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Chron'Open
États-Unis
droitier - revers à une main

Bill Scanlon

Le joueur du set parfait
Bill Scanlon

Bill Scanlon possédait le jeu et le talent pour déranger les plus grands, mais pas toujours la continuité pour s'installer durablement parmi eux. Le Texan a mené une carrière faite de fulgurances, de retours et d'exploits inattendus.

7 Titres ATP
1984 n° 9 mondial
Naissance 13 novembre 1956
Jeunesse

L'école texane

Bill Scanlon jeune
Avant le circuit, Bill Scanlon se construit dans le tennis universitaire texan.

Né le 13 novembre 1956 à Dallas, William Neil Scanlon grandit au Texas, l'un des grands foyers du tennis américain. Il rejoint la Trinity University de San Antonio, dont l'équipe a déjà formé plusieurs joueurs de haut niveau. All-American en 1975 et 1976, il remporte cette dernière année le championnat NCAA en simple, alors qu'il n'est encore qu'en deuxième année universitaire. En finale, il bat Peter Fleming, qui deviendra quelques années plus tard l'un de ses adversaires récurrents sur le circuit.

À 19 ans, Scanlon choisit aussitôt de passer professionnel. Droitier, il développe un jeu porté vers l'avant, fondé sur le service et la volée, mais suffisamment complet pour obtenir des résultats sur des surfaces très différentes. Son talent lui permet de se faire une place presque immédiatement parmi les meilleurs Américains de sa génération.

de 1976 à 1990

Sa carrière

Bill Scanlon en 1977
Bill Scanlon en 1977, au moment où ses premières victoires le font progresser rapidement.
1976-1978

Des débuts sans période d'apprentissage

Scanlon ne met guère de temps à montrer qu'il peut inquiéter les meilleurs. Dès son arrivée sur le circuit en 1976, il bat Harold Solomon, alors n° 7 mondial, et atteint les quarts de finale de son premier tournoi du Grand Prix. À l'US Open, quelques mois seulement après son titre universitaire, il élimine surtout Adriano Panatta, n° 4 mondial et récent vainqueur de Roland-Garros, avant de s'incliner au tour suivant. Début 1977, deux victoires sur Ilie Nastase l'aident à grimper jusqu'au 23e rang mondial.

Il dispute également ses deux premières finales en 1977, à Birmingham contre Jimmy Connors puis à Jackson contre Brian Teacher, sans parvenir à ouvrir son palmarès. L'année suivante est beaucoup plus laborieuse. Descendu autour de la 100e place, lassé par les voyages et contrarié par un changement de raquette, Scanlon envisage même de s'éloigner quelque temps du circuit.

Le déclic survient à Maui, où il s'est rendu à l'automne 1978 presque davantage pour souffler que pour relancer sa carrière. Battu en qualifications, il est finalement repêché comme lucky loser. Il saisit cette seconde chance de manière spectaculaire : Harold Solomon puis John McEnroe tombent sur sa route avant une finale remportée 6-2, 6-0 contre Peter Fleming. Son premier titre professionnel est aussi l'un des plus improbables de sa carrière.

Bill Scanlon à Philadelphie en 1980
Bill Scanlon en 1980, pendant une saison qui confirme qu'il peut défier les meilleurs sur toutes les surfaces.
1979-1980

Wimbledon, Maui et Borg

Scanlon confirme en 1979. À Wimbledon, il traverse quatre tours avant de retrouver Jimmy Connors en quart de finale. L'Américain lui prend une manche mais s'incline en quatre sets, 6-3, 4-6, 7-6, 6-4. Quelques mois plus tard, il retrouve Maui et conserve son titre en dominant une nouvelle fois Peter Fleming en finale, cette fois 6-1, 6-1.

La saison 1980 ne lui apporte aucun trophée mais confirme sa capacité à battre n'importe qui. À Tokyo, sur moquette, il élimine Bjorn Borg, alors n° 1 mondial, 7-5, 3-6, 7-5 en quart de finale. En fin d'année, à l'Open d'Australie disputé sur gazon, Scanlon atteint un deuxième quart de finale en Grand Chelem avant d'être arrêté par Kim Warwick.

