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États-Unis
droitier - revers à une main

BillTilden

Le premier roi du tennis moderne
Bill Tilden

Grand, théâtral et cérébral, Bill Tilden pense le tennis autant qu’il le joue. Devenu sur le tard la première immense vedette internationale de son sport, « Big Bill » domine les années 1920, transforme le jeu par sa réflexion tactique et conserve longtemps une place centrale, même après son passage chez les professionnels.

ChampionAvant l’ère Open
10Grands Chelems
1920n°1 mondial
7Coupes Davis
Naissance 10 février 1893
Philadelphie

Les origines

Une rue de Germantown, à Philadelphie
Germantown, à Philadelphie, où Tilden découvre le tennis au Cricket Club.

William Tatem Tilden II naît dans une famille aisée de Germantown, à Philadelphie. Neuf ans avant sa naissance, ses parents ont perdu trois enfants en quelques semaines lors d’une épidémie de diphtérie. Bill est d’abord élevé et instruit à domicile avant d’intégrer la Germantown Academy. Il découvre très jeune le tennis et grandit dans l’environnement du Germantown Cricket Club.

En 1910, il entre à l’université de Pennsylvanie. Sa mère meurt l’année suivante. En 1915, il perd à quelques mois d’intervalle son père et son frère aîné Herbert. Tilden abandonne alors ses études durant sa dernière année universitaire. Ces disparitions successives le marquent profondément et le tennis prend progressivement une place centrale dans sa vie.

Il n’est pourtant pas un prodige précoce. À plus de 20 ans, il reste très loin du niveau des meilleurs joueurs américains. Il compense par une approche presque obsessionnelle de l’entraînement et de la technique, étudiant les coups et la tactique avec une minutie inhabituelle pour l’époque.

De 1916 à 1953

Sa carrière

Bill Tilden frappant un coup droit au début de sa carrière
Le coup droit, première arme du jeune Tilden.
1916-1919

Une ascension tardive

Tilden dispute pour la première fois le championnat des États-Unis en simple en 1916. Deux ans plus tard, à 25 ans, il atteint déjà la finale mais s’incline face à Robert Lindley Murray. En 1919, il revient en finale et perd cette fois contre Bill Johnston.

Ces deux échecs lui révèlent surtout la faiblesse de son revers. Son coup droit est déjà dangereux, mais son revers reste essentiellement défensif. Durant l’automne et l’hiver 1919-1920, il s’entraîne intensivement sur un court couvert à East Providence, dans le Rhode Island, modifie sa prise et développe un véritable revers d’attaque. À 27 ans, âge auquel beaucoup de champions de l’époque ont déjà atteint leur sommet, Tilden est enfin prêt à dominer.

1921 st cloud tilden
Tilden au début de son règne mondial, ici à Saint-Cloud en 1921.
1920-1922

Le renversement

En 1920, Tilden traverse l’Atlantique et remporte Wimbledon dès sa première participation. Dans le système du challenge round alors en vigueur, il gagne d’abord le tournoi des prétendants puis bat le tenant du titre Gerald Patterson. Il devient le premier Américain à remporter le simple messieurs de Wimbledon. Quelques semaines plus tard, il bat Bill Johnston en cinq manches et enlève également le championnat des États-Unis.

En 1921, Wimbledon applique encore le challenge round : en tant que tenant du titre, Tilden n’a qu’un match à disputer. Il bat le Sud-Africain Brian Norton et conserve son titre, puis s’impose de nouveau au championnat des États-Unis. Il ne retourne ensuite plus à Wimbledon avant 1927, mais continue de régner aux États-Unis. En 1922, il remporte un troisième titre national consécutif en battant une nouvelle fois Johnston.

Quelques semaines après ce succès, une blessure au majeur de sa main droite s’infecte gravement. Plusieurs opérations deviennent nécessaires et une partie du doigt doit finalement être amputée. La carrière de Tilden semble menacée. Il modifie légèrement sa prise de raquette et revient pourtant au plus haut niveau dès 1923.

