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Chron'Open
Suède
droitier - revers à une main

StefanEdberg

L'autre héritier de Borg
Stefan Edberg

Pendant près de vingt ans, la Suède règne sur le tennis mondial. Après Björn Borg, qui ouvre la voie, puis Mats Wilander, qui confirme que son triomphe n'avait rien d'un miracle, Stefan Edberg devient le troisième immense champion issu de l'école suédoise. Pourtant, loin d'imiter ses prestigieux aînés, il choisit une voie radicalement différente. Edberg fait du service-volée la signature d'un tennis dont l'élégance marquera toute une génération.

6Grands Chelems
41Titres ATP
1990n°1 mondial
4Coupes Davis
Naissance 19 janvier 1966
Identité tennistique

Le style de jeu

Stefan Edberg en service-volée
Le service-volée, signature d'un tennis d'attaque porté à son plus haut degré de fluidité.

Au sein de la brillante génération des serveurs-volleyeurs des années 1980 et du début des années 1990, Stefan Edberg est souvent considéré comme celui qui a porté cette école de jeu à son plus haut degré de perfection. Là où Boris Becker impressionnait par sa puissance et son explosivité, le Suédois séduisait par la fluidité de ses enchaînements. Chaque montée au filet semblait exécutée avec une précision presque mécanique, sans jamais sacrifier l'élégance.

Son service, plus placé que foudroyant, constituait avant tout une rampe de lancement. Dès l'impact, Edberg se projetait vers l'avant avec une synchronisation exceptionnelle. Sa première volée, jouée très tôt après le rebond, était l'une des plus redoutables de l'histoire. Rarement puissante, elle était surtout remarquablement orientée, ouvrant immédiatement le court et laissant bien peu d'options à son adversaire.

Son revers à une main comptait également parmi les plus beaux du circuit. Qu'il s'agisse d'un passing-shot, d'un slice d'approche ou d'un retour de service, ce coup alliait précision, variété et pureté gestuelle. Associé à un toucher de balle remarquable, il lui permettait de réussir des demi-volées et des volées basses que peu de joueurs maîtrisaient avec autant d'aisance.

Cette qualité technique reposait aussi sur un jeu de jambes exceptionnel. Toujours parfaitement équilibré, Edberg donnait l'impression de glisser sur le court. Ses déplacements vers le filet, d'une fluidité remarquable, lui permettaient d'aborder chaque volée dans les meilleures conditions. Cette mobilité compensait largement une puissance physique inférieure à celle de certains de ses grands rivaux.

À ces qualités tennistiques s'ajoutait un comportement exemplaire. Discret, respectueux de ses adversaires comme des officiels, Stefan Edberg incarnait l'image du gentleman. Son élégance dépassait le simple cadre de son jeu et contribua largement à faire de lui l'un des joueurs les plus appréciés de sa génération.

Lorsque le tennis évolua progressivement vers davantage de puissance et que les surfaces commencèrent à ralentir au milieu des années 1990, son jeu offensif devint plus difficile à imposer face aux frappeurs de fond de court. Mais cette évolution du circuit ne remit jamais en cause son héritage. Aujourd'hui encore, beaucoup considèrent Stefan Edberg comme la référence absolue du service-volée classique.

Entourage

Les entraîneurs

Percy Rosberg

Percy Rosberg

Percy Rosberg est l'homme des années de formation. Le paradoxe est savoureux : c'est auprès de l'un des premiers formateurs de Björn Borg qu'Edberg construit les bases d'un tennis presque opposé à celui qui domine alors l'école suédoise. Là où Borg avait incarné la régularité du fond de court, le revers à deux mains et l'usure méthodique de l'adversaire, Rosberg aide le jeune Stefan à affiner un tout autre registre : le revers à une main, le toucher, la volée et cette volonté permanente de prendre le filet. Le futur champion de Wimbledon commence à prendre forme dans cette contradiction.

