Tennis Chron'open
Harold Solomon
Chron'Open
États-Unis
droitier - revers à deux mains

HaroldSolomon

Le mur humain
Harold Solomon

Surnommé « le mur humain » pour son incroyable faculté à renvoyer les balles, Harold Solomon fut l'un des meilleurs spécialistes de la terre battue de la fin des années 1970.

22Titres ATP
1980n°5 mondial
Naissance17 septembre 1952
de 1972 à 1986

Sa carrière

Harold Solomon et Björn Borg à Roland-Garros en 1974
À Roland-Garros en 1974, après avoir battu Nastase, Solomon s'inclinera face à Borg.
1972-1974

Les débuts

Harold Solomon ne tarde pas à se faire remarquer sur le circuit américain. Formé à l'université Rice, il développe déjà ce qui fera sa réputation : une endurance peu commune et une capacité à renvoyer une balle de plus que ses adversaires. Dès 1972, il est appelé en équipe des États-Unis de Coupe Davis. Bien qu'il passe professionnel en cours de saison et ne puisse participer à la finale remportée par son pays contre la Roumanie, il contribue au parcours américain en remportant trois simples lors des tours précédents.

Ses progrès sont rapides. Deux ans plus tard, il signe le premier grand exploit de sa carrière à Roland-Garros. En quart de finale, il élimine le tenant du titre Ilie Nastase. Cette victoire lui ouvre les portes des demi-finales, où il tombe sur un jeune Suédois de 18 ans promis à un destin exceptionnel : Björn Borg. Solomon s'incline, et Borg remporte ensuite le premier titre du Grand Chelem de sa carrière.

Ce parcours parisien révèle définitivement l'Américain. Il s'impose déjà comme l'un des joueurs les plus redoutables sur terre battue. Son sens de la défense et son incroyable régularité annoncent le surnom qui l'accompagnera bientôt partout sur le circuit : « le mur humain ».

Harold Solomon aux WCT Finals de Dallas en 1975
Solomon, ici lors des WCT Finals disputés à Dallas, remporte quatre tournois sur dur et s'installe parmi les meilleurs mondiaux.
1975

Une place parmi les meilleurs

L'année 1975 marque un véritable changement de dimension. Harold Solomon ne se contente plus d'être un spécialiste prometteur de la terre battue : il devient l'un des joueurs les plus réguliers du circuit. Il remporte quatre tournois sur dur, à Toronto, Memphis, Perth, Johannesbourg, et s'installe durablement parmi les meilleurs mondiaux.

Même si paradoxalement il n'y remporte aucun titre cette saison-là, sa constance fait de lui un adversaire particulièrement redouté sur terre battue. Les grands noms du circuit savent désormais qu'ils devront souvent livrer un véritable combat d'usure pour le battre. Si Borg commence à imposer sa domination et que Guillermo Vilas atteint lui aussi sa pleine maturité, Solomon s'invite régulièrement dans cette lutte entre les meilleurs spécialistes de l'ocre.

Harold Solomon face à Adriano Panatta à Roland-Garros 1976
Roland-Garros 1976 : Solomon s'incline en finale face à Adriano Panatta.
1976

Aux portes d'un sacre

L'année 1976 offre à Harold Solomon la plus belle occasion de sa carrière en Grand Chelem. À Roland-Garros, le tableau s'ouvre comme rarement. Après avoir éliminé Guillermo Vilas, l'un des grands favoris, l'Américain voit surtout le double tenant du titre Björn Borg tomber en quarts de finale face à Adriano Panatta. Le Suédois ne sera pas champion Porte d'Auteuil.

Tout semble alors possible. Solomon retrouve la finale avec le statut de prétendant crédible au trophée. Son jeu de fond de court, parfaitement adapté à la terre battue parisienne, lui a permis de franchir tous les obstacles jusque-là. Mais Panatta traverse lui aussi le tournoi de sa vie. L'Italien domine Solomon en quatre manches et s'adjuge le seul titre du Grand Chelem de sa carrière.

Cette défaite laisse un goût particulier. Beaucoup de finalistes sont tombés face à un géant de leur époque ; Solomon, lui, voit s'envoler une occasion unique dans une édition où le maître des lieux avait déjà quitté le tournoi. Sans rien enlever au mérite de Panatta, Roland-Garros 1976 restera sans doute la meilleure chance qu'Harold Solomon eut de devenir vainqueur d'un tournoi du Grand Chelem.

Il ne se laisse pourtant pas abattre. Au cours de la saison, il ajoute cinq nouveaux titres à son palmarès. Sans faire de bruit, le « mur humain » poursuit son ascension et s'installe durablement parmi les références de la terre battue.

Harold Solomon à l'US Open en 1977
US Open 1977 : Solomon atteint les demi-finales, où il s'incline face au futur champion Guillermo Vilas.
1977-1979

Une régularité remarquable

Harold Solomon ne parvient plus à retrouver une finale de Grand Chelem, mais il demeure l'un des joueurs les plus constants du circuit. En 1977, il réalise son meilleur parcours à l'US Open en atteignant les demi-finales. Une nouvelle fois, son aventure s'arrête contre le futur champion : Guillermo Vilas, auteur cette année-là de l'une des saisons les plus impressionnantes de l'ère Open.

