Tennis Chron'open
Ken Rosewall - Chron'Open
Australie
droitier - revers à une main

KenRosewall

Le maître invisible
Ken Rosewall

Ken Rosewall a traversé trois âges du tennis sans jamais cesser d'appartenir à l'élite. N°1 amateur, roi du circuit professionnel puis champion de l'ère Open, il a payé très cher son passage chez les professionnels, qui l'a privé pendant plus d'une décennie des tournois les plus prestigieux. Son revers, sa précision et son intelligence du jeu en ont pourtant fait l'un des champions les plus accomplis de l'histoire.

ChampionAvant l’ère Open
121Titres sur toute sa carrière
4Coupes Davis
NAISSANCE2 novembre 1934
Origines

Le petit maître de Sydney

Ken Rosewall à Sydney en 1946
À Sydney, en 1946, Ken a 12 ans.

Kenneth Robert Rosewall naît le 2 novembre 1934 à Sydney. Droitier sur le court, bien qu’il soit naturellement gaucher, il présente un physique qui ne correspond guère à celui que l’on prête spontanément à un futur champion : il culminera autour de 1,70 m et ne dégagera jamais une impression de puissance. Sous une apparence frêle se cache pourtant un joueur d’une solidité exceptionnelle, remarquablement équilibré et capable de placer la balle avec une précision presque mécanique.

Il grandit au moment où l’Australie construit l’une des plus grandes écoles de tennis de l’histoire. Le pays dispose de jeunes champions en abondance, d’une véritable culture de la Coupe Davis et d’entraîneurs qui valorisent la technique, la condition physique et le jeu vers l’avant.

de 1950 à 1980

Sa carrière

Ken Rosewall, vainqueur des Australian Championships 1953
1953 : Rosewall remporte l’Australian Championships.
1950-1956

Le phénomène australien

À l'aube des années 1950, l'Australie règne déjà sur le tennis mondial. Frank Sedgman, Ken McGregor ou encore Vic Seixas dominent les plus grands tournois, tandis qu'une nouvelle génération s'apprête à prendre le relais. Parmi elle, deux jeunes joueurs attirent rapidement tous les regards : Lew Hoad et Ken Rosewall. Tout semble les opposer. Hoad impressionne par sa puissance et son explosivité ; Rosewall, plus petit et plus frêle, mise sur la précision, la régularité et une intelligence de jeu hors du commun. Ensemble, ils incarnent l'avenir du tennis australien.

Rosewall ne tarde pas à justifier les espoirs placés en lui. À seulement 18 ans, il remporte les Championnats d'Australie 1953, devenant le plus jeune vainqueur de l'épreuve masculine, un record toujours inégalé. Quelques mois plus tard, il s'impose également à Roland-Garros et contribue au succès de l'Australie en Coupe Davis. En une seule saison, le jeune Sydneysider passe du statut d'espoir prometteur à celui de champion confirmé.

Les années suivantes confirment son exceptionnelle précocité. Il retrouve le sommet en Australie en 1955, atteint plusieurs finales majeures et, en 1956, prive Lew Hoad d'un Grand Chelem historique en le battant en finale des Championnats des États-Unis. À 21 ans, Rosewall compte déjà quatre titres du Grand Chelem en simple et trois Coupes Davis. Une seule couronne manque encore à son palmarès : Wimbledon.

À cet instant, rien ne laisse imaginer que cette première carrière touche déjà à sa fin. Alors qu'il entre seulement dans ses meilleures années, Rosewall s'apprête à faire un choix qui bouleversera son destin... et celui de l'histoire du tennis.

Le sacrifice
1956 : Rosewall bat Lew Hoad à Forest Hills.
1956

Le sacrifice

À la fin de la saison 1956, Ken Rosewall n'a que 22 ans. Il possède déjà quatre titres du Grand Chelem en simple, trois Coupes Davis et fait partie des meilleurs joueurs du monde. Pour la plupart des champions, ce n'est qu'un début. Pour lui, c'est déjà la fin d'une première carrière.