Rosberg accompagne surtout l'éclosion du prodige. En 1983, Edberg réalise le Grand Chelem chez les juniors, exploit unique qui annonce déjà un joueur à part. À ce stade, l'essentiel est posé : un tennis offensif, fluide, presque naturel, qui va bientôt trouver sa pleine expression chez les professionnels.

Tony Pickard et Stefan Edberg

Tony Pickard

Tony Pickard prend ensuite le relais et devient l'entraîneur de toute la carrière professionnelle d'Edberg. Leur association, d'une rare stabilité, accompagne les six titres du Grand Chelem, la place de n°1 mondial et l'ensemble des grandes années du Suédois.

Avec Pickard, Edberg ne change pas d'identité : il la perfectionne. Son service-volée gagne en rigueur, sa montée au filet devient une mécanique d'une précision exceptionnelle, et son jeu conserve cette élégance qui fera sa réputation. Là où certains champions multiplient les ruptures et les changements de cap, Edberg avance avec une continuité remarquable. Sa relation avec Pickard en est l'un des symboles.

de 1983 à 1996

Sa carrière

Stefan Edberg chez les juniors en 1983
1983 : avant même le grand circuit, Stefan Edberg empile les trophées juniors et donne à son ascension la tranquillité d'une évidence.
1983-1984

Les débuts

Fils d'un policier de Västervik, le jeune Suédois se distingue très tôt par un style de jeu atypique dans un pays alors dominé par les spécialistes du fond de court. Plutôt que de s'inscrire dans la lignée de Björn Borg ou de Mats Wilander, il choisit de faire du service-volée sa marque de fabrique.

L'année 1983 le révèle au monde du tennis. À seulement 17 ans, il devient le premier joueur de l'histoire à réaliser le Grand Chelem chez les juniors, remportant successivement Roland-Garros, Wimbledon, l'US Open et l'Open d'Australie.

Cette saison pleine de promesses est pourtant assombrie par un drame. Lors de la demi-finale de l'US Open juniors face à Patrick McEnroe, un service d'Edberg heurte accidentellement le juge de ligne Richard Wertheim. Étourdi par le choc qui le fait chuter sur le ciment, celui-ci succombe quelques jours plus tard à ses blessures. Profondément marqué par cette tragédie, le Suédois poursuit néanmoins sa progression.

L'année suivante, il confirme qu'il est bien plus qu'un immense espoir. Il remporte le tournoi olympique de Los Angeles, disputé à titre de démonstration, avant de décrocher à Milan son premier titre sur le circuit professionnel. Son adaptation au plus haut niveau est fulgurante.

Stefan Edberg et Mats Wilander à l'Open d'Australie 1985
Melbourne 1985 : face à Mats Wilander, tenant du titre et compatriote, Stefan Edberg transforme le prodige junior en champion majeur.
1985

Melbourne, la première couronne

À Melbourne, Stefan Edberg trouve le premier terrain majeur parfaitement adapté à son tennis d'attaque. Le gazon australien, rapide et bas, met en valeur son service-volée et son toucher. Mais son premier sacre est tout sauf une promenade.

En huitièmes de finale de l'Open d'Australie, il remonte deux sets de retard et sauve deux balles de match face à Wally Masur. Après avoir dominé Michiel Schapers en quart, il terrasse Ivan Lendl, numéro un mondial, au terme d'une demi-finale de cinq sets conclue 9-7 dans la manche décisive.

En finale, il retrouve le tenant du titre Mats Wilander et s'impose en trois manches. À moins de 20 ans, le prodige des juniors devient champion du Grand Chelem et entre définitivement dans le gotha mondial. Cette victoire ouvre le premier des trois grands territoires qui structureront son palmarès.

