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droitier - revers à une main

JacquesBrugnon

Le quatrième Mousquetaire
Jacques Brugnon sur un court de tennis

Dans la légende des Quatre Mousquetaires, trois hommes ont souvent occupé le devant de la scène grâce à leurs triomphes en simple. Le quatrième, Jacques « Toto » Brugnon, a bâti sa réputation autrement. Discret dans la mémoire du grand public, redoutable près du filet, il est devenu l'un des artisans essentiels de l'âge d'or du tennis français.

ChampionAvant l'ère Open
1927n°9 mondial
4Coupes Davis
Naissance 11 mai 1895
Origines

Jeunesse

Jacques Marie Stanislas Jean Brugnon naît le 11 mai 1895 à Paris, dans une famille liée au monde du droit : son père est avocat. Il découvre le tennis pendant son enfance et fait ses premières armes dans les clubs parisiens, notamment au Sporting Club de Paris. À l'adolescence, il commence à participer aux compétitions, dès 1912, avec une attirance précoce pour les épreuves par équipes.

Mais sa progression est interrompue par la Première Guerre mondiale. Engagé volontaire en juillet 1915, Brugnon sert dans l'artillerie française. Devenu lieutenant en 1918, il reçoit une citation militaire et la Croix de guerre. Lorsqu'il reprend le chemin des courts, il a déjà vécu une expérience bien différente de celle des futurs champions de sa génération.

Style de jeu

La « gifle » de Brugnon

Jacques Brugnon en action
Jacques Brugnon en action : sa lecture des trajectoires et son jeu près du filet ont fait sa force en double.

Droitier et plus petit que la plupart des vedettes de son époque, Brugnon n'a ni la résistance de Lacoste ni l'aisance en simple de Cochet. Pourtant, son sens de l'attaque lui permet de rivaliser avec d'excellents joueurs en solitaire. Il possède un service efficace, un coup droit puissant et surtout un toucher précieux, capable de produire des trajectoires variées. L'historien du tennis A. Wallis Myers souligne la diversité et la finesse de ses coups.

Ses qualités s'expriment pleinement sur un terrain de double : lecture des trajectoires, placement, retour, anticipation et capacité à finir le point près du filet. Sa spécialité, une volée haute frappée sèchement à plat, reçoit même un surnom : la « gifle Brugnon ». Son lob lifté constitue une autre arme. Lacoste soulignera l'importance de son service et de sa fiabilité comme partenaire. Brugnon a connu des limites physiques en simple, mais il sait adapter son jeu à celui de Cochet comme à celui de Borotra. Ces associations différentes expliquent une partie de sa singularité : cinq de ses dix grands titres en double messieurs sont gagnés avec Cochet, cinq avec Borotra.

De 1920 à 1939

Sa carrière

Jacques Brugnon au Sporting Club de Paris en 1920
Jacques Brugnon au Sporting Club de Paris en 1920.
1920-1924

Des premiers jeux à l'argent olympique

Brugnon découvre les Jeux olympiques à Anvers, en 1920. En simple, il atteint les huitièmes de finale, un résultat souvent oublié au profit de ses exploits en double. Quelques semaines auparavant, il s'est déjà hissé à ce stade pour sa première participation à Wimbledon, où R. Norris Williams l'a arrêté. La compétition internationale se révèle exigeante, mais elle confirme sa place parmi les joueurs français capables de défendre leurs couleurs hors de leurs frontières.

Sur le gazon londonien, Brugnon version solo continue de faire son chemin. Il retrouve les huitièmes de finale en 1922, après avoir notamment battu Manuel Alonso, avant de céder devant Randolph Lycett. En 1923, il atteint également les huitièmes des Championnats des États-Unis. L'année suivante, à Wimbledon, il livre un nouveau combat en cinq sets contre le Sud-Africain Louis Raymond, sans franchir le troisième tour.