À cette époque, le tennis est divisé en deux circuits parallèles. D'un côté, les amateurs disputent les tournois du Grand Chelem et la Coupe Davis, mais ne peuvent vivre officiellement de leur sport. De l'autre, les professionnels sont rémunérés, mais exclus des plus grandes compétitions. Choisir l'argent, c'est renoncer à la gloire.

Comme Frank Sedgman, Pancho Gonzales ou Tony Trabert avant lui, Rosewall accepte l'offre de Jack Kramer et rejoint le circuit professionnel. Ce n'est pas un départ vers un championnat inférieur. Bien au contraire. Les meilleurs joueurs du monde s'y affrontent presque toute l'année, lors de tournées interminables où les mêmes adversaires se retrouvent soir après soir. Le niveau de jeu y est souvent plus élevé que dans les tournois amateurs. Mais l'exposition médiatique est plus faible.

Du jour au lendemain, Rosewall disparaît des tableaux de Wimbledon, de Roland-Garros, de Forest Hills et de la Coupe Davis. Non parce qu'il n'est plus assez fort pour y jouer, mais parce qu'il est devenu professionnel. Pendant plus de dix ans, alors qu'il évolue à son meilleur niveau, il ne peut inscrire son nom dans les tournois que l'histoire retiendra.

Ce sacrifice résume à lui seul toute la singularité de sa carrière. D'autres champions ont été privés de quelques tournois. Rosewall, lui, a abandonné l'intégralité de ses meilleures années à un système qui obligeait les joueurs à choisir entre leur métier et leur place dans la légende.

En devenant professionnel, Ken Rosewall n'entre pas dans un circuit secondaire. Il rejoint au contraire ce que beaucoup considèrent alors comme le véritable sommet du tennis mondial. Les plus grands champions y sont réunis : Pancho Gonzales, Frank Sedgman, Pancho Segura, Lew Hoad, puis bientôt Rod Laver. Mais contrairement aux tournois du Grand Chelem, ces compétitions attirent peu les médias et restent largement méconnues du grand public.

L'école Gonzales
Au Madison Square Garden de New York, le 17 février 1957, pour leur première confrontation sur dur de la tournée, Pancho Gonzales inflige à l'Australien un sévère 6-2, 6-4, 6-2.
1957-1959

L'école Gonzales

Pour son arrivée chez les professionnels en 1957, Rosewall est immédiatement confronté à Pancho Gonzales, le patron incontesté du circuit. Il n'existe alors aucun sas d'entrée : le jeune Australien doit affronter soir après soir le meilleur joueur du monde au cours d'une interminable tournée à travers les États-Unis. Gonzales l'emporte par 50 victoires à 26. L'Américain gagne ainsi quasiment deux matchs sur trois pendant cette tournée inaugurale pour Ken Rosewall.

Le verdict est sévère, mais il est aussi révélateur. Rosewall comprend rapidement que le tennis professionnel n'a rien de commun avec celui qu'il pratiquait chez les amateurs. Les échanges sont plus rapides, les services plus puissants, les déplacements incessants. Ici, chaque soir oppose les meilleurs aux meilleurs. Gonzales ne lui laisse aucun répit et exploite la moindre faiblesse dans son jeu.

La sanction ne se limite pas au terrain. Dans le business impitoyable de Jack Kramer, Rosewall a déçu dans le rôle qui lui avait été assigné : celui du jeune prodige capable de menacer Gonzales et d'entretenir le suspense. Lorsque Lew Hoad passe à son tour chez les professionnels, au cours de l'été 1957, Kramer tient aussitôt sa nouvelle attraction. En 1958, le double vainqueur de Wimbledon est chargé de défier le roi. Rosewall est écarté de la grande affiche et Kramer ne lui propose plus qu'une place en lever de rideau face à Tony Trabert : une humiliante rétrogradation que l'Australien refuse.