Stefan Edberg à l'Open d'Australie 1987
Open d'Australie 1987 : sur le dernier gazon de Kooyong, Stefan Edberg résiste à Pat Cash et donne à Melbourne les contours d'un premier royaume.
1986-1987

L'Australie, premier royaume

L'absence d'édition en 1986 permet à Edberg de revenir défendre sa couronne treize mois plus tard, après le déplacement du tournoi de décembre à janvier. En 1987, son parcours est plus maîtrisé. Après avoir largement dominé Wally Masur, il retrouve Pat Cash en finale. Porté par son public, l'Australien le pousse jusqu'à un cinquième set, mais Edberg conserve son titre.

Entre ses deux sacres australiens, le Suédois ne se contente pas d'attendre Melbourne. En 1986, il remporte notamment Gstaad et Bâle et atteint pour la première fois les demi-finales de l'US Open. L'année 1987 lui fait encore franchir un palier : après son titre australien, il gagne à Memphis, Rotterdam, Tokyo, Cincinnati, au Tokyo Indoor et à Stockholm.

Sa polyvalence s'exprime aussi en double. Numéro un mondial de la spécialité en 1986, il remporte avec Anders Järryd l'Open d'Australie et l'US Open 1987. Cette parenthèse n'est pas au cœur de sa carrière en simple, mais elle dit beaucoup de ses qualités de volleyeur et de son aisance au filet.

Double vainqueur de l'Open d'Australie avant même son 22e anniversaire, Edberg termine 1987 au deuxième rang mondial derrière Ivan Lendl. Le premier royaume est conquis ; il lui reste à transformer cette régularité en domination sur le tournoi qui semble fait pour lui.

Stefan Edberg à Wimbledon 1988
Wimbledon 1988 : contre Boris Becker, Stefan Edberg s'approprie le temple du service-volée et trouve le trophée le plus accordé à son jeu.
1988

Wimbledon, la consécration

L'année commence encore en Australie. Pour la première édition disputée à Flinders Park sur dur, Edberg atteint les demi-finales mais s'incline en cinq sets face à Mats Wilander. Son premier royaume cesse de lui apporter des titres, même s'il reviendra encore en finale à Melbourne en 1990, 1992 et 1993.

À Wimbledon, son service-volée atteint son plein rendement. Sa première conquête manque pourtant de s'arrêter en demi-finale : mené deux manches à rien par Miloslav Mecir, Edberg renverse complètement la rencontre et s'impose en cinq sets.

En finale, il retrouve Boris Becker, déjà double lauréat de l'épreuve. Edberg s'impose en quatre manches et décroche le trophée qui donne une nouvelle dimension à sa carrière. Après Melbourne, il vient d'ouvrir un deuxième royaume, celui qui correspond le mieux à son identité de joueur.

Quelques semaines plus tard, à Séoul, il ajoute une médaille de bronze en simple pour le retour du tennis comme sport officiel aux Jeux olympiques. Sans être le sommet de sa saison, ce résultat confirme sa capacité à rester présent dans tous les grands rendez-vous.

Stefan Edberg face à Michael Chang à Roland-Garros 1989
Roland-Garros 1989 : face à Michael Chang, le filet devient aussi le lieu du doute, dans la seule finale parisienne de Stefan Edberg.
1989

Roland-Garros lui échappe, le Masters lui revient

En 1989, Edberg passe tout près de réaliser ce qui aurait bouleversé la lecture de sa carrière. À Roland-Garros, il atteint sa seule finale parisienne et mène Michael Chang deux manches à une. Dans le quatrième set, il obtient encore une balle de break à 4-3 avant de voir le jeune Américain renverser la rencontre. La terre parisienne restera le seul territoire majeur qui lui échappera.

Quelques semaines plus tard, Edberg retrouve Wimbledon et Boris Becker en finale. Cette fois, l'Allemand prend sa revanche nettement et récupère la couronne. Pour le Suédois, cette défaite ne remet pourtant pas en cause son installation durable au plus haut niveau : il vient d'enchaîner deux finales consécutives à Londres.

