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Chron'Open
États-Unis
droitier - revers à deux mains

AndreAgassi

Le rebelle devenu légende
Andre Agassi

Agassi a quasiment tout gagné, y compris l'or olympique. Il aura été un rival formidable pour contester l'hégémonie de Pete Sampras dans les années 90.

8Grands Chelems
60Titres ATP
1995N°1 mondial
3coupes Davis
NAISSANCE 29 avril 1970
L'essentiel

Une carrière en huit couronnes

Wimbledon, New York, Melbourne, Paris : Agassi a fini par tout prendre, parfois là où on l'attendait, parfois précisément là où on ne l'attendait pas.

Origines

Le tennis comme destin

Andre Agassi enfant
Avant les académies et les grands courts, le tennis est déjà l'horizon imposé du jeune Andre Agassi.

Andre Kirk Agassi naît le 29 avril 1970 à Las Vegas, dans une famille de quatre enfants. Son père, Emmanuel « Mike » Agassi, immigré iranien d'origine arménienne et ancien boxeur olympique, est convaincu très tôt que son fils deviendra un champion de tennis. Il lui fait prendre une raquette dès l'enfance et organise autour de lui un entraînement d'une intensité peu commune.

Dans son autobiographie Open, Agassi raconte une enfance entièrement dominée par le tennis. Dans le jardin familial, son père a installé un court et modifié une machine lance-balles qu'Andre surnomme « le Dragon ». Mike lui impose jusqu'à 2 500 balles par jour, avec l'idée qu'à ce rythme son fils en frappera près d'un million par an. La machine l'oblige notamment à prendre la balle très tôt, souvent juste après le rebond : une contrainte qui participe directement à la construction de ce qui deviendra l'une des qualités majeures de son jeu.

À 13 ans, Agassi est envoyé en Floride à l'académie de Nick Bollettieri. Le séjour ne devait initialement durer que trois mois, mais Bollettieri est tellement impressionné par son talent qu'il décide de le garder gratuitement. Agassi se retrouve alors dans un environnement extrêmement compétitif, au milieu d'autres futurs grands joueurs, notamment Jim Courier.

Cette formation produit rapidement ses effets, mais elle laisse aussi une relation compliquée au tennis. Agassi expliquera bien plus tard avoir longtemps vécu ce sport comme quelque chose qui lui avait été imposé plutôt que choisi. À 16 ans, en 1986, le prodige de Las Vegas quitte les juniors et passe professionnel.

Identité tennistique

Style de jeu

Andre Agassi - style de jeu

Agassi ne possédait pas vraiment de point faible dans la mesure où le secteur de jeu qui le rebutait le plus, la volée, il savait s'en exonérer, et c'était sa grande force : imposer son jeu à ses adversaires. Face à un grand serveur, il pouvait toujours compter sur une préparation si courte qu'il est considéré comme un des plus grands relanceurs de tous les temps.

De tous les joueurs qui ont joué leur revers à deux mains, Agassi fait incontestablement partie de ceux qui l'utilisaient avec le plus d'efficacité.

Entourage

Les hommes de l'ombre

La carrière d’Agassi ne se comprend pas seulement à travers ses titres : elle se lit aussi à travers les hommes qui l’ont façonné, corrigé puis reconstruit. Peu de champions auront autant changé de visage selon l’entourage qui les accompagnait.

Nick Bollettieri est celui de la fabrique initiale. Dans son académie, Agassi devient un joueur de cadence, de prise de balle précoce, d’agression permanente depuis la ligne de fond. Bollettieri ne lui donne pas seulement un cadre : il participe à la naissance du phénomène, avec tout ce que cela comporte de puissance, d’exposition et de tension.

Brad Gilbert arrive ensuite comme l’homme de la bascule tactique. Avec lui, Agassi apprend à gagner moins joliment, mais plus sûrement. Gilbert lui apporte une lecture plus froide du match : choisir le bon coup, exploiter les faiblesses adverses, accepter de ne pas toujours briller pour mieux s’imposer. C’est l’époque où le talent spectaculaire devient une arme plus disciplinée.