Plutôt que de subir, Rosewall transforme cette épreuve en apprentissage. Il renforce son service, améliore son jeu de volée et apprend à prendre la balle encore plus tôt pour neutraliser les grands serveurs. Son revers reste son arme principale, mais il devient un joueur beaucoup plus complet. Quelques mois seulement après la tournée de 1957, il remporte déjà Wembley, l'un des plus prestigieux tournois professionnels.

Ces confrontations avec Gonzales, puis la brutale rétrogradation qui les suit, façonnent toute la suite de sa carrière. Le jeune prodige australien est arrivé chez les professionnels comme un champion amateur ; il en ressort avec les armes et la détermination nécessaires pour devenir, à son tour, le maître du circuit.

Ken Rosewall sur le circuit professionnel en 1960
1960

À Pancho la tournée, à Ken les titres

À la faveur du retrait de Lew Hoad, qui renonce à la grande tournée mondiale de 1960 pour ménager son dos, Rosewall retrouve sa place dans l'affiche principale. Cette tournée réunit Gonzales, Rosewall, Pancho Segura et Alex Olmedo : les bilans comptabilisent donc tous les matchs joués par chacun contre les autres participants. Gonzales termine premier avec 49 victoires pour 8 défaites, devant Rosewall, deuxième avec 32 victoires pour 25 défaites. Dans leurs seules confrontations directes, l'Américain domine l'Australien par 20 victoires à 5.

La hiérarchie s'inverse pourtant dans les tournois. Rosewall en remporte six au cours de la saison. Quatre sont de moindre importance : l'Australian Pro, San Francisco, Los Angeles et Manille. Mais surtout, il s'adjuge deux des trois grands championnats professionnels de l'époque : le French Pro et Wembley. La saison dessine ainsi un curieux partage du pouvoir : Gonzales reste le maître de la tournée, où sa régularité demeure inégalée, mais, en 1960, il ne gagne aucun titre majeur. Rosewall, lui, inscrit donc son nom dans les grands tournois professionnels.

Le maître invisible
Au sommet du circuit professionnel, loin des Grands Chelems.
1961-1963

Le maître du circuit pro

Au début des années 1960, Ken Rosewall devient la référence du circuit professionnel. Pourtant, il évolue désormais au-dessus des radars du tennis officiel. Exclu des Grands Chelems et de la Coupe Davis, il accumule les plus grands titres professionnels sans bénéficier de la même reconnaissance que les champions amateurs. Il remporte le French Pro, Wembley et l'US Pro, les trois grandes épreuves de son époque.

Le passage de Rod Laver chez les professionnels, à la fin de 1962, donne à Rosewall un nouveau rival. Laver arrive auréolé du Grand Chelem amateur. Il est le meilleur joueur du circuit officiel, mais il découvre à son tour la différence entre les deux mondes. Rosewall le domine largement lors de leurs premiers mois parmi les professionnels. Sur la tournée australasienne du début de 1963, il remporte onze de leurs treize rencontres. Puis, au cours de la tournée américaine, il reste devant Laver et conserve son statut de patron.

Surtout, Rosewall gagne en 1963 les trois grands championnats professionnels de la saison : l’US Pro, le French Pro et Wembley. Cette réunion des trois principaux titres professionnels constitue l’un des sommets de sa carrière. Lors de la finale du French Pro, Laver estime avoir produit un tennis exceptionnel ; cela ne suffit pas pour battre Rosewall.

Rod Laver en 1965
1965 : Rod Laver devient le meilleur joueur du monde.
1964-1967

Le pouvoir passe à Laver

L’équilibre va ensuite se déplacer. Laver apprend vite, gagne en régularité et finit par prendre l’ascendant au milieu de la décennie. Leur rivalité devient le grand duel du tennis professionnel : deux Australiens, deux manières de construire le point. Laver produit davantage de puissance et de variation ; Rosewall reste le maître de la précision et de l’économie.