Bill Johnston et Bill Tilden lors de la finale du championnat des États-Unis 1923
1923 : Johnston et Tilden, rivaux de la finale du championnat des États-Unis.
1923-1925

Au sommet du tennis mondial

L’amputation ne freine pas sa domination. Tilden gagne encore les championnats des États-Unis en 1923, 1924 et 1925. Il porte ainsi sa série à six titres consécutifs, de 1920 à 1925, record qu’aucun homme n’a dépassé dans l’histoire du tournoi.

Sa supériorité ne se mesure pas seulement à ses trophées. Les classements historiques le placent n°1 mondial pendant six années consécutives, de 1920 à 1925. À Forest Hills, il gagne 42 matchs consécutifs entre 1920 et 1926. La saison 1925 constitue le sommet statistique de cette domination : 78 victoires pour une seule défaite, avec une série de 95 matchs consécutifs sans défaite entre 1924 et 1925.

Bill Tilden avec son trophée du championnat des États-Unis en 1925
1925 : Bill Tilden avec le trophée de son sixième titre consécutif au championnat des États-Unis.

Tilden est également le pilier de l’équipe américaine de Coupe Davis. Les États-Unis remportent le trophée sept années de suite, de 1920 à 1926, avec Bill Johnston comme autre grande figure de l’équipe.

Henri Cochet et Bill Tilden à Wimbledon en 1927
Wimbledon 1927 : Henri Cochet renverse Bill Tilden après avoir été mené deux manches à zéro et 5-1 dans la troisième.
1926-1927

Les Français prennent le pouvoir

En 1926, le règne de Tilden commence à se fissurer là où il semblait le plus solidement installé. Au championnat des États-Unis, Henri Cochet met fin à sa série de 42 victoires consécutives dans le tournoi. Tilden, qui avait remporté les six éditions précédentes, abandonne ainsi pour la première fois depuis 1919 le titre américain. René Lacoste s’impose finalement à Forest Hills et devient le premier Français à remporter le simple messieurs du tournoi.

L’année suivante, la domination française devient plus nette encore. Aux Internationaux de France, Tilden atteint la finale mais s’incline face à Lacoste, 11-9 dans la cinquième manche. À Wimbledon, il mène Henri Cochet deux manches à zéro et 5-1 dans la troisième en demi-finale avant de subir un spectaculaire renversement. Cochet l’emporte en cinq manches puis gagne le tournoi. Enfin, à Forest Hills, Lacoste bat de nouveau Tilden, cette fois en trois sets, et conserve son titre américain. Sur les trois grands tournois disputés par Tilden en 1927, sa route est donc barrée à chaque fois par un Français.

Le basculement devient aussi collectif. Depuis 1920, les États-Unis détenaient sans interruption la Coupe Davis. En septembre 1927, à Philadelphie, la France s’impose 3-2 et met fin à sept années d’hégémonie américaine. Tilden perd notamment le simple décisif face à René Lacoste. Après avoir perdu son emprise sur Forest Hills puis sur les grands rendez-vous individuels, Big Bill voit également la Coupe Davis passer aux mains des Mousquetaires.

Henri Cochet et Jean Borotra contre Bill Tilden et Frank Hunter en Coupe Davis 1928
Coupe Davis 1928 : Cochet et Borotra affrontent Tilden et Hunter en double à Roland-Garros.
1928

Tilden bute encore sur les Mousquetaires

En 1928, Tilden n’est donc plus le joueur dominant qu’il était quelques années auparavant. Sa saison est en outre perturbée par son conflit avec l’USLTA, qui le suspend pour avoir été rémunéré pour des articles consacrés au tennis, en violation des règles très strictes de l’amateurisme. Il est finalement réintégré à temps pour participer à la finale de Coupe Davis contre la France.

À Roland-Garros, il commence pourtant la rencontre par une victoire en cinq manches sur René Lacoste. Mais la suite tourne à l’avantage des Français. Associé à Frank Hunter, Tilden perd le double en cinq sets contre Henri Cochet et Jean Borotra. Puis Cochet le bat en trois manches, 9-7, 8-6, 6-4, dans le simple qui assure définitivement la victoire française. La France conserve la Coupe Davis, 4-1.

Bill Tilden avec les trophées de Wimbledon en 1930
1930 : Bill Tilden, vainqueur de Wimbledon pour la troisième fois, dix ans après son premier sacre.
1929-1930

Les derniers grands titres

À 36 ans, Tilden revient au championnat des États-Unis en 1929 et reconquiert le titre. Il bat Frank Hunter en cinq manches et porte son total à sept victoires dans le tournoi.