Gil Reyes occupe une place à part. Plus qu’un préparateur physique, il devient un pilier de confiance. Dans les années de chute puis de reconstruction, son rôle dépasse la salle de musculation : il aide Agassi à rebâtir son corps, sa résistance et une forme de fidélité au travail. Sans Reyes, le second Agassi — celui de 1999, puis du vétéran de Melbourne — paraît difficilement imaginable.

Darren Cahill accompagne enfin la dernière version du champion. Avec lui, Agassi n’est plus le jeune rebelle ni même seulement le miraculé de 1999 : il devient un vétéran organisé, capable de gérer son calendrier, son corps et ses dernières ambitions. La fin de carrière n’est pas une lente disparition, mais une prolongation maîtrisée.

de 1986 à 2006

Sa carrière

Agassi à Roland-Garros 1988
1988 : le jeune Agassi entre dans le paysage.
1988

Le phénomène de Las Vegas

Agassi perce au plus haut niveau en 1988. Il n’est pas seulement un jeune joueur qui gagne beaucoup : il débarque comme une anomalie dans un tennis encore très codifié. Le jeu est déjà fulgurant, mais l’apparence fait presque autant parler que les résultats. Cheveux longs, tenues voyantes, short en jean : le gamin de Las Vegas n’entre pas dans le paysage, il le bouscule.

Sur le court, pourtant, le phénomène n’a rien d’une simple affaire de marketing. Élève de Nick Bollettieri, Agassi impose très tôt une cadence infernale du fond du court. Il prend la balle tôt, refuse de reculer, étouffe l’adversaire par la vitesse de ses enchaînements. Ce tennis frontal, presque insolent, tranche avec l’image plus classique des champions installés.

Les résultats suivent immédiatement. À Roland-Garros, il atteint les demi-finales avant de tomber sur Mats Wilander, futur vainqueur du tournoi et modèle de patience tactique. Quelques mois plus tard, il atteint encore le dernier carré à l’US Open, où Ivan Lendl, triple tenant du titre, lui rappelle ce qui le sépare encore des maîtres du circuit.

Mais l’essentiel est déjà là : en une saison, Agassi est passé du statut de curiosité spectaculaire à celui de prétendant majeur. Il termine l’année à la troisième place mondiale. Le tennis tient son nouveau phénomène, même s’il ne sait pas encore très bien s’il doit l’admirer, s’en méfier ou le gronder.

Agassi et Gomez à Roland-Garros 1990
1990 : deux finales majeures, mais pas encore le déclic.
1990-1991

Les premières finales, les premiers doutes

Après cette irruption fracassante, la saison 1989 marque un premier ralentissement. Agassi ne confirme pas tout à fait les promesses de l’année précédente et ne remporte qu’un seul titre, à Orlando. Pour un joueur déjà installé si haut dans la hiérarchie, c’est peu. Le talent reste évident, mais la trajectoire paraît moins rectiligne qu’annoncé.

En 1990, il reprend pourtant des couleurs. Il gagne à Miami, puis termine l’année par un titre prestigieux au Masters. Entre-temps, il s’installe deux fois en finale de Grand Chelem. À Roland-Garros, favori face à Andrés Gómez, il laisse filer une occasion immense. À l’US Open, il retrouve une autre promesse américaine, Pete Sampras, encore plus jeune que lui, qui lui barre la route.

Andre Agassi et Boris Becker à Roland-Garros 1991
Roland-Garros 1991 : en dominant Boris Becker avant la finale, Andre Agassi confirme qu'il est déjà tout près d'un premier sacre majeur.