Jacques Brugnon à Wimbledon en 1926
Jacques Brugnon à Wimbledon en 1926.
1925-1926

Les rendez-vous manqués

En 1925, les Internationaux de France s'ouvrent enfin aux joueurs étrangers. Brugnon atteint les huitièmes de finale en simple à Paris, puis à Wimbledon. Sur le gazon anglais, il mène deux sets à zéro devant l'Australien James Anderson, mais laisse filer la rencontre en cinq manches. Un avertissement avant le rendez-vous qui va le poursuivre toute sa vie.

À Wimbledon, en 1926, Brugnon prouve qu'il vaut bien davantage qu'un simple spécialiste du double. Il élimine notamment Lycett en trois sets, puis écarte Charles Kingsley en cinq manches en quart de finale. Pour une place en finale, il affronte l'Américain Howard Kinsey. Le Français pousse son adversaire jusqu'au bout d'une cinquième manche haletante. Il obtient cinq balles de match, mais n'en convertit aucune et finit par s'incliner 9-7. La perspective d'une finale contre son compatriote Jean Borotra, futur champion, s'évanouit. Cette demi-finale restera son meilleur parcours en simple dans un tournoi majeur.

L'été ne s'arrête pas là : aux Championnats des États-Unis, Brugnon atteint les quarts de finale, où le champion olympique Vincent Richards lui ferme la route. En Coupe Davis, la France atteint la finale, mais s'incline face aux États-Unis, et Brugnon perd le double aux côtés de Cochet. Sa régularité au plus haut niveau lui vaut d'être considéré comme le 10e joueur mondial en 1926. Le tennis français compte désormais quatre hommes parmi les meilleurs, même si le parcours de « Toto » est moins éclatant que ceux de ses compagnons.

1927-1928

La conquête du monde

L'année 1927 place Brugnon au cœur de l'épopée française, et ses résultats en simple n'ont rien d'anecdotique. Aux Internationaux de France, il s'incline en quart de finale contre Lacoste, futur vainqueur, en lui arrachant un set. À Wimbledon, il retrouve les quarts mais tombe sur Bill Tilden, qui s'impose en quatre manches. Aux Championnats des États-Unis, il atteint pour la deuxième année consécutive les quarts : Bill Johnston met fin à son parcours. Sa constance lui ouvre la neuvième place mondiale, le meilleur classement de sa carrière.

En septembre, c'est la Coupe Davis qui mobilise les Mousquetaires. À Philadelphie, contre des États-Unis vainqueurs des sept éditions précédentes, Brugnon dispute le double avec Borotra. Ils s'inclinent en cinq manches face à Tilden et Hunter, laissant la France menée deux matchs à un. Mais Lacoste bat ensuite Tilden, puis Cochet domine Johnston. Les Français arrachent leur première Coupe Davis, 3-2. Brugnon n'a pas gagné son match en finale : il n'en est pas moins membre à part entière de cette conquête historique.

En 1928, Brugnon poursuit sa route sur tous les continents. Aux Championnats d'Australie, il atteint les huitièmes de finale du simple. À Roland-Garros, il mène deux sets à zéro en quart de finale contre John Hawkes, avant de céder les trois suivants : une nouvelle occasion de demi-finale lui échappe. À Wimbledon, il sort l'ancien champion Gerald Patterson en huitièmes, puis s'incline contre son compatriote Christian Boussus au terme de deux premières manches interminables, perdues 12-10 et 10-8. Enfin, aux Championnats des États-Unis, il dispute son troisième quart de finale consécutif, mais Frank Shields l'arrête en trois sets.

1929-1932

Un pilier de la dynastie française

En simple, Brugnon conserve une place de choix dans les tableaux malgré la concurrence. À Roland-Garros, en 1929, il remporte son huitième de finale contre le Britannique Colin Gregory, puis retrouve Cochet en quart. Le duel entre Mousquetaires est serré, mais Cochet l'emporte 7-5, 4-6, 6-4, 7-5. Pour la troisième année consécutive, Brugnon s'est hissé parmi les huit derniers joueurs à Paris. À Wimbledon, en revanche, Bunny Austin l'arrête dès le troisième tour. Les grands parcours en simple commencent à se raréfier, sans que « Toto » renonce à les disputer.

