 8-6. En demi-finale, Bjorn Borg l’arrête 6-4, 9-8, 6-4 et remporte quelques jours plus tard le premier de ses cinq Wimbledon consécutifs.

Roscoe Tanner à Wimbledon en 1976
Wimbledon 1976 : après avoir écarté le n°1 mondial Jimmy Connors en trois manches, Roscoe Tanner atteint sa deuxième demi-finale consécutive.

L’année 1976 est également sa saison la plus prolifique : Cincinnati, Columbus, San Francisco et Tokyo, soit quatre titres sur trois continents. Tanner s’installe alors durablement parmi les joueurs capables de battre n’importe qui lorsque son service prend feu.

1977

Champion d’Australie

Roscoe Tanner au filet à l'Open d'Australie 1977
Kooyong, janvier 1977 : sur le gazon australien, Roscoe Tanner avance derrière son service et impose le jeu d’attaque qui le conduit au titre.

En janvier 1977, Tanner dispute pour la première fois l’Open d’Australie. Le tournoi se joue alors à Kooyong, sur gazon. Tête de série n°2, l’Américain se hisse en finale après avoir notamment éliminé Tony Roche, Phil Dent et Ken Rosewall. Il y retrouve Guillermo Vilas, tête de série n°1, qui participe lui aussi pour la première fois à ce tournoi.

La finale n’a pourtant rien d’un duel équilibré. Tanner impose son service et son jeu d’attaque et bat l’Argentin 6-3, 6-3, 6-3. À 25 ans, il remporte le seul titre du Grand Chelem de sa carrière.

Roscoe Tanner avec un trophée à Sydney en 1977
Sydney 1977 : Roscoe Tanner ajoute un second titre australien à sa saison, quelques mois après son unique sacre majeur.

Il ajoute ensuite le tournoi de Sydney à son palmarès. L’histoire réserve toutefois une curiosité : deux Opens d’Australie sont organisés cette année-là. Lorsque Tanner revient défendre son titre en décembre, il est éliminé dès le premier tour par le jeune Chris Lewis. Il demeure ainsi l’un des très rares champions de Grand Chelem de l’ère Open à avoir perdu dès le premier tour lors de la défense de son titre.

1978-1979

L’apogée

Roscoe Tanner et Bjorn Borg après la finale de Wimbledon 1979
Wimbledon 1979 : Roscoe Tanner et Bjorn Borg après leur finale en cinq manches ; jamais l’Américain ne sera plus près d’une deuxième couronne majeure.

En 1978, Tanner remporte le tournoi de Mission Hills contre Raul Ramirez, l’épreuve qui deviendra progressivement l’actuel Indian Wells. Il réalise même cette année-là le doublé simple-double. En 1979, le tournoi prend le nom de Congoleum Classic et Tanner conserve son titre en battant Brian Gottfried.

L’été 1979 le conduit au sommet de sa carrière. Quelques semaines après avoir disputé la finale de Wimbledon, il atteint, le 30 juillet, la 4e place mondiale. Face à Borg sur le Centre Court, Tanner prend le premier set, Borg égalise, puis l’Américain reprend l’avantage deux manches à une. Le Suédois finit par renverser la rencontre : 6-7, 6-1, 3-6, 6-3, 6-4. C’est la quatrième couronne consécutive de Borg à Wimbledon.

Deux mois plus tard à l’US Open, Tanner tient sa revanche. En quart de finale, il bat Borg, alors tête de série n°1, 6-2, 4-6, 6-2, 7-6. La violence de son service est telle qu’un de ses engagements fait même céder le filet, incident resté célèbre dans l’histoire du tournoi. Cette défaite prive encore Borg du titre américain qui lui échappera toute sa carrière.

Roscoe Tanner face à Vitas Gerulaitis à l'US Open 1979
US Open 1979 : le tableau d’affichage situe la demi-finale contre Vitas Gerulaitis, disputée après la victoire de Roscoe Tanner sur Bjorn Borg.