Ces défaites font naître une étiquette encombrante. Agassi est spectaculaire, populaire, parfois irrésistible, mais il ne gagne pas encore les finales qui changent une carrière. En 1991, une nouvelle défaite en finale de Roland-Garros, cette fois contre Jim Courier, renforce le soupçon : le champion est là, mais la couronne majeure lui échappe toujours.

La même année, il revient pourtant à Wimbledon, tournoi qu’il avait longtemps boudé après sa défaite du premier tour en 1987. Le quart de finale perdu contre David Wheaton ne ressemble pas encore à une conquête, mais il a valeur de signal. Agassi cesse peu à peu de se définir contre les traditions du tennis. Il commence à comprendre qu’il devra aussi les traverser pour devenir grand.

Agassi à Wimbledon 1992
Wimbledon 1992 : le titre où on ne l'attendait pas.
1992

Wimbledon, le titre inattendu

On attendait Agassi à Roland-Garros ou à New York. C’est pourtant à Wimbledon, sur le gazon qu’il avait longtemps tenu à distance, qu’il remporte son premier titre du Grand Chelem. Le paradoxe est magnifique : le rebelle des courts durs et de la terre battue se découvre champion dans le temple le plus conservateur du tennis.

Son parcours donne du poids au sacre. Il bat Boris Becker, ancien roi des lieux, puis John McEnroe, autre génie américain, avant de résister en finale à Goran Ivanisevic et à son service monstrueux. Agassi ne gagne donc pas Wimbledon par hasard : il y écarte des joueurs qui incarnent chacun, à leur façon, une part de l’histoire du gazon.

Ce titre transforme son image. Le joueur des tenues provocantes et des coups d’éclat devient enfin un champion majeur. Il n’a pas perdu son panache, mais il lui ajoute une légitimité nouvelle. Wimbledon 1992 n’est pas seulement son premier Grand Chelem : c’est le moment où le personnage devient champion.

L’année suivante, il ne confirme pas partout. Il fait notamment l’impasse sur Roland-Garros, mais remet son titre en jeu au All England Club et ne cède qu’en quart de finale face au futur vainqueur, Pete Sampras. La passation est discrète mais importante : Sampras commence à installer sa loi, et Agassi va bientôt devenir son principal contrechamp.

Andre Agassi à l'US Open 1994
US Open 1994 : New York replace Andre Agassi au centre du jeu avant le grand duel australien avec Pete Sampras.
1994-1995

New York, Melbourne et la guerre avec Sampras

En 1994, Agassi frappe de nouveau un grand coup à l’US Open. Après une période moins lisible, il retrouve le chemin des très grands titres et conquiert New York. Ce succès lui rend une part de son autorité : il n’est plus seulement le vainqueur inattendu de Wimbledon, mais un champion capable de revenir au premier plan.

Andre Agassi et Pete Sampras à l'Open d'Australie 1995
Melbourne 1995 : face à Pete Sampras, Andre Agassi donne à leur rivalité son premier sommet majeur.

Quelques mois plus tard, il s’inscrit pour la première fois à l’Open d’Australie. Le déplacement est décisif. Agassi ne fait pas le voyage pour découvrir Melbourne : il y remporte le tournoi. En finale, il bat Pete Sampras, alors référence du tennis mondial. Ce succès donne à leur rivalité une intensité particulière, car il ne s’agit plus seulement d’un duel américain : c’est un affrontement pour la première place.

Au printemps 1995, Agassi devient n°1 mondial. Il semble alors avoir trouvé son âge d’or : Wimbledon l’a consacré, New York l’a relancé, Melbourne l’a installé au sommet. Son tennis de retour, de prise de balle précoce et de pression permanente apparaît comme la grande réponse possible au service-volée et à la puissance froide de Sampras.

Mais Sampras reprend la main à l’US Open. Sa victoire en finale à New York replace le Californien au centre de la décennie et rappelle à Agassi que la conquête du trône ne suffit pas : il faut encore le défendre. L’année 1995 reste pourtant le sommet incandescent de leur rivalité. Sampras domine l’histoire comptable des années 90, mais Agassi apparaît comme son adversaire le plus romanesque.

