Tennis Chron'open
Argentine
gaucher - revers à une main

GuillermoVilas

Numéro 1... quand les calculs sont corrects
Guillermo Vilas

Guillermo Vilas fut un travailleur infatigable, pionnier du lift moderne et véritable icône nationale en Argentine.
Il demeure également au cœur de l'une des plus grandes controverses du tennis moderne : celle d'un formidable champion privé de son statut de numéro 1 à cause d'une invraisemblable erreur de calcul.

4Grands Chelems
62Titres ATP
1975N°2 mondial
NAISSANCE 17 août 1952
Grand Chelem

Les quatre couronnes

Identité tennistique

Style de jeu

Guillermo Vilas à Roland-Garros

À première vue, Guillermo Vilas apparaît comme un pur spécialiste de la terre battue. Pourtant, cette étiquette est réductrice. Certes, c'est sur l'ocre qu'il bâtit sa légende, mais ses succès à l'Open d'Australie démontrent qu'il possède les qualités nécessaires pour s'imposer sur toutes les surfaces, notamment sur le gazon.

Son identité tennistique repose avant tout sur un coup droit lifté d'une efficacité redoutable. Bien avant que cette technique ne devienne la norme, le gaucher argentin imprime à la balle une rotation exceptionnelle, obtenue grâce à une préparation très ample et à une vitesse de bras remarquable. Ses frappes bondissent haut après le rebond, repoussent constamment ses adversaires loin derrière leur ligne de fond et rendent toute prise d'initiative particulièrement difficile. Beaucoup le considèrent comme l'un des précurseurs du lift moderne.

Le bras gauche de Guillermo Vilas

Ce travail du lift marquait jusqu'à son corps : son bras gauche, énormément sollicité par ses coups liftés, était nettement plus développé que son bras droit.

Son revers à une main, moins spectaculaire, constitue pourtant un modèle de régularité. Très sûr dans les échanges, il lui permet de maintenir une pression permanente sans rechercher systématiquement le coup gagnant. Cette patience devient l'une de ses principales forces.

Mais ce qui distingue véritablement Vilas de la plupart de ses contemporains est sa préparation physique. À une époque où les joueurs travaillent encore relativement peu leur endurance, il multiplie les séances d'entraînement, les longues courses et les exercices de résistance. Sa condition athlétique lui permet d'enchaîner les tournois sans baisse de régime et de transformer chaque rencontre en un combat d'usure.

Sur terre battue, cette combinaison fait des ravages. Son lift prend encore davantage d'effet, tandis que sa capacité à prolonger les échanges finit par épuiser les meilleurs joueurs du circuit. Battre Vilas sur cette surface exige non seulement de produire un tennis exceptionnel, mais aussi d'accepter un affrontement physique dont peu sortent vainqueurs.

Son jeu n'a jamais recherché le spectaculaire. Il repose sur une idée simple : imposer un rythme que personne ne peut soutenir plus longtemps que lui. Cette philosophie lui permettra de dominer le circuit pendant plusieurs saisons et de devenir l'une des références absolues sur terre battue.

de 1969 à 1992

Sa carrière

Guillermo Vilas, les débuts
Vilas remporte le Masters et s'installe parmi les grands espoirs argentins.
1969-1974

Les débuts

Originaire de Mar del Plata, Guillermo Vilas se distingue très jeune par une détermination peu commune. Dès la fin des années 1960, il apparaît comme l'un des plus grands espoirs du tennis argentin et obtient en 1970 sa première sélection en Coupe Davis. Son apprentissage sur le circuit professionnel est progressif, mais sa progression est constante.

Au fil des saisons, il améliore son classement, remporte ses premiers titres et s'affirme comme l'un des meilleurs joueurs de fond de court du monde. En 1974, il atteint les demi-finales de Roland-Garros puis confirme son potentiel lors de plusieurs grands rendez-vous internationaux. Il remporte le Masters qui clôt la saison en dominant notamment Borg puis le triple tenant du titre Ilie Nastase en finale. L'Argentine tient enfin le champion qu'elle attend depuis des décennies.

