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Ernests Gulbis | Chron'Open
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Lettonie
droitier - revers à deux mains

ErnestsGulbis

Le talent en liberté
Ernests Gulbis

Chien fou du circuit, Ernests Gulbis a longtemps donné l'impression que tout pouvait arriver lorsqu'il entrait sur un court. Puissant, inspiré, imprévisible, capable de jouer à hauteur des meilleurs puis de se perdre quelques semaines plus tard, le Letton fut l'un des talents les plus déroutants de sa génération.

6Titres ATP
2014n°10 mondial
Naissance 30 août 1988
Identité tennistique

Style de jeu

Ernests Gulbis frappe un revers à deux mains
Le revers à deux mains, compact et frappé à plat, fut le coup le plus naturel de Gulbis.

Gulbis était avant tout un joueur offensif de fond de court. Son service constituait une arme importante et son revers à deux mains était sans doute son coup le plus naturel : compact, frappé à plat et capable de partir très vite. Il possédait également beaucoup de toucher et affectionnait particulièrement l'amortie de revers. Gulbis lui-même citait d'ailleurs le service et l'amortie de revers comme ses deux meilleurs coups.

Son coup droit était plus paradoxal. Très puissant lorsqu'il était bien réglé, il se distinguait surtout par une préparation extraordinairement ample, devenue l'une des signatures visuelles de son tennis. Cette gestuelle pouvait produire des accélérations spectaculaires mais paraissait moins sûre que son revers. Gulbis avait de toute façon une conception très agressive de l'échange : il cherchait volontiers à prendre l'initiative plutôt qu'à installer une longue bataille de régularité.

Il n'était pas réellement spécialiste d'une surface. Cinq de ses six titres ATP ont été remportés sur dur, mais son sommet en Grand Chelem eut lieu sur terre battue. Il atteignit également une demi-finale au Masters 1000 de Rome et, beaucoup plus tard, un huitième de finale à Wimbledon. Son meilleur tennis dépendait finalement moins du revêtement que de sa capacité à maintenir son niveau de concentration et de précision.

Formation

Jeunesse

Le jeune Ernests Gulbis avec Nikola Pilic
Le jeune Ernests Gulbis aux côtés de Nikola Pilic, qui le forme dans son académie de Munich.

Gulbis grandit dans une famille aisée. Son père Ainars est homme d'affaires et ancien basketteur, sa mère Milena actrice de théâtre, tandis que son grand-père Alvils fut international soviétique de basket. Ernests commence le tennis à 5 ans avec sa grand-mère. À 12 ans, il quitte la Lettonie pour rejoindre l'académie de Nikola Pilic à Munich, où il se forme jusqu'à 18 ans.

Tempérament

Personnalité : l'enfant terrible

Ernests Gulbis au service
Sur le court, l'expressivité de Gulbis accompagna longtemps un tennis aussi spectaculaire qu'imprévisible.

La fortune familiale a longtemps nourri une explication commode à son irrégularité : Gulbis n'aurait jamais eu besoin du tennis et n'aurait donc pas possédé la même nécessité de réussir que d'autres professionnels. L'explication est probablement trop simple. Il a tout de même consacré près de vingt ans au tennis de compétition, connu plusieurs périodes de travail intensif et tenté à plusieurs reprises de reconstruire sa carrière après les blessures et les chutes au classement.

Il est vrai, en revanche, qu'il cultivait volontiers son indépendance. Raquettes détruites, emportements, déclarations provocatrices et refus de pratiquer la langue de bois lui valurent rapidement une réputation de bad boy. Avec l'âge, son regard sur cette période s'est nuancé. En 2023, il reconnaissait lui-même avoir parfois eu honte de son comportement sur le court, notamment lorsqu'il cassait des raquettes ou criait sous le coup de la frustration.

de 2004 à 2024

Sa carrière

Ernests Gulbis à Roland-Garros en 2008
Roland-Garros 2008 : Gulbis lors de sa victoire sur Michael Llodra, sur la route de son premier quart de finale en Grand Chelem.
2004-2008

Le prodige de Riga

Gulbis obtient son premier point ATP à seulement 15 ans, en juillet 2004. Sa progression s'accélère deux ans plus tard. Invité à Saint-Pétersbourg en 2006 pour ce qui constitue ses débuts sur le circuit ATP, il atteint directement les demi-finales.

En 2007, son titre au Challenger de Besançon lui permet d'entrer dans le Top 100 ; celui de Mons l'aide ensuite à franchir la barrière du Top 50. À l'US Open, pour sa première participation, il se hisse jusqu'en huitièmes de finale, éliminant notamment le n°8 mondial Tommy Robredo avant de s'incliner face à Carlos Moya.