En 1930, il effectue un dernier retour triomphal à Wimbledon. À 37 ans, il bat Wilmer Allison en trois manches et remporte le tournoi pour la troisième fois, dix ans après son premier succès. Il demeure le plus vieux vainqueur du simple messieurs de Wimbledon. Cette même année, il atteint pour la deuxième fois la finale des Internationaux de France, où Henri Cochet le bat en quatre manches. Aux États-Unis, Tilden s’arrête en demi-finale.

Il supporte de moins en moins un système dans lequel les vedettes remplissent les stades sans pouvoir officiellement vivre de leur sport. À la fin de 1930, il abandonne son statut amateur.

Bill Tilden lors de l'US Pro 1931
US Pro 1931 : Tilden ouvre sa carrière professionnelle par un titre à Forest Hills.
1931-1938

Tilden professionnel

Tilden rejoint le circuit professionnel en 1931, à 38 ans. Ce circuit fonctionne alors essentiellement à travers de longues tournées et quelques championnats réservés aux joueurs ayant abandonné leur statut amateur. Son arrivée change considérablement sa dimension commerciale : toujours immense vedette, Tilden attire le public lors de ses confrontations avec Karel Kozeluh, Vincent Richards puis les nouvelles générations.

Il remporte dès 1931 l’US Pro à Forest Hills en battant Vincent Richards. Il gagne ensuite le French Pro en 1934 et un deuxième US Pro en 1935, cette fois contre Kozeluh. À plus de 40 ans, il reste donc capable de remporter les principales compétitions professionnelles.

Bill Tilden avec des joueurs du circuit professionnel en 1931
Paris, Palais des Sports, octobre 1931 : Frank Hunter, Bill Tilden, le promoteur Jeff Dickson, Karel Kozeluh et Albert Burke lors de la tournée professionnelle européenne.

Mais le temps finit par jouer contre lui. Ellsworth Vines, de seize ans son cadet, prend progressivement le dessus lors de leurs tournées. Fred Perry rejoint à son tour les professionnels en 1937. Tilden continue néanmoins de jouer contre les meilleurs et d’utiliser sa célébrité pour organiser ou promouvoir les tournées. En 1937, il conseille l’équipe allemande de Coupe Davis et Gottfried von Cramm lors de la finale interzone contre les États-Unis.

Bill Tilden et Don Budge en 1941
1941 : à 48 ans, Bill Tilden retrouve Don Budge au filet lors d’une série de rencontres.
1939-1953

Un joueur jusqu’au bout

Passé 45 ans, Tilden n’est évidemment plus en mesure de dominer les jeunes champions. Il continue pourtant à jouer. Durant la Seconde Guerre mondiale, il participe notamment à des rencontres et exhibitions destinées à récolter des fonds. En 1941, à 48 ans, il dispute encore une longue série de matchs contre Don Budge, alors au sommet de son art.

Ses activités sont brutalement interrompues par ses démêlés judiciaires à partir de 1946. Après sa première sortie de prison, il tente cependant de reprendre les exhibitions en 1948. Sa dernière apparition significative en tournoi intervient à Cleveland en 1951 : âgé de 58 ans, il atteint les quarts de finale avant de perdre contre Frank Kovacs.

Bill Tilden encore en action en 1951
1951 : à 58 ans, Tilden joue encore un tournoi important à Cleveland.

Tilden ne s’était donc pas retiré en 1946 : sa période professionnelle se poursuit jusqu’à sa mort. En juin 1953, il devait repartir pour Cleveland lorsqu’il meurt d’une crise cardiaque dans son appartement de Los Angeles. Ses bagages étaient prêts.

Coupe Davis

Sept ans au sommet

Bill Tilden et Henri Cochet en Coupe Davis en 1927
Coupe Davis 1927 : Bill Tilden et Henri Cochet se retrouvent autour du Saladier d’argent, symbole d’un pouvoir qui passe aux Mousquetaires.