Guillermo Vilas et Björn Borg à Roland-Garros
1975 : Vilas atteint la finale de Roland Garros.
1975-1976

L'éclosion

L'année 1975 marque un tournant décisif. Vilas atteint la finale de Roland-Garros, où il s'incline face à Björn Borg, déjà maître de la terre battue parisienne. Cette défaite ne constitue pourtant pas un échec : elle confirme définitivement son appartenance au cercle des meilleurs joueurs du monde.

Les titres se multiplient ensuite sur toutes les surfaces. Son incroyable volume de jeu et sa condition physique lui permettent d'enchaîner les compétitions à un rythme rarement observé à cette époque.

Avec le recul, cette période revêt également une importance historique. Les travaux réalisés plusieurs décennies plus tard montreront que c'est probablement dès cette année-là que Guillermo Vilas aurait dû accéder à la première place mondiale selon une reconstitution fidèle du classement ATP.

Guillermo Vilas à Roland-Garros 1977
Roland-Garros 1977 : Vilas décroche son premier titre du Grand Chelem.
1977

La saison de la consécration

Peu de saisons peuvent rivaliser avec celle réalisée par Guillermo Vilas en 1977.

Il remporte seize tournois, accumule les victoires à un rythme exceptionnel et domine le circuit avec une régularité impressionnante. Sa confiance est telle qu'il semble presque invincible sur terre battue.

À Roland-Garros, en l'absence de Borg, il décroche enfin le titre qui lui avait échappé deux ans plus tôt. Il survole le tournoi sans perdre le moindre set avant de dominer Brian Gottfried en finale.

Quelques mois plus tard, il confirme sa suprématie en remportant l'US Open, alors disputé sur terre battue verte à Forest Hills. En finale, il prend le meilleur sur Jimmy Connors, alors numéro un mondial.

Cette année exceptionnelle fait entrer Vilas dans une autre dimension. Pour beaucoup d'observateurs, il est alors le meilleur joueur du monde.

Guillermo Vilas à l'Open d'Australie
1978-1979 : deux titres consécutifs à l'Open d'Australie.
1978-1979

Les confirmations

Loin de retomber après cette saison historique, Vilas poursuit sur sa lancée. Il remporte successivement les éditions 1978 et 1979 de l'Open d'Australie, confirmant qu'il ne se limite pas à la terre battue.

Toujours présent dans les grands rendez-vous, il continue à enrichir son palmarès tout en restant solidement installé parmi les meilleurs joueurs du circuit.

Guillermo Vilas à Roland-Garros 1982
Madrid 1982 : Vilas domine Lendl en finale.
1980-1989

Les dernières grandes années

L'arrivée de McEnroe, puis de Lendl, Becker et Edberg marque progressivement la fin de la génération de Vilas. Malgré une concurrence de plus en plus forte, l'Argentin continue à remporter des tournois et demeure un adversaire particulièrement redouté. Sa dernière grande année fut 1982, où il atteignit la finale de Roland Garros après avoir remporté Monte Carlo.

En 1988, il remporte face à Leonardo Lavalle sa 58ème victoire à Roland Garros, un record qui ne sera pas battu avant 2013.

Fou amoureux de son sport, Vilas tardera à mettre fin à sa carrière. Il raccrochera la raquette à quarante ans, en 1992, dans une neuvième saison consécutive sans le moindre titre.

Apogée

1977 : une saison historique

Guillermo Vilas à l'US Open 1977

La saison 1977 constitue l'apogée de la carrière de Guillermo Vilas et l'une des plus grandes campagnes individuelles de l'histoire du tennis.

Tout au long de l'année, l'Argentin accumule les victoires avec une régularité exceptionnelle. Il remporte seize tournois, totalise 145 succès et établit une série de 53 victoires consécutives sur terre battue, un record qui fera longtemps référence.

Son doublé Roland-Garros – US Open concrétise la mainmise de l'Argentin sur le circuit. Pourtant, malgré cette domination insolente, le classement ATP continue de maintenir Jimmy Connors à la première place.

Cette contradiction alimente encore aujourd'hui les débats autour de la plus grande injustice statistique de l'histoire du tennis.

Controverse

Cinq semaines envolées

Guillermo Vilas et le classement ATP
« Je suis numéro 1, merci. Même si vos archives font semblant de ne pas le voir.»

Aucun joueur n'incarne autant la controverse du classement ATP que Guillermo Vilas.