1933-1939

Les dernières couronnes

En simple, le temps des grands rendez-vous est passé, mais Brugnon reste présent dans les tableaux. À Wimbledon, Austin l'élimine encore en 1933. Son activité se poursuit à Paris, à Londres et jusqu'aux Championnats des États-Unis : il continue de se mesurer à des adversaires d'une nouvelle génération, bien après avoir quitté le sommet du classement. L'année 1939 lui réserve même une ultime embellie : à 44 ans, il remporte trois matchs à Wimbledon et retrouve les huitièmes de finale, avant d'être arrêté par l'Allemand Henner Henkel.

Le double

Sa carrière en double

Jacques Brugnon et Suzanne Lenglen en 1921
Jacques Brugnon et Suzanne Lenglen en 1921, partenaires en double mixte.
1920-1926

Les premiers sacres

Très tôt, Jacques Brugnon révèle des dispositions exceptionnelles pour le double. Avec Marcel Dupont, il remporte le Championnat de France en 1922, puis les Championnats du monde sur terre battue en 1923. Associé à Henri Cochet, il décroche la médaille d'argent aux Jeux olympiques de Paris en 1924, après une finale perdue en cinq sets contre les Américains Vincent Richards et Francis Hunter.

Avec Suzanne Lenglen, « Toto » s'illustre également en double mixte. Après plusieurs succès aux Championnats de France encore réservés aux joueurs des clubs français, le tandem remporte les Internationaux de France en 1925 et 1926. Mais c'est à Wimbledon, en 1926, que Brugnon conquiert sa première couronne majeure en double messieurs. Aux côtés de Cochet, il prend sa revanche sur Howard Kinsey, qui vient de le battre en demi-finale du simple, et s'impose face à la paire américaine Kinsey-Richards.

Jacques Brugnon et Henri Cochet à Wimbledon en 1930
Jacques Brugnon et Henri Cochet à Wimbledon en 1930.
1927-1932

L'âge d'or des Mousquetaires

En 1927, Brugnon et Cochet triomphent aux Internationaux de France, mais laissent échapper Wimbledon après avoir mené deux sets à zéro et obtenu deux balles de match contre Bill Tilden et Hunter. Quelques semaines plus tard, la France arrache sa première Coupe Davis aux États-Unis. Brugnon a perdu le double avec Jean Borotra, mais participe pleinement à cette conquête historique.

L'année 1928 marque son apogée : il remporte trois titres majeurs en double messieurs, en Australie et à Paris avec Borotra, puis à Wimbledon avec Cochet. Trois nouvelles couronnes suivent : Roland-Garros en 1930 et 1932 avec Cochet, puis Wimbledon 1932 avec Borotra, au terme d'une finale renversante en cinq sets contre Fred Perry et Pat Hughes. La France remporte six Coupes Davis consécutives entre 1927 et 1932, Brugnon participant à quatre finales victorieuses.

Statue de Jacques Brugnon à Roland-Garros
1933-1948

Une longévité exceptionnelle

En 1933, Brugnon et Borotra remportent Wimbledon contre les Japonais Ryosuke Nunoi et Jiro Sato. L'année suivante, les deux Français s'adjugent les Internationaux de France au terme d'une finale acharnée contre Jack Crawford et Vivian McGrath, conclue 9-7 au cinquième set. À 39 ans, Brugnon tient sa dixième couronne majeure en double messieurs, la cinquième avec Borotra après cinq conquêtes aux côtés de Cochet.

L'âge semble avoir peu de prise sur « Toto ». En 1939, à 44 ans, il atteint encore avec Borotra la finale de Roland-Garros, perdue en cinq sets contre Don McNeill et Charles Harris. Et en 1948, à 53 ans, les deux vétérans remportent encore deux matchs à Wimbledon. Un dernier clin d'œil à leurs années de gloire.