En parallèle, l'Américain continue d'enrichir son palmarès. Bruxelles et Cincinnati en 1977, Las Vegas et Louisville en 1978, Baltimore, North Conway et Paris Indoor en 1979 témoignent de sa remarquable régularité.

À une époque dominée par Borg, Vilas, ou Connors, Solomon parvient pourtant à conserver sa place parmi l'élite. Saison après saison, il demeure solidement installé dans le Top 20 mondial. Cette constance exceptionnelle, plus encore que ses titres, résume parfaitement sa carrière.

Harold Solomon à Roland-Garros en 1980
Roland-Garros 1980 : Solomon atteint une nouvelle demi-finale après avoir éliminé Guillermo Vilas.
1980

Le dernier grand sommet

À 27 ans, Harold Solomon réalise la meilleure saison de sa carrière. Plus expérimenté que jamais, il retrouve son meilleur niveau sur terre battue et signe plusieurs performances de premier plan. À Roland-Garros, il atteint une nouvelle demi-finale après avoir éliminé Guillermo Vilas, double finaliste et ancien vainqueur du tournoi. Comme quatre ans plus tôt, il semble capable de viser le titre.

Mais son parcours croise une nouvelle fois celui de Björn Borg. Le Suédois ne lui laisse pas l'occasion de disputer une deuxième finale parisienne et poursuit sa marche vers un cinquième sacre à Paris. Borg demeure décidément l'obstacle infranchissable de la carrière de Solomon, qui aura pourtant souvent évolué à un niveau suffisamment élevé pour prétendre aux plus grands honneurs.

Cette demi-finale confirme une curieuse constante de sa carrière. Chaque fois que Solomon atteint le dernier carré d'un tournoi du Grand Chelem, il est éliminé par le futur vainqueur : Borg à Roland-Garros en 1974, Panatta en finale en 1976, Vilas à l'US Open en 1977, puis Borg à nouveau en 1980.

Cette désillusion n'empêche pas l'Américain de vivre une saison exceptionnelle. Il remporte notamment les tournois de Hambourg, l'un des rendez-vous majeurs de la terre battue, de Cincinnati et de Tel-Aviv. La qualité de ses résultats lui permet d'atteindre, le 8 septembre 1980, la 5e place mondiale, le meilleur classement de sa carrière.

Harold Solomon en 1985
1985 : Solomon ne joue plus les premiers rôles.
1981-1986

Les dernières saisons

Harold Solomon demeure encore plusieurs saisons un joueur respecté, mais il ne retrouve plus les profondeurs de tableau des grands rendez-vous. L'émergence d'une nouvelle génération, incarnée notamment par Ivan Lendl, Mats Wilander ou encore Yannick Noah, rend la concurrence toujours plus relevée.

Contrairement à certains champions dont le déclin est brutal, le sien est discret, à l'image de sa carrière. Il continue d'écumer le circuit jusqu'en 1986 avant de mettre un terme à quatorze années passées parmi les professionnels.

Coupe Davis

L'autre grande frustration de sa carrière

Harold Solomon lors de la campagne américaine de Coupe Davis 1972

Après avoir laissé passer sa plus belle chance de remporter un tournoi du Grand Chelem à Roland-Garros en 1976, Harold Solomon connaît une autre désillusion en Coupe Davis. En 1972, il contribue à la qualification des États-Unis pour la finale en remportant trois simples, mais son passage chez les professionnels en cours de saison l'empêche de participer à la rencontre décisive, remportée contre la Roumanie.

Le scénario se répète en 1978. Solomon participe à la campagne américaine, mais le capitaine Tony Trabert lui préfère John McEnroe pour la finale face à la Grande-Bretagne. Les États-Unis soulèvent une nouvelle fois le Saladier d'argent, sans que Solomon puisse inscrire son nom au palmarès.

Par deux fois, Harold Solomon participa ainsi à une campagne victorieuse des États-Unis sans pouvoir inscrire son nom au palmarès de la compétition.

Identité tennistique

Style de jeu

Le revers à deux mains de Harold Solomon

Très craint pour son revers à deux mains, Harold Solomon était avant tout un marathonien des courts. Joueur de fond de court, il usait l'adversaire dans des rallyes interminables, au bout desquels il avait souvent le dernier mot. Son remarquable sens de l'anticipation, sa condition physique et son exceptionnelle régularité lui permettaient de défendre des positions que beaucoup d'autres auraient abandonnées. Peu à peu, ses adversaires comprirent qu'aucun point ne leur serait offert.

Pendant près d'une décennie, rares furent ceux qui se réjouirent de le voir figurer dans leur partie de tableau. Battre le « mur humain » demandait presque toujours de gagner plusieurs fois le même point.