Ces succès restent pourtant largement ignorés du grand public. Pendant que les journaux célèbrent les vainqueurs de Wimbledon ou de Forest Hills, Rosewall dispute les matchs les plus relevés de son époque loin des projecteurs. Ses plus belles années se déroulent ainsi dans un royaume invisible : celui où se retrouvent les meilleurs joueurs du monde, mais dont l'histoire a longtemps été éclipsée par celle des tournois amateurs.

Enfin libre
Roland-Garros 1968 : Rosewall bat Rod Laver en finale.
1968

Enfin libre

Le 22 avril 1968, le tennis change de visage. Après des décennies de séparation, amateurs et professionnels sont enfin autorisés à s'affronter dans les mêmes tournois. Cette révolution marque la naissance de l'ère Open. Pour la première fois depuis onze ans, Ken Rosewall peut retrouver les grandes compétitions qu'il avait abandonnées en devenant professionnel.

L'histoire semble alors lui rendre ce qu'elle lui avait refusé. Quelques jours seulement après l'ouverture officielle des compétitions amateures aux joueurs professionnels, Rosewall remporte le tournoi de Bournemouth, première épreuve Open de l'histoire, en dominant Rod Laver en finale. Le symbole est saisissant : le premier vainqueur de l'ère nouvelle est précisément un joueur que l'ancien système avait tenu à l'écart des plus grands tournois pendant plus d'une décennie.

Quelques semaines plus tard, Roland-Garros accueille pour la première fois les professionnels. Là encore, Rosewall répond présent. En finale, il retrouve Rod Laver. Cette fois encore, il s'impose en quatre manches et inscrit son nom au palmarès du premier Grand Chelem de l'ère Open.

À 33 ans, Rosewall ne signe pas un retour. Il prouve simplement que les années passées sur le circuit professionnel ne l'ont jamais éloigné du sommet. Les meilleurs amateurs découvrent alors ce que Gonzales, Hoad ou Laver savent depuis longtemps : celui que le grand public avait presque oublié, Ken Rosewall, est resté tout ce temps l'un des plus grands joueurs du monde, sinon le meilleur.

L'ère Open ne répare évidemment pas les onze saisons pendant lesquelles Rosewall fut privé des Grands Chelems. Elle lui offre en revanche une forme de justice. Dès que les barrières tombent, il démontre que sa place est toujours parmi les meilleurs. Ce n'est plus le jeune prodige australien de 1953 qui foule les courts de Roland-Garros, mais un champion arrivé à pleine maturité, enfin autorisé à écrire de nouveau son histoire sous les yeux du monde.

Forest Hills, quatorze ans après
US Open 1970 : Rosewall bat Tony Roche en finale, quatorze ans après son premier sacre américain.
1970

Forest Hills, quatorze ans après

En 1970, Rosewall atteint pour la troisième fois la finale de Wimbledon. Il avait déjà échoué en 1954 et 1956, avant son départ chez les professionnels. Face à John Newcombe, plus jeune de près de dix ans et mieux armé au service, il s’incline en cinq manches. Wimbledon lui échappe encore.

Quelques semaines plus tard, il retrouve Newcombe en demi-finale de l’US Open et prend sa revanche. En finale, il bat Tony Roche et remporte le titre américain quatorze ans après son premier sacre de 1956. À 35 ans et dix mois, il devient alors le plus vieux vainqueur de l’US Open depuis l’entrée dans l’ère Open.

Ce succès modifie la lecture de sa carrière. Roland-Garros 1968 pouvait encore passer pour la dernière grande victoire d’un champion revenu de l’ancien monde. Forest Hills 1970 prouve qu’il demeure pleinement capable de battre la génération suivante.