Roland-Garros 2008 confirme l'ampleur de son potentiel. À 19 ans, Gulbis atteint son premier quart de finale en Grand Chelem, où Novak Djokovic met fin à son parcours. Quelques mois plus tard, il joue également son premier quart de finale en Masters 1000 à Cincinnati. Le talent n'est déjà plus en question. La régularité, elle, reste à construire.

2009-2012

Des éclairs sans continuité

L'année 2009 ne produit pas la progression attendue. Gulbis atteint les quarts de finale à Tokyo et Saint-Pétersbourg, mais son classement recule. En 2010, en revanche, il paraît enfin franchir un cap. À Delray Beach, il remporte son premier titre ATP en battant Ivo Karlovic en finale.

Ernests Gulbis avec le trophée de Delray Beach en 2010
Delray Beach 2010 : Gulbis soulève le premier trophée ATP de sa carrière après sa victoire sur Ivo Karlovic.

Quelques semaines plus tard, à Rome, il signe l'un des exploits fondateurs de sa réputation en battant le n°1 mondial Roger Federer. Gulbis poursuit son parcours jusqu'en demi-finale, où Rafael Nadal l'arrête. Il termine cette saison au 24e rang mondial, son meilleur classement de fin d'année jusqu'alors.

Un deuxième titre arrive à Los Angeles en 2011, avec une victoire sur Mardy Fish en finale, mais la progression ne tient toujours pas. En 2012, Gulbis termine hors du Top 100 pour la première fois depuis 2006.

Wimbledon 2012 : Gulbis élimine le n°7 mondial Tomas Berdych en trois tie-breaks.

Quelques résultats rappellent pourtant ses possibilités : à Wimbledon, il élimine le n°7 mondial Tomas Berdych en trois sets, tous décidés au tie-break. Même au cœur de sa chute, Gulbis demeure capable d'un exploit contre l'un des meilleurs joueurs du monde.

2013-2014

Enfin à la hauteur de son talent

La collaboration avec Gunter Bresnik accompagne le meilleur passage de sa carrière. En 2013, Gulbis remonte de plus d'une centaine de places au classement et termine l'année au 24e rang. Il gagne Delray Beach, en sortant des qualifications, puis Saint-Pétersbourg, son premier titre européen. À Montréal, il bat également le n°2 mondial Andy Murray et atteint les quarts de finale.

Ernests Gulbis avec le trophée de Saint-Pétersbourg en 2013
Saint-Pétersbourg 2013 : Gulbis remporte son premier titre ATP en Europe.

En 2014, tout s'enchaîne enfin avec une remarquable continuité. Gulbis atteint les demi-finales à Rotterdam, remporte Marseille, joue les demi-finales à Barcelone, puis les quarts du Masters 1000 de Madrid. En mai, il gagne Nice, son sixième titre ATP, quelques jours avant le début de Roland-Garros. Le bilan officiel de sa saison 2014 est de 41 victoires pour 21 défaites.

À Roland-Garros, il franchit une nouvelle dimension. En huitièmes de finale, il élimine Roger Federer en cinq sets. Il domine ensuite Tomas Berdych en quart et atteint pour la première fois les demi-finales d'un Grand Chelem. Novak Djokovic l'arrête en quatre sets.

Roland-Garros 2014 : Gulbis élimine Roger Federer en cinq sets avant d'atteindre sa première demi-finale en Grand Chelem.

Le lendemain du tournoi, le 9 juin, Gulbis devient n°10 mondial. Pour une fois, il n'est plus seulement un joueur dont on vante le potentiel : pendant plusieurs mois, il appartient réellement à l'élite.

Ernests Gulbis et Juan Martin Del Potro à Wimbledon en 2017
Wimbledon 2017 : classé 589e mondial, Gulbis bat Juan Martin Del Potro et atteint le troisième tour.
2015-2017

La chute

La rupture est brutale. Gulbis ne parvient pas à prolonger son exceptionnelle saison 2014. Il conserve encore quelques éclairs en 2015 : un quart de finale au Masters 1000 de Montréal et une demi-finale à Vienne notamment. Mais les défaites s'accumulent et son classement plonge.

À cette perte de confiance s'ajoutent les problèmes physiques. Une blessure au poignet droit le perturbe au cours des saisons 2015 à 2017. Pour un joueur dont le tennis repose largement sur la qualité et la violence de la frappe, le handicap est considérable.

En 2017, Gulbis descend jusqu'à la 589e place mondiale. Pourtant, même à ce niveau de classement, il est encore capable de réapparaître. À Wimbledon, il atteint le troisième tour, devenant le joueur le moins bien classé à aller aussi loin dans le tournoi depuis dix ans. Son classement annonce presque sa disparition ; son tennis, certains jours, continue néanmoins de raconter une autre histoire.

