Tennis Chron'open

Anecdotes

H2H (les face-à-face)

Ferrer, le pigeon de Federer
qui s’envolait juste à temps

Federer ferrer h2hDans l’immense fresque statistique de l’ère Roger Federer, certaines anomalies paraissent presque irréelles. Celle qui le lie à David Ferrer appartient clairement à cette catégorie.

Les deux hommes se sont affrontés 17 fois sur le circuit ATP. Résultat : 17 victoires pour Federer, aucune pour Ferrer.

Et pourtant, malgré leurs longues années communes au sommet du tennis mondial, malgré la régularité exceptionnelle de Ferrer, les deux hommes ne se sont jamais affrontés en Grand Chelem.

Jamais.

Cette absence est d’autant plus étonnante que Ferrer n’était pas un joueur secondaire. L’Espagnol fut un pilier durable du top 10, finaliste de Grand Chelem, multiple demi-finaliste, capable de s’installer régulièrement dans les dernières semaines des grands tournois. Il affronta même Federer à quatre reprises au Masters, preuve qu’il appartenait bien au cercle des tout meilleurs joueurs de son époque.

Mais dès qu’un Grand Chelem semblait devoir provoquer leur collision directe, quelque chose se dérobait systématiquement : élimination préalable, tableau défavorable, autre membre du Big 3 sur la route… La rencontre n’arrivait jamais.

La statistique nourrit ainsi une formule ironique devenue presque inévitable : Ferrer fut le “pigeon” de Federer, un pigeon qui s’envolait mystérieusement avant les rendez-vous en Grand Chelem.

Et cette anomalie raconte aussi quelque chose de l’ère Big 3. Car battre Federer relevait déjà de l’exploit ; encore fallait-il réussir à survivre jusque-là dans des tableaux où Nadal et Djokovic occupaient eux aussi l’espace. Ferrer resta ainsi pendant des années l’un des hommes forts du circuit… sans jamais obtenir l’occasion de défier Federer dans le contexte le plus symbolique du tennis mondial.


Les as des aces

Seules trois nations se partagent les meilleurs serveurs de tous les temps.

1993 sampras 0 1994 mc ivanisevic 2004 queens roddick 440
2011 us karlovic gasquet 1 2010 oz isner monfils 2012 madrid federer raonic 1

 

Dans toute l'ère open, seuls ces six joueurs ont dépassé la barre des 1000 aces en une seule saison : trois Américains : Sampras, Roddick et Isner, deux Croates : Ivanisevic et Karlovic, et un Canadien d'origine monténégrine : Raonic. On pourrait même réduire à deux nations en considérant le pays de naissance (la Yougoslavie pour trois d'entre eux).

Wawrinka, le négatif de Chang

Wawrinka chang

Dans l’histoire du tennis moderne, il existe parfois des symétries si précises qu’elles donnent l’impression d’un jeu de miroirs. Celle qui relie Michael Chang à Stan Wawrinka est l’une des plus étonnantes.

Chang entre dans l’histoire par la grande porte en remportant Roland-Garros 1989 à seulement 17 ans, devenant le plus jeune vainqueur masculin d’un Grand Chelem de l’ère Open. Mais cette victoire restera unique. Par la suite, il dispute trois autres finales majeures — Roland-Garros 1995, Open d’Australie 1996 et US Open 1996 — qu’il perd toutes. Son bilan final en Grand Chelem est donc celui d’un joueur qui gagne sa première finale puis échoue dans les trois suivantes.

Wawrinka suit exactement la trajectoire inverse. Longtemps cantonné à l’ombre des plus grands, il n’atteint aucune finale majeure avant l’âge de 28 ans. Puis, soudain, il remporte ses trois premières finales : Open d’Australie 2014, Roland-Garros 2015 et US Open 2016. Ce n’est qu’à sa quatrième tentative qu’il s’incline, en finale de Roland-Garros 2017. Là où Chang commence par une victoire suivie de trois défaites, Wawrinka commence par trois victoires suivies d’une défaite.

La symétrie va plus loin encore. Les trois finales perdues par Chang correspondent exactement aux trois tournois remportés par Wawrinka : l’Australie, Roland-Garros et l’US Open. Wimbledon reste quant à lui absent des deux palmarès : aucun des deux hommes n’y a atteint la finale. Dans cette lecture mythologique, « le négatif de zéro reste zéro ».

Roland-Garros occupe enfin une place particulière dans cette construction. Pour Chang, Paris est à la fois le lieu de son unique sacre et celui d’une finale perdue. Pour Wawrinka, Roland-Garros est également le théâtre d’un triomphe et de son unique défaite en finale majeure. Le tournoi parisien devient ainsi la charnière du miroir.

L’opposition ne concerne pas seulement leurs finales, mais aussi leur rapport au temps. Chang incarne la précocité absolue, tandis que Wawrinka symbolise l’éclosion tardive. L’un conquiert le sommet avant même sa majorité tennistique ; l’autre attend presque 29 ans pour jouer sa première finale majeure. Comme si leurs carrières avaient été développées sur deux pellicules inversées : même image générale, mais couleurs opposées.


Date de dernière mise à jour : 03/10/2026