Bill Scanlon face à Tim Wilkison à Auckland en 1981
Auckland 1981 : Bill Scanlon enlève le premier de ses trois titres de la saison face à Tim Wilkison.
1981-1982

Les années les plus prolifiques

C'est pourtant en 1981 que son palmarès prend véritablement de l'épaisseur. À Auckland, il remporte une finale de près de cinq sets contre Tim Wilkison, 6-7, 6-3, 3-6, 7-6, 6-0. Il s'impose ensuite au WCT Invitational de Salisbury contre Vijay Amritraj, au terme de cinq manches, puis termine l'année par un troisième titre à Bangkok. Son adversaire en finale n'a que 17 ans : Mats Wilander, battu 6-2, 6-3 quelques mois avant de remporter Roland-Garros. L'année 1981 reste ainsi la seule de sa carrière où Scanlon enlève trois tournois en simple.

Cette saison-là, il signe aussi à San Francisco une nouvelle victoire de prestige contre McEnroe. Scanlon, alors n° 36 mondial, renverse le n° 1 après la perte du premier set et l'emporte 3-6, 7-6, 6-2. Ce n'est déjà plus un accident : il avait également battu McEnroe lors de son titre à Maui trois ans auparavant.

En 1982, les deux hommes livrent à Dallas l'un de leurs combats les plus mémorables. En quart de finale des Finales WCT, Scanlon mène deux manches à une et obtient quatre balles de match dans le tie-break du quatrième set. McEnroe les efface toutes, arrache le jeu décisif 10-8 puis le cinquième set. Après quatre heures et quarante et une minutes, Scanlon est passé à quelques points d'un énorme coup à domicile.

Il ajoute quelques semaines auparavant à Zurich ce qui constitue sans doute son titre le plus relevé. En finale du tournoi WCT, il domine Vitas Gerulaitis au terme de cinq manches étonnantes : 7-5, 7-6, 1-6, 0-6, 6-4. La fin de saison le voit accumuler les finales : Vienne, Paris, Chicago puis Hartford, où Ivan Lendl l'arrête 6-2, 6-4, 7-5. Il s'installe néanmoins durablement dans le groupe des joueurs capables d'inquiéter les toutes premières raquettes mondiales. Le tournoi parisien se déroule encore au stade Pierre-de-Coubertin ; Bercy ne prendra le relais qu'en 1986.

Bill Scanlon en 1983
1983 : Bill Scanlon signe le set parfait, sans lâcher le moindre point. Personne évidemment ne pourra jamais faire mieux.
1983

Le set d'or

Le 22 février 1983, au premier tour du WCT de Delray Beach, Scanlon affronte le Brésilien Marcos Hocevar. Le matin même, il a essayé à l'entraînement de nouvelles raquettes en graphite fournies par Wilson, mais les sensations ne lui conviennent pas ; pour le match, il revient à ses cadres en bois. Après avoir gagné le premier set 6-2, il remporte chacun des vingt-quatre points du suivant. Six jeux blancs successifs : un set d'or. Scanlon est le premier homme recensé à accomplir pareil exploit dans le tennis professionnel et reste le seul à l'avoir réalisé dans le tableau principal d'une épreuve du grand circuit masculin. D'autres hommes le reproduiront à d'autres niveaux, notamment Julian Reister lors des qualifications de l'US Open 2013.

Le record de points remportés consécutivement n'est d'ailleurs pas exactement la même chose : Greg Rusedski en alignera 25 face à Nicolas Massu à Miami en 2001, mais sa série chevauche deux manches. Scanlon, lui, n'en a perdu aucun entre le premier et le dernier point de son 6-0.

Mais réduire son année 1983 à ces vingt-quatre points serait trompeur. Scanlon atteint de nombreuses demi-finales, notamment celle des prestigieuses Finales WCT de Dallas, où il bat Kevin Curren avant de céder face à Ivan Lendl. Il atteint également une finale à Columbus et les huitièmes de finale à Wimbledon.

John McEnroe en colère à l'US Open 1983
US Open 1983 : John McEnroe au coeur d'une rivalité électrique avec Bill Scanlon.
1983

Un été new-yorkais

Ce début d'année 1983 correspond aussi à un changement plus profond. En février, Scanlon commence à travailler de manière informelle avec l'Australien Warren Jacques, également entraîneur de Kevin Curren et Steve Denton. Le travail porte autant sur son approche mentale que sur son jeu offensif : moins se laisser distraire, avancer, frapper et imposer le jeu. À l'US Open, les effets seront spectaculaires.