Pendant longtemps, l'opinion publique a considéré que l'Argentin avait été privé de la première place mondiale à l'issue de sa fabuleuse saison 1977. Les recherches historiques menées plusieurs décennies plus tard ont révélé une réalité encore plus surprenante : l'injustice remonterait en fait à 1975.

Le système de calcul utilisé par l'ATP reposait alors sur une moyenne de résultats particulièrement complexe. Les reconstitutions modernes montrent que Vilas aurait dû occuper la première place pendant plusieurs semaines.

Bien qu'ayant reconnu la valeur du travail d'archives réalisé par le journaliste argentin Eduardo Puppo et son équipe pour rendre à Vilas ce qui a été donné par erreur à Connors, l'ATP a refusé de modifier rétroactivement ses archives, estimant que les classements publiés à l'époque devaient être conservés tels quels. Selon les calculs rétroactivement effectués, l'Argentin aurait dû être n°1 mondial entre le 22 août et le 25 septembre 1975, soit pendant cinq semaines. 

Officiellement, Guillermo Vilas ne sera donc jamais numéro un mondial. Pour une grande partie des historiens du tennis, cette absence constitue l'une des plus grandes anomalies de l'ère Open.

L’amateurisme du tennis professionnel

L’ATP possède une conception singulière de la vérité historique. En 2016 encore, son guide officiel attribuait 58 titres à Ilie Nastase. Son palmarès en affiche 64 dans le relevé consulté en juillet 2026 : le total a donc augmenté de six titres plusieurs décennies après la fin de sa carrière, sans que l’ATP fournisse au public un relevé clair des modifications ni leur justification.

Cette souplesse disparaît curieusement lorsqu’il est question de Guillermo Vilas. Une reconstitution détaillée des classements de 1975 et 1976 a conclu que l’Argentin aurait occupé la première place mondiale pendant plusieurs semaines. L’ATP refuse pourtant de lui attribuer rétroactivement ce rang, notamment parce que ses classements n’étaient alors publiés qu’à intervalles irréguliers. Officiellement, Vilas demeure donc n°2 au mieux.

L’histoire peut ainsi être corrigée cinquante ans après lorsqu’il s’agit d’ajouter des titres, mais elle devient soudain intangible lorsqu’il faudrait reconnaître un n°1 mondial. Dans le sigle ATP, le P signifie « professionnels ». Au regard de la tenue des archives, on peut se demander si le A ne signifie pas plutôt « amateurisme ».

La revanche argentine

Argentine 1978

Au milieu des années 1970, l’Argentine tient avec Guillermo Vilas le meilleur joueur du monde. Les calculs reconstitués lui attribuent plusieurs semaines à la première place entre 1975 et 1976, mais ni l’ATP ni l’ITF ne lui accordent officiellement ce rang. Vilas restera donc, dans leurs archives, un éternel n°2 : une anomalie que les institutions du tennis refusent encore de corriger.

Deux ans plus tard, l’Argentine organise la Coupe du monde de football sous la dictature de Jorge Rafael Videla. Le régime entend faire de la compétition une démonstration de puissance nationale et ne laisse rien au hasard. L’Albiceleste dispute notamment son dernier match après le Brésil, en connaissant exactement le résultat nécessaire à sa qualification pour la finale. Elle doit battre le Pérou par quatre buts ; elle s’impose 6-0 dans une rencontre qui demeure entourée de lourds soupçons. L’Argentine remporte ensuite sa première Coupe du monde.

On pourrait presque croire que Videla avait décidé de venger Vilas. Puisque les institutions du tennis avaient refusé de placer un Argentin au sommet de leur classement, la dictature se serait chargée de conduire l’équipe nationale au sommet du football mondial. Il ne s’agit évidemment pas d’une vengeance réellement conçue comme telle, mais le rapprochement est saisissant : l’injustice subie par un champion argentin dans un sport semble trouver, deux ans plus tard, une compensation collective dans l’autre grande discipline de l’époque.

L’histoire prolongera même cette étrange bienveillance. En 1986, Diego Maradona marquera contre l’Angleterre un but de la main que l’arbitre validera. Quarante ans plus tard, le parcours argentin en Coupe du monde suscitera encore des accusations de favoritisme liées à l’arbitrage et au calendrier. Dans le football, l’Argentine semble avoir bénéficié de toutes les souplesses que le tennis avait refusées à Guillermo Vilas.