Stefan Edberg avec le trophée du Masters 1989
Masters 1989 : quelques mois après Paris et Wimbledon, Stefan Edberg termine l'année en champion de l'élite, trophée levé à New York.

La saison s'achève surtout par l'un des grands titres oubliés de son palmarès. Au Masters de New York, Becker le bat en poule, mais Edberg se qualifie, élimine Ivan Lendl en demi-finale puis prend sa revanche sur l'Allemand en finale, en quatre sets.

Ce sera son unique victoire au Masters de fin d'année. Elle complète idéalement une saison sans titre du Grand Chelem mais riche de deux finales majeures, et montre qu'Edberg est désormais capable de dominer les meilleurs dans le tournoi qui réunit l'élite du circuit.

Stefan Edberg à Wimbledon 1990
Wimbledon 1990 : le service-volée retrouve son tranchant au moment où Stefan Edberg reprend la couronne à Boris Becker.
1990

Wimbledon reconquis, le trône mondial

La saison 1990 commence pourtant par une immense frustration à Melbourne. Après avoir survolé le tournoi, Edberg prend l'ascendant sur Ivan Lendl en finale de l'Open d'Australie avant qu'une blessure abdominale ne l'empêche de servir normalement et ne le contraigne à l'abandon dans la troisième manche.

Il rebondit rapidement. Vainqueur à Indian Wells, il remporte le premier tournoi de la nouvelle catégorie des Masters 1000, puis atteint la finale de Miami. À Wimbledon, il retrouve Becker pour une troisième finale consécutive. Après avoir mené deux sets à rien puis vu l'Allemand revenir à hauteur, Edberg s'impose en cinq manches et reconquiert son royaume londonien.

Stefan Edberg avec le trophée de Cincinnati 1990
Cincinnati 1990 : ce trophée ouvre la porte du n°1 mondial, conquis le lendemain au terme d'un été américain décisif.

Son été américain transforme cette grande saison en année de règne. Il gagne à Los Angeles puis Cincinnati ; le lendemain de cette dernière victoire, le 13 août, il devient pour la première fois numéro un mondial et met fin aux 80 semaines consécutives d'Ivan Lendl au sommet. Il ajoutera encore Bercy à sa moisson, son troisième Masters 1000 de la saison, avant de terminer finaliste du Masters face à Andre Agassi.

Avec sept titres et un bilan de 70 victoires pour 15 défaites, Edberg termine 1990 à la première place mondiale. Pour la première fois, son statut ne repose plus seulement sur ses triomphes en Grand Chelem : il est devenu le joueur le plus régulier du circuit sur l'ensemble d'une saison.

Stefan Edberg et Jim Courier à l'US Open 1991
US Open 1991 : face à Jim Courier, Stefan Edberg signe une finale sans fissure et donne à New York les allures d'un troisième royaume.
1991

New York, troisième royaume

L'année 1991 commence par deux cruelles déconvenues en Grand Chelem. À l'Open d'Australie, Edberg sert pour le match contre Ivan Lendl en demi-finale et se procure deux balles de match avant de s'incliner en cinq sets. À Wimbledon, tenant du titre, il perd une rencontre presque invraisemblable contre Michael Stich : l'Allemand s'impose en quatre manches sans lui prendre une seule fois son service, Edberg abandonnant les trois derniers sets au tie-break.

À New York, le Suédois répond de la plus éclatante des manières. Après avoir successivement écarté Michael Chang, Javier Sanchez et Ivan Lendl, il retrouve Jim Courier en finale. Edberg livre alors l'une des prestations les plus abouties de sa carrière : 6/2, 6/4, 6/0, sans concéder son service.

Ce premier titre à Flushing Meadows lui ouvre son troisième grand territoire après l'Australie et Wimbledon. Il lui rend aussi la première place mondiale dès le lendemain de la finale, dans une saison où le sommet est disputé dans un va-et-vient permanent avec Boris Becker puis avec l'irruption de Jim Courier.