Mais Tanner passe en deux jours de l’euphorie à l’immense frustration. En demi-finale contre Vitas Gerulaitis, il mène deux sets à zéro avant de se faire rejoindre puis dépasser : 3-6, 2-6, 7-6, 6-3, 6-3. Sa saison 1979 reste néanmoins la meilleure de sa carrière.

1980-1985

Encore quelques éclairs

Bjorn Borg face à Roscoe Tanner à l'US Open 1980
US Open 1980 : l’image montre Bjorn Borg, contraint de remonter un handicap de deux manches à une pour écarter Roscoe Tanner en quarts de finale.

Tanner demeure dangereux au début des années 1980. Il atteint les quarts de finale de Wimbledon en 1980, où Connors le bat en cinq manches, puis ceux de l’US Open la même année. Face à Borg, il mène cette fois encore deux sets à un avant de s’incliner 6-4, 3-6, 4-6, 7-5, 6-3. En 1981, il atteint pour la troisième année consécutive les quarts de l’US Open.

Il remporte à Philadelphie en 1981 son dernier titre.

Roscoe Tanner au Masters en 1981
Masters 1981 : le geste compact de Roscoe Tanner saisit la balle avant sa descente, lors de sa dernière participation au tournoi de fin d’année.

Qualifié pour le Masters pour la quatrième fois après 1976, 1977 et 1979, Tanner y livre encore contre Jimmy Connors un match décidé par trois tie-breaks. Connors s’impose 7-6, 6-7, 7-6.

Roscoe Tanner à Wimbledon en 1983
Wimbledon 1983 : à 31 ans, Roscoe Tanner retrouve les quarts de finale après avoir éliminé le n°5 mondial Mats Wilander.

Son dernier grand coup arrive à Wimbledon en 1983. À 31 ans, Tanner élimine au troisième tour le n°5 mondial Mats Wilander, 6-7, 7-5, 6-3, 6-4, puis atteint les quarts de finale. Ivan Lendl l’y bat 7-5, 7-6, 6-3.

Il dispute encore le circuit en 1984 puis joue son dernier match répertorié en janvier 1985 à Memphis, contre Zoltan Kuharszky. Des problèmes au coude gauche, son bras de service, précipitent la fin de sa carrière ; Tanner expliquera après sa retraite qu’une intervention arthroscopique réalisée par le Dr Frank Jobe l’avait convaincu qu’il était temps d’arrêter.

Style de jeu

Servir avant que la balle ne retombe

Roscoe Tanner au service à Wimbledon en 1979
Wimbledon 1979 : le lancer très bas de Roscoe Tanner raccourcit son geste et laisse au relanceur un temps de réaction minimal.

La signature de Tanner était ce lancer de balle extrêmement bas. Contrairement à la majorité des joueurs, qui laissent la balle atteindre une certaine hauteur puis redescendre, l’Américain la frappait pratiquement au sommet de sa trajectoire. Son mouvement était compact, sans temps mort, et sa balle arrivait sur le relanceur avec une soudaineté inhabituelle. À cela s’ajoutait l’avantage naturel de son service de gaucher, notamment pour écarter l’adversaire.

Son service fut un jour mesuré à 153 mph, soit environ 246 km/h, à Mission Hills. Le chiffre a traversé les décennies, mais il doit être manié avec précaution : Tanner expliqua plus tard que le relevé avait été effectué depuis les tribunes avec un radar et non dans les conditions nécessaires à l’homologation d’un record. La date elle-même varie selon les récits. Il reste que sa première balle était, pour son époque, absolument hors normes.

Naturellement porté vers l’attaque, Tanner pratiquait le service-volée et excellait sur le gazon comme sur les surfaces rapides. L’étiquette de pur spécialiste du rapide serait toutefois réductrice : en 1976, il remporte sur terre battue Cincinnati et le Tokyo Outdoor. Sa vitesse d’exécution et son goût pour l’offensive pouvaient donc s’exprimer sur d’autres terrains.