Rosewall ne survit donc pas seulement grâce à un jeu ancien et préservé. Il continue à adapter son tennis. En 1971, il expliquera lui-même que son amélioration au service et à la volée, acquise chez les professionnels, a joué un rôle essentiel dans ses performances tardives sur gazon.

le retour au sommet
1971 : Rosewall remporte les WCT Finals malgré Rod Laver.
1971-1972

le retour au sommet

L’Open d’Australie 1971 se déroule à Sydney et appartient au circuit WCT. Rosewall y réalise ce qu’il considère comme la meilleure prestation sur gazon de sa carrière. Il ne perd aucun set et domine Arthur Ashe en finale, 6/1 7/5 6/3. Dix-huit ans après son premier titre australien, il gagne de nouveau le tournoi.

La même saison, il remporte la première édition des Finales WCT de Dallas. Cette compétition réunit les meilleurs joueurs du circuit WCT et prend rapidement une importance comparable à celle d’un championnat de fin de saison. Rosewall bat notamment Newcombe puis Laver. Son succès ne constitue pas simplement une prouesse de vétéran : il replace réellement l’Australien au sommet de la hiérarchie.

En 1972, il conserve ses deux couronnes. À Melbourne, il bat Mal Anderson et remporte son quatrième Open d’Australie. À 37 ans et deux mois, il devient le plus vieux vainqueur d’un Grand Chelem de l’ère Open. Dix-neuf années séparent ses titres australiens de 1953 et 1972.

Puis vient la seconde finale WCT de Dallas, contre Rod Laver. Leur match, remporté par Rosewall en cinq manches, est régulièrement cité parmi les grandes rencontres de cette période. Dallas possède alors un poids considérable, d’autant que les conflits entre les organisations fragmentent encore le calendrier mondial.

Peut-on en conclure que Rosewall est le meilleur joueur du monde en 1971 et 1972 ? L’affirmation est défendable dans une reconstruction qui valorise fortement les Finales WCT, mais elle ne constitue pas un consensus historique absolu. Le calendrier est divisé, les meilleurs ne disputent pas tous les mêmes épreuves et aucun classement ATP continu n’existe encore. La formulation la plus solide est donc celle-ci : à 36 puis 37 ans, Rosewall redevient un candidat légitime au premier rang mondial et le joueur de référence du circuit WCT.

Ken le survivant
1974 : Rosewall atteint la finale de Wimbledon, où il s'incline face au nouveau patron du circuit, Jimmy Connors.
1973-1974

Ken le survivant

L’année 1973 avait permis à Rosewall de retrouver la Coupe Davis, vingt ans après son premier succès. Les professionnels étant de nouveau admis, il participe à la victoire australienne aux côtés de Rod Laver. Ce quatrième Saladier d’argent relie directement ses deux premières Coupes Davis, remportées dans les années 1950, au tennis réunifié des années 1970.

En 1974, Rosewall n’est plus le meilleur joueur du monde. Il devient pourtant le protagoniste d’un exploit encore plus visible. À Wimbledon, il bat Stan Smith puis John Newcombe pour atteindre sa quatrième finale. Deux anciens numéros un, deux anciens vainqueurs du tournoi, éliminés par un joueur de 39 ans.

En finale, Jimmy Connors ne lui laisse presque aucune ouverture et s’impose 6/1 6/1 6/4. La rencontre confronte deux époques. Connors prend la balle tôt, frappe à plat avec une raquette métallique et impose une violence de rythme nouvelle. Rosewall, de 22 ans son aîné, appartient encore au monde des tournées professionnelles, des raquettes en bois et des années Hoad-Gonzales.

À l’US Open, Rosewall recommence. Il atteint une nouvelle finale de Grand Chelem, la seconde de la saison, et retrouve Connors. Cette fois, la défaite est encore plus sévère : 6/1 6/0 6/1. Rosewall ne menace plus le nouveau patron du tennis, mais sa seule présence à ce stade reste extraordinaire. À 39 ans, il devient le plus vieux joueur de l’ère Open à disputer deux finales majeures au cours de la même saison.