Avec six titres sur l'ensemble de la saison, Edberg termine numéro un mondial pour la deuxième année consécutive. Le champion de Grand Chelem et le patron du circuit ne font alors plus qu'un.

Stefan Edberg et Pete Sampras à l'US Open 1992
US Open 1992 : face à Pete Sampras, Stefan Edberg clôt son oeuvre majeure après une quinzaine new-yorkaise jouée au bord de la rupture.
1992

Le dernier doublé

En 1992, la lutte pour le pouvoir se déplace vers Jim Courier. L'Américain bat Edberg en finale de l'Open d'Australie et lui ravit la première place mondiale, que les deux hommes vont ensuite se disputer à plusieurs reprises au cours de la saison.

Le printemps rappelle aussi qu'Edberg ne se réduit pas au gazon et aux surfaces rapides. À Hambourg, sur terre battue, il remporte son quatrième Masters 1000 en dominant Michael Stich en finale. Dans la lutte pour le sommet, il alterne encore plusieurs fois avec Courier : ses cinq règnes cumulés à la première place atteindront finalement 72 semaines, le dernier s'achevant en octobre 1992.

À l'US Open, sa défense de titre tourne à l'épreuve de survie. Il dispute trois rencontres consécutives en cinq sets face à Richard Krajicek, Ivan Lendl et Michael Chang. La demi-finale contre Chang dure 5 heures et 26 minutes. Éprouvé physiquement, Edberg trouve pourtant encore les ressources pour dominer Pete Sampras en finale.

À 26 ans, il remporte son sixième et dernier titre du Grand Chelem. Son palmarès majeur présente alors une construction peu commune : deux Open d'Australie, puis deux Wimbledon, puis deux US Open. Chaque tournoi semble avoir eu son époque, comme si Edberg avait refermé successivement trois chapitres avant de tourner la page.

Stefan Edberg et Jim Courier à l'Open d'Australie 1993
Open d'Australie 1993 : Jim Courier barre une dernière fois la route d'un Stefan Edberg encore installé parmi les prétendants majeurs.
1993-1994

Encore parmi les meilleurs

L'année 1993 ouvre le dernier versant de la carrière. Pour la cinquième fois, Edberg atteint la finale de l'Open d'Australie, mais Jim Courier, déjà vainqueur l'année précédente, se montre encore plus fort. Ce sera sa dernière finale en Grand Chelem.

Il reste pourtant très loin d'avoir disparu du premier plan. Quelques mois plus tard, il atteint encore les demi-finales de Wimbledon, où Courier prend de nouveau le dessus. Edberg passe l'essentiel de la saison parmi les meilleurs mondiaux, remporte Madrid et termine l'année au cinquième rang. La baisse est réelle, mais elle est progressive.

En 1994, une nouvelle génération s'installe durablement, emmenée par Pete Sampras et Jim Courier, tandis qu'Andre Agassi retrouve les sommets. Le jeu devient plus puissant et le service-volée d'Edberg est plus difficile à imposer avec la même constance, mais le Suédois demeure capable de gagner.

Il s'impose à Doha, Stuttgart et Washington, atteint encore la finale du Masters 1000 de Cincinnati et termine la saison au septième rang mondial. Deux ans après son dernier Grand Chelem, Edberg reste donc un joueur de tout premier plan.

Stefan Edberg avec le trophée de Doha 1995
Doha 1995 : le dernier trophée en simple arrive sans éclat tapageur, fidèle à une carrière menée loin des effets de scène.
1995-1996

Les adieux

En janvier 1995, Edberg conserve son titre à Doha. Ce 41e trophée sera le dernier de sa carrière en simple. La saison marque ensuite un recul plus net, et, à la fin de l'année, il annonce que 1996 sera sa dernière sur le circuit.