Andre Agassi champion olympique à Atlanta en 1996
Atlanta 1996 : l'or olympique ajoute une ligne rare au palmarès, sans empêcher la crise qui suit.
1996-1998

La médaille puis le désert

Après le sommet de 1995, Agassi entre dans une période plus trouble. Les résultats deviennent irréguliers, l’élan se casse, et même son titre olympique d’Atlanta, en 1996, ne suffit pas à masquer le malaise. La médaille d’or est immense sur le papier ; dans sa trajectoire, elle ressemble pourtant davantage à une éclaircie qu’à un nouveau départ.

Andre Agassi à l'US Open en 1997
En 1997, le contraste avec Atlanta dit toute la violence du décrochage.

En 1997, la chute devient vertigineuse. Agassi n’est plus seulement un champion en panne : il disparaît presque du paysage. Son classement s’effondre jusqu’au 141e rang mondial, symbole brutal pour un joueur qui avait été n°1 deux ans plus tôt. Blessures, désordre intime, lassitude, perte de motivation : tout ce qui faisait sa flamboyance semble se retourner contre lui.

Cette période prendra une place centrale dans son autobiographie Open, où il reviendra sur ses années de doute, son mariage avec Brooke Shields, ses mensonges et sa consommation de méthamphétamine. Sans transformer la fiche en dossier à charge, il faut bien mesurer ce que représente ce moment : Agassi ne traverse pas une simple mauvaise saison, il touche le point bas de sa carrière sportive et de son image publique.

Mais c’est aussi là que commence l’autre Agassi. En 1998, il reprend le chemin des courts avec une humilité nouvelle, accepte de reconstruire son classement et retrouve peu à peu le goût du combat. Les titres reviennent, la confiance aussi. Le rebelle des années 80 n’a pas disparu, mais il se transforme : moins de provocation, plus de discipline ; moins de bruit, plus de travail. La résurrection de 1999 est déjà en marche.

Agassi à Roland-Garros 1999
Roland-Garros 1999 : la pièce manquante.
1999

Le Graal parisien

En 1999, Agassi arrive à Roland-Garros dans une situation étrange. Il a retrouvé des résultats, mais pas encore toute sa certitude. Séparé de Brooke Shields, gêné par une épaule douloureuse, il aborde le tournoi avec un capital confiance fragile. Et pourtant, c’est précisément là, au moment où tout semble encore précaire, qu’il trouve la pièce manquante.

Paris lui avait déjà échappé deux fois en finale, contre Gómez puis Courier. Cette fois, il va au bout. En remportant Roland-Garros, Agassi complète le Grand Chelem en carrière : Wimbledon, New York, Melbourne et enfin Paris. Le joueur longtemps soupçonné de manquer les grands rendez-vous entre alors dans un cercle très fermé.

Agassi ne complète pas seulement le Grand Chelem en carrière : avec son titre olympique d’Atlanta, il devient en 1999 le premier homme de l’histoire du tennis à réunir les quatre Majeurs et l’or olympique en simple. Chez les femmes, Steffi Graf avait déjà poussé l’exploit plus loin encore, en réussissant le Golden Slam calendaire en 1988 ; mais côté masculin, avant Agassi, personne — ni dans l’ère Open, ni dans l’ancien tennis olympique — n’avait bouclé ce cercle-là. Le parallèle avec Graf devient alors saisissant : leur relation est officialisée peu après, comme si la reconstruction sportive d’Agassi ouvrait aussi un nouveau chapitre intime.

Andre Agassi avec le trophée de l'US Open 1999
US Open 1999 : après Paris, New York transforme le retour en reprise de pouvoir.