C’est ici que « Ken le survivant » prend son véritable sens. Rosewall n’est pas seulement un homme qui joue longtemps. Il est le survivant d’un système disparu : celui qui séparait amateurs et professionnels, envoyait les meilleurs joueurs sur des tournées interminables et leur interdisait Wimbledon ou la Coupe Davis. Lorsque Connors le bat en 1974, il ne terrasse pas simplement un vétéran. Il ferme symboliquement la porte sur le tennis d’avant l’ère Open.

Le temps finit par gagner
1978 : Rosewall dispute son dernier Open d'Australie.
1975-1980

Le temps finit par gagner

Rosewall demeure pourtant compétitif après 1974. En 1975, l’ATP le classe officiellement numéro deux mondial au printemps, alors qu’il a déjà 40 ans. Il dispute également sa dernière campagne de Coupe Davis cette année-là.

Sa présence se prolonge encore plusieurs saisons. Il atteint les demi-finales de l’Open d’Australie en 1976 et 1977, plus de vingt ans après ses premières apparitions dans le dernier carré. En 1977, à 43 ans, il remporte encore des tournois, notamment à Hong Kong, où il bat Tom Gorman. Les sources divergent sur la manière de comptabiliser certains titres de cette période, mais Hong Kong constitue généralement sa dernière victoire officielle en simple.

Il joue son dernier Open d’Australie en 1978 et poursuit ponctuellement la compétition jusqu’en 1980. Sa carrière aura ainsi croisé Gonzales, Hoad et Segura, puis Laver et Newcombe, enfin Connors et les débuts de la génération suivante.

Rosewall ne s’est donc pas contenté de traverser trois régimes du tennis. Il a remporté des titres majeurs chez les amateurs, dominé les principaux rendez-vous professionnels, puis gagné de nouveau quatre Grands Chelems et deux Finales WCT dans l’ère Open. Son histoire n’est pas celle d’un ancien champion miraculeusement prolongé. C’est celle d’un joueur qui a dû reconstruire plusieurs fois sa place au sommet.

Surnom

« Muscles »

« Muscles »

Dans le vestiaire australien, les surnoms sont souvent donnés avec une bonne dose d'ironie. Harry Hopman, le célèbre capitaine de Coupe Davis, ne fait pas exception. En découvrant le jeune Ken Rosewall, petit, mince et loin des physiques impressionnants de certains de ses partenaires, il le baptise « Muscles ».

Le surnom amuse, mais il dit surtout une vérité profonde. Rosewall ne possédera jamais la puissance de Lew Hoad, le service de Pancho Gonzales ou la force athlétique de John Newcombe. À chaque génération, il semblera moins impressionnant que ses rivaux. Pourtant, c'est souvent lui qui remportera les plus grands combats.

Là où d'autres s'appuient sur leur puissance, Rosewall construit son jeu sur la précision, l'anticipation et la qualité d'exécution. Son physique paraît ordinaire ; son tennis, lui, est extraordinaire. Toute sa carrière repose sur ce paradoxe : le joueur qui semblait physiquement le moins armé est devenu l'un des plus grands champions de son époque.

Au fond, « Muscles » n'a jamais été un simple surnom. C'était une plaisanterie devenue un symbole. Il résume à lui seul l'histoire de Ken Rosewall : un champion qui n'impressionnait jamais au premier regard, mais qui finissait presque toujours par avoir le dernier mot.

Style de jeu

Un tennis d'orfèvre

Un tennis d'orfèvre

Dans le tennis de Ken Rosewall, rien n'est spectaculaire au premier regard. Son service n'a jamais eu la violence de celui de Pancho Gonzales ou de John Newcombe. Ses coups ne cherchent pas à impressionner. Pourtant, au fil de l'échange, l'adversaire a souvent le sentiment que le court se referme peu à peu sur lui. Rosewall ne gagne pas par la force ; il gagne parce qu'il joue toujours le coup juste.