Stefan Edberg et Petr Korda à l'Open d'Australie 1996
Open d'Australie 1996 : avec Petr Korda, Stefan Edberg ajoute en double un dernier éclat de Grand Chelem à sa tournée d'adieux.

Fidèle à son tempérament discret, il effectue une tournée d'adieux sans rechercher les hommages appuyés. Cette dernière saison est pourtant loin d'être symbolique : en double, il remporte l'Open d'Australie avec Petr Korda, ajoutant un dernier trophée du Grand Chelem à son palmarès.

En simple, il atteint encore la finale du Queen's puis les quarts de finale de l'US Open, après avoir notamment éliminé Richard Krajicek, tout juste sacré à Wimbledon. Il termine 1996 au quatorzième rang mondial, preuve qu'il reste compétitif jusqu'au bout.

Après quatorze saisons parmi l'élite, Edberg quitte donc le circuit sans s'être effacé. La conclusion officielle de sa carrière prendra toutefois une dimension particulière : elle se jouera sous les couleurs de la Suède, lors de la finale de Coupe Davis face à la France, épisode raconté plus loin dans la section consacrée à l'équipe nationale.

L'école suédoise

Stefan est d'Borg

Björn Borg, Mats Wilander et Stefan Edberg
Björn Borg, Mats Wilander et Stefan Edberg : trois numéros un, trois manières d'habiter l'héritage suédois.

Avec le dernier titre majeur de Stefan Edberg à l'US Open 1992, puis sa retraite quatre ans plus tard, se referme l'une des plus extraordinaires dynasties qu'ait connues le tennis mondial. De 1974 à 1992, soit près de vingt ans, la Suède voit trois de ses joueurs atteindre la première place mondiale et remporter de multiples titres du Grand Chelem : Björn Borg, Mats Wilander et Stefan Edberg.

Plus remarquable encore, ces trois champions empruntent des chemins très différents. Borg domine aussi bien la terre battue que le gazon, réalisant à trois reprises le prestigieux doublé Roland-Garros - Wimbledon. Après lui, Wilander fait de Roland-Garros son royaume, tandis qu'Edberg règne sur le gazon de Wimbledon grâce à un service-volée porté à son plus haut niveau.

On pourrait presque y voir une allégorie historique. Comme l'héritage de Charlemagne, partagé entre ses petits-fils, l'empire bâti par Borg semble se scinder en deux après son départ. À Wilander revient symboliquement l'apanage de Roland-Garros ; à Edberg le fief de Wimbledon. Là où Borg avait réussi l'exploit exceptionnel de régner durablement sur ces deux terres pourtant si différentes, ses deux successeurs conservent et cultivent chacun sa part d'héritage.

En l'espace d'une génération, l'école suédoise aura produit trois numéros un mondiaux, trois multiples vainqueurs en Grand Chelem et trois conceptions différentes du tennis. Rarement un pays aura marqué l'histoire du tennis avec une telle continuité, mais aussi avec une telle diversité de styles.

Coupe Davis

Sous les couleurs de la Suède

L'équipe de Suède victorieuse en Coupe Davis 1994
Moscou 1994 : dans l'hiver russe, la Suède de Stefan Edberg conquiert un quatrième Saladier et prolonge son âge d'or collectif.

Si les titres du Grand Chelem dessinent les conquêtes personnelles de Stefan Edberg, la Coupe Davis raconte une autre histoire. Elle n'est pas un royaume de plus, mais le domaine commun de l'école suédoise, celui où les ambitions individuelles s'effacent derrière le drapeau national.

Edberg la remporte à quatre reprises, en 1984, 1985, 1987 et 1994. Les trois premiers sacres accompagnent son ascension : encore jeune espoir au sein d'une génération exceptionnelle, il participe à l'âge d'or collectif du tennis suédois au moment même où il commence à bâtir son propre palmarès. La Coupe Davis devient ainsi le premier grand territoire qu'il partage avec ses compatriotes, avant même ses plus grands triomphes individuels.

