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Historique

6 juin 2026

L'ère Open - Chron'Open

Chron'Open

L'ère Open

Le moment où le tennis moderne cesse d'être coupé en deux.

Pendant des décennies, les meilleurs joueurs du monde ont vécu dans deux univers séparés : les amateurs, admis dans les grands tournois, et les professionnels, mieux rémunérés mais exclus des scènes les plus prestigieuses. L'ère Open naît de cette contradiction.

1967création de la WCT
1968Roland-Garros s'ouvre
1973boycott de Wimbledon
1990naissance de l'ATP Tour
1967-1968

La WCT force l'ouverture

L'ère Open ne naît pas d'une illumination administrative. Elle naît d'une crise : les grands tournois ne peuvent plus se permettre d'écarter les meilleurs joueurs sous prétexte qu'ils sont devenus professionnels.

Les joueurs de tennis ont longtemps souffert d'un dilemme absurde. Pour vivre de leur sport, ils pouvaient devenir professionnels, mais cette décision les excluait des Grands Chelems et de la Coupe Davis. Bill Tilden, Henri Cochet, Jean Borotra ou Donald Budge avaient déjà connu cette bascule : une fois passés professionnels, ils quittaient le circuit amateur qui avait fait leur gloire.

La situation devient intenable lorsque des promoteurs privés comprennent que le tennis peut attirer le public autrement. Fondée en 1967 par Lamar Hunt, la World Championship Tennis, la WCT, attire des joueurs de premier plan et devient rapidement une concurrence directe pour la Fédération Internationale, alors responsable du tennis amateur et des grands tournois historiques.

En septembre 1967, les premiers signataires, surnommés les Handsome Eight, mêlent amateurs ambitieux et professionnels confirmés : Cliff Drysdale, Nikola Pilic, Tony Roche, Roger Taylor, John Newcombe, Pierre Barthès, Dennis Ralston et Butch Buchholz. Le signal est clair : si les Grands Chelems restent fermés aux professionnels, ils risquent de se vider de leurs meilleurs joueurs.

C'est pourquoi la Fédération Internationale décide en mars 1968 d'admettre les professionnels dans les grands tournois. Roland-Garros devient le premier Grand Chelem de l'ère Open. Mais tout n'est pas encore harmonisé : à l'US Open 1968, Arthur Ashe remporte le titre sans être professionnel, tandis que Tom Okker, finaliste battu, repart avec une prime bien plus élevée liée à son statut et à son contrat.

Le basculementLe tennis accepte enfin que les meilleurs joueurs puissent être payés sans être bannis des plus grandes compétitions.
La contradictionLes règles s'ouvrent en 1968, mais l'argent, les contrats et les statuts restent encore très mal alignés.
1973

L'affaire Pilic donne une voix aux joueurs

Cinq ans après l'ouverture officielle, le tennis n'est toujours pas pacifié. L'affaire Nikola Pilic révèle que les joueurs professionnels veulent peser face aux fédérations.

En 1973, Nikola Pilic a déjà 34 ans lorsque la Coupe Davis s'ouvre enfin aux professionnels. Le joueur yougoslave ne souhaite pourtant pas disputer le premier tour et préfère jouer un tournoi WCT richement doté à Las Vegas. La Yougoslavie est éliminée par la Nouvelle-Zélande, et sa fédération décide de faire de Pilic un exemple.

La sanction est lourde : plusieurs mois d'interdiction de compétition nationale. L'ITF réduit la peine, mais la suspension tombe tout de même au pire moment : Pilic ne peut pas jouer Wimbledon. Aux yeux des joueurs, l'affaire dépasse le cas individuel. Elle devient le symbole d'un pouvoir disciplinaire encore détenu par les fédérations.

La réaction est spectaculaire. Plus de 80 joueurs de l'ATP refusent de s'aligner à Wimbledon par solidarité avec Pilic. Cliff Drysdale, président de l'Association des Tennismen Professionnels créée en 1972, mène le bras de fer. Jamais un Grand Chelem n'avait subi un boycott d'une telle ampleur.