Son arme la plus célèbre reste son revers à une main. Joué aussi bien à plat qu'en slice, il lui permet d'accélérer, de défendre, de varier les trajectoires ou de reprendre immédiatement l'initiative. Des décennies durant, ce geste sera cité comme une référence technique. Mais Rosewall lui-même n'aurait sans doute pas résumé son tennis à un seul coup, ni même à plusieurs.

Sa véritable force réside dans son intelligence du jeu. Il lit les trajectoires avec une étonnante facilité, se place très tôt et semble disposer de davantage de temps que ses adversaires. Là où d'autres frappent plus fort, lui frappe plus juste. Cette économie de moyens explique pourquoi son tennis a si peu vieilli. Lorsque les jambes perdent un peu de leur vitesse, la lecture du jeu, elle, reste intacte.

C'est sans doute là le secret de son exceptionnelle longévité. Pendant près de trente ans, plusieurs générations de champions tenteront de prendre de vitesse ce petit Australien au physique ordinaire. Très peu y parviendront. Plus que ses victoires ou ses records, c'est peut-être cette impression de maîtrise permanente qui résume le mieux le tennis de Ken Rosewall.

Recordman

Le champion des grands écarts

Le champion des grands écarts

Rosewall détient moins des records d’accumulation que des records d’écart. Dix-neuf années séparent ses premiers et derniers titres australiens, remportés en 1953 et 1972. Quinze années séparent ses deux victoires à Roland-Garros, et quatorze ses deux titres américains.

Il est à la fois le plus jeune champion masculin de l’histoire du tournoi australien, à 18 ans et deux mois, et son plus vieux vainqueur, à 37 ans et deux mois. Il demeure également le plus vieux joueur à avoir remporté un titre du Grand Chelem masculin depuis le début de l’ère Open.

Ses quatre finales de Wimbledon s’étendent de 1954 à 1974. Ses demi-finales australiennes de 1976 et 1977 surviennent plus de vingt ans après ses premiers succès. Ces écarts racontent mieux que n’importe quel total ce qui rend Rosewall unique : il ne domine pas seulement une période, il relie des époques que l’on considère habituellement comme séparées.

Wimbledon

Le rendez-vous manqué

Wimbledon, le rendez-vous manqué
Wimbledon 1970 : la princesse Margaret cherche les mots pour consoler Ken après un nouvel échec dans le temple du tennis.

S'il est un tournoi qui résume à lui seul la carrière de Ken Rosewall, c'est bien Wimbledon. Plus que n'importe quel autre champion, il entretient avec le gazon londonien une relation faite d'espoirs, d'interruptions et de regrets. Finaliste une première fois en 1954 à seulement 19 ans, puis de nouveau en 1956, il semble destiné à y triompher un jour.

Le destin en décide autrement. En devenant professionnel à la fin de 1956, Rosewall est privé du tournoi pendant onze éditions consécutives, de 1957 à 1967. C'est précisément durant cette période qu'il atteint son apogée sur le circuit professionnel. Impossible d'affirmer qu'il aurait remporté Wimbledon, mais tout aussi impossible d'ignorer qu'on lui a retiré onze occasions de le faire, à l'âge où un champion est généralement à son meilleur.

Lorsque l'ère Open lui permet enfin de revenir à Londres, Rosewall prouve qu'il n'a rien perdu de son talent. Il atteint une troisième finale en 1970, à 35 ans, puis une quatrième en 1974, à près de 40 ans, éliminant au passage Stan Smith et John Newcombe qui l'avait battu en 1970. Lors de son ultime chance de s'imposer quatre ans plus tard, Jimmy Connors l'empêche à son tour de soulever le trophée tant convoité.

Paradoxalement, Wimbledon contribue autant à la grandeur de Rosewall qu'à sa frustration. Aucun autre tournoi ne rappelle avec autant de force ce que le tennis lui a refusé. Son palmarès y restera vierge, mais ses quatre finales, étalées sur vingt années et séparées par onze éditions d'absence forcée, racontent à elles seules la singularité d'une carrière qui n'a ressemblé à aucune autre.