Les 10 couronnes en double messieurs

Les 2 couronnes en double mixte

Héritage

Le spécialiste

Portrait de Jacques Brugnon en 1920

Même après la guerre, Brugnon ne renonce pas totalement au tennis : en 1948, à 53 ans, il retrouve Borotra à Wimbledon en double, et les deux vétérans passent encore les premiers tours. À l'heure des bilans, Jacques Brugnon laisse dix titres majeurs en double messieurs - cinq aux Internationaux de France, quatre à Wimbledon et un en Australie - auxquels s'ajoutent deux titres en double mixte avec Suzanne Lenglen. En simple, son sommet demeure la demi-finale de Wimbledon 1926, complétée par six quarts de finale aux championnats de France et des États-Unis entre 1926 et 1929. Il a également remporté l'argent olympique en 1924 et pris part à quatre finales victorieuses de Coupe Davis, au sein de la série de six trophées français de 1927 à 1932.

Jacques Brugnon, Henri Cochet, René Lacoste et Jean Borotra réunis
Jacques Brugnon, Henri Cochet, René Lacoste et Jean Borotra : les Quatre Mousquetaires réunis.
Chron’Open · Palmarès historique

Les Quatre Mousquetaires

55 titres majeurs, toutes disciplines confondues. Clique sur une couleur dans une colonne pour voir le détail.

Simple messieurs Double messieurs Double mixte
Nombre de titres
JeanBorotra
HenriCochet
JacquesBrugnon
RenéLacoste
Segment sélectionné
Jean Borotra — Simple messieurs
4 titres majeurs dans cette discipline.
Total de Jean Borotra : 18, dont 4 en simple, 9 en double messieurs et 5 en double mixte.
Segment sélectionné
Jean Borotra — Double messieurs
9 titres majeurs dans cette discipline.
Total de Jean Borotra : 18, dont 4 en simple, 9 en double messieurs et 5 en double mixte.
Segment sélectionné
Jean Borotra — Double mixte
5 titres majeurs dans cette discipline.
Total de Jean Borotra : 18, dont 4 en simple, 9 en double messieurs et 5 en double mixte.
Segment sélectionné
Henri Cochet — Simple messieurs
7 titres majeurs dans cette discipline.
Total de Henri Cochet : 15, dont 7 en simple, 5 en double messieurs et 3 en double mixte.
Segment sélectionné
Henri Cochet — Double messieurs
5 titres majeurs dans cette discipline.
Total de Henri Cochet : 15, dont 7 en simple, 5 en double messieurs et 3 en double mixte.
Segment sélectionné
Henri Cochet — Double mixte
3 titres majeurs dans cette discipline.
Total de Henri Cochet : 15, dont 7 en simple, 5 en double messieurs et 3 en double mixte.
Segment sélectionné
Jacques Brugnon — Double messieurs
10 titres majeurs dans cette discipline.
Total de Jacques Brugnon : 12, dont 0 en simple, 10 en double messieurs et 2 en double mixte.
Segment sélectionné
Jacques Brugnon — Double mixte
2 titres majeurs dans cette discipline.
Total de Jacques Brugnon : 12, dont 0 en simple, 10 en double messieurs et 2 en double mixte.
Segment sélectionné
René Lacoste — Simple messieurs
7 titres majeurs dans cette discipline.
Total de René Lacoste : 10, dont 7 en simple, 3 en double messieurs et 0 en double mixte.
Segment sélectionné
René Lacoste — Double messieurs
3 titres majeurs dans cette discipline.
Total de René Lacoste : 10, dont 7 en simple, 3 en double messieurs et 0 en double mixte.

Comparaison historique : les Championnats de France antérieurs à 1925 ne sont pas comptés. Les catégories restent distinctes. Chiffres du premier graphique Chron’Open.

Coupe Jacques Brugnon remise aux vainqueurs du double messieurs de Roland-Garros

En 1976, Brugnon entre avec Borotra, Cochet et Lacoste à l'International Tennis Hall of Fame. Il meurt à Monaco le 20 mars 1978, à 82 ans. La coupe remise aux vainqueurs du double messieurs de Roland-Garros porte depuis 1989 son nom. C'est un hommage à la juste mesure de son talent : dans une époque dominée par des champions de simple, « Toto » Brugnon a montré qu'une grande équipe peut aussi tenir à celui qui sait le mieux jouer avec les autres.

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Date de dernière mise à jour : 24/10/2026