Quelques joueurs, comme Ilie Nastase et Roger Taylor, passent outre la consigne. Le tournoi est remporté par Jan Kodes, dans une édition dont personne n'ignore le caractère amputé. Mais le plus important est ailleurs : l'ATP s'impose comme interlocuteur incontournable et crée quelques semaines plus tard son propre classement international.

L'affaire Pilic ne change pas seulement Wimbledon 1973. Elle change le rapport de force : les joueurs ne veulent plus être de simples exécutants dans un système contrôlé par les fédérations.
1974-1978

Les Intervilles bousculent Roland-Garros

Après la WCT et l'affaire Pilic, une autre concurrence vient secouer le tennis : les compétitions par équipes de la World Team Tennis.

Au début des années 1970, l'argent circule de plus en plus dans le tennis. Les promoteurs nord-américains sentent le potentiel du sport-spectacle. Chuck Reichblum imagine alors un format différent, connu en France sous le nom d'Intervilles : le tennis devient un sport d'équipe, avec simples, doubles et double mixte, et un système de comptage adapté au spectacle.

Les puristes y voient une défiguration du jeu. Arthur Ashe et Stan Smith critiquent ouvertement ces innovations, tandis que d'autres, Billie Jean King en tête, y voient aussi une opportunité économique et médiatique. Les stades sont grands, les contrats attirants, l'ambiance pensée comme un show.

Le problème est le calendrier. La World Team Tennis entre en concurrence avec Roland-Garros, et Philippe Chatrier décide de ne pas céder. Le président de la Fédération Française interdit la Porte d'Auteuil aux joueurs engagés dans les Intervilles. Jimmy Connors, irrésistible en 1974, se retrouve ainsi privé de Roland-Garros alors qu'un Grand Chelem semblait à sa portée.

La tension dure plusieurs saisons. Nastase est touché en 1976, Borg ne vient pas en 1977, et Roland-Garros se retrouve régulièrement privé d'une partie de ses têtes d'affiche. Chatrier tient bon. La WTT finit par déposer le bilan à la fin de 1978, mais cette période laisse une trace : l'ère Open est aussi une guerre de calendriers, de contrats et de territoires.

1974Connors est empêché de jouer Roland-Garros en raison de ses engagements avec la WTT.
1976Nastase subit à son tour les conséquences du conflit entre la WTT et Roland-Garros.
1977Borg manque Roland-Garros dans le même contexte, alors qu'il est déjà l'une des grandes figures du circuit.
1978La WTT dépose le bilan et Roland-Garros sort vainqueur du bras de fer.
1990

L'ATP Tour organise enfin le circuit

Il aura fallu plus de vingt ans pour que l'ouverture de 1968 débouche sur une architecture vraiment lisible du tennis professionnel.

À partir de 1990, l'ATP gère le circuit masculin de façon beaucoup plus claire. Le calendrier se structure autour d'une soixantaine de tournois, chacun rattaché à une catégorie identifiable. Les autres grandes compétitions relèvent de l'ITF : Grands Chelems, Coupe Davis, puis circuits secondaires comme les Challengers et les Futures.

Le circuit principal distingue alors plusieurs niveaux : les tournois ATP 250, les ATP 500, les grands tournois de type Masters 1000, appelés à l'époque Championship Series, et les ATP Finals, le Masters de fin de saison qui réunit les huit meilleurs joueurs.

Cette organisation ne règle pas toutes les tensions, mais elle donne enfin au tennis masculin une colonne vertébrale. L'ère Open, commencée dans le désordre, entre dans une phase plus lisible : les joueurs, les tournois et les classements appartiennent désormais à un circuit identifiable.

Ce qui changeLe calendrier n'est plus seulement une addition de tournois prestigieux ou concurrents : il devient un circuit hiérarchisé.
Ce qui resteLes Grands Chelems conservent leur autonomie et leur prestige, mais cohabitent désormais avec un circuit ATP structuré.
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Date de dernière mise à jour : 28/09/2026