Rivalités

À chaque période un rival

À chaque période un rival
Lew Hoad aura été le premier grand rival de Ken Rosewall.

La carrière de Ken Rosewall est si longue qu'elle traverse plusieurs générations de champions. Ses rivalités avec Lew Hoad, Pancho Gonzales et Rod Laver accompagnent les grandes étapes de son parcours et les transformations du tennis mondial.

Lew Hoad est d'abord son compagnon de route. Les deux Australiens grandissent ensemble, remportent la Coupe Davis et incarnent le renouveau du tennis de leur pays. Leur opposition de styles fascine : Hoad impressionne par sa puissance et son explosivité, Rosewall par sa régularité et sa précision. Si Hoad semble longtemps promis au destin le plus éclatant, c'est finalement Rosewall qui bâtira la carrière la plus longue.

Avec Pancho Gonzales, la relation est toute autre. À son arrivée chez les professionnels en 1957, Rosewall doit affronter celui que beaucoup considèrent comme le meilleur joueur du monde. Gonzales le domine largement lors de leur première tournée commune et lui fait découvrir l'exigence du circuit professionnel. Cette rivalité agit comme un apprentissage. Quelques années plus tard, Rosewall est devenu son égal, puis l'un des nouveaux patrons du circuit.

Son plus grand adversaire reste cependant Rod Laver. Tous deux Australiens, tous deux dotés d'un revers exceptionnel, ils se succèdent au sommet du tennis mondial. Rosewall domine les premiers affrontements professionnels en 1963 avant de voir Laver prendre progressivement l'ascendant. Leur duel se prolonge après l'ouverture du tennis, notamment lors des finales de Bournemouth, de Roland-Garros 1968 et des Finales WCT de Dallas 1972. Peu de rivalités auront accompagné autant de bouleversements dans l'histoire du tennis.

Palmarès

121 titres sur toute sa carrière

  • 26 titres amateurs dont 2 Australian, 1 US Championships et 1 Roland Garros.
  • 63 titres chez les professionnels avant l'ère Open.

Ses 32 titres Open

Grand Chelem Finales WCT

Bournemouth 1968
Roland-Garros 1968
Bristol 1969
Chicago 1969
Miami 1970
Corpus Christi 1970
Eastbourne 1970
Cincinnati 1970
US Open 1970 Australie 1971
Johannesbourg 1971
Newport 1971
Washington 1971
Boston 1971
Vancouver 1971
Dallas 1971 Australie 1972
Miami 1972
Charlotte 1972
Dallas 1972
Brisbane 1972
Houston 1973
Cleveland 1973
Charlotte 1973
Osaka 1973
Tokyo 1973
Jackson 1975
Houston 1975
Gstaad 1975
Jackson 1976
Hong Kong 1976
Hong Kong 1977

Son meilleur classement

n°2 mondial le 30 avril 1975.

Mais les experts le considéraient comme un incontestable n°1 mondial entre 1961 et 1963, alors qu'encore aucun classement officiel n'existait.

Vie privée

Famille

Ken Rosewall avec Wilma et leur fils Glenn
Ken Rosewall a épousé Wilma McIver en 1956. Ensemble, ils ont un fils nommé Glenn.
Notoriété

Une place dans l'histoire difficile à mesurer

Ken Rosewall après sa carrière

L’absence de classement mondial officiel et continu avant 1973 complique également l’évaluation de Rosewall. Des journalistes, experts et historiens l’ont placé au premier rang mondial pendant plusieurs saisons du début des années 1960, notamment en 1961, 1962 et 1963. Mais ces classements reposent sur des méthodes différentes et ne produisent pas toujours le même verdict.

La prudence impose donc de ne pas transformer une reconstruction en certitude administrative. Rosewall n’a jamais été officiellement numéro un ATP, puisque ce classement n’existe qu’à partir d’août 1973. Le circuit le classera cependant encore numéro deux en 1975, à 40 ans.

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Date de dernière mise à jour : 11/10/2026