Diego Maradona, Coupe du monde 1986

L'ordinateur parfois l'or donne à tort,
Comme à Connors qu'honorent ses pairs ;
Car aussi sûr qu'un et un font deux,
Puppo vit l'As en Vilas.

Argentine

Coupe Davis

Guillermo Vilas en Coupe Davis

Très attaché à son pays, Guillermo Vilas répond toujours présent lorsque l'Argentine fait appel à lui.

Pendant près de vingt ans, il porte l'équipe nationale et contribue à installer durablement son pays parmi les grandes nations du tennis.

La finale de Coupe Davis disputée aux côtés de Jose Luis Clerc en 1981 constitue le point culminant de cette aventure collective. Même si l'Argentine s'incline, cette campagne demeure un moment fondateur de son histoire.

Palmarès

Ses 62 titres

Avec 62 titres remportés en simple, Guillermo Vilas figure parmi les joueurs les plus titrés de l'ère Open.

Clique sur une pastille colorée pour accéder à la fiche du tournoi.

Grand Chelem Masters Grand tournoi historique

Buenos Aires 1973
Gstaad 1974
Hilversum 1974
Louisville 1974
Montréal 1974
Téhéran 1974
Buenos Aires 1974
Masters 1974
Munich 1975
Hilversum 1975
Washington 1975
Louisville 1975
Buenos Aires 1975
St-Louis 1976
Fort Worth 1976
Monte-Carlo 1976
Montréal 1976
Sao Paulo 1976
Buenos Aires 1976
Springfield 1977
Buenos Aires 1977
Virginia Beach 1977
Roland-Garros 1977
Kitzbühel 1977
Washington 1977
Louisville 1977
South Orange 1977
Columbus 1977
US Open 1977
Paris 1977
Téhéran 1977
Bogota 1977
Santiago 1977
Buenos Aires 1977
Johannesbourg 1977
Hambourg 1978
Munich 1978
Gstaad 1978
South Orange 1978
Aix-en-Provence 1978
Bâle 1978
Australie 1978
Hobart 1979
Washington 1979
Buenos Aires 1979
Australie 1979 Rome 1980
Kitzbühel 1980
Palerme 1980
Mar del Plata 1981
Le Caire 1981
Houston 1981
Buenos Aires 1982
Rotterdam 1982
Milan 1982
Monte-Carlo 1982 Madrid 1982
Boston 1982
Kitzbühel 1982
Richmond 1983
Delray Beach 1983
Kitzbühel 1983
 

À ces titres s'ajoutent de nombreuses victoires dans les plus grands tournois internationaux, ainsi qu'un nombre impressionnant de finales et de performances sur toutes les surfaces.

Vie hors court

L'homme derrière le champion

Guillermo Vilas hors court
Le romantisme de Guillermo n'a pas laissé indifférente la princesse Caroline de Monaco, qui entretint pendant quelques mois une idylle avec le champion.

En dehors des courts, Guillermo Vilas cultive une personnalité discrète et profondément artistique.

Passionné de poésie, il publie plusieurs recueils et consacre une partie de son temps à l'écriture. La musique occupe également une place importante dans sa vie, tout comme les voyages et la peinture.

Cette sensibilité contraste avec l'image du compétiteur infatigable qu'il renvoie sur les courts et contribue à faire de lui l'un des personnages les plus singuliers de l'histoire du tennis.

Influence

Héritage

Guillermo Vilas, héritage argentin

Guillermo Vilas n'a pas seulement remporté des titres : il a changé durablement le tennis argentin.

Premier grand champion de son pays, il inspire directement les générations suivantes, de Gabriela Sabatini à Juan Martín del Potro, en passant par Guillermo Coria, Gastón Gaudio et David Nalbandian.

Son professionnalisme, son exigence physique et son approche moderne de l'entraînement ont également influencé l'évolution du tennis de haut niveau.

La controverse autour de la première place mondiale continuent d'alimenter les débats, tandis que son rôle de pionnier du tennis argentin ne fait, lui, plus aucun doute.

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Date de dernière mise à jour : 11/10/2026