Le phénomène de Las Vegas
Agassi perce au plus haut niveau en 1988. Il n’est pas seulement un jeune joueur qui gagne beaucoup : il débarque comme une anomalie dans un tennis encore très codifié. Le jeu est déjà fulgurant, mais l’apparence fait presque autant parler que les résultats. Cheveux longs, tenues voyantes, short en jean : le gamin de Las Vegas n’entre pas dans le paysage, il le bouscule.
Sur le court, pourtant, le phénomène n’a rien d’une simple affaire de marketing. Élève de Nick Bollettieri, Agassi impose très tôt une cadence infernale du fond du court. Il prend la balle tôt, refuse de reculer, étouffe l’adversaire par la vitesse de ses enchaînements. Ce tennis frontal, presque insolent, tranche avec l’image plus classique des champions installés.
Les résultats suivent immédiatement. À Roland-Garros, il atteint les demi-finales avant de tomber sur Mats Wilander, futur vainqueur du tournoi et modèle de patience tactique. Quelques mois plus tard, il atteint encore le dernier carré à l’US Open, où Ivan Lendl, triple tenant du titre, lui rappelle ce qui le sépare encore des maîtres du circuit.
Mais l’essentiel est déjà là : en une saison, Agassi est passé du statut de curiosité spectaculaire à celui de prétendant majeur. Il termine l’année à la troisième place mondiale. Le tennis tient son nouveau phénomène, même s’il ne sait pas encore très bien s’il doit l’admirer, s’en méfier ou le gronder.

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