Et pour éviter que Roland-Garros ne soit réduit à un miracle isolé, Agassi confirme immédiatement. Quelques mois plus tard, il remporte l’US Open, puis ajoute Bercy à l’automne. Il termine l’année n°1 mondial, distinction que Sampras avait longtemps confisquée. Deux ans après avoir disparu des radars, Agassi signe l’un des come-backs les plus fracassants de l’histoire du tennis.

Andre Agassi à l'Open d'Australie 2000
Australie 2000 : Melbourne devient le socle de la seconde carrière d'Andre Agassi.
2000-2003

Melbourne, son dernier royaume

Agassi entre dans les années 2000 dans la meilleure période de sa seconde carrière. Après son année 1999 triomphale, il confirme en remportant l’Open d’Australie 2000. Le titre a valeur de prolongement : le revenant n’est pas seulement réapparu, il s’est réinstallé au sommet.

Melbourne devient alors son tournoi refuge. Agassi avait longtemps ignoré l’Open d’Australie ; il en fait désormais l’un des piliers de son palmarès. En 2001, il conserve son titre et donne à sa maturité une forme presque méthodique. Le joueur provocateur des débuts est devenu un champion d’efficacité, capable de répéter les grands rendez-vous sans perdre son identité.

Andre Agassi et Pete Sampras à l'US Open 2002
US Open 2002 : la décennie Sampras-Agassi se referme sur une dernière finale de Grand Chelem.

La saison 2002 est plus contrastée. Forfait à l’Open d’Australie en raison d’une douleur au poignet, Agassi réussit pourtant une très belle année : il gagne Miami, en battant Roger Federer en finale, s’impose aussi à Rome, puis atteint la finale de l’US Open face à Pete Sampras. La décennie précédente semble se refermer sur ce dernier duel majeur entre les deux Américains.

Andre Agassi à l'Open d'Australie 2003
Australie 2003 : une quatrième couronne à Melbourne prolonge l'âge mûr du champion.

En 2003, Agassi ajoute une quatrième couronne australienne à son palmarès. À l’époque, personne dans l’ère Open n’a gagné plus souvent que lui à Melbourne. Il reprend aussi la place de n°1 mondial à 33 ans, ce qui donne à sa longévité une portée particulière : Agassi n’est plus seulement le miraculé de 1999, il reste un patron crédible dans un tennis déjà en train de changer d’époque.

Federer bat Agassi à New York en 2005
2005 : une dernière finale de prestige face au nouveau maître du circuit, Roger Federer.
2004-2006

Face à Federer, la sortie du vieux champion

Après 2003, Agassi ne domine plus vraiment le circuit, mais il demeure dangereux. Son corps devient plus fragile, les grandes campagnes se raréfient, mais son jeu garde une pureté de frappe et une qualité de retour qui lui permettent encore de tenir tête aux meilleurs.

Son dernier grand titre arrive à Cincinnati en 2004, comme un ultime rappel de son autorité sur dur. Ce n’est plus l’Agassi conquérant de 1995 ni le ressuscité de 1999, mais un vétéran capable, sur une semaine, de redevenir l’un des joueurs les plus difficiles à manœuvrer du circuit.

En 2005, il atteint encore la finale de l’US Open. Cette fois, l’obstacle s’appelle Roger Federer. Le symbole est limpide : Agassi, qui avait traversé Wilander, Lendl, Courier et Sampras, se retrouve face au nouveau maître du jeu. Il n’est plus l’avenir du tennis, mais il en reste l’un des grands témoins.

Andre Agassi à l'US Open 2006
US Open 2006 : New York accompagne la sortie d'un champion qui a fini par se réconcilier avec son histoire.

Il prendra sa retraite un an plus tard, à l’US Open 2006, après avoir offert au public new-yorkais une dernière sortie chargée d’émotion.

Ses victimes du dimanche

Huit titres, mais peu de grandes finales

Andre Agassi et Todd Martin à l'US Open 1999
New York 1999 résume le paradoxe : un immense titre, mais une affiche moins lourde historiquement que les finales perdues contre Sampras ou Federer.