En revanche, son jeu trouva rapidement ses limites sur gazon. Là où la terre battue récompense la patience et les longs échanges, Wimbledon privilégiait les services puissants et les montées au filet. Solomon ne remporta jamais le moindre match sur le gazon londonien, contraste saisissant avec son efficacité sur les surfaces lentes.

Rivalités

Face à face

Guillermo Vilas, grand rival de Harold Solomon

Un rival pour Vilas

Harold Solomon entretint une rivalité de haut niveau avec Guillermo Vilas, l'un des plus grands spécialistes de la terre battue de tous les temps. Les deux hommes se rencontrèrent à quinze reprises, pour un léger avantage de l'Argentin (8-7). Dans les tournois du Grand Chelem, c'est pourtant l'Américain qui prend l'ascendant (3-1). Solomon élimine Vilas à Roland-Garros en 1972, 1976 et 1980, ne s'inclinant qu'en demi-finale de l'US Open 1977, où l'Argentin remportera ensuite le titre. Ce bilan illustre le niveau exceptionnel atteint par Solomon sur terre battue. Peu de joueurs peuvent se vanter d'avoir dominé Vilas dans les grands rendez-vous avec une telle régularité.

Björn Borg, adversaire de Harold Solomon

Le pigeon de Borg

Face à Björn Borg, également affronté à quinze reprises, le rapport de force est tout autre. Harold Solomon fut l'un des principaux « pigeons » du Suédois, qui remporta leurs quinze confrontations, exactement comme il domina Vitas Gerulaitis (17-0). Malgré son immense valeur sur terre battue, Solomon ne trouva jamais la moindre faille face au sextuple lauréat de Roland-Garros. Dans le tournoi parisien, Borg mit notamment un terme à ses ambitions à trois reprises : en demi-finales en 1974 et 1980, et en quart de finale en 1975, avant de s'emparer du trophée à chaque fois.

22 titres

Palmarès

Washington 1974
Toronto 1975
Memphis 1975
Perth 1975
Johannesbourg 1975
Washington 1976
Houston 1976
Louisville 1976
Maui 1976
Johannesbourg 1976
Bruxelles 1977
Cincinnati 1977
Lakeway 1977
Las Vegas 1978
Louisville 1978
Baltimore 1979
North Conway 1979
Paris Indoor 1979
Baltimore 1980
Hambourg 1980
Cincinnati 1980
Tel-Aviv 1980
Transmission

Après la carrière

Jennifer Capriati, entraînée un temps par Harold Solomon
Harold Solomon fut un temps dans l'entourage de Jennifer Capriati.

Une fois sa carrière terminée, Harold Solomon reste fidèle au tennis en mettant son expérience au service des jeunes joueurs. En Floride, il fonde sa propre académie et se forge progressivement une solide réputation d'entraîneur, notamment grâce à son exigence et à sa connaissance du jeu de fond de court.

Le plus grand succès de cette seconde carrière arrive au début des années 1990 avec Jennifer Capriati. Solomon accompagne la jeune prodige américaine à un moment délicat de son parcours. Après plusieurs années marquées par des difficultés personnelles, Capriati retrouve progressivement le plus haut niveau et finit par remporter trois titres du Grand Chelem, devenant numéro un mondiale. Même s'il ne reste pas à ses côtés durant toute cette renaissance, Harold Solomon joue un rôle important dans sa reconstruction sportive.

Il travaille également avec plusieurs autres joueurs professionnels, poursuivant la transmission d'une philosophie fondée sur la rigueur, la patience et la discipline. Des qualités qui avaient déjà fait de lui l'un des compétiteurs les plus respectés de sa génération.

À défaut d'avoir marqué l'histoire par un palmarès comparable à celui de Borg ou de Connors, Solomon laisse ainsi une double empreinte : celle d'un adversaire redoutable sur les courts, puis celle d'un pédagogue reconnu, capable d'aider d'autres champions à révéler leur potentiel.

L'homme derrière le joueur

Personnalité

Portrait de Harold Solomon

À première vue, Harold Solomon n'avait rien de la grande vedette du tennis mondial. Avec son gabarit modeste, son épaisse chevelure brune et son jeu sans fioritures, il contrastait avec les personnalités flamboyantes de son époque, qu'il s'agisse de Nastase, Connors, McEnroe ou Borg. Il préférait laisser parler ses résultats plutôt que son image.

Une anecdote illustre pourtant la popularité dont il jouissait à la fin des années 1970. En 1980, le magazine Playgirl le classe parmi les dix hommes les plus séduisants de la planète. Une distinction inattendue pour ce joueur davantage connu pour ses interminables échanges que pour son goût du spectacle, et qui amuse encore aujourd'hui les observateurs.

Discret, travailleur et apprécié de ses pairs, Solomon s'est construit une réputation à l'opposé des joueurs provocateurs de son époque. Il incarnait une autre manière de gagner : sans éclat médiatique, mais avec une détermination et une régularité qui forçaient le respect.

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Date de dernière mise à jour : 11/10/2026