Avec l’équipe des États-Unis, Tilden remporte sept Coupes Davis consécutives de 1920 à 1926. Son bilan personnel dans la compétition est de 34 victoires pour 7 défaites, dont 25-5 en simple et 9-2 en double.

La finale de 1927 contre la France clôt une série américaine sans équivalent. Elle lance surtout le règne des Mousquetaires, qui conserveront ensuite le trophée pendant six ans.

Style de jeu

La tête avant la force

Bill Tilden en action
La grande amplitude de Bill Tilden sert un tennis fait de variations, d’effets et de lectures tactiques.

Avec sa grande taille, ses bras très longs, ses épaules larges et ses mains imposantes, Tilden possède une puissance peu commune pour son époque. Son service le plus spectaculaire est surnommé le « cannonball », mais il ne cherche pas à frapper systématiquement le plus fort possible. Il utilise beaucoup les effets et réserve souvent son service le plus violent aux points importants.

Contrairement à ce que pourrait laisser penser son gabarit, il n’est pas principalement un serveur-volleyeur. Il préfère construire depuis le fond du court. Son jeu associe variations de rythme, slices, lifts, amorties, lobs et accélérations soudaines. Il cherche moins à imposer une formule fixe qu’à découvrir ce que son adversaire supporte le moins bien.

Son véritable avantage est tactique. Tilden observe, analyse et adapte constamment son jeu. Pour lui, le tennis est presque une partie d’échecs. Cette réflexion nourrit également ses livres, notamment The Art of Lawn Tennis et Match Play and the Spin of the Ball, publié en 1925.

Personnalité

Le champion devient vedette

Suzanne Lenglen et Bill Tilden
Suzanne Lenglen et Bill Tilden, deux des grandes vedettes qui portent le tennis vers un public nouveau.

Tilden comprend très tôt que le champion n’est pas seulement un sportif. Son allure, ses entrées sur le court, sa façon de jouer avec le public et son goût de la mise en scène contribuent énormément à sa popularité.

Il écrit des articles, des nouvelles, des livres sur le tennis, mais aussi des pièces de théâtre. Il joue lui-même la comédie et investit une part considérable de son argent dans des productions souvent peu rentables.

Très sûr de lui, volontiers provocateur et peu disposé à accepter l’autorité des dirigeants, il s’oppose régulièrement à l’USLTA. L’affaire de 1928 est l’aboutissement de plusieurs années de tensions autour de l’amateurisme et de la possibilité, pour un champion célèbre, de gagner de l’argent grâce à sa notoriété. Les récits selon lesquels il aurait parfois abandonné des manches pour prolonger le spectacle sont fréquemment rapportés, mais il est difficile d’en mesurer la réalité.

Vie privée

Une chute publique

Portrait de Bill Tilden dans sa vie privée
Portrait de Bill Tilden.

Tilden ne s’est jamais marié et était homosexuel, à une époque où l’homosexualité faisait l’objet d’une forte réprobation sociale et juridique. Cette réalité doit être distinguée des faits qui provoquent sa chute à la fin des années 1940 : ses deux condamnations concernent des mineurs.

En novembre 1946, il est arrêté à Los Angeles dans une affaire impliquant un garçon de 14 ans. Il plaide coupable de « contribution à la délinquance d’un mineur » et est condamné en janvier 1947 à un an de prison. Il en purge environ sept mois et demi avant d’être libéré sous conditions.

En janvier 1949, il est de nouveau arrêté après avoir fait des avances sexuelles à un auto-stoppeur de 16 ans. Il retourne en prison et purge environ dix mois supplémentaires. Ces condamnations entraînent son exclusion d’une grande partie du monde du tennis : plusieurs clubs refusent désormais de l’employer comme professeur et ses revenus diminuent fortement.

Héritage

Un modèle aussi brillant que contradictoire

Tilden avait gagné beaucoup d’argent grâce aux tournées professionnelles, mais en avait également dépensé énormément dans le théâtre et ses différents projets. Ses dernières années se déroulent dans des conditions bien plus modestes que celles de sa période de gloire.

Le 5 juin 1953, il meurt d’une crise cardiaque à Los Angeles, à 60 ans. Six ans plus tard, en 1959, il est admis à l’International Tennis Hall of Fame.

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Date de dernière mise à jour : 11/10/2026