Avec huit titres du Grand Chelem, Andre Agassi possède un palmarès considérable. Pourtant, la liste des finales qui lui ont apporté ces huit trophées est étonnamment peu prestigieuse au regard de sa place dans l'histoire du tennis. Une seule ressemble véritablement à une confrontation au sommet entre deux géants de leur génération : l'Open d'Australie 1995, où Agassi bat Pete Sampras, alors n°1 mondial. Ce sera d'ailleurs sa seule victoire contre son grand rival en cinq finales de Grand Chelem.

Ses sept autres victimes sont Goran Ivanisevic, Michael Stich, Andrei Medvedev, Todd Martin, Yevgeny Kafelnikov, Arnaud Clément et Rainer Schuttler. Certains sont évidemment de très grands joueurs : Stich était champion de Wimbledon et avait atteint la 2e place mondiale, Ivanisevic allait lui aussi gagner Wimbledon, tandis que Kafelnikov avait déjà remporté Roland-Garros et l'Open d'Australie et avait été n°1 mondial pendant six semaines en 1999. Mais lors de la finale australienne de 2000, le Russe était déjà un ancien n°1. Aucun de ces sept adversaires n'avait alors la dimension historique d'un Sampras, d'un Becker ou d'un Courier.

Le contraste avec Sampras est frappant. Parmi ses quatorze titres majeurs, celui-ci bat quatre fois Agassi en finale, mais aussi Jim Courier à Wimbledon en 1993 et Boris Becker en 1995. Agassi a lui aussi vaincu des champions de cette stature en Grand Chelem : Becker et McEnroe sur la route de Wimbledon 1992, Sampras en demi-finale de l'Open d'Australie 2000. Mais pas en finale. Or ce sont généralement les finales qui restent attachées aux trophées et nourrissent le plus durablement la mémoire d'un tournoi.

Et lorsqu'Agassi retrouve effectivement un géant sur la dernière marche, son bilan est sévère : une victoire et quatre défaites contre Sampras, une défaite contre Courier à Roland-Garros 1991, puis une autre contre Federer à l'US Open 2005. C'est l'un des paradoxes de sa carrière : Agassi a battu presque tous les grands joueurs de son époque et remporté huit Grands Chelems, mais l'Open d'Australie 1995 reste pratiquement sa seule grande finale victorieuse devenue, à elle seule, une affiche historique.

Rivalité

Pourquoi Sampras est-il omniprésent dans sa carrière ?

Andre Agassi et Pete Sampras

Agassi est aussi le grand contrechamp de Pete Sampras : le relanceur contre le serveur, Las Vegas contre la retenue californienne, la métamorphose contre la constance.

Durant les années 1990, Andre Agassi et Pete Sampras incarnent deux visions opposées du tennis américain. Le premier s'appuie sur son retour de service et sa prise de balle précoce ; le second construit sa domination autour d'un service exceptionnel et d'un jeu d'attaque. Leur rivalité traverse toute la décennie, des premières finales majeures jusqu'aux derniers grands rendez-vous, culminant notamment lors de la finale de l'US Open 1995. Au-delà des confrontations directes, c'est toute une époque du tennis qui s'organise autour de leur duel.

Andre Agassi Agassi
RETOUR · ANTICIPATION
PRISE DE BALLE PRÉCOCE
CADENCE · CONTRE
Pete Sampras Sampras
SERVICE · PUISSANCE
JEU D'ATTAQUE
VOLÉE · FINITION
Controverse

La part d’ombre

Andre Agassi

Très populaire du temps de sa splendeur, Agassi a créé une polémique inutile autour de son roman autobiographique sorti en 2009. Le 28 octobre 2009, le Times publie des extraits de ce livre, dans lequel l'ancien joueur reconnaît qu'il a consommé de la métamphétamine pendant sa carrière, une drogue dure provoquant l'euphorie. Cette substance accompagne alors la période la plus sombre de sa carrière, quand Agassi était sportivement et moralement au plus mal, notamment à cause de ses problèmes conjugaux avec l'actrice Brooke Shields. Il était facile alors d'émettre des soupçons de dopage, et les médias se sont emparés de l'affaire. La polémique tient surtout au contrôle positif de 1997, resté sans sanction après une explication mensongère qu'Agassi reconnaîtra plus tard dans Open. Agassi dévoile aussi dans ce livre des aspects plus loufoques de sa personnalité, comme le port d'une perruque pour cacher sa calvitie.