Ernests Gulbis et Alexander Zverev à Wimbledon en 2018
Wimbledon 2018 : issu des qualifications, Gulbis élimine Alexander Zverev et atteint les huitièmes de finale.
2018

Un dernier grand retour

À 29 ans, Gulbis réussit une nouvelle résurrection. Passé par les qualifications à Wimbledon, il remporte trois matches en cinq sets dans le tableau principal et élimine notamment Alexander Zverev pour atteindre les huitièmes de finale. C'est son meilleur résultat à Londres.

Quelques mois plus tard, il sort encore des qualifications à Stockholm et atteint la finale. Une statistique étonnante l'accompagne alors : Gulbis a gagné les six finales ATP qu'il a disputées jusque-là. Aucun adversaire n'était encore parvenu à le battre pour un titre.

Ernests Gulbis et Stefanos Tsitsipas à Stockholm en 2018
Stockholm 2018 : Stefanos Tsitsipas met fin en finale à la série de six victoires de Gulbis en six finales ATP.

Stefanos Tsitsipas met fin à la série en s'imposant 6-4, 6-4. Gulbis perd donc sa septième finale après avoir remporté les six premières. Ce sera aussi sa dernière finale sur le circuit ATP.

Ernests Gulbis à l'Open d'Australie en 2020
Open d'Australie 2020 : sorti des qualifications, Gulbis bat Felix Auger-Aliassime puis atteint le troisième tour.
2019-2024

Les derniers éclats et une sortie progressive

Gulbis s'éloigne ensuite du premier plan mais continue de jouer entre circuit principal, qualifications et Challengers. L'Open d'Australie 2020 lui offre un dernier beau parcours en Grand Chelem. Sorti des qualifications, il bat Félix Auger-Aliassime au premier tour puis Aljaz Bedene au deuxième. Gael Monfils l'élimine au troisième tour, 7-6, 6-4, 6-3.

Sa retraite est publiquement actée en février 2024.

Entourage

Coachs : de Pilic à Bresnik

Gunter Bresnik observe Ernests Gulbis à l'entraînement
Gunter Bresnik observe Gulbis à l'entraînement, au cœur de leur collaboration la plus fructueuse.

La carrière de Gulbis a été marquée par de nombreux changements d'entraîneur, mais deux hommes occupent une place particulière. Le premier est Nikola Pilic, auprès duquel il se forme dès l'âge de 12 ans dans son académie de Munich. Pilic joue un rôle important dans sa construction technique et Gulbis y côtoie notamment le jeune Novak Djokovic. Une fois lancé sur le circuit, le Letton travaille avec plusieurs entraîneurs, dont Karl-Heinz Wetter, puis l'Argentin Hernan Gumy, ancien coach de Marat Safin, qui avait lui-même recommandé Gulbis à son ancien mentor. Leur collaboration correspond notamment à la belle saison 2010 : premier titre ATP à Delray Beach, victoire sur Federer et demi-finale à Rome. Lorsque Gumy ne peut plus l'accompagner régulièrement en 2011, Gulbis bénéficie ponctuellement de l'encadrement de Darren Cahill au sein de l'équipe Adidas, puis travaille quelque temps avec l'ancien n°8 mondial Guillermo Canas.

Mais l'entraîneur le plus étroitement associé à son apogée reste Gunter Bresnik. Leur collaboration s'installe au début des années 2010 et accompagne la reconstruction de Gulbis après sa chute hors du Top 100. Avec l'Autrichien, le Letton retrouve de la discipline et surtout une continuité qu'il avait rarement connue jusque-là : deux titres en 2013, puis Marseille et Nice en 2014, une demi-finale à Roland-Garros et l'entrée dans le Top 10. Bresnik avait d'ailleurs compris qu'il ne pouvait pas entraîner Gulbis comme n'importe quel joueur : là où Dominic Thiem acceptait sans difficulté un programme très cadré, Gulbis se lassait rapidement et obligeait son coach à varier davantage les séances. Leur association connaît plusieurs tensions et une brève rupture en 2015, avant de reprendre quelques mois plus tard.

La séparation devient définitive en 2016, Gulbis estimant notamment que Bresnik consacrait désormais trop de temps à Thiem et souhaitant disposer d'un entraîneur entièrement disponible pour lui. Il fait alors brièvement appel à l'Américain Larry Stefanki, ancien coach de Marcelo Rios, Ievgueni Kafelnikov et Andy Roddick. Stefanki entreprend notamment de modifier son coup droit, dont la technique contribuait selon Gulbis à ses problèmes de poignet. Par la suite, le Letton fonctionne de manière beaucoup plus indépendante : il retrouve ponctuellement Bresnik à Vienne, sans toujours disposer d'un coach à plein temps, avant de travailler dans les dernières années de sa carrière avec le Letton Pjotrs Necajevs. Cette instabilité de l'encadrement reflète finalement assez bien toute sa trajectoire : beaucoup d'entraîneurs ont essayé de canaliser Gulbis, mais c'est avec Bresnik qu'il aura trouvé, pendant quelques saisons, le meilleur équilibre entre sa liberté naturelle et les exigences du très haut niveau.