Tête de série n° 16 à l'US Open, il écarte Henrik Sundstrom, Chris Lewis puis Pat Cash avant de retrouver John McEnroe en huitième de finale. Les deux Américains entretiennent une rivalité orageuse et Scanlon refuse cette fois de se laisser entraîner dans le jeu de provocation de son compatriote.

Bill Scanlon face à John McEnroe à l'US Open 1983
US Open 1983 : Bill Scanlon terrasse John McEnroe.

Scanlon enlève les deux premiers sets au tie-break, perd le troisième, puis conclut 7-6, 7-6, 4-6, 6-3 contre le n° 1 mondial. La victoire prend aussi des allures de revanche : quelques semaines plus tôt, McEnroe l'avait encore battu à Wimbledon en trois manches serrées, et l'année précédente Scanlon avait laissé échapper contre lui quatre balles de match à Dallas.

Bill Scanlon célèbre sa victoire sur John McEnroe à l'US Open 1983
La victoire contre John McEnroe à Flushing Meadows conduit Bill jusque dans le dernier carré de l'US Open, où il cède face au tenant du titre Jimmy Connors.

En quart, il doit aller jusqu'au tie-break du cinquième set pour éliminer Mark Dickson, 3-6, 6-4, 4-6, 6-3, 7-6. Jimmy Connors met fin à l'aventure en demi-finale, 6-2, 6-3, 6-2, avant de remporter le tournoi. Ce sera le meilleur résultat en Grand Chelem de Scanlon.

Cette saison, terminée au 12e rang mondial, restera la meilleure de sa carrière. Le 9 janvier 1984, grâce aux points accumulés durant les mois précédents, Scanlon atteint son meilleur classement : n° 9 mondial.

Bill Scanlon à Wimbledon en 1984
Wimbledon 1984 : Bill Scanlon reste compétitif au lendemain de sa meilleure saison.
1984-1989

Genoux fragiles et dernier retour

Scanlon reste compétitif en 1984, avec notamment les huitièmes de finale à Wimbledon, une demi-finale à Houston et plusieurs quarts de finale. Mais ses genoux finissent par interrompre son élan. Opéré au début de 1985, il reste éloigné du circuit pendant environ cinq mois.

Bill Scanlon à l'US Open en 1984
Bill Scanlon en 1984, avant le dernier retour qui le mène au titre de Newport.

Son retour débouche pourtant sur une dernière réussite inattendue. En juillet 1986, alors qu'il est tombé au-delà de la 150e place mondiale, il remporte sur le gazon de Newport son septième et dernier titre en simple. Cinq ans après Auckland, il domine de nouveau Tim Wilkison en finale, 7-5, 6-4.

À la charnière de 1986 et 1987, il atteint encore la finale d'Adélaïde, perdue contre Wally Masur, puis une demi-finale à Chicago. Son activité se réduit ensuite progressivement. En 1988 et 1989, il évolue surtout dans des épreuves secondaires ; 1989 constitue sa dernière saison complète, avant son retrait définitif du tennis professionnel en 1990.

Palmarès

7 titres ATP

Grand Prix / WCT

Maui 1978
Maui 1979
Auckland 1981
WCT Invitational 1981
Bangkok 1981
Zurich WCT 1982
Newport 1986
Après le circuit

Épilogue

Bill Scanlon en action

Scanlon ne coupe pas ses liens avec le tennis lorsqu'il quitte le circuit. Il avait d'ailleurs commencé bien avant : en 1984, il fonde la Dallas Youth Foundation afin de proposer des activités sportives aux jeunes de la région.

Professionnellement, il se reconvertit dans la gestion de patrimoine et le conseil financier après sa retraite, travaillant notamment à Los Angeles avant de créer sa propre société de conseil en investissement. Il conserve parallèlement un lien intellectuel avec le tennis. En 2004, il publie Bad News for McEnroe, récit de ses années sur le circuit et de cette génération marquée par Connors, Borg, McEnroe, Nastase ou Lendl. En 2014 paraît Zen Tennis - Playing in the Zone, écrit avec Joe Parent et consacré à l'aspect mental du jeu.

Bill Scanlon vit à Los Angeles puis à Park City, dans l'Utah, avec son épouse Stephanie. Il meurt à Park City le 2 juin 2021, à 64 ans, après un cancer.

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Date de dernière mise à jour : 11/10/2026