Coupe Davis

Le Saladier d’argent en 1981

L'équipe des États-Unis avec le Saladier d'argent en 1981
Coupe Davis 1981 : l’équipe des États-Unis pose avec le Saladier d’argent après son succès 3-1 sur l’Argentine à Cincinnati.

Tanner participe activement au triomphe américain en Coupe Davis 1981. En demi-finale contre l’Australie à Portland, il remporte ses deux simples, d’abord contre Peter McNamara en cinq sets puis contre Mark Edmondson. Les États-Unis s’imposent 5-0.

En finale à Cincinnati contre l’Argentine, il perd son simple contre Jose Luis Clerc. John McEnroe bat Guillermo Vilas puis, associé à Peter Fleming, gagne un double épique ; McEnroe apporte enfin le point décisif contre Clerc. Les États-Unis l’emportent 3-1 et Tanner est donc vainqueur de la Coupe Davis 1981.

Ses entraîneurs

Trois étapes de formation

Roscoe Tanner, Dick Gould et Sandy Mayer à Stanford
À Stanford, Roscoe Tanner (à gauche) aux côtés de son entraîneur Dick Gould et de Sandy Mayer, son partenaire de double universitaire.

Jerry Evert joue un rôle déterminant pendant sa jeunesse à la Baylor School et participe à la construction de son fameux service. À Stanford, Tanner est formé sous la direction de Dick Gould, dont il devient l’une des premières grandes recrues.

À la fin des années 1970, Dennis Ralston travaille étroitement avec lui et l’accompagne notamment pendant la période de sa finale de Wimbledon en 1979.

Vie privée

Trois mariages, cinq filles

Roscoe Tanner avec son épouse à Hurlingham en 1987
Hurlingham, juin 1987 : Roscoe Tanner avec son épouse Charlotte lors d’un événement caritatif organisé avant Wimbledon.

La vie sentimentale de Roscoe Tanner a été mouvementée. Il s’est marié trois fois : d’abord avec Nancy, puis avec Charlotte, qu’il épouse à la fin de 1984 et dont il divorce en 1999, enfin avec Margaret. Il est père de cinq filles — Lauren, Tamara, Anne Monique, Omega et Lacey — nées de quatre mères différentes.

Dans ses mémoires, Tanner reconnaît avoir multiplié les infidélités pendant son premier mariage. En mai 1993, alors qu’il est marié à Charlotte, une brève liaison avec Connie Romano conduit à la naissance de sa fille Omega Anne. Le non-paiement ultérieur de la pension alimentaire destinée à l’enfant sera à l’origine de l’une de ses premières grandes affaires judiciaires.

Ses relations avec plusieurs de ses filles sont longtemps restées distendues. Cette histoire familiale occupe une place importante dans Second Serve: My Fall from Grace and Road to Reconciliation, publié en 2025 et consacré notamment à ses efforts de réconciliation.

Après les courts

La chute, puis le retour au tennis

Roscoe Tanner lors de son arrestation en 2008
Roscoe Tanner en 2008, durant une période encore marquée par ses démêlés judiciaires.

L’après-carrière de Tanner est beaucoup moins glorieuse. Mauvaises affaires, dettes et pensions alimentaires impayées l’entraînent dans une longue succession de procédures judiciaires. En 2003, il est notamment extradé d’Allemagne vers les États-Unis dans une affaire liée à l’achat d’un bateau et à un chèque sans provision. Après une condamnation et une mise à l’épreuve, il ne respecte pas les conditions imposées et est condamné en 2006 à deux ans de prison en Floride. Il avait également connu auparavant des incarcérations liées au non-paiement de pensions alimentaires.

En 2005, il raconte cette déchéance dans son autobiographie Double Fault: My Rise and Fall, and My Road Back, écrite avec Mike Yorkey. Tanner revient ensuite à son métier de toujours en donnant des cours et des stages de tennis. En 2025, il publie une version largement revisitée de son histoire sous le titre Second Serve: My Fall from Grace and Road to Reconciliation, centrée notamment sur son parcours depuis ces années chaotiques et ses tentatives de réconciliation familiale.

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Date de dernière mise à jour : 11/10/2026