Dix ans après son premier sacre, Edberg est toujours là. En 1994, face à la Russie, il n'est plus le prodige des débuts, mais un champion confirmé qui apporte encore un point essentiel à son équipe en dominant Alexander Volkov au terme d'un long combat, après avoir sauvé une balle de match. Ce dernier succès donne à son parcours en Coupe Davis une belle continuité : des années de formation jusqu'aux dernières saisons, il aura accompagné presque toute la grande époque du tennis suédois.

Stefan Edberg porté par Yannick Noah lors de la finale de Coupe Davis 1996
Finale de Coupe Davis 1996 : porté par Yannick Noah et salué par les deux camps, Stefan Edberg quitte la scène dans un rare moment d'unanimité.

Deux ans après son quatrième Saladier d'argent, Edberg dispute une nouvelle finale en décembre 1996, face à la France. Il choisit cet événement pour tirer sa révérence. Comme un symbole, c'est sous les couleurs de la Suède qu'il referme définitivement le livre de sa carrière.

Dans cette histoire, la Coupe Davis tient une place à part. Borg en avait ouvert la voie en 1975, Wilander l'avait prolongée dans les années 1980, Edberg l'a portée à son tour. D'une génération à l'autre, elle reste le fil collectif de la grande aventure du tennis suédois.

Palmarès

Ses 41 titres

Grand Chelem Masters Masters 1000 Grand tournoi historique ATP 500

Milan 1984
Memphis 1985
San Francisco 1985
Bâle 1985
Australie 1985
Gstaad 1986
Bâle 1986
Stockholm 1986 Australie 1987
Memphis 1987
Rotterdam 1987
Tokyo 1987
Cincinnati 1987 Tokyo Indoor 1987 Stockholm 1987
Rotterdam 1988
Wimbledon 1988
Bâle 1988
Tokyo 1989
Masters 1989 Indian Wells 1990
Tokyo 1990
Wimbledon 1990
Los Angeles 1990
Cincinnati 1990
Long Island 1990
Bercy 1990
Stuttgart 1991
Tokyo 1991
Queen's 1991
US Open 1991
Sydney Indoor 1991
Tokyo Indoor 1991
Hambourg 1992
New Haven 1992
US Open 1992
Madrid 1993
Doha 1994
Stuttgart 1994
Washington 1994
Doha 1995
Après-carrière

Après les courts

Roger Federer et Stefan Edberg

Une fois sa carrière terminée, Stefan Edberg reste proche du tennis sans chercher à occuper le devant de la scène. Il participe ponctuellement au circuit des vétérans avant d'effectuer un retour remarqué dans le box des joueurs en devenant, en novembre 2013, l'entraîneur de Roger Federer.

L'association entre les deux hommes paraît alors presque naturelle. Tous deux adeptes du revers à une main et d'un tennis porté vers l'attaque, ils partagent une même vision du jeu. Sous la direction du Suédois, Federer retrouve un style plus offensif, monte davantage au filet et enrichit encore sa palette technique. Leur collaboration, qui s'étend jusqu'à la fin de la saison 2015, permet au Suisse de renouer avec les plus hauts sommets du classement mondial.

Même après son départ, l'influence d'Edberg reste perceptible dans l'évolution du jeu de Federer. Une manière, pour l'un des plus grands serveurs-volleyeurs de l'histoire, de transmettre son héritage à une autre légende du tennis.

Famille

Vie privée

Stefan Edberg et Annette Olsen

En avril 1992, Stefan Edberg épouse Annette Olsen. Le couple aura deux enfants : Emilie, née en 1993, puis Christopher. Très attaché à sa vie familiale, le Suédois a toujours veillé à préserver sa sphère privée, loin de l'agitation médiatique qui accompagnait pourtant son statut de champion.

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Date de dernière mise à jour : 11/10/2026