Après les courts

Après-carrière : construire en Lettonie

Ernests Gulbis avec les enfants et l'équipe de son académie
L'académie Ernests Gulbis réunit enfants, jeunes joueurs et encadrants autour d'un projet de formation construit en Lettonie.

La reconversion de Gulbis avait en réalité commencé avant même son dernier match. En septembre 2022, il est élu président de la Fédération lettone de tennis. Il explique alors vouloir mettre l'accent sur trois priorités : les enfants, les jeunes joueurs et la qualité de l'encadrement.

En août 2025, Gulbis et le secrétaire général Janis Mellups quittent leurs fonctions afin de consacrer leur énergie à un autre projet : la création d'une académie de tennis.

Le projet prend rapidement une dimension importante. En août 2026, 250 enfants s'entraînent déjà au sein de l'académie Ernests Gulbis et 50 enfants ont reçu une bourse pour leur formation. Un nouveau centre est en construction à Pinki, près de Riga.

Ernests Gulbis transmet le tennis à un jeune enfant
À l'académie, Gulbis transmet directement son expérience aux plus jeunes joueurs.

Il y a une véritable cohérence dans cette reconversion. À 12 ans, Gulbis avait dû quitter la Lettonie pour trouver chez Nikola Pilic, à Munich, une structure correspondant à son potentiel. À l'heure de transmettre, il cherche précisément à offrir aux jeunes joueurs lettons ce qui lui avait manqué dans son propre pays.

Palmarès

Ses 6 titres

Delray Beach 2010
Los Angeles 2011
Delray Beach 2013
Saint-Pétersbourg 2013
Marseille 2014
Nice 2014
Famille

Vie sentimentale : Tamara et la famille

Ernests Gulbis et Tamara Kopaleyshvili
Ernests Gulbis et Tamara Kopaleyshvili, qu'il épouse en novembre 2017.

Longtemps associé à une image de célibataire fêtard et de « bad boy », Gulbis connaît un changement personnel important au milieu des années 2010. En juin 2017, il révèle ses fiançailles avec Tamara Kopaleyshvili. Il parle alors du mariage avec un sérieux qui tranche avec le personnage provocateur qu'il avait souvent affiché jusque-là : trouver la personne avec laquelle partager sa vie constitue, explique-t-il, une décision plus importante que le tennis. Il dit se sentir alors heureux, apaisé et en harmonie avec lui-même.

Le couple se marie en novembre 2017. Quelques mois plus tard, en mars 2018, Gulbis devient père d'une fille.

Postérité

Héritage : le champion qu'il aurait pu devenir

Ernests Gulbis avec le trophée de Nice en 2014
Nice 2014 : six finales ATP, six victoires. Un sans-faute rarissime : à cet instant, Gulbis n'a encore jamais perdu lorsqu'un titre se joue.

La carrière d'Ernests Gulbis appelle presque inévitablement la même question : jusqu'où aurait-il pu aller ? Un joueur capable d'entrer dans le Top 10, d'atteindre une demi-finale de Grand Chelem et de battre au cours de sa carrière Federer, Djokovic et Murray possédait manifestement les qualités nécessaires pour construire un palmarès supérieur à six titres.

Sa saison 2014 reste la meilleure réponse. Dès que son talent fut accompagné pendant plusieurs mois par suffisamment de stabilité, Gulbis devint réellement l'un des meilleurs joueurs du monde. Le problème n'était donc pas de savoir s'il possédait ce niveau, mais combien de temps il était capable de le conserver.

Le qualifier simplement de « talent gâché » serait pourtant injuste. Gulbis a traversé les blessures, plusieurs chutes vertigineuses au classement et des années entières loin de l'élite, tout en trouvant plusieurs fois les ressources nécessaires pour revenir. Il n'a pas construit la grande carrière que ses plus beaux matches semblaient annoncer, mais il a été assez fort pour atteindre le Top 10 et assez imprévisible pour rester dangereux bien après en être sorti.

Ernests Gulbis restera ainsi moins comme un champion inaccompli que comme l'un des joueurs dont l'écart entre le meilleur et l'ordinaire fut le plus fascinant.

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Date de dernière mise à jour : 11/10/2026