À 17 ans, l’impossible
Chang arrive à Roland-Garros à la 19e place mondiale. Après Eduardo Masso, il retrouve Pete Sampras au deuxième tour. Les deux Américains se connaissent depuis l’enfance, mais Sampras est encore mal à l’aise sur terre battue : Chang l’écrase 6-1, 6-1, 6-1. Francisco Roig est ensuite éliminé en trois manches.
En huitièmes se dresse Ivan Lendl, n°1 mondial et triple vainqueur du tournoi. Après avoir perdu les deux premières manches, Chang arrache les deux suivantes. Dans le cinquième set, les crampes deviennent telles qu’il ne peut presque plus pousser sur ses jambes. Il refuse pourtant d’abandonner, reste debout aux changements de côté, ralentit le rythme avec des balles hautes et, à 4-3, 15-30, tente un service à la cuillère. Lendl remet court et Chang le passe. Quelques minutes plus tard, sur balle de match, l’Américain s’avance presque jusqu’au carré de service pour recevoir la seconde balle ; Lendl commet une double faute. Chang s’impose 4-6, 4-6, 6-3, 6-3, 6-3.
Le service à la cuillère est resté l’image du match, mais il masque presque l’essentiel : Chang a réussi à battre le meilleur joueur du monde alors que son corps ne lui permettait plus de jouer normalement. Et son tournoi est loin d’être terminé. Ronald Agenor est écarté en quart, puis Andrei Chesnokov au terme de quatre heures et cinq minutes de combat en demi-finale.
En finale contre Stefan Edberg, Chang mène une manche à zéro, puis se retrouve mené deux sets à un. Le Suédois se procure de nombreuses occasions dans la quatrième manche sans parvenir à les convertir. Chang s’accroche, égalise et prend progressivement le dessus physiquement : 6-1, 3-6, 4-6, 6-4, 6-2. À 17 ans et un peu plus de trois mois, il devient le plus jeune vainqueur masculin d’un tournoi du Grand Chelem. Le record tient toujours. Il est également le premier Américain à gagner Roland-Garros depuis Tony Trabert en 1955.
Cette quinzaine prend pour lui une dimension dépassant le tennis. La répression de Tiananmen se produit pendant le tournoi et le match contre Lendl se joue le lendemain du massacre. Chang suit les événements avec sa famille et, après son titre, adresse publiquement ses pensées au peuple chinois. Sa foi chrétienne, affirmée depuis son baptême en 1988, occupe également une place centrale dans la manière dont il vit et raconte cette victoire.

Roland-Garros