Palmarès

Ses 60 titres

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Grand Chelem Masters Masters 1000 Jeux olympiques

Itaparica 1987
Memphis 1988
Charleston 1988
Forest Hills 1988
Stuttgart 1988
S. Mountain 1988
Livingston 1988
Orlando 1989
S. Francisco 1990
Miami 1990
Washington 1990
Masters 1990
Orlando 1991
Washington 1991
Atlanta 1992
Wimbledon 1992 Toronto 1992
S. Francisco 1993
Scottsdale 1993
Scottsdale 1994
Toronto 1994 US Open 1994
Vienne 1994
Bercy 1994 Australie 1995
San Jose 1995
Miami 1995
Washington 1995
Montréal 1995 Cincinnati 1995
New Haven 1995
Miami 1996 JO 1996 Cincinnati 1996
San Jose 1998
Scottsdale 1998
Washington 1998
Los Angeles 1998
Ostrava 1998
Hong Kong 1999
Roland 1999
Washington 1999
US Open 1999 Bercy 1999 Australie 2000 Australie 2001 Indian Wells 2001 Miami 2001
Los Angeles 2001
Scottsdale 2002
Miami 2002 Rome 2002
Los Angeles 2002
Madrid 2002 Australie 2003
San Jose 2003
Miami 2003
Houston 2003
Cincinnati 2004
Los Angeles 2005
Vie privée

Steffi Graf

Après plusieurs relations très médiatisées, notamment avec l'actrice Brooke Shields, Andre Agassi trouve un nouvel équilibre auprès de Steffi Graf, l'une des plus grandes championnes de l'histoire du tennis. Leur mariage, célébré en 2001, unit deux anciens numéros un mondiaux et deux personnalités parmi les plus marquantes de leur génération.

Le couple a deux enfants, Jaden Gil et Jaz Elle. Soucieux de préserver leur vie familiale, Agassi et Graf choisissent de s'éloigner des projecteurs et s'installent à Las Vegas, où ils élèvent leurs enfants. Cette stabilité familiale accompagne les dernières années de la carrière d'Agassi, qui continue de rivaliser avec les meilleurs joueurs du monde tout en abordant le tennis avec un regard plus apaisé.

Après leur retraite sportive, les deux champions restent très engagés dans des actions philanthropiques. Andre Agassi poursuit notamment le développement de sa fondation consacrée à l'éducation des enfants défavorisés, tandis que Steffi Graf s'investit dans des projets humanitaires. Ensemble, ils forment l'un des couples les plus emblématiques de l'histoire du tennis, partageant une même volonté de mettre leur notoriété au service de causes qui leur tiennent à cœur.

Loin de l'image du jeune prodige rebelle de ses débuts, Andre Agassi apparaît alors comme un homme profondément transformé. Sa rencontre avec Steffi Graf, la naissance de leurs enfants et son engagement en faveur de l'éducation donnent une nouvelle dimension à une vie déjà marquée par une carrière exceptionnelle.

Agassi en 2026

Le présent rejoint l'histoire

Andre Agassi et Pete Sampras

Vingt ans après sa retraite, Andre Agassi reste un témoin privilégié du tennis moderne : suffisamment éloigné de la compétition pour prendre du recul, mais encore assez proche pour comprendre ce qui a changé.

Lire le compte-rendu de l'interview
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Date de dernière mise à jour : 11/10/2026